Le mot du jour franco-autrichien
 

JONGLER

 


jongleur médiéval

"Les grandes lignes pour bien choisir son PC portable (...) Visez un minimum de 8 Go [gigaoctets]. Cela vous permettra de jongler entre de nombreuses applications ouvertes simultanément sans souffrir de ralentissements intempestifs (ungelegen)." (article)

Il ne sera pas question d’informatique dans ce "Mot du jour", mais de dextérité (Geschicklichkeit) et d’amusement.

Jongler, au sens propre, c’est  "lancer en l'air divers objets que l'on reçoit dans les mains et que l'on relance aussitôt en variant leur trajectoire", donc faire preuve d’habileté dans le maniement de ces objets.

Au sens figuré, c’est passer rapidement et avec aisance d’une chose à l’autre et tout contrôler avec virtuosité : on peut jongler avec les mots, les langues, les différentes applications d’un ordinateur...
Le verbe prend parfois une connotation péjorative : jongler avec les statistiques, c’est les manipuler, faire en quelque sorte des tours de passe-passe (Taschenspielertrick).

Avant le XVIIe siècle, un jongleur était beaucoup plus qu’un artiste spécialisé dans la manipulation d’objets. Ce terme désignait tous les amuseurs publics itinérants  (Wander-) : les saltimbanques, c’est-à-dire des acrobates (de saltare, sauter + banco, banc, estrade), les bateleurs (Gaukler), les escamoteurs (Taschenspieler), les montreurs d’animaux, mais aussi les ménestrels qui chantaient et récitaient les œuvres des trouvères et des troubadours, et parfois aussi les bouffons (Hofnarr) chargés d’amuser les rois et les grands seigneurs. 

En effet, le mot jongleur dérive du latin ioculator (du verbe ioculari : amuser, faire des plaisanteries). C’est de ce radical que vient aussi l’allemand Jux (amusement, rigolade, plaisanterie) - apparu dans la langue estudiantine comme une déformation de Jokus (du latin iocus : plaisanterie, badinage) - et l’anglais joke qui a la même signification.

La famille de iocus est vaste puisque les mots jeu, jouet et jouer en sont également dérivés.

 

mise en bière

 

 

 

 

 

 

Il arrive qu’une personne trop portée sur la bouteille (jemand, der gern einen über den Durst trinkt) soit mise en bière prématurément, tandis que la bière, elle, est mise en bouteille.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, cette "mise en bière" n’a aucun rapport étymologique avec le domaine de la brasserie (Bierbrauen) ni de la boisson en général, bien que l’abus d’alcool soit responsable de nombreux décès prématurés. "Bière" est un synonyme familier de cercueil (Sarg) depuis la fin du XIIe siècle.

A l’origine, le mot désigne un simple brancard servant à transporter les morts. Comme cette couche était souvent ensevelie (bestatten) avec le défunt - par exemple en période d’épidémie de peste, ou parce qu’on ne pouvait pas lui payer une sépulture (Grabstätte) plus luxueuse - le terme a peu à peu pris le sens de cercueil.


Si "bière" a été choisi comme Mot du Jour, c’est - vous vous en doutez bien - qu’il doit avoir un rapport plus moins lointain avec l’allemand.

En effet, bière vient du francique bëra dont dérive également l’allemand Bahre (civière, brancard *) par l’intermédiaire de bêra (gothique) → bara (ancien haut allemand) → bâre (moyen haut allemand), de l’ancien verbe beran (tragen / porter).

En allemand moderne, une civière s’appelle Tragbahre, ce qui constitue un pléonasme puisque les deux éléments du mot ont la même signification : c’est donc un "porte-porte" (comme il existe des pousse-pousse ** / Rikscha !)

Le verbe beran a également donné naissance (et c’est bien le cas de le dire...) à gebären (enfanter, donner le jour à un enfant, le mettre au monde après l’avoir porté) et à Geburt (naissance).

Geburt... et mise en bière, l’alpha et l’oméga...

 

     Pour être au courant

* brancard : vient de branche. Le mot désigne chacune des barrres de bois entre lesquelles est placé le cheval qui tire une voiture, ou le porteur d'une litière (Sänfte).

L'expression "ruer dans les brancards" (se révolter, marquer son mécontentement / sich sträuben), employée aujourd'hui surtout au figuré, désignait à l'origine le comportement du cheval attelé qui se cabre (sich afbäumen) et rue (ausschlagen).

** pousse-pousse : constitué de deux éléments verbaux ("schieb-schieb" !), le mot est invariable au pluriel.

 

GLU

 

 

 

 

 

 

 

 

équipement d'oiseleur
(nature morte de Johannes Leemans - 1676)

 

chasse à la glu avec appelant en Provence
-clic pour agrandir-

 

 

 

 

 

 

 

 

"La décision du Conseil d'État d'autoriser la chasse à la glu des merles (Amsel) et des grives (Drossel) dans cinq départements du Sud-est fait bondir les défenseurs des animaux. (...) Cette chasse "traditionnelle" consiste à capturer des oiseaux à l'aide de tiges en bois enduites de glu et posées sur des arbres ou buissons." (article) Une directive européenne de 2009 l’interdit mais prévoit des dérogations (Ausnahmeregelung)...
 

L’anglais glue a été emprunté au français glu (sans "e") au début du XIIIe siècle, mais possède aujourd’hui le sens de colle (substance visqueuse adhésive) en général, tandis qu’en français glu désigne essentiellement une "colle végétale, généralement tirée de l’écorce de houx (Stechpalme) ou des baies de gui * (Mistelbeere), avec laquelle on prend les petits oiseaux". **

Le français glu vient du latin glus, glutis (au sens de glu, gomme (Pflanzengummi), colle) dont dérivent aussi le gluten, l’adjectif gluant (klebrig) ou le verbe engluer.

Le principe de la chasse à la glu consiste bel et bien à engluer les pattes et les plumes des oiseaux pour les capturer vivants (mais souvent en bien mauvais état...) : ils serviront d’appelants (Lockvogel) pour attirer leurs congénères devant le fusil des chasseurs. ***
 

Dans les régions méditerranéennes - de l'Espagne à Chypre en passant par le Midi de la France - cette méthode de chasse est traditionnelle depuis la plus haute antiquité.

Dans le Salzkammergut autrichien et au Tyrol (en particulier à Imst), la tradition des oiseleurs (Vogelfänger) était très vivante du XVIIe au XIXe siècle, et ce n’est pas un hasard si un des héros de la Flûte enchantée, Papageno, exerce cette profession : c’était un personnage populaire au XVIIIe siècle alors qu’il nous paraît aujourd’hui plutôt excentrique. Dans la bonne société de l’époque, c’était la mode de posséder un oiseau chanteur indigène (heimisch) ou même un canari. On sait que la famille Mozart en avait un.

Ces oiseaux étaient condamnés à passer leur vie dans une volière et à divertir leurs propriétaires - au lieu de passer à la casserole (dran glauben müssen) comme en France ou en Espagne, mais la manière de les attraper était la même : avec des bâtons enduits de glu ou Pechruten.

