Le mot du jour franco-autrichien
 

PANNE

et

COUAC !

 

 

 

 

Investiture / Angelobung
du gouvernement autrichien
(sans sous-titres...)

 

 

Florence Foster Jenkins, (1868-1944)
la "reine des couacs"

 

 


mât (vertical) et vergue (horizontale) d'un voilier

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

Couac à l'ORF : l’investiture de Sebastian Kurz sur la vidéo diffusée en replay était en "version telenovela".

Les images du président Van der Bellen, du chancelier Kurz et des membres du gouvernement étaient sous-titrés avec les dialogues de la telenovela "Alisa - suis ton cœur", diffusée juste avant. L’ORF a rectifié le tir (etw. richtig stetllen) très rapidement, mais les captures d’écran sont devenues virales. (article)


Un couac, c'est à l'origine une onomatopée reproduisant le cri de certains oiseaux, comme le canard dont le "chant" n'est pas réputé pour être particulièrement harmonieux.

C'est pourquoi le mot est devenu, au XIXe siècle, synonyme de "fausse note" produite par un instrument de musique ou par un chanteur : par exemple, la chanteuse américaine Florence Foster Jenkins - interprétée par Meryl Streep dans le film biographique du même nom (2016) -  est considérée comme la "reine du couac".


Aujourd'hui, le terme est souvent employé pour décrire la cacophonie qui règne dans le domaine politique, par exemple lorsque deux ministres font des annonces contradictoires sur le même sujet, révélant ainsi des différences d'opinion, voire des désaccords profonds au sein du gouvernement. En se faisant l'écho de (berichten über, etw. weitererzählen) ces couacs politiques, la presse dénonce les ratés de la communicatiion du gouvernement, le manque d'harmonie en son sein, ainsi que l'absence d'un chef d'orchestre qui ferait taire les voix discordantes et enjoindrait (jm etw. vorschreiben) aux ministres d'accorder leurs violons (sich einigen) pour, enfin, parler d'une seule voix !

"Couac, accord, désaccord, discordant, chef d'orchestre, écho, fausse note, harmonie, violons, voix..." forment un champ lexical commun à la musique et à la politique.


Le couac qui s'est produit à l'ORF lors de l'investiture du nouveau de gouvernement de coalition turquoise-vert est un dysfonctionnement involontaire - et non un acte de sabotage réalisé par un collaborateur mécontent, ou une cyberattaque lancée par une nation ennemie ! Il a provoqué l'hilarité (Heiterkeit, Gelächter) des internautes... et la consternation (Bestürzung) des responsables de l'ORF.

La presse autrichienne a qualifié ce "couac" de Panne : "Skurrile ORF-Panne bei Angelobung. Falsche Untertitel sorgen für Erheiterung und Kopfschütteln."

Le mot français "panne" n'est pas l'équivalent de Panne au sens figuré de "couac", "dysfonctionnement fâcheux (peinlicher, ärgerlicher Vorfall)". On ne pourrait donc pas traduire "Panne bizarre à l'ORF".

En français contemporain, une panne est l'arrêt momentané, accidentel et subit, du fonctionnement d'un mécanisme, d'un moteur, d'un appareil. Cette définition ne date cependant que de la fin du XIXe siècle, époque qui a vu le développement de la mécanisation et de la motorisation. C'est alors que le mot a été emprunté dans ce sens en allemand.

Au XXe siècle, le sens du terme s'est élargi pour signifier également "cessation de l'alimentation ou de la fourniture (Versorgung)." On connaît alors des pannes d'électricité, d'essence ou d'Internet.


Mais, à l'origine, le mot panne (dérivé du latin pinna, variante de penna, la plume) vient du domaine de la marine à voile : il désignait l'extrémité de la vergue (Rah) d'un bateau, car le bout effilé (Rahnocke) de ce mât horizontal ressemble au tuyau d'une plume (Federkiel).

