Le mot du jour franco-autrichien
 

népotisme

 

des liens de parenté compliqués

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Trump a envisagé de nommer sa fille à la tête de la Banque mondiale -
"C'est une vraie diplomate", explique le président américain. "Elle aurait été géniale aux Nations unies par exemple. Si je l'avais nommée, ils auraient crié au népotisme alors que cela n'aurait absolument rien eu à voir avec du népotisme", poursuit-il. "J'ai même pensé à Ivanka pour [diriger] la Banque mondiale. Elle aurait été excellente sur ce poste parce qu'elle est très bonne avec les chiffres". (article)
 

Le mot népotisme désigne, depuis le début du XIXe siècle, les avantages excessifs accordés par un homme qui exerce une haute fonction à des parents, à des amis ou à des relations, indépendamment de leur valeur ou de leurs compétences.

Etant donné que ce terme appartient à un registre de langue soutenu, son utilisation par Donald Trump - dont le langage est généralement moins châtié - surprend un peu. 

En français, on parle plus couramment de favoritisme, de clientélisme, ou plus familièrement de copinage. (1)


Népotisme, calque de l’italien nepotismo, dérive comme lui du latin classique nepos, nepotis qui désigne alors non seulement le neveu, mais aussi le petit-fils, l’arrière-petit-fils ou un descendant en général.

L’ancien français nepveu (début du XIIe siècle), ainsi que l’anglais nephew qui en dérive, possèdent cette acception assez large et vague jusqu’au XVIIe siècle, époque à laquelle apparaît le terme nepotismo en italien, dans un contexte historique précis : il désigne la tendance de certains membres du haut clergé, en particulier les papes, à attribuer des postes à responsabilité et/ou bien rémunérés à des membres de leur famille proche.

Comme les ecclésiastiques n'étaient pas censés avoir des descendants, on parlait par euphémisme de leurs "neveux"... Est-ce un hasard si c’est justement à cette époque que le sens du mot nepote / neveu / nephew se restreint, pour finir par ne plus désigner que le fils du frère ou de la sœur ?

 

Aux termes "favoritisme", "clientélisme", "copinage" et "népotisme" correspondent respectivement les mots allemands - tout aussi péjoratifs - : Günstlingswirtschaft (← der Günstling = le favori), Klientelpolitik, Freunderlwirtschaft (← das Freunderl = le petit ami, le copain) en Autriche ou Spezlwirtschaft (← der Spezi ou Spezl = diminutif de "spezieller Freund") en Bavière, et Vetternwirtschaft. (2)


Le terme Vetter a connu, tout comme nepos et neveu, une évolution sémantique étonnante : dérivé de l’ancien haut allemand fetiro, il est apparenté avec Vater, et signifie d'abord Vatersbruder, le frère du père, donc l’oncle (paternel). Son pendant féminin, le frère de la mère ou oncle maternel, se dit alors Oheim.

Vous suivez toujours ? Ces considérations sur les liens de parenté vont encore se compliquer...

Lorsque le mot Onkel est emprunté au français oncle (3) (frère du père ou de la mère), Vetter acquiert la signification qu’il possède encore aujourd’hui : il désigne désormais le cousin (fils de l’oncle ou de la tante), un membre de la famille qui n’était appelé par aucun terme spécifique jusque là.

Pendant trois siècles (en gros du XVIIe à la fin du XIXe), Vetter et son pendant féminin Base coexistent avec Cousin et Cousine (empruntés eux aussi au français), avant d’être supplantés par ces derniers.


L’oncle et le cousin ne sont pas les seuls emprunts "familiaux" à la langue de Molière : à la même époque (c’est-à-dire du XVIIe à la fin du XIXe siècle), l’allemand Neffe (4) coexiste avec le français Neveu (que l’on rencontre aussi sous la forme Nevö !) dans l’espace germanophone.

Mais, à la fin du XIXe siècle, avec la naissance de l’Etat allemand et la défaite française à l’issue de la guerre franco-prussienne en 1871, et à plus forte raison lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale en 1914, une campagne est menée contre les mots d’origine étrangère pour faire triompher la langue de Goethe : Neveu cède la place à Neffe.