Pech et poix, dérivés du latin pix, signifient "matière collante et visqueuse"  au sens propre. Mais au sens figuré, Pech et poisse (synonyme de poix) sont aussi synonymes de malchance. Avoir la poisse = Pech haben.

Ainsi un Pechvogel est un malchanceux, un poissard : cette dénomination se réfère bien évidemment aux malheureux oiseaux victimes de la chasse à la glu. ****

 

     Pour être au courant

 

* C’est d’ailleurs du gui que dérive l’adjectif visqueux : latin viscum → ancien français visc, puis vist, viz. Le passage à l’initiale de "v" à "g" est dû à l’influence de l’ancien francique.

** Au sens figuré, la glu est une personne gênante dont on ne peut se débarrasser, autrement dit un "pot de colle" = die reinste Klette , un vrai pégon, comme on dit dans le Midi de la France ! Péguer - qui signifie coller, poisser en provençal - est aussi dérivé de la poix (Pech).

*** Les oiseaux ainsi pris au piège risquent non seulement de perdre des plumes mais sont aussi victimes des solvants (Lösemittel) utilisés pour les "désengluer".

**** En allemand, la glu se dit Vogelleim : c’est de là que vient l’expression jm auf den Leim gehen c'est-à-dire se faire attraper, tomber dans le piège, le panneau.

 

FAON

 

 

 

"Un juge du Missouri a condamné un braconnier multirécidiviste (mehrfach vorbestrafter Wilderer) à visionner régulièrement "Bambi", grand classique de Walt Disney relatant la vie d'un faon dont la mère est tuée par un chasseur." (article)

Pan ! (peng!) Un coup de fusil... "Maman ?" chevrote (mit zitternder Stimme) Bambi inquiet de ne plus voir sa mère. Cette scène bouleversante est considérée comme l’un des moments les plus tristes du cinéma.

Pan [pɑ̃], c’est aussi la prononciation du mot paon (Pfau) qui partage cette particularité phonétique avec le faon (Kitz), le taon (Bremse) et la ville de Laon (dans l'Aisne / Hauts-de-France) *.

La graphie et la prononciation du mot faon ont longtemps été indécises : au XIIe siècle, on écrit d’abord "feün", puis "foün". Au XVIe siècle, on trouve "fan" et "fant" : on pense alors que le mot dérive du latin infans (enfant). Ce qui est assez logique puisque, à cette époque, le faon désigne de façon assez générale le petit (das Junge) de nombreux espèces animales.

En réalité, le terme vient du latin vulgaire feto, -onis, lui-même dérivé du latin classique fetus (fœtus), un être encore en formation.

Aujourd’hui, le faon est défini en français comme le petit des cervidés : chevreuil (Reh), cerf (Hirsch), daim (Damtier).

L’allemand Kitz est plus général. Il désigne non seulement le petit des cervidés, mais également celui des caprinés : bouquetins (Steinbock), chamois (Gämse) ou même chèvres (le chevreau se dit Zicklein ou Kitz) **.

Kitz (tout comme kid en anglais, danois ou suédois) vient du germanique kittína → ancien haut allemand kizzi, avec le sens actuel. C’est probablement un mot de formation onomatopéique, reproduisant le cri aigu du jeune animal.

Le kid anglais a connu une évolution opposée à faon puisqu’il désignait un chevreau au XIIe siècle puis un galopin, un garnement (Schlingel, Bengel) dans la langue verte (slang) au XIXe siècle, et qu’il est employé aujourd’hui dans de nombreuses langues au sens de gamin déluré (pfiffig, aufgeweckt), teenager.


Tout le monde sait que le film d’animation Bambi est sorti des studios de Walt Disney. Ce qui est moins connu, c’est que le créateur du personnage de Bambi est autrichien. Felix Salten (de son vrai nom Siegmund Salzmann) est né à Budapest en 1869 (donc dans l’Empire austro-hongrois) ***. Il est journaliste et romancier. En 1923, un séjour dans les Alpes lui inspire l’histoire d’un faon baptisé Bambi (de l’italien bambino : petit enfant) et il intitule son roman "Bambi, Eine Lebens-geschichte aus dem Walde".

Avec la montée du nazisme en Europe, Salten se sent menacé car il est de confession juive, En 1936,  ses livres sont interdits et nombre d’entre eux sont brûlés. Son roman Bambi est considéré comme une "allégorie politique sur le traitement des Juifs en Europe" !

Aux Etats-Unis, six ans plus tard, c’est la version cinématographique de Bambi qui a bien failli être victime de la censure : à la sortie du film, l’Association des Chasseurs Américains (aussi puissante qu’aujourd’hui...) réclame que l’honneur des chasseurs, présentés par Disney sous un jour très cruel ****, soit défendu par la projection - avant chaque séance - d’un avant-propos destiné à réhabiliter leur image.

Walt Disney n’a pas cédé, et David Berry, le braconnier multirécidiviste, devra visionner régulièrement pendant son séjour en prison la scène - non censurée - de la mort cruelle de la mère de Bambi.

Ce qu'ignorait probablement le juge qui l'a condamné, c'est que Felix Salten, le "père" de Bambi, était lui-même un chasseur passionné et que c’est au cours d’une partie de chasse qu’il a eu l’idée d’écrire cette histoire !

 

     Pour être au courant

 

* faon, paon, taon, Laon : cette prononciation résulte d’une synérèse - c’est-à-dire la prononciation de deux voyelles voisines en une seule syllabe - par suite de la disparition d’une consonne intervocalique
- paon : pavone → disparition de la consonne [v] → synérèse de [a] et [õ] en [ɑ̃] → paon [pɑ̃]
- taon : tabone → disparition du [b] → synérèse de [a] et [õ] en [ɑ̃] → taon [tɑ̃]
- faon : fetone → disparition du [t] → synérèse de [e] et [õ] en [ɑ̃] → faon [fɑ̃].
Par contre, des mots plus rares comme pharaon ou machaon (Schwalben-schwanz) n’ont pas connu cette transformation.


** les cervidés sont porteurs de bois (Geweih) caducs (ils tombent chaque année), tandis que les caprinés portent des cornes pérennes (ils ne les perdent pas).


*** La famille de Felix Salten s’installe à Vienne alors qu’il n’a qu’un mois, et il a passé la plus grande partie de sa vie en Autriche. Critique théâtral, puis rédacteur à la Wiener Allgemeine Zeitung, il serait également l’auteur de Josefine Mutzenbacher ("Histoire d’une prostituée de Vienne, racontée par elle-même"). Au moment de l’Anschluss en 1938, il quitte Vienne et s’exile à Zurich où il meurt en 1945.


**** Les scènes de chasse décrites par Felix Salten sont encore plus réalistes et brutales.

 

BOUCHON

 


amphores antiques

 

 


fiole à parfum en verre (Rome antique)

 

 


tonneau à bonde

 

 


bouchon de champagne

 

 

En ces fêtes de fin d’année, où la tradition est de "faire sauter" les bouchons de bouteilles de champagne, je vous propose un petit retour sur l’origine du mot bouchon.

