Le mot du jour franco-autrichien
 

SANGLIER

 


Calanque près de Marseille

Carte du Parc national des Calanques
- clic ! -

 

solitaire / Keiler

 

marcassin / Frischling

 

 

C'est Obélix qui serait content ! Des sangliers dans les rues de Massalia* !

"Cavalcade nocturne de sangliers à Marseille. Sous les regards médusés* des automobilistes, une harde* composée de trois cochons sauvages a remonté un grand boulevard du 9e arrondissement, situé non loin du quartier de Luminy. Ce dernier borde le parc national des Calanques* et abrite une population élevée de sangliers." (article)

Le substantif masculin "sanglier" vient du latin vulgaire singularis porcus. Il est attesté vers 1140 sous les graphies sengler et senglier.

Cet animal est "singulier", non pas au sens de bizarre, mais au sens de solitaire, qui vit à l'écart, un peu comme les "singles" de nos jours ! L'expression latine a tout d'abord désigné seulement le "mâle qui vit seul’, avant de s'appliquer à toute l'espèce.

D'ailleurs, le mot solitaire désigne aujourd'hui le sanglier mâle adulte (Keiler), qui vit en dehors de la harde.

Sanglier, foie et fromage -
De l'expression latine singularis porcus, seul a subsisté l'élément adjectival "singularis / singulier", le substantif "porcus / porc" a disparu.
Signalons deux autres exemples comparables d'ellipse du substantif : caseus formaticus (littéralement : "fromage formé", fromage fait dans un moule) est devenu le fromage tout court, tandis que ficatum jecur (litt. : foie - d'oies gavées - aux figues) est devenu le foie.

Le nom allemand, Wildschwein, peut sembler logique à première vue. En réalité, le sanglier n’est pas un "cochon sauvage", c’est plutôt le cochon qui est une sous-espèce domestiquée de l'animal sauvage !

En allemand, le nom du petit sanglier fait référence à son jeune âge : un Frischling désigne un animal né depuis peu (frischgeboren), tandis qu'en français le mot marcassin se réfère aux raies / Streifen  - aux "marques" - caractéristiques du pelage (Fell) de ces petits cochons sauvages.

Quant à la femelle du sanglier, laie en français, Bache en allemand, nous lui consacrerons bientôt son propre Mot du Jour.

    mise au courant...

* Massalia : nom grec de la ville fondée dans l'Antiquité (vers 600 avant J.-C.) par les Phocéens  (aus Phokäa) à l'emplacement actuel de Marseille.

* médusé : sidéré (fassungslos), stupéfié, interloqué (in Staunen versetzt)
Du nom propre Méduse, personnage de la mythologie grecque, l'une des trois Gorgones (de "gorgos" : effrayant), dont la chevelure était constituée de serpents et dont le regard pétrifiait (erstarren lassen, versteinern) celui qui osait la regarder.

* la harde (de sangliers) : Rotte ; harde (de cerfs) : Rudel

* la calanque : (dans le Sud de la France) vallon étroit aux parois escarpées (schroff, steil), en partie envahi par la mer (Felsbucht).

* Parc national des Calanques (placer le curseur dessus pour voir l'info-bulle).

 

Friede, Freude, Eierkuchen

...

un monde de BISOUNOURS

"Von wegen Friede, Freude, Eierkuchen: Am 12. Mai 2018 wird das Finale des Eurovision Song Contest in Portugal ausgetragen. Lange schon ist die Welt rund um diese Gesangsveranstaltung gar nicht mehr so heil und beschaulich wie sie es üblicherweise suggeriert. Auf den Bühnen werden poppige und unterhaltsame, meist eher inhaltlich oberflächliche Lieder zum Besten gegeben, doch hinter den Kulissen wird die Show oftmals von politisch brisanten Konflikten überschattet." (article)

La locution "Friede, Freude, Eierkuchen" exprime une harmonie factice, une sorte de façade trompeuse cachant des problèmes refoulés (verdrängen).

L’expression est attestée en 1959, dans une critique théâtrale parue dans un magazine satirique allemand : „Am Schluß, wie sich’s gehört, Friede, Freude, Eierkuchen und Beifall.“ Mais son origine est controversée.