     Pour être au courant

 

1- Etymologiquement, le copain, c’est celui avec qui on partage son pain. Donc, (étymo-)logiquement, le copinage rassemble ceux qui acceptent de "manger de ce pain-là" (c'est-à-dire de participer à une action que l’on considère comme immorale ou illégale / sich darauf einlassen,  mitmachen).

2- La multiplicité des termes créés dans de nombreuses langues pour désigner ces pratiques blâmables témoigne bien de leur ampleur à toutes les époques !

3- Oncle / Onkel viennent d’avunculus, diminutif du latin classique avus, un mot qui désigne alors l’aïeul, l'ancêtre en général, le grand-père - tout comme nepos désigne le descendant, sans plus de précision.

4- nepot : la racine indogermanique qui est à l’origine de nepos, nepote, nepveu, nephew et Neffe, se compose du préfixe négatif ne- et du radical poti (le maître, celui qui a le pouvoir, qui "peut") et signifie donc le subalterne, le mineur.

Ce n’est qu’assez tard que les liens de parenté ont été précisés lexicalement par l’emploi de mots spécifiques pour distinguer le petit-fils (Enkel) du neveu (Neffe).
 

5- Et le Namensvetter, alors ? Malgré son nom, il ne fait pas partie de la famille. C'est une personne qui porte le même nom qu'une autre, sans lui être parent. Autrement dit, c'est un homonyme, souvent homophone, mais pas toujours homographe.

Par exemple, un certain Macron (né en 21 avant notre ère, mort en 38 après notre ère, donc un contemporain de Jésus) - Quintus Naevius Cordus Sutorius de son prénom - un homme de pouvoir, puisqu'il était préfet du prétoire romain.
Après avoir intrigué (et peut-être même assassiné...) pour permettre à Caligula de monter sur le trône, il est trahi par l'empereur - ingrat - qui l'oblige à se suicider avec son épouse... Les mauvais esprits ne manqueront pas de voir là des parallèles avec l'histoire contemporaine !

 

 

 

 

 

hinter schwedischen GARDINEN

 

à l'ombre, derrière les barreaux

 

alcôve / Nischenbett

 

lit à courtines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lit-clos autrichien
(XVIIIe siècle)

Julian Assange : hinter schwedischen Gardinen? (article)

De quels "rideaux suédois" s’agit-il ? Serait-ce une nouvelle création du géant de l’ameublement Ikea (1) : Hilleborg, Majgull, Hilja, Vilborg ?

Malheureusement non - du moins pour Julian Assange ! C’est derrière les barreaux d’une prison que le fondateur de Wikileaks risque de se retrouver. Déjà condamné à 50 semaines de prison pour violation des conditions de sa liberté provisoire, il pourrait être extradé vers la Suède qui relance les poursuites pour viol contre lui.


Mais d’où vient l’expression "schwedische Gardinen" (aussi inconnue en suédois qu’en français) ? Elle est attestée en allemand depuis le début du XXe siècle, à une époque où la Suède était le plus grand producteur et exportateur européen de minerai de fer (2). Réputé pour son excellente qualité, il était utilisé - entre autres - pour fabriquer des grilles solides (3) pour les portes et fenêtres de prison, rendant impossible toute évasion.


La locution hinter schwedischen Gardinen est euphémique, moins brutale que les expressions suivantes, synonymes de mettre / aller / être en prison : aller au trou, être en taule, être mis au cachot, se retrouver sous les verrous ou derrière les barreaux.

L’allemand possède également toute une série de synonymes, plus ou moins familiers, de Gefängnis : Knast, Bau, Loch, Bunker, Kerker, hinter Gittern, Haftanstalt...

En français, l’expression être à l’ombre traduit assez bien l'allemand hinter schwedischen Gardinen sitzen - les rideaux étant destinés à faire de l'ombre...

Dans l’univers carcéral - du moins autrefois dans les cachots (un substantif régulièrement accompagné de l’adjectif "sombre") ou les oubliettes - les ouvertures vers l’extérieur sont peu nombreuses, la lumière naturelle n’entre pas à flots : le prisonnier est donc "à l’ombre" au sens propre du terme.


Le mot Gardine est une déformation du français courtine (4) qui désigne les rideaux qui entourent le lit. L’ancien français cortine (attesté dès le Xe siècle ou sens de rideau, tenture) vient du bas latin cortina ← de cohors, cohortis : une cour contigüe à la maison d’habitation et qui en est séparée par une tenture. Composé de co + hortus (le jardin), le terme est apparenté en allemand à Garten.

