Le mot du jour franco-autrichien
 

un SECRET de
POLICHINELLE

du poussin au
moineau...

 

 


Polichinelle

 


moineaux

Mairie de Paris : démission surprise de Bruno Julliard.
"La mésentente entre Anne Hidalgo et son premier lieutenant était un secret de Polichinelle à l’Hôtel de Ville. Elle couvait (1) depuis plusieurs mois. Ce départ en fanfare (2) d’un des poids lourds de la mairie est un coup dur pour "la dame de fer (3) des voies sur berge". (article de l'Obs.)

Un secret de Polichinelle est une information prétendument confidentielle, mais que tout le monde connaît sans l’avouer.

Polichinelle (du latin pullicenus : "poussin", puis "jeune homme timide, maladroit") est un personnage de la Commedia dell'arte. Bouffon à la cour (Hofnarr), il est plein d’esprit et très débrouillard (gewieft).

Un jour, pour se venger d’un seigneur méchant et vaniteux, Polichinelle révèle au roi, sous le sceau du secret (unter dem Siegel der Verschwiegenheit), que ce Monsieur de Bugolin aurait le corps couvert de plumes.

Puis il répand la nouvelle auprès de tous les courtisans. Bientôt tout le monde - sauf le seigneur en question, naturellement ... - est au courant, tout en faisant semblant d’ignorer le prétendu secret (4).

Les plumes - dont le seigneur prétentieux serait couvert - sont une excellente transition puisque - dans l’expression équivalente en allemand  - ce sont des moineaux qui répandent les secrets : die Spatzen pfeifen es von den Dächern (= es ist ein offenes Geheimnis).

Cette locution est documentée depuis le XIXe siècle seulement, mais elle pourrait bien avoir été inspirée par des passages de la Bible : "Ne maudis pas le roi, même dans ta pensée (...), car l'oiseau du ciel emporterait ta voix, l'animal ailé publierait tes paroles." (l’Ecclésiaste 10 : 20)  -
ou : "C'est pourquoi tout ce que vous aurez dit (...) à l'oreille dans les chambres sera prêché sur les toits." (Evangile selon saint Luc 12 : 3)

"Die Spatzen pfeifen es von den Dächern" rappelle l’expression crier quelque chose sur les toits (ausposaunen, an die große Glocke hängen) : on s’éloigne là de l’idée de discrétion puisque dans ce cas, au lieu d'être chuchoté (flüstern), le secret est claironné (ausposaunen).

Mais c'est finalement le sort que connaît ce secret bien mal gardé lors du départ "en fanfare" (2) de l'adjoint de Mme Hidalgo.

     Pour être au courant

1. couver : schwelen
2. en fanfare : mit Pauken und Trompeten, mit großem Tamtam
3. "la dame de fer" : l'expression désigne Anne Hidalgo, qui est comparée à Margaret Thatcher (die eiserne Lady) ; mais c'est aussi une locution désignant la Tour Eiffel.
La précision "des voies sur berge" se réfère à la décision de Mme Hidalgo d'imposer la piétonnisation des axes de circulation en bordure de Seine - une mesure très controversée.

4. la plaisanterie de Polichinelle va encore plus loin :
Un soir, alors qu’il vient de perdre une forte somme au jeu, M. de Bugolin déclare au roi : - "Sire, je viens de me faire plumer ! "
Les courtisans ont du mal à réprimer (unterdrücken) leur fou rire… ce qui laisse M. de Bugolin perplexe et mortifié (gekränkt), surtout lorsque le roi réplique :
- "Ma foi, mon cher, vous avez bien fait !"

"plumer" possède le même sens figuré en allemand : rupfen, ausnehmen

 

PETANQUE

 

"perdre la boule"
pour un
"coup de boule" ?

 


boule et bouchon
- ou cochonnet*** -
die Setzkugel

 

 

 


joueur de pétanque
(rhumatisant ?)

 

Attaque Quai de Loire à Paris (10/9/18) - "Armé d’une barre de fer et d’un couteau, un homme a blessé sept passants. Mais des jeunes qui jouaient à la pétanque, l'ont poursuivi en lui lançant des boules, dont l'une l'a atteint à la tête." (article)
 

Au plus tard depuis la finale de la Coupe du monde de foot à Berlin, opposant la France à l’Italie, tout le monde connaît l’expression "coup de boule*".
Pendant les prolongations, alors que les deux équipes sont à 1-1, Zinédine Zidane - provoqué par l’Italien Marco Materazzi - lui assène (versetzen) un violent coup de tête au thorax, et est expulsé sur carton rouge. Le Onze de France se retrouve à 10 joueurs et perd cette finale aux tirs au but (5-3).