Pour certains, elle viendrait de la fin de la 2ème Guerre mondiale : la situation de pénurie alimentaire ne permettait pas de faire bombance (schlemmen), cependant la plupart des ménages pouvaient fêter l’événement avec des mets réalisés avec "les moyens du bord" (verfügbare Mittel), c’est-à-dire ne nécessitant que des ingrédients de base (et encore, il fallait en avoir...) comme de la farine, du lait et des œufs, et qu’on retrouve sous différentes formes dans de nombreux pays : Eierkuchen, Pfannkuchen, Palatschinken, pancakes et, bien sûr, les crêpes.

"Paix, joie, liesse populaire", comme en 1945 ? Tu parles (von wegen) !

Selon l'auteur de l'article cité ci-dessus, les paillettes, les décors somptueux, les effets spéciaux et les chansons souvent kitsch du concours Eurovision de la Chanson cacheraient une réalité beaucoup moins reluisante (nicht gerade glänzend) et plus conflictuelle.

"Friede, Freude, Eierkuchen" pourrait se traduire par "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" : le titre de cette comédie satirique de Jean Yanne (1972) est devenue une expression courante exprimant la croyance naïve, candide, en un monde harmonieux, dépourvu de méchanceté.

Un monde qui ressemblerait à celui des "Bisounours", héros de dessins animés qui vivent au "Jardin des Bisoux", se déplacent sur les arcs-en-ciel et ont pour mission de répandre le bonheur, la joie et la bonne humeur sur Terre. Friede, Freude...

De nombreux critiques qualifient de "bisounours" (naiv, weltfremd), la chanson "Mercy" qui sera interprétée par le duo français "Madame Monsieur" au Concours de l'Eurovision cette année : elle retrace l'histoire vraie d'une petite Nigériane, mise au monde sur un navire de l'ONG ‘SOS Méditerranée’, une association de sauvetage en mer. Cette chanson dégoulinante (triefend) de bons sentiments ne changera rien au drame des migrants, estiment ses détracteurs (Kritiker).

"Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" et "un monde de Bisounours" sont en quelque sorte la version moderne - et plus familière - de la devise de Pangloss, le précepteur de Candide : Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

L’œuvre de Voltaire a paru en 1759, exactement deux siècles avant la première attestation de l’expression "Friede, Freude, Eierkuchen"...

   Pour être au courant...

C’est Cesár Sampson, auteur-compositeur et producteur originaire de Linz, qui représentera l’Autriche à cette 63ème édition du Concours avec la chanson "Nobody but you". (infos)

 

être de mèche avec qn,

mais ne pas vendre la mèche

 


mèches de cheveux

 


mèche d'explosif

 


unter einer Decke stehen... oder liegen

"Contrôler le climat, la plus redoutable des armes ?
Les outils de manipulation du climat - imaginés pour combattre les méfaits du changement climatique - peuvent aussi être utilisés dans le but inverse : inonder, assécher, ruiner... La CIA enquête sur le sujet, et a bien du mal à le cacher. (...) C’est un professeur de la Rutgers University (New Jersey) qui a vendu la mèche." (article)

L’expression vendre la mèche, qui signifie trahir un secret (ein Geheimnis verraten), n’a pas un rapport direct avec une mèche de cheveux (Haarsträhne), mais rappelle celle d’une bougie ou d’une lampe à huile (Docht), ou bien celle qui sert à faire exploser des mines ou des bombes (Zündschnur, Lunte).

A l’origine, on utilisait l’expression éventer la mèche (die Lunte riechen), c’est-à-dire exposer à l’air la mèche d’un explosif ennemi et donc le neutraliser. Elle a ensuite pris le sens de découvrir qc de caché, puis de divulguer (verbreiten) ce secret. L’idée de trahison est née au XIXe siècle où le verbe 'vendre' a pris également le sens de trahir, dénoncer par intérêt.

Au Moyen-âge, la mise à feu de la poudre (Zündung) d’une arme se faisait avec une mèche enflammée qu’on introduisait dans la bouche de l’arme (canon ou arquebuse / Hakenbüchse, par ex.) et qui se consumait lentement en dégageant (verbreiten) une odeur très reconnaissable qui pouvait trahir l’attaquant et alerter l’ennemi ou le gibier, d’où l’expression figurée allemande die Lunte riechen (éventer la mèche, concevoir des soupçons).