A une époque où les logements modestes étaient peu - voire pas du tout - chauffés pendant la nuit, nos ancêtres aménageaient leur lit dans une alcôve, dans une armoire (5), ou l’entouraient d’épais rideaux, les courtines. Cela leur permettait de s’abriter non seulement du froid mais aussi des regards indiscrets, car ces habitations étaient souvent constituées d’une seule pièce hébergeant toute la maisonnée.

 

     Pour être au courant

 

1-  L'acronyme Ikea a été créé (en 1943) à partir des initiales du nom de son fondateur, Ingvar Kamprad, du nom de la ferme de ses parents, Elmtaryd, et du nom de son village, Agunnaryd.
Le logo IKEA rappelle les origines suédoises de la marque, puisqu’il reprend les couleurs du drapeau national.

2- Le fer suédois. Déjà au XVIIe siècle, le minerai de fer suédois était réputé et représentait la moitié des exportations du pays. Cette proportion monte à 75% au début du XVIIIe siècle. A la fin du XIXe siècle, on découvre un nouveau gisement dans la montagne de Kiirunavaara (en Laponie suédoise), on en extrait un minerai très riche en fer. Pour le transporter jusqu’au port de Narvik (en Norvège) et, de là, jusqu’aux aciéries d’Europe, on aménage une voie ferrée. La ville de Kiruna est fondée à proximité et sa population croît rapidement. La mine est encore aujourd’hui la plus grande du monde. (Placer le curseur, sans cliquer, sur "Kiruna" pour faire apparaître des informations actuelles sur le "Grand déménagement" de cette ville).

3- Plus généralement, le fer est un symbole de robustesse et de fermeté. Ainsi, on parle d’une santé, d’un corps, d’un estomac, d’une poigne de fer, d’une main de fer dans un gant de velours...

4- L’anglais curtain a la même origine : il a été emprunté à l’ancien français vers 1300.

5- Le lit-clos ou Kastenbett est intégré dans une armoire profonde, aux parois ajourées ou non. Il est placé sur quatre pieds hauts, pour éviter l’humidité du sol (souvent en terre battue). Il est même parfois à deux niveaux ! En Bretagne, c'est un élément traditionnel du mobilier des maisons rurales jusqu’au XXe siècle.

On trouve aussi des lits-clos en Autriche (► photo d'illustration : Lit-clos décoré du XVIIIe siècle, au musée populaire de Dietenheim, dans le sud du Tyrol).

 

BOUCHER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Une boucherie bio du 10e arrondissement de Paris a été attaquée par des militants antispécistes (samedi 4 mai). Du faux sang a notamment été jeté sur les viandes en présentation sur le comptoir, les rendant impropres à la consommation. Le commerçant a été très choqué par cette attaque et a porté plainte.

Ce type d'actes de vandalisme, réalisés au nom de l'anti-spécisme, une idéologie qui dénonce la hiérarchie entre les espèces notamment entre l’être humain et les animaux, se multiplient, en particulier dans les Hauts-de-France où des militants ont été condamnés pour leurs agissements." (article)

 

Bien que le boucher exerce un métier de bouche, il n’existe aucun rapport entre "boucher" et "bouche". *

En effet, le boucher ** est apparenté - étymologiquement parlant... - au bouc, le mâle de la chèvre, probablement parce qu’il était à l’origine chargé d’abattre les boucs.

Jusqu’au début du XIXe siècle, la plupart des bouchers tuaient et dépeçaient eux-mêmes les animaux, en pleine ville, pour en vendre la viande. Les véhicules frigorifiques *** n’existaient pas à l’époque : on privilégiait les circuits de vente courts !

En 1810, Napoléon décide l’interdiction de l’abattage chez les particuliers et l’ouverture de cinq grands abattoirs publics à la périphérie de Paris. **** Désormais, les bouchers mais ne tuent plus les animaux. Ce travail est effectué dans les abattoirs par les "tueurs" (une dénomination très réaliste...) ou chevillards - les chevilles étant les crocs où étaient suspendus les morceaux de viande.