Quittons le foot pour le jeu de boules, car c’est d’un coup porté avec une  vraie boule que des jeunes ont stoppé l’agresseur : en effet, ils étaient en train de jouer à la pétanque le long du Bassin de la Villette. A Paris ! preuve que c’est un sport qui n’est pas - ou plus - cantonné (beschränken) au Midi de la France.

Si on connaît le jeu de boules depuis la plus haute antiquité (Hippocrate, le "père de la médecine", y faisait déjà allusion au Ve siècle avant J.-C.), la pétanque, elle, est née à la Ciotat (entre Marseille et Toulon) au début du XXe siècle.

Jusque là, on y jouait au "jeu provençal" dans lequel le joueur prend de l’élan avant de lancer sa boule. Mais, un beau jour de 1907, un certain Jules - qui ne pouvait plus jouer à cause de ses rhumatismes - a eu l’idée de tracer un rond, de se placer à l’intérieur et d’envoyer sa boule sans prendre d'élan, autrement dit les pieds tanqués (en provençal à pèd-tanca), littéralement "avec les pieds plantés" : c’est ainsi qu’est née la pétanque.

Elle est devenue un sport international** qui, depuis 1959, a son championnat du monde biennal (zweijährlich) : cette année, il a lieu au Québec / Canada (du 13 au 16 septembre 2018). En outre, la pétanque pourrait figurer au programme des Jeux Olympiques de Paris en 2024.

Comment expliquer le triomphe mondial de la pétanque, née sur la côte provençale? La fameuse séquence du "Jeu de boules" bloquant le passage du tram dans le film "Fanny" (1932, scénario de Marcel Pagnol, mise en scène de Marc Allégret ► vidéo)  a incontestablement contribué à la popularité de cette nouvelle variante du jeu de boules.

La scène a été reproduite sur une multitude de cartes postales "typiquement méridionales" et a inspiré des générations de dessinateurs : ainsi, dans Le Tour de Gaule d’Astérix (1965), on voit les héros de Pagnol (César - "César Labeldecadix", pas le César romain... -, Monsieur Brun, Escartefigue et Panisse) qui jouent à la pétanque sur le Vieux-Port à Marseille, bloquant ainsi les soldats romains qui poursuivent Astérix et Obélix.

Les joueurs de pétanque du Bassin de la Villette, eux, se sont servis de leurs boules pour arrêter l’individu qui agressait les passants.
Selon la formule consacrée (üblich), "rien ne permet à ce stade de retenir le caractère terroriste de cette agression". (Es deute bisher nichts auf ein terroristisches Motiv hin...)

S’agirait-il encore d’un "déséquilibré", comme le sont - paraît-il (angeblich) - les auteurs de plusieurs attaques à l’arme blanche commises ces derniers mois en France ?
Un individu qui aurait, en quelque sorte, perdu la boule (durchdrehen, ausrasten)...
 

     Pour être au courant

* le mot boule est employé métaphoriquement pour la tête, comme par exemple dans l’expression boule de billard qui désigne une tête chauve (Kahlkopf).

** L'Autriche, qui a une Fédération nationale de pétanque depuis 1993 (Österreichischer Pétanque Verband), participe à la compétition.
Le Club styrien de pétanque a son siège à Gamlitz.

*** le "but" ou cochonnet - qui a un diamètre de 3 cm - est généralement en bois de buis (Buchsbaum). En Provence, on l'appelle plutôt bouchon. Le mot n'a rien à voir avec morceau de liège qui obstrue le goulot (Flaschenhals) d'une bouteille (Stöpsel) : en provençal, bouchon ou bouchoun signifie tout simplement "petite boule".

  GRATTE-CIEL

"Il y a 17 ans... le 11 septembre 2001, l'incroyable réaction de Donald Trump -
Quelques heures après l'attaque, le milliardaire se borne à constater [avec son 'tact' (Fingerspitzengefühl) habituel] que le Trump building est désormais la plus haute tour du sud de Manhattan : " My building was the second tallest in Manhattan... And now it’s the tallest." (article)

No comment... Il serait plus intéressant d’examiner l’origine des gratte-ciel (1).

Ce type de bâtiments - et leur nom - est né à la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis, plus exactement à Chicago dont le centre-ville a été ravagé,  en 1871, par un grand incendie qui a fait des centaines de victimes et a causé la destruction de 18 000 édifices.