Quant à l’expression être de mèche avec qn, elle ne se réfère ni aux touffes de cheveux, ni  aux mèches de bougie. Cette mèche-là viendrait de l’italien mezzo - dérivé du latin - qui signifie moitié : être de moitié dans une affaire illicite, dans un mauvais coup, c’est y participer activement. La notion de délit a disparu avec le temps, et l’expression signifie aujourd’hui être de connivence avec qn (insgeheim mit jm gemeinsame Sache machen).

Donc, en principe, quand on est de mèche avec qn, on fait cause commune avec lui et on ne vend pas la mèche : on n’a pas vraiment intérêt à trahir son complice !

L’équivalent allemand de "être de mèche avec qn" - unter einer Decke stecken (littéralement : être fourré sous la même couverture) - se refère à une autre "moitié" (die 'bessere' Hälfte). L'expression remonte au Moyen-âge et rappelle la tradition qui voulait que le mariage ne soit considéré comme officiellement consommé que lorsque les nouveaux mariés se retrouvaient ... sous la même couverture. Ils étaient alors unis pour le meilleur et pour le pire, comme deux complices.

 

LUNETTES

 


le sénateur Hatch

 


Citroën type A (1920)
avec lunette arrière ronde

 


pierre de lecture

 


besicles "clouantes"

 


autoportrait du peintre Jean-Siméon Chardin
à 70 ans,
avec "pince-nez"

 

Si vous êtes porteur de lunettes, il vous est peut-être arrivé la même mésaventure qu’à un sénateur américain : lors d’une conférence de presse, le républicain Orrin Hatch a tenté d'enlever ses lunettes... alors qu'il n'en portait pas. Une scène cocasse (ulkig) qui a été immortalisée par les caméras et très commentée par les internautes. (article)

Le mot lunette est tout simplement le diminutif de lune (Mond) et désigne dès le XIIe siècle un objet de forme ronde, par exemple le cercle de métal entourant une plaque brillante (d’abord en métal puis en verre) qui servait de miroir.

C’est par analogie de forme que lunette désigne ensuite l’ouverture ronde de la chaise percée (Nachtstuhl) puis le siège - parfois relevable - des cabinets d’aisance (Abort), tout comme celui des WC modernes. On trouve le même emploi en allemand : Klobrille. Pour rester dans le domaine scatologique, rappelons qu'en argot la lune est synonyme de postérieur.

En outre, la lunette d'un véhicule correspond à la vitre arrière (Heckfenster) : en effet, sur de nombreux anciens modèles de voitures, elle était nettement plus petite qu’aujourd’hui et possédait une forme arrondie, d’où son nom.

Ce n’est qu’au XIVe siècle que le pluriel "lunettes" est attesté en français dans le sens d'instrument d'optique composé de deux verres et destiné à améliorer la vue.

Leur invention, elle, date du siècle précédent, à Florence, sous la forme de deux verres enchâssés (einfassen) dans des cercles de bois. Ensuite, à Venise, elles sont fabriquées en verre de Murano, d’une meilleure qualité optique, et les deux parties sont reliées à des manchons rivetés (vernieten) par un clou, d’où leur nom de besicles clouantes (Nietbrille).

Cet article de luxe est alors principalement utilisé par les copistes dans les monastères, et les verres convexes ne corrigent que la presbytie (Weitsichtigkeit, Alterssichtigkeit). Les myopes (kursichtig) doivent attendre jusqu'à la Renaissance pour voir apparaître les verres concaves.

Avec l’invention de l’imprimerie, la demande en lunettes s’accroît, et elles s’améliorent : au XVIe siècle, elles sont munies d’un ruban qu’on noue derrière la tête ou d’une ficelle qu’on enroule autour de l’oreille, ce qui n’est pas encore très pratique... Les lunettes à  branches courtes, dites "lunettes à tempes", sont inventées au XVIIIe siècle par un opticien anglais. Elles permettent à leur propriétaire de respirer plus aisément qu’avec les pince-nez et elles ont l’avantage de pouvoir s’enlever sans déranger les perruques, alors très à la mode. Mais comme les branches sont plaquées sur les tempes (Schläfe), leur pression occasionne des maux de tête.