Bien avant de boucher les bouteilles, le bouchon était une poignée de paille (Strohbündel), une touffe d’herbe ou un faisceau de branchages (Reisigbündel). Apparu au début du XIV siècle avec la graphie bousche, il est de la même famille que buisson, Busch (buisson, brousse), Büschel (touffe) et le latin boscus (bois).

Le verbe bouchonner (abreiben) qui signifie encore aujourd’hui frotter un animal (par ex. un cheval) avec une poignée de paille pour le sécher, lustrer (glänzend machen) son poil et activer la circulation, nous rappelle le premier sens du mot bouchon.

Revenons à nos moutons - qu’on ne bouchonne pas, soit dit en passant (nebenbei gesagt) -, c’est-à-dire aux bouchons. Les peuples de l’Antiquité utilisaient des bouteilles (nommées par ex. chez les Romains ampulla, déformation de ampora, lui-même variante de amphora), mais ces récipients étaient de petite taille et le verre, soufflé avec une canne de verrier, était très épais. Ces fioles (Phiole, Fläschen) ne contenaient pas de liquides alimentaires, mais plutôt des parfums ou des drogues (1) et devaient être bouchées.

Les produits comme l’huile, le vin, les sauces (2) étaient conservés et transportés dans des jarres (Tonkrug) et des amphores (3). Ces récipients en terre cuite étaient obturés par un morceau de bois, colmaté avec de la résine (Harz) ou des végétaux. On a également retrouvé des amphores romaines, vieilles de plus de 2500 ans, bouchées avec du liège (Kork).

Après l’effondrement de l’Empire romain, lorsque le tonneau - utilisé en Gaule pour transporter la cervoise - remplace l’amphore, la bonde (Spundloch) est le plus souvent constituée d’une rondelle de bois (le bondon / Holzspund), entourée d’étoupe (Werg = résidu de fibres textiles comme le chanvre (Hanf) ou le lin), de paille ou de foin.

A la fin du XIVe siècle, ce dispositif d’obturation (Verstopfen) des tonneaux prend le nom de bouchon. Puis on trouve le mot sous la plume de Rabelais (Gargantua, 5) pour désigner ce qui sert à boucher une bouteille, un flacon.

Ce n’est qu’au XVIIe siècle, avec le développement de l’industrie du verre (d’abord en Angleterre), que l’utilisation des bouteilles, devenues moins chères, se généralise. Ces bouteilles "à la mode anglaise" arrivent en France au début du XVIIIe siècle.

Pour les boucher, on commence à utiliser des morceaux de liège taillé : selon la légende, Dom Pérignon (le moine bénédictin qui aurait inventé la méthode "champenoise"...) aurait observé des moines revenant du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle et qui bouchaient leur gourde (Feldflasche) avec un morceau de liège. Il s’est aperçu que ce matériau léger, élastique, quasiment imperméable et imputrescible (unverrottbar) assurait une parfaite étanchéité (Abdichtung) des bouteilles et un vieillissement idéal du vin.

Contrairement aux bondons de bois enveloppés de feuilles de chanvre huilées qui étaient utilisés jusque là - le bouchon de liège est capable de résister à la pression (4) des vins effervescents (Schaumwein) à l’intérieur du tonneau ou de la bouteille. Sa généralisation contribue au succès des vins de Champagne à partir du XVIIIe siècle.

Le liège était resté couramment utilisé dans la Péninsule ibérique, contrairement au reste de l’Europe où son usage avait progressivement disparu au haut Moyen-âge. Aujourd’hui encore, le Portugal détient environ 50% de la production mondiale de liège et reste le premier producteur de bouchons en liège naturel.

D’ailleurs, c’est un groupe portugais qui a mis au point un procédé permettant de détecter la présence de trichloroanisole dans le liège, une molécule qui donne au vin un goût déplaisant, le fameux "goût de bouchon" (qui est plutôt une odeur de poussière et de moisi / Modergeruch). Dans les années 2000, ce désagrément avait poussé de nombreux producteurs de vin à adopter des bouchons en liège synthétique ou en plastique et des capsules à vis (Schraubverschluss). Aujourd’hui, le bouchon en liège naturel reconquiert le marché.

 

     Pour être au courant

 

1- Le mot drogue n’a pris le sens de stupéfiant (Rauschgift) qu’au début du XIXe siècle. Au sens classique du terme, la drogue est une substance naturelle qui sert à fabriquer des produits pharmaceutiques, des teintures, des préparations chimiques diverses.

2-  La plus connue de ces sauces est le garum romain, à base de chair ou de viscères (Eingeweide) de poisson fermentés dans une grande quantité de sel pour en assurer la conservation.

3-  Le mot français amphore vient du grec ancien amphoreús, tiré de amphiphoreús (littéralement "que l'on porte des deux côtés") : composé de l'adverbe amphí- (des deux côtés) et du radical phor-, dérivé du verbe phérô (porter). En effet, les amphores sont pourvues de deux anses (Henkel).

4- Le bouchon de champagne doit en effet supporter une pression de 5 à 6 kg/cm², ce qui correspond à trois fois la pression moyenne des pneus d’une voiture ! C’est pourquoi il doit avoir un diamètre plus large de 13 mm que celui du col de la bouteille - ce qui explique pourquoi une bouteille de champagne se débouche difficilement. Comme il est presque impossible de trouver des plaques de liège de bonne qualité de 30 mm d’épaisseur, le bouchon est composé d’une partie supérieure (le manche) en granulés de liège aggloméré et, pour la partie inférieure (le miroir) en contact avec le vin, de 1 à 3 rondelles de liège naturel massif (← voir la photo ci-contre). En outre, après fermeture de la bouteille, le bouchon, dont le sommet est aplati en forme de champignon, est emprisonné dans une cage en fil de fer, le muselet (Agraffe,Drahtkorb) pour plus de sûreté.

 

SPARADRAP

emplâtre

PFLASTER

 

 

 

 

 

 

le gag du sparadrap
("l'Affaire Tournesol"
album de Tintin)

 

voir aussi

dessin humoristique de Plantu

 

 

 

 

"Homme de confiance du candidat Macron en 2017, persona non grata à l'Elysée en 2018, Alexandre Benalla pourrait bien devenir le sparadrap du président de la République en 2019. Limogé de ses fonctions (aus dem Amt entfernen) en juillet (...), l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron n'hésite plus à menacer directement par voie de presse l'entourage du chef de l'Etat, qu'il accuse de vouloir le "salir". (article)

Le sparadrap se définit comme une "bande de tissu ou de papier, recouverte sur l'une de ses faces d'une substance adhésive permettant de l'appliquer sur la peau."

Au sens figuré, c’est une chose collante dont on n’arrive pas à se débarrasser. L’expression se réfère à un running gag (gag récurrent) célèbre imaginé par Hergé * dans un album des aventures de Tintin "L’Affaire Tournesol" (1956). Le capitaine Haddock est aux prises avec (mit etw. kämpfen) ce pansement et, lorsqu’il croit s’en être enfin débarrassé, le fichu (verdammt) sparadrap se retrouve collé à sa casquette. (voir la BD)

Si l’expression est restée si vivante, c’est qu’elle est employée régulièrement par les hommes politiques et les journalistes pour désigner une affaire embarrassante dont il est difficile de se dépêtrer (loswerden).