A quelque chose malheur est bon (Kein Unglück so groß, es hat Glück im Schoß), affirme le proverbe. La reconstruction a permis une modernisation et un développement d’autant plus nécessairesque - entre 1880 et 1890 - la population de la ville a doublé, atteignant un million d’habitants.
Cette explosion démographique a provoqué une flambée du prix (Preisexplosion) des terrains : construire en hauteur était devenu non seulement indispensable, mais aussi possible grâce à de nouvelles techniques (ossature / tragende Teile / en acier au lieu du bois pour se protéger des incendies) et grâce également à l’invention de l’ascenseur. En effet, les gratte-ciel des années 1890 dépassaient déjà les 100 m de hauteur (2).

C’est en 1891 qu’apparaît la dénomination sky scraper (sky, ciel + scraper, qui gratte) en anglais.
Vingt ans plus tard, le mot gratte-ciel - simple calque (Lehnübersetzung) de l’anglais - est attesté pour la première fois dans la langue française, mais le premier bâtiment dépassant les 100 m de hauteur n’a été construit qu’en 1952 dans l'Hexagone (Tour Perret à Amiens).

Le Wolkenkratzer, quant à lui, fait son entrée dans le Duden en 1929, à une époque où le Stephansdom (la cathédrale Saint-Etienne de Vienne) était encore  le plus haut bâtiment d’Autriche avec ses 137 m, et il l'est resté pendant près de 5 siècles (de 1433 à 1952). (3)

Mais comment le sky scraper est-il devenu un 'gratte-nuages' en allemand ? La clé de l’énigme pourrait se trouver dans les langues scandinaves : ainsi, au Danemark, ce type de building s’appelle skyskraber (4). Ce nom est trompeur : on pourrait croire qu’il s’agit d’un calque de l’anglais... Sauf qu’en danois, suédois et norvégien, le terme sky signifie... nuage et pas ciel ! C’est donc un faux ami qui est à l’origine du Wolkenkratzer allemand. Un calque erroné (Lehnübertragung) qui aurait été créé à la frontière germano-danoise ?

Voilà, en tout cas, un terme plus modeste, moins arrogant que sky scraper qui, lui, ne manque pas de rappeler l’épisode biblique de la Tour de Babel qui raconte comment, après le Déluge (Sintflut), les hommes décident - pour "se faire un nom" - de bâtir "une ville et une tour dont le sommet touche le ciel" (Genèse, 9, 1-9). Une histoire qui a mal tourné (ein böses Ende nehmen)...


     Pour être au courant

1. les gratte-ciel : au pluriel, le 1er élément du nom composé reste invariable puisque c’est une forme verbale, le 2ème élément ne prend pas non plus la marque du pluriel, puisqu’il n’y a qu’un ciel, au sens cosmographique du terme.
On écrit également des porte-clé(s), des essuie-glace(s), des taille-crayon(s), des casse-noisette(s)... Par contre, on écrit "des portes-fenêtres" : il ne s’agit pas d’un objet qui "porte une fenêtre", mais d’une porte vitrée, comme une fenêtre.

2. les gratte-ciel ont d’abord été équipés d’ascenseurs mécaniques (à vapeur, puis hydrauliques) ; l’ascenseur électrique à portes automatiques (ce qui évitait les chutes mortelles dans la cage d’ascenseur...) a été inventé en 1887. Il est à noter que les premiers "elevators" n’autorisaient que la montée, la descente devait se faire par les escaliers.

3. en 1889, la Tour Eiffel a été inaugurée à Paris : avec ses 312 m (actuellement 324 m), elle détenait le record du monde de hauteur et elle l’a conservé pendant plus de quarante ans, jusqu’à l’inauguration du Chrysler Building de New York (319 m) en 1930.
Toujours plus haut... La Jeddah Tower, en construction à Djeddah (Arabie saoudite), devrait atteindre 1 008 mètres, ce qui représente plus que la distance qui sépare la Hauptplatz de la Kaiser-Josef-Platz à Graz... Vertigineux !
A Graz, la Tour Elisabeth (Elisabeth-Hochhaus, construite en 1964) fait pâle figure avec ses 75 m !

4. le terme skyskraber est attesté dans le dictionnaire danois dès 1903, c’est-à-dire avant que gratte-ciel soit documenté en français (en 1911), et 26 ans avant que Wolkenkratzer soit répertorié dans le Duden.