A partir du XVIe siècle, "mettre en panne" ou "prendre la panne" signifie disposer les voiles déployées de manière à ce que le bateau ne prenne pas le vent - en orientant les vergues parallèlement au vent - et donc immobiliser le bateau ou le laisser simplement dériver (abtreiben) : il reste ainsi "en panne", donc à l'arrêt, en attente. Il s'agissait alors d'une "panne de vent" et pas encore d'une panne de carburant (Treibstoff), mais c'est bien là l'origine des expressions modernes "être en panne" ou "avoir une panne".
 

 

 

 

 

sous-FIFRE

 

 

 

le Joueur de fifre
d'Edouard Manet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


chanterelle, girolle
Pfifferling,
Eierschwammerl

 

 

 


liard de France
 

 

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

Crash de l'avion ukrainien touché par un missile •• Rakete, Flugkörper •• iranien : le président Rohani a annoncé que les 'coupables' seraient jugés et punis. Reste à savoir si le sacrifice de quelques sous-fifres suffira à calmer la colère de la population.

Comme dans l'affaire Khashogghi, il est à craindre que les vrais (hauts) responsables ne soient pas inquiétés •• einer Strafe angedroht werden •• et que l'on désigne, comme boucs émissaires •• Sündenbock •• , des subalternes •• Untergebener •• .

Un sous-fifre est en effet une personne qui se situe au bas de l'échelle hiérarchique. Le mot - qui n'a rien à voir avec l'instrument de musique, la petite flûte traversière (le fifre = Querpfeife) - est attesté en français depuis la fin du XIXe siècle. Il désigne alors les apprentis •• Lehrling •• inexpérimentés et souvent maladroits puis se généralise : le sous-fifre est un simple employé ou travailleur de peu d'importance : ein kleiner Angestellter.

Fifre vient de fifrelin, mot déjà utilisé au début du XIXe siècle dans le langage des marins pour désigner un objet sans valeur. L'expression "ça ne vaut pas un fifrelin" est le calque •• Lehnübersetzung •• de la locution allemande, attestée dès le XVIe siècle, "das ist keinen Pfifferling wert" = ça n'a pas aucune valeur.

La question est maintenant de savoir quelle est l'origine de l'expression allemande. A-t-elle un rapport avec le champignon du même nom, le Pfifferling - qui doit son nom à son goût légèrement poivré •• gepfeffert •• - appelé Eierschwammerl en Autriche, et chanterelle ou girolle en français ?

A l'époque où est née la locution, la chanterelle était considérée comme un champignon commun •• weitverbreitet, üblich •• que l'on trouvait en abondance •• im Überfluss, in Hülle und Fülle •• et qui n'avait donc pas beaucoup de valeur marchande. Les choses ont bien changé ! De nos jours, c'est presque un produit de luxe qui se vend à environ 30 euros le kilo sur les marchés, beaucoup moins que la truffe, mais nettement plus que les champignons dits "de Paris" •• die sogennanten "Pariser Pilze" = Champignons •• (Champignon).

Certains lexicographes émettent •• vorbringen, aussprechen •• une autre hypothèse : l'expression "das ist keinen Pfifferling wert" se rapporterait •• sich beziehen auf •• plutôt à une pièce de monnaie de peu de valeur, la fünf Pfennig Münze, appelée familièrement Fünferle. Le mot a été déformé en "Pfifferle" puis "Pfifferling"'.

Cette hypothèse semble confirmée par les expressions suivantes qui se réfèrent, elles aussi, à des pièces de faible valeur : Cela ne vaut pas un sou. Cela ne vaut pas un liard.**

Les expressions exprimant le manque de valeur d'une chose ou le manque de considération •• Beachtung, Wertschätzung •• à l'égard •• gegenüber •• d'une personne considérée comme peu importante sont nombreuses en français :
- ça ne vaut pas un clou, pas tripette (littéralement : kleine Kutteln),
- ça ne vaut pas un pet de lapin (litt.: Kaninchenfurz).