Quand les perruques passent de mode, les branches peuvent être rallongées et, courbées à leurs extrémités, elles se fixent derrière les oreilles : ces besicles ressemblent déjà beaucoup aux lunettes modernes.

Le mot besicles, supplanté (verdrängen) au XVIIe siècle par "lunettes" rappelle les débuts de l’histoire de l’optique : dans l’Antiquité et au haut Moyen-âge, on connaissait déjà l’usage de la pierre de lecture (Lesestein), une loupe grossissante qu’on posait directement sur le texte écrit : avant d’être confectionnée en verre à partir du IXe siècle, elle était réalisée dans une pierre semi-précieuse, le béryl, ou en cristal de roche. Beril a donné bericle puis, par assibilation*, besicle.

Alors que le mot besicles est aujourd’hui vieilli ou utilisé seulement de façon ironique (Nasenfahrrad), le mot Brille - lui aussi directement dérivé de Beryll - désigne toujours les lunettes en allemand moderne.


"Le plus souvent, on cherche le bonheur comme on cherche ses lunettes,
quand on les a sur le nez."
citation d'Émile Salomon Wilhelm Herzog,
plus connu sous le pseudonyme d'André Maurois (1885-1967)
 

   Mise au courant

* Assibilation (de sibilare = siffler) : phénomène phonétique par lequel une consonne occlusive (Verschlußlaut) est transformée en sifflante (Zischlaut).
Dans bericle, l'occlusive [r] s’est transformée en sifflante [z].
Autres exemples : dans cité, le [k] du latin civitas [kiwitas] s'est transformé en [s] ; dans démocratie, le son [t] est devenu  [s] devant le "i".

 

pas de péage pour les singes savants

 

 

 



le Petit-Pont de Paris avec Notre-Dame à l'arrière-plan
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singe apprivoisé
Tapisserie de la Dame à la Licorne
(fin du XVe siècle)

Parmi les animaux de compagnie, au Moyen-âge et à la Renaissance, on trouve naturellement le chien. Le chat, lui, menait une vie plus indépendante : sa mission était de faire la chasse aux rats et aux souris qui menaçaient les provisions.

Ce qui est plus surprenant, c’est la présence dans les intérieurs de cette époque d’autres animaux considérés aujourd’hui comme sauvages tels que l'écureuil ou le furet (Frettchen).

De même, le singe - qui nous paraît aujourd'hui "exotique" - était alors un animal de compagnie : le singe des riches appartenait à une espèce rare, tandis que le singe "du peuple" était en général un macaque importé du Maghreb. Présent dans toutes les couches de la société, l’animal a laissé des traces dans l’art (peinture, tapisserie, littérature) et la langue.

En témoigne toute une série d’expressions dont, curieusement, l’équivalent allemand n’a aucun rapport avec le singe : il y est plutôt question
- de renard  : ein schlauer Fuchs sein = être malin comme un singe,
- de belette : flink wie ein Wiesel = agile comme un singe,
- de lièvre : einem alten Hasen macht man nichts vor = ce n'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire la grimace,
- de zouave / ou pitre  : den Hanswurst spielen = faire le singe,
- ou de la nuit : hässlich wie die Nacht = laid comme un singe

L‘expression "payer en monnaie de singe" rappelle également la place que tenait ce primate à l’époque médiévale : en effet, l’origine de cette locution remonte au XIIIe siècle.

A l’époque du roi Louis IX (futur Saint Louis), une taxe a été instaurée à l’entrée du Petit-Pont de Paris qui enjambait (überspannen) le bras (sud) le plus étroit de la Seine, entre l’Ile Notre-Dame (aujourd’hui rattachée à l’Ile Saint-Louis) et la Rue Saint-Jacques.

Le péage (Maut) routier n’est pas une invention des temps modernes. Après la disparition de la corvée (Frondienst) organisée sous Charlemagne (IX° siècle) pour l’aménagement et l’entretien (Erhalt) du réseau routier, le financement est assuré à partir de l'époque féodale par la taxe que perçoivent les seigneurs locaux à l’entrée des ponts ou aux portes des villes.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le mot péage n’est pas dérivé du verbe payer, mais du mot pied (latin : pes, pedis) : c’était, littéralement, le droit de "mettre le pied" sur une route, dans une ville...  et donc d’emprunter une voie ou d’entrer dans une cité. Cette taxe s’appliquait aux piétons comme aux véhicules, aux marchandises comme aux animaux.