Par ex., en 2012, Jean-François Placé (Vert) décrit le projet controversé d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes comme "le sparadrap du capitaine Haddock" pour la gauche. Le Figaro déclare : "Le capitaine Haddock a son sparadrap, Emmanuel Macron a Alexandre Benalla." (article du 26/12/18)

Les "affaires" embarrassantes en politique ne sont pas une invention du XXIe siècle : nul doute que les hommes politiques de la Grèce antique traînaient eux aussi quelques casseroles (Eine Leiche im Keller haben – littéralement : avoir un cadavre dans la cave).

En tout cas, ils utilisaient déjà un ancêtre du sparadrap, l'émplastron (ἔμπλαστρον) (dérivé du verbe emplássein : enduire de qc, appliquer qc / aufstreichen, auftragen) qui a donné emplastrum en latin, emplâtre** en français et Pflaster en allemand. C’était un morceau de toile sur lequel on étendait un onguent, c’est-à-dire une pommade soignante (→ Salbenverband).

Le mot sparadrap, lui, vient du latin sparadrapum (de spargere : étendre + drapum : drap). Il est attesté en français dès le XIVe siècle, sous la forme speradrapu, dans un ouvrage de chirurgie. En ancien français, le mot drap ne désignait pas un élément de la literie (Bettwäsche), mais le tissu en général.

Le sparadrap, c’était donc à l’origine un morceau d'étoffe enduit (einschmieren) d’onguent. Avec le temps, la bande textile est devenue adhésive et elle sert à maintenir une compresse ; le mot sparadrap désigne aussi le pansement lui-même, et il est souvent connu sous le nom de la marque : Tricostéril en français, Hansaplast en allemand.

Avec le capitaine Haddock, il n'y a pas loin du sparadrap à l'emplâtre : en effet, "bougre d'emplâtre" (au sens figuré de personne molle et inefficace / Flasche) fait partie de la longue liste des jurons favoris du capitaine Haddock ("bachi-bouzouk, bande d'ectoplasmes, crème d'emplâtre à la graisse de hérisson", etc.)

 

     Pour être au courant

* Hergé : pseudonyme de l'auteur de bande dessinée belge (1907-1983), principalement connu pour Les Aventures de Tintin. Ce nom de plume est formé à partir de ses initiales de son nom "R" (pour Remi) et de son prénom "G" (pour Georges).

** du pansement au pavement : le mot Pflaster a désigné d'abord ce pansement soignant (Wundpflaster) avant d'être également utilisé au sens de revêtement de route (Straßenbelag), puis pavement et enfin pavé (Pflasterstein) : l'application (Auftragen) de ciment ou de goudron (Teer) sur la chaussée rappelait la manière dont l'emplâtre était enduit de pommade.

 

PLÄTZCHEN

Palatschinken

Crêpes

et Nativité
 

 

 

 

 

 

 

Que serait un Noël autrichien sans Weihnachtsbäckereien ?

Vanillekipferl, Linzeraugen, Kokosbusserl, Zimtsterne, Husarenkrapfen, Lebkuchen, Makronen, Nussstangerl… pour ne citer que quelques-unes des nombreuses sortes de petits biscuits de Noël dont la recette se transmet de génération en génération.
Selon les régions d’Autriche, on les appelle aussi Kekse, Krapferl ou Plätzchen.

Cette dernière dénomination, diminutif de Platz, est dérivée du mot latin placenta, lui-même emprunté au grec ancien plakóenta : ces trois mots ont le sens de gâteau plat et rond ou galette.

En français, le terme placenta (die Plazenta) ne désigne plus que l’organe qui connecte l’embryon à la paroi utérine (Gebärmutterwand) et lui apporte les nutriments (Nährstoff) et le dioxygène dont il a besoin.

Mais quel est le rapport entre cet organe et un gâteau ? Chez les humains et et les mammifères supérieurs, le placenta a une forme ronde et aplatie, d’où son nom dans les langues romanes. Et en allemand, le placenta est désigné couramment par le terme Mutterkuchen (littéralement : 'gâteau maternel') qui se réfère donc directement au sens primitif du mot placenta en latin.

Il existe en allemand un autre terme qui dérive - après quelques détours - de placenta, à savoir Palatschinke (un mets (Speise) qui n’est pas tout à fait l’équivalent de la crêpe * française).

Il est arrivé dans le lexique autrichien au XIXe siècle après un long voyage : le placenta latin a été adopté en roumain sous la forme plăcinta, puis en hongrois sous la forme palacsinta **, et enfin Palatschinke en allemand avec "slavisation" du suffixe (-inta →-inke), à une époque où l’empire des Habsbourg englobait plusieurs peuples slaves (Tchèques, Slovaques, Polonais, Ukrainiens, Slovènes, Croates, Serbes).

Contrairement au placenta qui est passé du genre féminin (latin : placenta, -ae, f.) au masculin en français (le placenta ≠ en allemand : die Plazenta), la crêpe (fine couche de pâte de forme ronde, cuite à la poêle) est dérivée du latin crispus (kraus, gekräuselt) qui a donné cresp (frisé, ondulé) en ancien français et, en français moderne, le crêpe (Krepp), une étoffe à l’aspect ondulé et à la texture grenue (kraus). La crêpe doit donc son nom à l’aspect ondulé, friselé que prend la pâte à la cuisson.

L'évocation des crêpes, Palatschinken, Weihnachtsbäckereien et Plätzchen vous a mis l'eau à la bouche (es läuft Ihnen das Wasser im Munde zusammen) ? La fin de ce Mot du Jour - qui revient sur le rapport entre la naissance et le gâteau - pourrait bien vous couper l'appétit...

La placentophagie est courante chez les mammifères : manger le placenta après la naissance permet à la femelle de récupérer des protéines, des vitamines, du fer et d'autres oligoéléments (Spurenelement) importants pour elle alors qu'elle allaite (stillen) son petit. Très rare chez les humains jusqu'ici, cette pratique est devenue populaire (surtout aux Etats-Unis) ces dernières années : mais rassurez-vous, le placenta n'est pas "mangé tout cru", il est le plus souvent ingéré sous une forme déshydratée !

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* la pâte à crêpe est plus liquide que celle des Palatschinken et les crêpes sont plus fines.

** le premier "a" de palacsinta (prononcé comme un "o" ouvert) a été rajouté pour des raisons phoniques, la langue hongroise ne connaissant pas de double consonne initiale (pla- → pala-).

 

MANCHOT ou
PINGOUIN ?

 

 


manchot

 

 


le vol du pingouin...

 

 


Georges-Louis Buffon

 

 


Gigi Buffon

Où il va être démontré qu'un pingouin peut être manchot
et qu'un manchot peut se comporter comme un pingouin !