 

PERCHOIR

 

le "perchoir" du Président de l'Assemblée nationale

 

perchoir, tribune et banc du gouvernement
- clic pour agrandir -

 

 

Nationalrat / Autriche
Sitzungssaal
avec l'aigle héraldique
- clic pour agrandir -

 

"Jamais, au cours de son histoire, l'Assemblée nationale n'a été présidée par une femme. Et aujourd'hui ? La démission de François de Rugy, qui a quitté le perchoir pour remplacer Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique, ouvre une nouvelle opportunité. Le moment est d'autant plus favorable que l'Assemblée (...) compte 224 députées (...), soit 40% des effectifs." (article)

Mais qu’est-ce donc que ce perchoir ? Au sens propre, le mot désigne des barres de bois sur lesquelles on fait percher les oiseaux de basse-cour, en particulier les poules qui, pour dormir en sécurité, ont besoin de se sentir hors de portée des prédateurs (Raubtier).

L’Assemblée nationale ressemblerait-elle à une basse-cour (Hühnerhof) ? En tout cas, il y existe bel et bien un poulailler : il s’agit de la tribune la plus élevée de l’Hémicycle*.

Le terme poulailler** vient du théâtre : depuis le XVIIIe siècle, il désigne la galerie supérieure, très éloignée de la scène, là où les places sont les moins chères. Le public populaire - qui s’y tenait le plus souvent debout – était assez indiscipliné et n’hésitait pas à bavarder, à exprimer bruyamment son opinion sur le spectacle : huées, sifflets, piaillements (Quäken) et caquetage (Gackern, Schnattern), jets (Wurf) de toutes sortes de projectiles (des œufs... pour rester dans le domaine ornithologique). Bref, un véritable poulailler !

Le Palais-Bourbon est bien une sorte de théâtre où les débats tournent parfois à des prises de bec (heftige Auseinandersetzung), et  il n’est pas rare les députés se volent dans les plumes (über jn herfallen) et se donnent des noms d’oiseau (Schimpfnamen). Du haut de son perchoir, le président intervient alors, d’un coup de marteau, pour appeler au calme et clore le bec (den Mund stopfen) aux perturbateurs.

Ce fameux perchoir, c’est le nom que porte l’emplacement surélevé, réservé au président de l’Assemblée nationale. Il est à noter que, bien qu’il soit placé plus haut que les sièges des vice-présidents et que le banc du gouvernement,  ce fauteuil n’est cependant pas plus élevé que les derniers rangs de l’Hémicycle où siègent les députés, "afin de signifier que le président reste un député comme les autres", peut-on lire sur le site de l'Assemblée Nationale.

Les avis sont très partagés*** sur l’origine de ce surnom, attesté au moins depuis 1901 : selon l’explication la plus vraisemblable, il viendrait du livre satirique "L’Assemblée nationale comique" qui affirmait (dans les années 1870) que le député Louis Mortimer Ternaux était "beau à la tribune comme le cacatoès (Kakadu) sur son perchoir."

Une des candidates au perchoir arrivera-t-elle à disputer la place au candidat favori, Richard Ferrand ? La plupart des commentateurs n’accordent guère de chances à Barbara Pompili et à Cendra Motin : ces messieurs ne semblent prêts à laisser le perchoir à une femme que quand les poules auront des dents (wenn Ostern und Pfingsten auf einen Tag fallen).

Lundi 10 septembre 2018 - On vous l'avait bien dit...
Choisi par le groupe majoritaire (LaREM) et soutenu par le Modem,
Richard Ferrand sera officiellement élu au Perchoir mercredi 12 septembre.

 

     Pour être au courant

* l’Hémicycle (halbkreisförmiger Saal)  : en France, le terme désigne plus particulièrement la salle des séances du Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale. C’est Joseph Ignace Guillotin, député du Tiers-Etat et médecin, qui a proposé de s’inspirer de la forme des théâtres anatomiques (où l’on procédait à des dissections (Sezierung) anatomiques en public...) pour aménager la salle des débats du Palais Bourbon.

Le docteur Guillotin est surtout connu pour avoir fait adopter la guillotine pour les exécutions capitales (Hinrichtung) sous la Révolution.

** En allemand, le "poulailler", galerie supérieure du théâtre, s'appelle par dérision (spöttisch) "der Olymp", siège des dieux de la mythologie grecque...
Son pendant français - synonyme de poulailler - est le Paradis : le nom viendrait du fait que cette galerie se trouvait juste sous le plafond, souvent peint de compositions mythologiques illustrant le domaine des dieux.