En allemand, un sous-fifre est
- ein kleines Würstchen (expression qui traduit l'insignifiance de la personne et qui fait pendant •• entsprechen, das Gegenstück zu etw. bilden •• à "tripette")
- ein Handlanger : c'est à l'origine un manoeuvre •• Hilfsarbeiter •• , celui qui donne un coup de main •• mit Hand anlagen, jm zur Hand gehen •• , en particulier sur les chantiers de construction •• Baustelle •• . Le sens du mot a évolué et a acquis une connotation péjorative : "Handlanger bezeichnet  eine die Aufträge eines Anderen ausführende und erfüllende Person" (selon Wikipédia), donc un terme désignant un homme de main qui se charge des basses besognes •• se charger des basses besognes
die schmutzigen Geschäfte übernehmen
••
sur l'ordre d'un chef... tout comme le sous-fifre qui a probablement seulement obéi à ses supérieurs •• Vorgesetzter •• en déclenchant •• auslösen, einleiten •• le tir du missile qui a provoqué le crash de l'avion ukrainien et la mort de 173 personnes.
 

     Pour être au courant


* les différents noms de ce champignon
-  la chanterelle : du latin savant cantharella, emprunté au grec κ α ́ ν θ α ρ ο ς, kantharos qui signifie "coupe à boire", elle a été nommée ainsi en raison de la forme du chapeau du champignon.

- la girolle doit son nom à la forme en corolle •• Blumenkrone •• de son chapeau qui semble décrire un mouvement tournant (du latin gyrus : cercle, gyre).
Dans les dictionnaires (par ex. dans celui du CNRTL ou dans le Littré), on trouve un renvoi •• Verweis •• à l'allemand "Drehling". S'agirait-il d'une confusion •• Verwechslung •• ? En effet, l'un des noms dialectaux de ce champignon est "Reherl" ou "Rehling". Je n'ai pas trouvé de confirmation de cette parenté entre la girolle et un éventuel "Drehling".

- Le Dotterpilz ou Eierschwammerl doit tout simplement son nom à sa couleur jaune d'œuf.
 

** Des objets de peu de valeur
En français :
- le sou : à partir de l'adoption •• Übernahme, Einführung •• du système décimal (sous la Révolution), c'est une unité monétaire valant un vingtième de l'ancien franc, soit cinq centimes, c'est-à-dire moins d'un centime d'euro d'aujourd'hui.
- le liard de France était une petite monnaie de cuivre, en circulation •• im Umlauf •• du XVe au XVIIIe siècle et valant le quart d'un sou.

Dans d'autres langues :
- en anglais : that's not worth tuppence (cela ne vaut pas deux pence)
- en espagnol : no valer un duro (ne pas valoir une pièce de 5 pesetas)
- en néerlandais : Geen cent waard zijn (ne même pas valoir un centime)
- au Brésil : Não valer um tostão furado (ne pas valoir un sou troué)

 

le beurre et l'argent du BEURRE

 

 

 

 

 

 

auf zwei Hochzeiten tanzen

 

 

 

Weggli suisse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

Quel est le sujet qui fait la une •• Titelseite •• de tous les journaux d'outre-Manche •• Großbritannien =
auf der anderen Seite des Ärmelkanals
••
- des plus sérieux comme le Times aux plus sensationnalistes comme le Daily Mirror - ces jours-ci ? Le Brexit ? (1)

Pas du tout ! Il s'agit du "Megxit" (2), autrement dit la décision du prince Harry et de son épouse américaine Meghan de renoncer à leur rôle de premier plan au sein de •• (mitten) in •• la famille royale - et donc à leurs obligations - sans pour autant •• ohne deshalb zu… •• abandonner •• aufgeben •• leurs titres ni les avantages - entre autres financiers - de leur position.

Le chef des "Républicains" (mouvement britannique anti-monarchie), Graham Smith, s'indigne •• sich empören •• : "This really is wanting to have your cake and eat it too" (C'est vraiment  vouloir garder son gâteau et le manger aussi).