Et c’est là que nous retrouvons le singe ! Alors que les marchands devaient payer une taxe pour tous les animaux qu’ils allaient vendre à Paris, les montreurs de singes en étaient exemptés (befreien) sur le Petit-Pont à condition de faire exécuter quelques pirouettes, des grimaces ou des tours de passe-passe (Taschen-spielertrick) à leur animal. Cette exception au règlement prouve que les singes devaient être alors assez nombreux dans la capitale.

Les saltimbanques (Gaukler) sans singe bénéficiaient de la même dispense s’ils exécutaient eux-mêmes un tour, chantaient ou racontaient une histoire pour divertir le receveur du péage et les passants : c’est ce qu’on appelait payer en monnaie de singe, autrement dit payer en nature.

Avec le temps, l’expression a acquis un sens négatif : "payer qn en monnaie de singe" signifie aujourd’hui escroquer qn (begaunern), promettre de payer mais ne pas s’acquitter de sa dette (jn mit leeren Versprechungen / mit schönen Worten abspeisen).

Le verbe abspeisen est lui aussi péjoratif : au sens figuré, c’est se débarrasser de qn par des promesses qui ne seront jamais tenues, par une aumône (Almose) humiliante ; au sens propre, c’est donner à manger en quantité insuffisante...

Ce qui nous ramène au sort pitoyable de la plupart des singes ambulants (Wander-...), souvent maltraités et mal nourris par leurs maîtres qui, en général, n’étaient guère mieux lotis (dran sein) que leurs animaux : le roman "Sans famille" d’Hector Malot () rappelle leur vie misérable, encore au XIXe siècle, et l’existence des bureaux d'octroi (Mautstelle) à l’entrée de Paris : ils n’ont été supprimés qu’après la Seconde Guerre mondiale, en 1948.

A Graz, les péages urbains ont été maintenus jusqu’en 1938 à la limite des 6 arrondissements qui constituaient alors le territoire de la ville : les taxes étaient perçues par les Spinatwachter : ces contrôleurs devaient ce surnom ironique à la couleur vert épinard de leur uniforme () !

 

PASSEPORT

 

 


la mort du roi anglo-saxon Harold, sur le champ de bataille de Hastings
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les armes du Royaume-Uni
avec la mention "Honi soit qui mal y pense" et "Dieu et mon droit"
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Un passeport britannique made in France après le Brexit...
"Ce devait être un moment de célébration, le retour de notre emblématique passeport bleu, le rétablissement de l’identité britannique", a déclaré l’ancienne ministre conservatrice Priti Patel. "Confier cette tâche aux Français est (...) une humiliation nationale !" (article)

Par quel tour de passe-passe le passeport bleu, qui devait être le symbole de la reconquête de la souveraineté britannique, sera-t-il fabriqué par une entreprise française ? Tout simplement parce que c’est elle qui a remporté le marché, à la suite d’un appel d’offres (Ausschreibung) européen.

Passe-passe (= tour d’adresse ou d’escamotage, tromperie / Taschenspielertrick, Hokuspokus) ? Plutôt passe-passage, puisque c’est là le sens littéral du mot passeport : c’est une pièce d’identité qui permet de ... passer un passage. Un terme assez redondant, donc.

Avant d’être un endroit du littoral où peuvent s’abriter les bateaux (Hafen), le port est une ouverture, un passage. Puis il prend le sens d’asile, de refuge. Ainsi, "arriver à bon port" ne signifie pas débarquer sur la terre ferme, mais parvenir sans encombre à destination (sicher ans Ziel ankommen).

L’idée originelle de passage se retrouve dans l’occitan pòrt ou l’espagnol puerto et dans le mot allemand (Gebirgs-)Paß, qui signifient (aussi) col de montagne. Ainsi, certains cols des Pyrénées sont appelés "ports", le plus connu étant le Somport (de summus (latin) → som (occitan) → sommet + portus pòrt → passage), situé à plus de 1600 m d’altitude mais praticable (befahrbar) toute l’année.