Un manchot, c’est quelqu’un qui est privé d’une main ou d’un bras... ou même des deux. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le mot n’a rien à voir avec des manches (Ärmel). C’est même une tout autre paire de manches (das ist etwas ganz anderes) !

Il a pour origine le verbe manquer.

Le manchot, oiseau palmipède (Schwimmvogel) marin qui vit dans les régions australes (südlich), en particulier dans l’Antarctique, possède des membres antérieurs atrophiés (verkümmert), impropres (ungeeignet) au vol. C'est la raison pour laquelle le naturaliste français du XVIIIe siècle,  G.-L. Buffon*, lui a donné le nom de manchot.

La confusion est fréquente entre le pingouin et le manchot en raison d’une certaine ressemblance physique, et également parce que, dans la plupart des langues européennes, le manchot austral est désigné sous le nom de Pinguin / penguin / pingüino /  pingüim...**

La différence essentielle ? Les pingouins (Alk, Tordalk en allemand) - qui vivent dans l’Atlantique nord - peuvent voler, pas les manchots.

Au sens figuré, "manchot" et "pingouin" ont une connotation péjorative.

- Un manchot est un maladroit. Inversement, quelqu’un qui n’est "pas manchot" est habile de ses mains.
- Un pingouin, c’est un individu qu'on ne prend pas au sérieux, un drôle de zigoto (seltsamer Kauz, Hanswurst) ***
- Etre habillé en pingouin, c'est porter un smoking et avoir l'air emprunté (unbeholfen), un peu déguisé.
 

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* Un Buffon peut en cacher un autre : il ne s'agit pas là pas de Gianluigi Buffon, le gardien de but italien, recruté dernièrement par le Paris-Saint-Germain, mais de Georges-Louis Buffon, le naturaliste français du XVIIIe siècle. Avouons que leurs prénoms se ressemblent aussi...

** Pinguin (allemand) / pingüino (espagnol) /  pingüim (portugais)...  sont des calques (Lehnübersetzung) de l'anglais penguin qui, jusqu'au XVIIIe siècle, désignait seulement les véritables pingouins, oiseaux de l'hémisphère nord, capables de voler.

- Certains lexicologues pensent que le mot dérive dérive du latin pinguis = gras.
- D'autres estiment que le mot vient du gallois (walisisch) pen gwyn (tête blanche), mot que l'on retrouve en breton : pen gwenn, avec la même signification.
Il aurait d'abord qualifié différentes espèces de palmipèdes (Schwimmvogel), dont le macareux (Papageientaucher)  - qui a vraiment la tête blanche, contrairement au pingouin.

*** Un pingouin a fait l'actualité en 2003, lorsque Carla Bruni, épouse de l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, a sorti un nouveau disque : la chanson intitulée "Le Pingouin" serait une allusion plus ou moins directe au successeur de son mari à l’Elysée, François Hollande.

Le "pingouin" - version Carla Bruni - est un véritable mufle (Rüpel) :
"Il prend son petit air souverain
Mais j'le connais, moi, l'pingouin
N'a pas de manières de châtelain
Hé, le pingouin ! Si un jour tu recroises mon chemin
Je t'apprendrai, le pingouin, je t'apprendrai à me faire le baise-main."

La chanteuse a démenti toute allusion... sans vraiment convaincre. (article)

 

ECHARPE

 


Miss France 2016
Iris Mittenaere
 


écharpe de maire
 


Prince Louis d'Orléans
 


Léopold V de Babenberg

Quel est le rapport entre Miss France et les maires de France ?

Le premier point commun est l'âge minimum pour se présenter au vote : les candidates du concours de Miss France, tout comme ceux et celles qui briguent (sich um etw. bewerben) la fonction de maire doivent avoir au minimum 18 ans.

L'âge maximum est fixé à 25 ans pour les aspirantes (Anwärter) au titre de Miss France, par contre, il n'y a pas de limite d'âge pour les édiles (Stadtvater) municipaux : le plus vieux de France, Jean Savoie, a actuellement 90 ans.


Les Miss et les maires ont un deuxième point commun, à savoir leur écharpe * (Schärpe), symbole de leur fonction : celle de Miss France est blanche avec des lettres bleues ; celle des maires est, naturellement, bleu-blanc-rouge avec des glands (Quaste) et des franges d'or.

Avant de célébrer un mariage ou de participer à une cérémonie publique, le maire ceint (umlegen) l'écharpe sur l'épaule droite et la ferme sur la hanche gauche, en faisant bien attention que la bande bleue se trouve du côté du col. En effet, les parlementaires (députés et sénateurs) portent aussi l'écharpe tricolore en bandoulière (schrägt umgehängt), mais avec la bande rouge du côté du col. On ne plaisante pas avec cette tradition qui, paraît-il, remonte à l'Assemblée nationale constituante de 1848 !

Avant de devenir un attribut honorifique, l'écharpe était une large bande de tissu portée - en bandoulière ou autour de la taille ** - sur l'armure des combattants : elle permettait de distinguer leur rang et leur appartenance à un parti ou un pays, à une époque où les uniformes n'existaient pas encore.

 

L'allemand Schärpe vient du vieux français escherpe qui est lui-même dérivé du bas-francique skirpja : panier de jonc ← du latin scirpus : jonc (Binse).

En effet, au XIIe siècle, escharpe, désigne une sacoche de pèlerin, d'abord confectionnée avec des végétaux comme les joncs, plus tard avec du cuir.  Sur le chemin de la Palestine ou de Saint-Jacques de Compostelle, les pèlerins portaient cette besace (Umhängetasche)  en bandoulière ***.

 

     Pour être au courant

 

* Aujourd'hui, le mot écharpe a également le sens de cache-nez (Schal) ou de bandage destiné à maintenir l'avant-bras fléchi (Armbinde)
 

** C'est ainsi que Léopold V de Babenberg, duc de Styrie à partir de 1192 (né en 1157 - mort à Graz en 1194) portait son écharpe :
- selon la légende, c'est lui qui serait à l'origine du drapeau rouge-blanc-rouge autrichien : gravement blessé lors du siège de Saint-Jean-d'Acre (en 1191, pendant la troisième Croisade / Kreuzzug), il retire sa large ceinture qui laisse apparaître une bande restée blanche sur sa tunique rougie par le sang.
- au cours de ce même siège en Palestine, il aurait eu une querelle avec le roi d'Angleterre Richard Coeur de Lion. Rentré en Autriche, il a capturé son rival et l'a détenu pendant quelques mois dans la forteresse de Dürnstein (Basse-Autriche) dans l'attente de sa rançon (Lösegeld).
 

*** Curieusement, les bandits de grand chemin (Wegelagerer) qui attaquaient parfois les pèlerins ont une parenté étymologique avec le mot bandoulière  : celui-ci est en effet emprunté au catalan bandolera  qui désigne une bande de cuir passant en diagonale de l'épaule gauche sous le bras opposé et servant à suspendre le mousqueton (Karabiner) du bandoler. Le bandit pouvait ainsi facilement saisir son arme de la main droite.