En allemand, le mot Fleischhauer rappelle cette fonction primitive des bouchers : en effet, le verbe hauen signifie battre, abattre.

En Autriche, la dénomination Fleischhauer voisine avec le terme Metzger : celui-ci est dérivé du latin macellarius ("qui fait le commerce de la viande"), tout comme le nom du boucher (macellaio) et de la boucherie (macelleria) en italien.

Quant au terme Gemetzel, qui appartient lui aussi à la famille de Metzger, il signifie - tout comme le mot boucherie, employé au sens figuré - tuerie, carnage, bain de sang.

A propos de sang... Rappelons que, jusqu’au début du XXe siècle, les bouchers n’hésitaient pas à annoncer la couleur, au sens figuré (Farbe bekennen) et au sens propre : la devanture  de leur magasin était en général peinte en rouge sang ! Quant aux enseignes, elles étaient le plus souvent ornées d’une tête de vache, de cheval ou de mouton. Aujourd’hui, leurs boutiques se font plus discrètes...

Et ce sont les militants végans antispécistes qui viennent asperger les boucheries de faux sang pour protester contre la "boucherie" (au sens de massacre) dont, à leur avis, les bouchers sont responsables.

 

     Pour être au courant

 

* bouche vient du latin classique bŭcca qui désignait la joue puis, par extension, la bouche (terme qui a supplanté os, oris. Ce dernier terme a donné naissance - entre autres - à l’adjectif oral).

** boucher : le mot est attesté à la fin du XIIe siècle sous la forme bochier, avant de se transformer successivement en boucier et, finalement, boucher. Le butcher anglais a la même origine étymologique.

*** En 1805, le prototype d'unemachine frigorifique à compression d’éther est présenté à Philadelphie par Oliver Evans, mais le réfrigérateur ne se généralisera que 150 ans plus tard. Au XIXe siècle, on utilise des glacières, meubles isothermes contenant des blocs de glace périodiquement renouvelés, pour conserver les aliments au froid.

**** C’est à peu près à la même époque que la création de ces abattoirs, et dans un même souci d'hygiène publique, que Napoléon Bonaparte - en 1804, quelques mois avant son couronnement - interdit les inhumations dans les églises, couvents et cimetières intra-muros, et que l’on aménage des cimetières à la périphérie de Paris, dont le célèbre Père-Lachaise à l’est de la ville.

 

RAMONER

 

un petit ramoneur savoyard
(XIXe siècle)

 

 

les ustensiles emblématiques du ramoneur
(échelle, hérisson

 

 

branches de houx

 

 

Dans son livre "Survivant", où il évoque ses ascensions à la fin des années 1960, l'alpiniste Reinhold Messner cite à plusieurs reprises le nom d'un de ses compagnons d'aventures, Heini Holzer, "Tyrolien du sud" * comme lui.

Heini Holzer ** était ramoneur à la ville et à la montagne. Ramoneur de profession, il nettoyait les conduits de cheminée pour les débarrasser de la suie qui s'accumule sur leurs parois.

Alpiniste par passion, il escaladait les parois montagneuses, se hissant dans des fissures à première vue infranchissables : par analogie de forme avec les conduits d’évacuation de la fumée, ces passages étroits sont nommées cheminée en français / Kamin en allemand. De l’alpiniste qui s’y hisse en prenant appui sur les parois opposées, en s'aidant de ses quatre membres et de son dos, on dit qu’il "ramone". Ce "ramonage" se dit aussi couramment "renfougne" dans le vocabulaire des grimpeurs.

L’étymologie du mot ramoner rappelle les techniques traditionnelles de ramonage, à une époque où les ramoneurs n’utilisaient pas encore de hérisson en métal pour décrasser l’intérieur des cheminées.

Ils se servaient à cet effet d’une botte de branches de genêt ou de houx à feuilles piquantes, attachée par une corde et qui, grâce à un mouvement de va-et-vient, nettoyait les parois de la cheminée. Dans certaines régions de l'espace germanophone, le houx est d’ailleurs nommé - à côté du terme courant Stechpalme - "Schornsteinfegerbaum" : l’arbre *** des ramoneurs.

Vous avez deviné l’étymologie du verbe ramoner ? Une petite branche se dit aussi rameau (du latin ramellus, diminutif de ramus : branche) et, dans certains parlers régionaux de France, le ramon désigne un balai.