Les "ports" dont il est question dans la Chanson de Roland voient passer l'armée de Charlemagne de retour d'Espagne, mais jamais de bateaux ! Mise par écrit au XIe siècle, cette chanson de geste (Heldenepos), la cantilena Rolandi, aurait été entonnée (anstimmen) par un jongleur (Gaukler) lors de la bataille de Hastings en 1066, pour encourager (anfeuern) les troupes normandes qui - après avoir débarqué en Grande-Bretagne sans passeport - combattaient aux côtés de Guillaume le Conquérant contre les Anglo-saxons.

Avec le résultat que l’on sait : vainqueur, le duc normand devient roi d’Angleterre et le franco-normand s’impose Outre-Manche comme langue de l’aristocratie, de la justice, de l’administration et de l’Eglise pour plusieurs siècles. La première "humiliation nationale" infligée (zufügen) aux Anglais par les Français ? 

La dernière humiliation en date serait donc le passeport britannique "made in France". Reste à savoir s’il continuera à porter les mentions "Honi soit qui mal y pense" et "Dieu et mon droit" - la devise de la monarchie anglaise depuis le début du XVe siècle - qui figurent (en français !) avec les armes du Royaume sur les passeports actuels.

 

Qu'est-ce que les POIS CHICHES
et la CHOUCROUTE
ont en commun ?

 

 


Marcus Tullius Cicero

 

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les Kichererbsen (pois chiches) n’ont rien à voir avec le verbe kichern (glousser, pouffer de rire).

Le français "chiche" et l’allemand "Kicher-" ont la même origine latine, à savoir le mot cicer qui signifie pois / Erbse. Strictement parlant, pois chiche et Kichererbse sont des pléonasmes puisque les deux termes qui les composent sont des synonymes : il s’agit donc de pois-pois et de Erbsenerbse !

Les peuples de l’Antiquité connaissaient différentes sortes de pois, et c’est au pois chiche que l’auteur et homme d’Etat romain Cicéron doit son patronyme : à en croire Plutarque, le nez d’un de ses ancêtres aurait été orné d’une grosse verrue (Warze) en forme de pois chiche, (à moins qu'il n'ait été marchand de pois, selon une autre version...) d’où le surnom (cognomen) de Cicero qui s’est transmis à ses descendants.

Les contemporains de Cicéron consommaient aussi du chou fermenté, un mode de préparation inventé dans la Chine du IIIe siècle avant notre ère. Il paraît que ce sont les Huns d’Attila qui ont diffusé en Europe cet ancêtre de la choucroute

Riche en vitamine C et se conservant longtemps, le chou fermenté était particulièrement apprécié pendant les mois d’hiver et, à partir du XVIIIe siècle, à bord des navires lors des longues traversées : James Cook et les navigateurs de son temps savaient que la consommation de choucroute permettait d’éviter le scorbut.

La "surkrut", calque de l’allemand Sauerkraut (aigre + chou), est d'abord adoptée en Alsace. Par la suite, le mot est altéré par l’étymologie populaire en chou-croûte puis choucroute.

L’orthographe actuelle, sans accent circonflexe, rappelle que le mot n’a rien à voir avec la croûte (Kruste, Rinde), mais on a oublié que, comme pour le pois chiche évoqué ci-dessus, il s’agit là d’une formation pléonastique. La choucroute est en réalité du chou-chou, tout comme le pois chiche est du pois-pois !

* Ce genre de pléonasme est appelé tautologie (du grec tauto : la même chose) : dans les deux cas évoqués ci-dessus, la répétition - involontaire - du même mot sous deux formes différentes s'explique par une méconnaissance de leur sens, un oubli de leur origine.

On pourrait citer un autre exemple appartenant au domaine alimentaire : l'huile d'olive est également une tautologie puisque "huile" provient du latin oleum, lui-même emprunté au grec elaía (olive). C'est donc de "l'olive d'olive"... qui va très bien avec les pois chiches, mais beaucoup moins bien avec la choucroute !

crêpage de chignon et Zickenkrieg FrAu ModJo - 2018

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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