*** On connaît bien, par contre, l’origine du meuble lui-même : il date de la première salle des séances du Palais-Bourbon. Lucien Bonaparte, alors président du Conseil des Cinq-Cents, aurait été le premier en 1799 à s’asseoir dans ce fauteuil - réputé très inconfortable - qui a été dessiné par le peintre Jacques-Louis David.

Et en Autriche ? La salle où se tiennent habituellement les séances de l’Assemblée nationale (Nationalrat) a été détruite par les bombes en 1945 et a été entièrement reconstruite dans un style très sobre (nüchtern). Le seul ornement est l’aigle héraldique accroché au mur - et pas perché ! - derrière la tribune (Rednerpult), le banc du gouvernement et les sièges du président et des vice-présidents. Aucun de ces sièges ne porte un nom particulier.
La salle faisant actuellement l’objet d’une rénovation, les députés siègent provisoirement dans la Redoutensaal de la Hofburg.

 

le jeu des CHAISES MUSICALES

 

Reise nach Jerusalem

 

 

manège / Karussel

 

"Remaniement : un vrai jeu de chaises musicales.
La nomination de François de Rugy [président sortant de l'Assemblée nationale] au ministère de la Transition écologique, en remplacement de Nicolas Hulot, entraîne des changements dans les postes à responsabilité au sein du Parlement." (article)

Le jeu des chaises musicales est une expression employée par la presse à chaque remaniement du gouvernement (Regierungsumbildung) pour signaler que le nombre de "nouveaux venus" est généralement faible et que les ministres déjà en poste se contentent de changer de ministère et donc de bureau et de siège. L'équivalent alleand est Stühlerücken.

Les remaniements ministériels sont parfois aussi qualifiés de valse des portefeuilles. Pourtant, en Autriche, pays de la valse par excellence, on utilise le terme plus général - et tout aussi péjoratif - de Sesseltanz.

L'autre équivalent, Ministerkarussell, exprime bien l'idée de ronde, de cercle fermé (ce sont les mêmes hommes politiques appartenant à un cercle restreint qui se succèdent les uns aux autres)... et de manège (Karussell au sens propre, mais aussi Schliche, Tricks au sens figuré).

Règles du jeu  - Au sens propre, les "chaises musicales" est un jeu où les joueurs doivent marcher autour de chaises disposées en cercle pendant que de la musique est diffusée, et s'asseoir rapidement quand la musique s'arrête. Mais comme il y a un siège de moins que de joueurs, celui qui ne trouve pas de chaise est éliminé. On continue le jeu, en enlevant chaque fois un siège, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une chaise... et le gagnant.

Origine - Ce jeu remonterait au Moyen-âge et rappellerait l'hécatombe (Massensterben / Gemetzel) due aux Croisades : les chevaliers partaient nombreux vers Jérusalem, mais succombaient les uns après les autres - à l'ennemi, aux pillards (Plünderer), à la famine ou à la maladie - avant d'atteindre leur destination. C'est pourquoi ce jeu s'appelle "Reise nach Jerusalem" en allemand.

La comparaison entre le jeu des chaises musicales et les remaniements survenant dans le monde politique est néanmoins un peu boiteuse (hinkend) : contrairement aux joueurs, les hommes politiques ne sont pas éliminés l'un après l'autre, mais "recyclés" !
 

la CIGALE
ayant chanté tout l'été,
...
les touristes étaient frustrés

 

 

 

 


camouflage / Tarnung
(la cigale est très discrète... tant qu'elle ne "chante" pas)

 

 

 

 

métamorphose de la cigale
-clic pour voir l'accéléré  / Zeitraffer-

"Un bruit infernal !" Au Beausset, dans le Var, des touristes réclament que l'on mette fin… au chant des cigales.

D'après le maire, certains d'entre eux "sont allés voir dans des commerces s'ils pouvaient trouver des produits pour les passer sur les arbres, les sulfater (mit Insektizid spritzen) ! C'est complètement dingue : en-dessous de ces arbres, c'est eux-mêmes qui vont prendre l'apéritif !"

Après avoir protesté contre les cloches, les vaches, les grenouilles, les engins agricoles et autres "nuisances sonores" (Lärmbelästigung) qui les réveillent le matin ou "perturbent" leurs soirées, les touristes veulent maintenant se débarrasser des cigales provençales !