 

     Pour être au courant

 

* Tyrol du sud : c'est ainsi que les Autrichiens continuent à appeler la province du Haut-Adige (capitale Bolzano), à majorité germanophone. Il fait partie de la région italienne autonome du Trentin-Haut-Adige.

** Né en 1945 au Tyrol du sud, Heini Holzer est considéré comme le précurseur du ski extrême. Il est mort après avoir dévissé en montagne en1977.

*** Le houx, un arbre ? Mais oui. Dans des conditions favorables, le houx, que nous connaissons surtout sous la forme d’un arbuste, peut effectivement devenir un arbre et atteindre une quinzaine de mètres de hauteur.

Depuis le Moyen-âge et jusqu’au milieu du XIXe siècle, ce travail de ramonage était traditionnellement effectué en France par les petits Savoyards. Ils venaient de la Tarentaise, de la Maurienne et du Val d’Aoste : toutes ces régions faisaient alors partie du Royaume italien de Piémont-Sardaigne (de la maison royale de Savoie).
C’étaient des enfants de 6 à 12 ans qui étaient employés pour ces travaux en raison de leur petite taille, car ils devaient descendre dans les conduits de cheminée pour en racler les murs.
Pendant la belle saison, ils gardaient les troupeaux sur les alpages et, à l’automne, après le désalpage, ils étaient recrutés par un maître-ramoneur qui faisait le tour des villages et qui les envoyait travailler dans les villes.
Mal traités - et le plus souvent maltraités - par leur maître, ils étaient à peine nourris, raconte-t-on, pour ne pas grossir et pouvoir se glisser dans les cheminées...

 

un CHEF de CHANTIER

POLI et POLISSEUR,

mais pas POLISSON

A quelle famille de mots appartient l’adjectif poli ? Aurait-il un rapport avec la politique, et donc avec la cité (polis, en grec), la nation ? Le comportement et le langage de certains hommes politiques que l’on voit s’affronter dans des débats, confrontations, tables rondes ou duels - particulièrement en période de campagne électorale - permettent d’en douter.

Et l’étymologie vient le confirmer : "poli" n’a rien à voir avec la politique. Il vient du verbe polir ! Dès son apparition dans la langue française - où il est attesté dès le XIIe siècle -, polir signifie (comme le latin polire dont il dérive)
- au sens propre, rendre lisse, uni et brillant, par frottement ou usure
- et, au sens figuré, choisir, limer, châtier ses mots, son style...

Par extension, il finit par désigner au XVIe siècle le comportement courtois d’une personne "polie" par l’instruction, et dont les manières et le langage sont conformes aux règles de la bienséance.
 

Mais que vient faire le chef de chantier dans cette histoire ? En allemand, la personne qui dirige et coordonne le travail d’un groupe d’ouvriers sur un chantier de construction s’appelle Polier.

Doit-il à l’origine son nom au fait qu’il supervise les travaux et qu’il y "met "la dernière main", c’est-à-dire "den letzten Schliff gibt" (autrement dit, le dernier "polissage") ? Ou bien cette dénomination se réfère-t-elle à sa courtoisie, à ses manières - supposées - plus polies que celles des travailleurs, et qui font de lui un intermédiaire adéquat entre les équipes placées sous ses ordres et le conducteur de travaux ?

Ni l'un, ni l'autre ! Le mot Polier n’a aucun rapport avec la politesse ou un quelconque travail de fignolage, mais il nous réserve quand même une surprise étymologique : il vient de l’ancien français parlier qui désignait une personne éloquente, qui parle facilement et de façon convaincante et qui, pour cette raison, est choisie comme porte-parole. Parlier a été déformé en parlierer (moyen allemand) puis en Polier, probablement sous l’influence du verbe polir.

Le polisson, lui, n’a rien à voir avec la famille de "polir". Qu'il désigne un enfant dissipé et espiègle ou un libertin aux propos et/ou au comportement licencieux, le mot dérive d’un sens vieilli et argotique du verbe polir, c’est-à-dire voler. A l’origine (au XVIIe siècle), il désignait un vagabond qui assurait sa subsistance en volant.

jeûner ou (petit) déjeuner ? FrAu ModJo - 2019

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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