Ce désir de concilier •• zwei Dinge unter einen Hut bringen,
vereinbaren
••
deux choses incompatibles en misant •• setzen •• sur tous les tableaux afin de gagner sur tous les plans est proverbial depuis bien longtemps : en effet, on trouve l'expression "A man can not have his cake and eat his cake" dans une lettre du duc de Norfolk adressée à Thomas Cromwell en 1538. (3)

La locution correspondante française "Vouloir le beurre et l’argent du beurre" (4) n'est attestée que depuis le XIXe siècle mais est probablement apparue plus tôt. Tout comme le proverbe plus ancien "On ne peut pas avoir le lard •• Speck •• et le cochon", elle est l'expression même du bon sens •• gesunder Menschenverstand •• : il est évident qu'il est impossible "en même temps" de vendre son beurre tout en gardant l’argent ET le beurre. Il faut faire un choix entre deux avantages qui s'excluent •• sich ausschließen •• automatiquement. Et choisir, c’est renoncer •• verzichten •• ...


Le proverbe allemand rappelle, lui aussi, cette inconciliabilité •• Unvereinbarkeit •• et affirme "Mann kann nicht auf zwei Hochzeiten gleichzeitig tanzen" (on ne peut pas danser à deux mariages à la fois), à moins de posséder le don de bilocation •• Bilokation : présence simultanée d'une
même personne en deux endroits différents ••
...

 En espagnol, on ne peut pas "vouloir à la fois l'or et le maure" (5) (querer el oro y el moro), c'est-à-dire encaisser la rançon •• Lösegeld •• du prisonnier maure et le garder quand même en captivité •• Gefangenschaft •• .

L’expression employée en Suisse alémanique ressemble à la locution française, mais on passe de la crèmerie •• Milchgeschäft •• à la boulangerie : "Den Fünfer und das Weggli wollen ... und die Bäckerstochter noch dazu!"

Le suffixe diminutif "-li" est à la Suisse ce que la terminaison "-chen" est à l’Autriche, et le Weggli (le mot vient de Wecken : miche •• Brotlaib •• de pain), c'est un petit pain rond, fendu sur le dessus. Aussi courant (6) que la "Semmel" autrichienne, il lui ressemble par sa forme, mais la recette est différente puisque le Weggli contient aussi du lait, du sucre et du malt •• Backmalz •• .

La locution "den Fünfer und das Weggli wollen" remonte à une époque (le début du XXe siècle) où le petit pain suisse valait 5 centimes (5 Rappen)... Il coûte actuellement entre 0,60 et 1,30 €.


Parions que, même privés des subsides •• finanzielle Unterstürzung, Zuschüsse •• royaux, le duc et la duchesse de Sussex ne connaîtront pas de problèmes financiers et continueront à ignorer le prix de la "vraie vie", par ex. celui du pain et du beurre qu'on tartine •• streichen •• dessus.

 

     Pour être au courant


1- Un vote "historique" sur le Brexit, éclipsé •• in den Schatten stellen •• par le "Megxit". Après trois ans de blocages, les députés britanniques ont voté •• verabschieden •• la loi permettant au Royaume-Uni de quitter l'Union européenne le 31 janvier 2020.

2- Megxit : mot-valise composé de "Meghan", prénom de la duchesse de Sussex, + "exit" (sortie).

3- Le néologisme "cakeism" est inspiré par ce proverbe. Il est apparu en 2017, dans le contexte des négociations sur le Brexit, dans un article de la journaliste Bonnie Greer critiquant la stratégie de Theresa May.

4- On complète parfois l'expression par "... et le sourire de la crémière" - ou d'autres variantes plus grivoises •• schlüpfrig •• ... que je ne citerai pas !

5- Querer el oro y el moro : la formule date du XVe siècle, époque de "Reconquista" dans la péninsule ibérique encore en partie sous la domination musulmane.