Si - contrairement à ces brigands - les pèlerins, les Miss et les maires portent l'écharpe en bandoulière sur l'épaule droite, c'est que - en principe -  ils ne portent pas d'arme et se trouvent "sur le droit chemin".

 

LUCE,
ma PUCE

 

 


Sainte Luce par Domenico Baccafumi

 

 


zoom sur la puce !

 

 


Jeanne d'Arc
miniature
(vers 1450-1500)

"A la Sainte-Luce, les jours grandissent d'un saut de puce" : tel est le dicton du 13 décembre.

Pour en savoir plus sur cet adage (Sinnspruch) populaire et ses équivalents en allemand, c’est par ici ►

Mais pourquoi comparer la minuscule augmentation de la durée du jour fin décembre avec un saut de puce ?

Même si cet insecte est capable de faire un bond équivalent à 300 fois sa taille (qui est en moyenne de 5 mm), cela ne représente jamais que 1 m 50, ce qui est effectivement très modeste à l’échelle de la Terre.

C’est plus probablement la rime Luce - puce qui a été décisive dans le choix de ce parasite.

C'est également pour une raison de rime que de nombreuses petites filles prénommées Luce sont surnommées ma puce.
De la même manière, on ne compte plus les jeunes Antonin qui ont reçu le surnom affectueux mon poussin (Küken) ! (1)

Puce et poussin ? Mélange des genres ? Grammaticalement oui (la puce / le poussin), étymologiquement, non, car le surnom de "puce" n’a rien à voir avec le parasite (qui n’est pas particulièrement mignon (niedlich, süß) ou attendrissant, ni par son physique ni par sa fâcheuse tendance à nous piquer). Il a par contre un lien avec le petit de la poule.

Il vient du latin pulcella qui semble être un diminutif de puella (petite fille) combiné au mot pullus, qui désigne le petit d’un animal et dont dérivent - entre autres - le poussin mais aussi le poulain (Fohlen 2), petit du cheval et de la jument !

Et la pucelle, alors, d’où vient-elle ? La plus célèbre pucelle de l’Histoire est sans contexte Jeanne d’Arc. Si elle était déjà surnommée la pucelle par ses contemporains, ce n’est pas parce qu’elle était vierge (sens actuel du terme : Jungfrau) (3), mais c’est à cause de son jeune âge : elle n'avait probablement que 17-18 ans lorsqu’elle a conduit les armées françaises à la victoire contre les Anglais, obligeant ces derniers à lever le siège (Belagerung) d’Orléans (4).

 

     Pour être au courant

 

1- On retrouve les mêmes tendances "zoologiques" en allemand avec différents surnoms hypocoristiques (verniedlichend), le plus souvent formés avec le suffixe diminutif –chen : mein Spatz / Spätzchen (moineau), meine Maus / mein Mäuschen (souricette, souriceau), Häschen (lapinou), Bärchen (ourson, nounours)...

2- le mot Fohlen (le poulain)  vient, lui aussi, du latin pullusfula (gothique) → folo (ancien haut allemand) → vol, vole (moyen haut allemand).

3- En effet, à l’époque (c’est-à-dire au début du XVe siècle), le sens premier de pucelle n’était pas vierge. Cependant la question de la virginité, et donc de la pureté, de Jeanne d’Arc était essentielle pour prouver qu’elle était bien l’envoyée de Dieu.

4- L’héroïne de la Guerre de Cent Ans est appelée couramment Jeanne d’Arc en français : son nom de famille Darc a été transformé en d’Arc lorsque sa famille a été anoblie par Charles VII.
Par contre, en allemand, elle est plus connue sous le nom de Johanna von Orléans, die Jungfrau von Orléans, en souvenir de son premier exploit à la tête des troupes françaises en avril 1429 : la libération d’Orléans.
Comme elle ignorait elle-même sa date de naissance exacte (vers 1412 ?), on en est réduit à des hypothèses à propos de son âge.
 

ARDOISE

 

 

 

 

"Le mouvement des Gilets jaunes va coûter très cher aux finances publiques. (...) Quel sera le montant total de l'ardoise ? (...) Les blocages de la circulation et les manifestations violentes ont donné un coup d'arrêt à la croissance. (...) Côté tourisme, la bérézina * est de retour. Les images de guérillas urbaines et de voitures en flammes dans les quartiers chics de la capitale ont fait la une des médias du monde entier..." (article)

L’ardoise désigne ici l’addition, la facture à payer. La locution est née de l’usage qui consiste pour un commerçant, - en particulier les propriétaires ou tenanciers (Pächter) de tavernes et autres débits de boisson - à ouvrir un crédit à certains de leurs clients et à inscrire au fur et à mesure leurs dettes sur une ardoise **.

Cette mesure de précaution s’explique peut-être par le fait que leurs clients, lorsqu’ils étaient éméchés (beschwipst) ou complètement ivres, n’étaient pas toujours en état de payer ou de se souvenir de ce qu’ils avaient consommé. Leurs dettes étaient ainsi inscrites, blanc sur noir...***

C’est la même pratique de crédit qui a donné naissance à l’expression allemande équivalente : avoir une ardoise (chez un commerçant), se traduit par in der Kreide stehen (littéralement : être dans la craie), une locution attestée depuis le XVe siècle. Le support (Schiefertafel) sur lequel on inscrit les sommes dues est ici remplacé par le bâton de craie qui sert à les marquer.

Notons au passage que les mots craie et Kreide ont la même origine étymologique, à savoir le latin creta (qui n’a rien à voir avec l’île de Crète...  formée de roches calcaires et pas de schistes / Schiefer) : un mot qui a donné deux formes très proches : creide en ancien français (mot attesté au XIe siècle) et kride en moyen haut allemand.

C'est l'occasion ou jamais (en effet, la minéralogie n'est pas un sujet fréquemment traité dans cette rubrique...) de signaler une autre similitude étymologique et une racine indo-germanique commune :

le schiste / Schiefer est une roche qui a pour particularité d'avoir une structure feuilletée et de se débiter (zuschneiden) en plaques fines ou "feuillet rocheux", d'où son nom, en français et en allemand :
- schiste (attesté en français depuis le XVIe siècle) vient du grec ancien σχιστός = skhistos (séparé, fendu, qu'on peut fendre)
Schiefer vient du germanique skifran (schneiden, trennen) → moyen haut allemand schiveren (splittern).

 

     Pour être au courant

 

* L’expression c’est la bérézina est synonyme de débâcle. Toponyme, la Bérézina est le nom d’une rivière de Biélorussie qui a été le théâtre d’une des plus lourdes défaites napoléoniennes, en novembre 1812, lors de la retraite de la Campagne de Russie. La Bérézina est alors en pleine débâcle (Eisgang), au sens propre du terme, c’est-à-dire que les plaques de glace qui recouvrent le cours d’eau sont en train de se disloquer et sont emportées par le courant. Sur les 70 000 soldats de la Grande Armée, seuls 40 000 ont pu traverser la rivière avant l’arrivée des Russes qui les poursuivaient.