6- La popularité de ce produit de boulangerie est proverbiale. D’un article •• Ware •• qui se vend très bien, on dit, selon les pays : Ca se vend comme des petits pains - Die Ware geht ab wie warme Semmeln  / wie warme Weggli.

 

avalanche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


fanion •• Fähnchen diminutif de Fahne,
drapeau : même étymologie ••
mettant en garde contre une avalanche de toit

 

 

 



avaler son chapeau

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

Miracle de Noël en Styrie (Autriche) : un skieur survit 5 heures sous une avalanche de neige. (article)
Les sauveteurs ont pu le localiser grâce à son ARVA •• Tracker, Pieps •• (Appareil de Recherche de Victimes d'Avalanche).


L'expression "avalanche de neige" n'est pas un pléonasme car le mot avalanche désigne une chute, un glissement, aussi bien de neige que de pierres.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'avalanche ne doit pas son nom au fait qu'elle "avale" tout ce et tous ceux qui se trouvent sur son passage, du moins pas au sens où l'on comprend le verbe avaler * aujourd'hui (c'est-à-dire "faire descendre par le gosier •• Kehle •• " = schlucken).

En effet, le premier sens du terme est descendre, par ex. un cours d'eau, c'est-à-dire se diriger vers l'aval •• flussabwärts •• , donc dans la direction de la vallée, opposée à l'amont •• flussaufwärts •• , c'est-à-dire du côté de la montagne. Dévaler •• hinunterrasen •• (descendre très rapidement une pente) fait naturellement partie de la même famille.


En français, la première forme attestée (au XVIe siècle) est "lavanche", mot dont l'origine se trouve - ce qui n'est pas surprenant... - dans les dialectes alpins comme le savoyard ou le parler du Val d'Aoste. "Lavanche" ne tarde pas •• bald etw. tun •• à être combiné avec le verbe "avaler" pour former "avallanche" puis "avalanche".

La lavanche - tout comme lavençhe en franco-provençal ou lavanca en provençal - vient du verbe latin labi ** qui signifie glisser.

En dialecte dauphinois, lavino, qui fait, lui aussi, partie des dérivés de labi, signifie rocher qui s'écroule •• einstürzen, zusammenbrechen •• , qui glisse.

Dans les Alpes, il n'y a pas loin de la chute de pierres à la coulée de neige et, bien entendu, le mot allemand Lawine a la même étymologie : en ancien haut allemand (VIIIe-IXe siècles) les formes lewina, louwin désignent d'abord un torrent •• Wildbach •• puis un éboulement •• Bergrutsch •• avant de signifier masse de neige qui se détache des montagnes et descend vers la vallée.

Les citadins •• Stadtbewohner •• ne sont cependant pas à l'abri de mini-avalanches, celles qui tombent des toits des maisons. En Autriche - et dans les régions de montagne en France - à l'arrivée de l'hiver des panneaux apparaissent sur la façade des bâtiments pour prévenir les passants... qu'ils passent sous ce toit à leurs risques et périls •• auf eigene Gefahr •• !

 

     Pour être au courant


* Le premier sens d'avaler est "descendre, faire descendre, baisser". Ainsi, l''expression "avaler son chapeau" ne signifie pas le manger, mais l'abaisser •• den Hut abnehmen •• ... et s'abaisser •• sich demütigen •• (généralement en signe de respect).
 

** Une famille instable mais riche... Quelques mots dérivés du radical latin labi :
- le laps •• (kurze) Zeitspanne •• (lapsus tempori) est un court espace de temps, du latin lapsus (mouvement rapide de glissement, d'écoulement •• Ablauf •• ) ;
- le lapsus est une glissade, qc qui vous échappe : que ce soit en parlant (lapsus linguae), en écrivant (lapsus calami) ou en tapant sur le clavier •• Tastatur •• (lapsus clavigeri, un néologisme) ; 
- l'adjectif relaps : retombé dans l'hérésie après l'avoir abjurée (rückfälliger Ketzer) ;
- le collapsus - de même que Kollaps et kollabieren - vient de collabi (s'affaisser •• in sich zusammensinken •• ) ;
- labile : "enclin à •• neigend •• glisser", instable, précaire, changeant - et labil : instable, fragile.

 

ROCAM-
BOLESQUE

 

 

 

 

 

Rocambole, héros de Ponson du Terrail
- clic pour agrandir -

 

 

Les aventures du baron de Münchhausen
- clic pour agrandir -

 

 

Le Voyage dans la lune de Cyrano de Bergerac
- clic pour agrandir -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"De nouveaux détails révélés •• aufdecken, preisgeben, enthüllen •• sur la fuite rocambolesque de Carlos Ghosn".
L'ex-patron de Renault-Nissan, inculpé •• anklagen •• pour malversations •• Unterschlagung, Veruntreuung •• financières présumées •• mutmaßlich •• , a rejoint le Liban alors qu'il était assigné à résidence •• unter Hausarrest stehen •• à Tokyo. Selon les rumeurs, il se serait caché dans une malle •• großer Koffer, Rollcontainer •• servant à transporter du matériel de musique, percée de petits trous pour lui permettre de respirer.


Une histoire rocambolesque, c'est une aventure remplie de péripéties •• unvorhergesehenes Ereignis, Schicksalswende •• extraordinaires, invraisemblables même : un vrai "roman", au sens de succession d'événements incroyables, abracadabrants •• wunderlich, haarsträubend •• (1) !

C'est ainsi que la plupart des médias francophones présentent la fuite de Carlos Ghosn qui a réussi à se soustraire •• sich entziehen •• à la surveillance dont il faisait l'objet au Japon pour se rendre - via la Turquie - au Liban où il se trouve en sécurité puisque le Pays du Cèdre n'extrade •• ausliefern •• pas ses ressortissants •• Staatsangehöriger •• . Une aventure qualifiée de rocambolesque, alors même que les circonstances de cette évasion •• Ausbruch, Flucht •• restent floues •• vage, unklar •• pour le moment.


Quelle est l'origine de cet adjectif qui est répété en boucle •• gebetsmühlenartig wiederholen •• par la presse ces derniers jours ? Il fait référence au personnage principal d'une série de romans-feuilletons •• Fortsetzungsroman •• de Ponson du Terrail (1829-1871), écrivain populaire français.

Après une carrière de malfaiteur •• Verbrecher •• (avec chantages •• Erpressung •• , vols, meurtres...) commencée dès l'enfance, Rocambole se retrouve au bagne •• Zuchthaus •• . Il réussit à s'évader (comme Carlos Ghosn...) et, après de multiples péripéties (2) - plus ou moins vraisemblables, il décide de consacrer •• widmen, verwenden •• ses talents - plus ou moins avouables •• redlich, ehrbar •• - à faire le bien, au service de la veuve et de l'orphelin •• Waise •• . Il devient une sorte de justicier •• Rächer, Verfechter der Gerechtigkeit •• en marge de la société, un héros à la gouaille •• Spottlust •• typiquement "parisienne".


Même si plus personne ne lit aujourd'hui les aventures - démodées - de Rocambole, chacun connaît le mot "rocambolesque". On le met aujourd'hui un peu "à toutes les sauces •• bei jeder Gelegenheit verwenden •• " dès que surgit •• auftauchen •• dans l'actualité un personnage ou un événement qui sort de l'ordinaire •• aus dem Rahmen fallen •• .


Dans la presse germanophone, la fuite de C. Ghosn, qui possède tous les ingrédients d'un scénario à rebondissements - est qualifiée de "hollywoodreif" (= digne d'un film de Hollywood). Cependant, la littérature allemande possède aussi un personnage comparable à Rocambole : le baron de Münchhausen (3).