** Les lexicologues estiment qu’ardoise est un des - rares - mots français d’origine gauloise et dériverait d’un radical ard(u)- (haut, élevé) qu’on retrouve dans Ardu-enna, qui désigne le massif des Ardennes, région où sont exploitées des carrières (Steinbruch) d’ardoise - un matériau qui est utilisé pour couvrir les toits (Dachschiefer) dans la moitié Nord de la France, alors que dans le Sud, ces pierres plates s’appellent des lauzes.

*** blanc sur noir... Avec le temps, l’expression a évolué : à l’école comme dans les pratiques commerciales, le papier a remplacé l’ardoise, le tableau blanc et les marqueurs se sont substitués au tableau noir et à la craie. C’est ce qui est écrit noir sur blanc (schwarz auf weiß) qui est aujourd’hui considéré comme une preuve formelle, une garantie.
Au fond d'écran noir des ordinateurs sous DOS, sur lequel on écrivait en blanc, ont succédé des logiciels de traitement de texte où l'on écrit noir sur blanc...

 

LARVE

 

 

 

 

 


statue du Jupiter
de Smyrne
(Louvre)

 

"Les divergences larvées viennent d'éclater au grand jour. Entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe, rien ne va plus. Et pour cause, moins de 24 heures après l'annonce par le premier ministre d'une pause fiscale de six mois sur les carburants, l'Élysée a annoncé l'abandon pur et simple de l'augmentation initialement prévue. Bref, deux sons de cloche très différents au plus haut sommet de l'État." (article)

Ce qui est larvé, c’est ce qui couve (schwelen), ce qui existe d’une manière latente. Le désaccord existant entre le président et le premier ministre en matière de politique fiscale vient de se manifester clairement à travers deux prises de position contradictoires : ces "deux sons de cloche"  (ganz verschiedene Versionen) - de Matignon et de l’Elysée - révèlent une certaine cacophonie. Pour rester dans le registre campanaire (Glocken betreffend), on pourrait dire - familièrement - qu’Edouard Philippe s’est fait sonner les cloches (heruntergeputzt, abgekanzelt werden) par Emmanuel Macron...

L’article est intitulé "Gilets jaunes : Macron annule la hausse et corrige Philippe."
Vu le contexte, on peut interpréter le verbe corriger aussi bien au sens de richtigstellen (rectifier ce qui est erroné) que de tadeln (réprimander)... voire verhauen (taper sur qn, le châtier corporellement).

Ce mauvais traitement n’est cependant rien comparé aux supplices que les larves faisaient subir aux Romains dans l’Antiquité : en effet, en latin le mot larva désignait un fantôme hideux (grauenhaft) et malfaisant qui revenait sur terre pour tourmenter (quälen) les vivants.

C’est dans ce sens-là que le terme larve est entré dans la langue française au XVe siècle, avant de prendre au XVIIIe siècle, avec le développement des sciences naturelles, le sens que nous lui connaissons aujourd’hui : forme intermédiaire de certains animaux, notamment les insectes, au premier stade de leur développement, une forme qui cache encore l’apparence qu’ils auront à l’âge adulte.

Par extension, larve désigne aussi un être sans valeur, méprisable (Jammergestalt).

Après avoir évoqué les hideux fantômes antiques et les larves de mouches, le dictionnaire du CNRTL propose une citation - qui vient fort à propos (sehr gelegen kommen) dans le contexte de notre Mot du Jour... - à savoir un extrait des "Mouches" (Acte III, scène 2) de Jean-Paul Sartre :

Oreste interpelle Jupiter :
"Tu es le roi des dieux, Jupiter... Mais tu n’es pas le roi des hommes.
Jupiter : Je ne suis pas ton roi, larve impudente ? Qui donc t’a créé ?
Oreste : Toi. Mais il ne fallait pas me créer libre.
Jupiter : Je t’ai donné ta liberté pour me servir.
Oreste : Il se peut, mais elle s’est retournée contre toi..."

Jusqu'à présent, on n'avait jamais fait le parallèle entre Edouard Philippe et Oreste (littéralement : celui qui habite les montagnes). Mais, dès le mois d'octobre 2016, Emmanuel Macron avait déclaré vouloir être un chef de l'Etat "jupitérien"...

 

la
SAINTE-BARBE

 

 

 

 


blé germé de la Sainte-Barbe

 

 


amadou
Zunderschwamm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 4 décembre, je fête la Sainte-Barbe... à la provençale : la tradition est de faire germer (keimen) des grains de blé (ou des lentilles) de la dernière récolte dans trois soucoupes (Untertasse), sur de l’ouate humectée (befeuchten) d’eau.

Si la germination se fait bien, c’est le signe que la prochaine moisson (Getreideernte) sera abondante. « Quand lou blad vèn bèn, tout vèn bèn ! » affirme le dicton provençal (Quand le blé vient bien, tout vient bien).

A Noël, ces trois soucoupes (qui représentent la Trinité) sont remplies de belles pousses vertes qui restent bien droites car on les entoure d’un petit ruban, la faveur (1). Elles servent à décorer la crèche avec les santons (= "les petits saints" / Krippenfiguren) et y restent jusqu’à l’Epiphanie. Les pousses sont ensuite plantées en pleine terre (Freiland).

Cette coutume - encore bien vivante en Provence - est un rite de fécondité (Fruchtbarkeit) d’origine païenne (heidnisch), récupéré par l’Eglise catholique. (2)

 

Qui était sainte Barbe ? Selon la légende, cette jeune fille aurait vécu en Anatolie au milieu du IIIe siècle de notre ère. Comme elle refusait d’épouser le païen que son père Dioscore lui avait choisi comme mari, elle fut emprisonnée. Elle ne voulut pas renier (abschwören) sa foi chrétienne et fut torturée. Son père lui trancha lui-même la gorge. Dioscore fut alors frappé par la foudre. Voilà pourquoi sainte Barbe - la martyre qui a été vengée par le feu du ciel - est aujourd’hui la patronne des artilleurs, des artificiers (Sprengmeister) et des pompiers.

C’est ce qui explique également que, sur les anciens navires de guerre, on appelait sainte-barbe (avec des minuscules) le lieu où étaient stockées (lagern) les munitions et la poudre. Cette soute (Laderaum) se trouvait au-dessous de la ligne de flottaison du bateau (Wasserlinie), si bien que, en cas de risque d’incendie, on pouvait submerger (unter Wasser setzen) la sainte-barbe et éviter l’explosion des munitions. (3)

 

En allemand, cet entrepôt (Lager) portait tout simplement le nom de Pulverkammer, mais il était également désigné sous le nom - apparemment plus insolite - de Krautkammer. Il faut rappeler que, depuis le XVe siècle, le mot Kraut (au sens général de végétal) était connu comme synonyme de poudre : en effet, la mise à feu des armes se faisait grâce à un Zündschwamm appelé également Zündkraut. Il s’agit là de l’amadou (4) une espèce de champignon à la chair spongieuse qui était utilisé comme substance inflammable dès le Néolithique (4) - d’où son nom de Zunderschwamm / Feuerschwamm (littéralement éponge à mettre le feu).
 

 

     Pour être au courant

(1) au XVIe siècle, le mot faveur (du latin favor : Gunst) désignait le ruban donné à un chevalier par la dame de ses pensées (die Angebetete). Aujourd’hui, c’est simplement un petit ruban étroit en tissu léger (Seidenband).

(2) Comment fête-t-on la Sainte-Barbe (Barbaratag) en Autriche ?

On écrit sainte Barbe (adjectif avec minuscule, nom propre avec majuscule, et sans trait d'union) quand il s'agit de la sainte fêtée par les Eglises chrétiennes.
La Sainte-Barbe (majuscules et trait d'union) désigne le jour de sa fête, le 4/12.
La sainte-barbe (minuscules et trait d'union), c'est l'entrepôt à poudre.
 

(3) Le nom commun sainte-barbe est tombé en désuétude (unüblich werden) à la fin du XIXe siècle, avec l’apparition des obus (Granate) : on n’avait plus besoin de charger la poudre en vrac (lose) par la bouche (Mündung) du pistolet ou du canon (Vorderlader), car ces nouveaux projectiles creux étaient eux-mêmes remplis de matière explosive.

A propos de poudre : il ne faut pas confondre la  poudrière (Pulvermagazin, Pulverkammer) et le poudrier (Puderdose) !

(4) Le mot amadou est d’origine provençale. Dans la langue de Mistral, il signifie amoureux, par allusion à sa capacité à prendre feu (Feuer fangen), comme le soupirant (Verehrer) frappé par le coup de foudre (Liebe auf den ersten Blick).

(5) On a retrouvé de l’amadou dans le sac du chasseur Ötzi qui a vécu environ 3300 ans avant notre ère et dont la momie a été découverte en 1991 dans le glacier du Hauslabjoch, à la frontière austro-italienne. L’amadou se trouvait dans une sorte de nécessaire à feu contenant également un morceau de silex (Feuerstein) et des fragments de pyrite.

 

HAMEAU

 

 

 

la ferme du
Hameau de la Reine
 

 

Panneau indiquant un hameau de l'Yonne : Les Gouts (5)
(attention à bien l'orthographier !)

 

 

le Joueur de flûte de Hamelin

 

 

 

le Grand Ballon de Guebwiller (Haut-Rhin)

 

 

 

 

 

Echange de bons procédés : un mot français d'origine germanique : le HAMEAU - pour un mot allemand d'origine romane : der WEILER.
 

La reine Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI et fille de Marie-Thérèse d'Autriche, souhaitait échapper aux contraintes de la cour et rêvait d'une vie plus "rustique" - sans pour autant devoir renoncer au luxe royal. C'est à sa demande qu'a été construit le Hameau de la Reine, dépendance du Petit Trianon, situé dans le parc du Château de Versailles. Commencés en 1783, les travaux se sont terminés juste  trois ans avant la Révolution de 1789.

Cet engouement (Schwärmerei) pour la vie champêtre qui se répand alors dans les cours européennes est le reflet des idées rousseauistes : retour à la vie simple et naturelle à la campagne, et aux vertus ancestrales.

En 2006, le Hameau a été, pour la première fois de son histoire, ouvert au public. Il vient d’être restauré.
 

Ce Hameau faussement rustique (1) n'a pas grand-chose à voir avec les "lieux-dits" (Flurname) qu'on rencontre dans les campagnes françaises :  souvent formé à l'origine autour d'une ferme, le hameau est un groupe de quelques habitations, situé à l'écart d'un village, et trop petit pour former une commune.

Attesté en ancien français à la fin du XIIe siècle sous la forme hamel, diminutif de ham, le mot hameau est d'origine germanique : il est issu du bas francique haim (domaine, foyer) qui a donné Heim en allemand moderne et home en anglais. (2)

On trouve le radical ham dans de nombreux toponymes des régions du Nord de la France, comme le Fort de Ham (dans la Somme) d'où s'est échappé Louis-Napoléon Bonaparte - futur Napoléon III - en 1846, ou Hamelin (petite commune de la Manche), qu'il ne faut pas confondre avec la ville de Hamelin (3) (Hameln en Basse-Saxe).

Ce qui nous ramène dans l'espace germanophone où un hameau se dit Weiler. Attesté en moyen-haut allemand sous la forme wīler, Weiler est une forme germanisée du latin villare, de l'adjectif villaris qui signifie "qui fait partie de la villa", au sens de domaine à la campagne (Landgut, Gutshof).

La maison de maître des riches propriétaires romains établis en Rhétie, en Pannonie ou en Norique était entourée de dépendances destinées au personnel domestique ou agricole : l'ensemble de ces bâtiments formait un villare → wīler → Weiler.

Le nom de la ville de Guebwiller (4) (Gebweiler en allemand), située dans le Haut-Rhin à 23 km au nord-ouest de Mulhouse, a la même origine : il apparait pour la première fois au VIIIe siècle, dans un acte de donation, sous la forme villa Gebunvillare (de gebo, "l'ami qui donne"). Il s'agit alors d'un simple domaine agricole.

Apparemment, à cette époque, on avait déjà oublié l'étymologie de ce Gebunvillare puisqu'on a cru bon d'y rajouter le terme villa, créant ainsi un pléonasme.

 

     Pour être au courant

 

1 - une idylle champêtre en trompe-l'oeil... Pour donner un aspect rustique aux bâtiments, les entrepreneurs, Tolède et Dardignac, ont peint les façades en imitation de vieille brique (Backstein), de bois vermoulu (wurmstichig) et de pierre effritée (bröckelig), avec des lézardes (Riss in der Mauer) et des crépis (Verputz) tombants. Une façade contrastant avec le raffinement qui régnait à l'intérieur.

2 - "h aspiré" - C’est en raison de cette origine germanique que le "h" initial de hameau est "aspiré" (au contraire du "h muet")
Ni l’élision (l’hameau) ni la liaison (un hameau [œ̃ nɑmo ]) ne sont possibles. Ainsi, on prononce et on écrit : le hameau, un beau hameau.

3 - Hamelin / Hameln est célèbre pour la légende du "Joueur de flûte de Hamelin" ("Der Rattenfänger von Hameln"). Le nom de la ville aurait une origine différente du Hamelin français : il dériverait de ham (mot anglo-saxon qui désigne non seulement le jambon, mais aussi la partie postérieure du genou : le jarret (Hachse) → d'où courbure, sinuosité d'une rivière), racine que l'on retrouve dans Hamburg (Burg an der Flussbiegung) en Allemagne ou Hambledon  en Angleterre (dans le Hampshire)

4 - le nom de Guebwiller est encore plus connu par le Grand Ballon de Guebwiller (Sultzer Belchen), point culminant du massif des Vosges. La montagne est nommée "ballon" en raison de sa forme arrondie.

5 - Les Gouts : ce toponyme n'a rien à voir avec son homophone l'égout (Abwasserkanal) et n'a probablement pas de rapport non plus avec les goûts (Geschmack).

l'écrou, la vis et ... la truie : une histoire de genre FrAu ModJo - 2018

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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