Le récit romancé de ses exploits •• Heldentat •• en a fait un des héros les plus populaires de la littérature allemande - à mi-chemin entre Cyrano de Bergerac (4) et Tartarin de Tarascon - et a donné naissance à l'adjectif münchhausnerisch qui n'a cependant pas connu une destinée aussi populaire que "rocambolesque".

Par contre, son nom a été donné à une maladie psychiatrique grave : le syndrome de Münchhausen. Les personnes atteintes de cette affection •• Erkrankung •• simulent les symptômes d'une maladie pour attirer sur elles l'attention de leur entourage et des médecins. Ici, c'est le caractère affabulateur du personnage qui a été retenu, et pas l'aspect insolite •• ungewöhnlich •• , voire fantastique, de ses aventures.


Tel un Rocambole franco-libano-brésilien du XXIe siècle, le "malfaiteur" (présumé...) Carlos Ghosn va-t-il, après son évasion  abracadabrante, se transformer en "justicier", défenseur des opprimés •• Unterdrückter •• ?

En tout cas, le scénario de son évasion est déjà hollywoodreif, ou plus précisément "Netflix-reif" puisque le service américain de vidéos à la demande - et producteur de films - aurait signé un contrat d'exclusivité avec l'ancien patron de Renault-Nissan. Celui-ci aurait même déjà proposé un sujet, écrit le New York Times : "Le thème était la rédemption •• Erlösung •• . Le méchant était la justice japonaise".
 

     Pour être au courant


1- abracadabrant : le terme est dérivé de la formule cabalistique "abracadabra", passée dans le langage courant où il est employé lors des tours de magie •• Zauberei •• . En allemand, la formule Hokuspokus est plus couramment utilisée que Abrakadabra.

2- Ces coups de théâtre •• Knalleffekt •• à répétition •• wiederholt •• sont une caractéristique du genre du roman-feuilleton (des "Trois Mousquetaires" d'Alexandre Dumas aux "Mystères de Paris" d'Eugène Sue, en passant par les aventures de Rocambole...) : chaque épisode, publié quotidiennement dans le journal, devait se terminer par un nouveau rebondissement •• plötzlich neu auftretende Entwicklungen •• pour tenir les lecteurs en haleine •• in Atem halten •• et les inciter •• ermuntern, anregen •• à acheter le journal le lendemain...

3- Karl Friedrich Hieronymus, baron de Münchhausen (1720-1797) est un officier allemand. Mercenaire •• Söldner •• à la solde de l'armée russe pendant 10 ans, il se bat en Crimée contre les Turcs de l'Empire ottoman. Revenu à la vie civile en Allemagne, il confie •• anvertrauen •• ses aventures extraordinaires à l'écrivain Rudolf Raspe : il serait allé sur la Lune en chevauchant •• rittlings •• un boulet de canon, et se serait arraché aux sables mouvants •• Treibsand •• , ainsi que son cheval, en se tirant par les cheveux...
En français, il est aussi connu sous le nom de "baron de Crac", c'est-à-dire le menteur, puisque "raconter des craques", c'est fanfaronner •• prahlen, angeben •• en racontant des mensonges, des salades •• Lügen-, Ammenmärchen •• .

4- Il ne s'agit pas du protagoniste de la pièce d'Edmond Rostand, mais du personnage réel et haut en couleur •• urwüchsig •• qui a inspiré le héros littéraire, à savoir Savinien de Cyrano de Bergerac (XVIIe siècle) qui, après avoir combattu pendant la Guerre de Trente Ans et avoir été blessé à plusieurs reprises, s'engage dans la carrière littéraire : il est l'auteur - entre autres - d'un "Voyage dans la Lune" et d'une "Histoire comique des Etats et empires de la lune et du soleil", romans de science-fiction avant l'heure •• noch bevor das überhaupt existierte •• .

"cadon" et "Geschpende" FrAu ModJo - 2019

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

Liste chronologique
"Mot du jour"