Mais alors, seulement des mâles* ! Car les cigales femelles, elles, sont muettes.

Contrairement aux grillons et aux criquets qui stridulent** (zirpen), les cigales mâles cymbalisent pour attirer les femelles. Leur abdomen, dont l’arrière est creux, sert de caisse de résonnance aux cymbales (Tymbal) : actionnées par un muscle puissant, ces deux plaquettes convexes situées de chaque côté l’abdomen deviennent concaves, ce qui provoque un claquement sec.

Chez certaines espèces de cigales africaines, ce "chant" - qui n'en est pas un -  peut dépasser les 150 décibels, soit autant que le bruit d’un avion au décollage ! La cigale "commune" de Provence se contente de 90 décibels (ce qui est quand même l’équivalent du bruit d’une tronçonneuse / Kettensäge).

Ce sont ces cymbales membraneuses qui ont donné à la cigale  leur nom, composé du grec kiccos (membrane) + ado (chanter).

Symbole de la musique et de la poésie, la cigale était un des attributs d’Apollon. Frédéric Mistral (1830-1914), le fondateur du Félibrige, en a fait le symbole de la Provence, avec la devise : Lou soulèu me fai canta (le soleil me fait chanter). En effet, on n’entend "chanter" les cigales que lorsqu’il fait chaud : en dessous d’environ 22°, leurs cymbales perdent de leur souplesse.

Alors, un bon conseil aux touristes grincheux (griesgrämig) : visitez plutôt la Provence en dehors de l’été, vous ne serez importuné (belästigen) ni par le chant des cigales, ni par les moustiques... ni par les autres touristes, heureusement un peu moins nombreux hors saison !

     Pour être au courant


* seuls les mâles cymbalisent, d’où la formule  - misogyne - de l’écrivain grec Xenarchos (IVe siècle av. J.C.) : "Heureuses sont les cigales, car leurs femelles sont muettes." (Glücklich leben die Zikaden, denn sie haben stumme Weiber).

Eh non ! Ecrite plusieurs siècles avant le Nouveau Testament, la phrase ne figure pas dans les Béatitudes (Sermon sur la Montagne, Evangile selon Saint Matthieu, 5, 3-12 / Seligpreisungen; Bergpredikt) !

** La stridulation des criquets (Heuschrecke) et des grillons (Grille, Heimchen) mâles résulte du frottement de leurs élytres (Deckflügel) contre leur abdomen.

*** cigale, grillon et criquet : ces trois espèces sont souvent confondues, pourtant elles ont de nombreuses différences : par exemple, la cigale possède quatre longues ailes membraneuses et peut voler. Le criquet pratique surtout le vol plané (Gleitflug) et le saut, grâce à ses pattes postérieures puissantes, tandis que le grillon a des ailes atrophiées (verkümmert).

Contrairement à ce qu’affirme Jean de La Fontaine dans sa célèbre fable "La Cigale et la Fourmi", les cigales meurent avant la venue de l’hiver et n’avalent "ni mouches ni vermisseaux" : elles se nourrissent exclusivement de sève (Baum-)Saft).

Le fabuliste a probablement confondu la cigale avec le criquet : le titre de l’œuvre est d’ailleurs traduit par "Die Ameise und die Heuschrecke" (en allemand) et "The ant and the grasshopper" (en anglais) ; en roumain, les protagonistes sont le grillon et la fourmi "Greierele şi furnica" ; mais, comme en français, il est question d’une cigale en espagnol et en italien : "La cigarra y la hormiga", "La Cicala e la formica".

 

les COULEUVRES
de Monsieur Hulot

 

 

 


Nicolas Hulot,
ex-ministre de la Transition écologique

 

 

 

Nicolas Hulot avale des couleuvres
-clic pour voir la caricature-

 

 

couleuvres ou crapauds ?

 


couleuvre / Natter

"Nicolas Hulot : un an de couleuvres, quelques succès - Le ministre de la Transition écologique a annoncé ce mardi (28 août 2018) sa démission, après une année marquée par des revers (Rückschlag) sur des dossiers clés." (article)

En 15 mois de participation au gouvernement d’Edouard Philippe, Nicolas Hulot a dû accepter de nombreux compromis et des décisions contraires à ses convictions. Il a décidé de "ne plus [se] mentir".

La métaphore avaler des couleuvres est employée dès le XVIIe siècle : on la trouve par exemple sous la plume de Mme de Sévigné. Aujourd’hui, c’est l’expression la plus utilisée dans les articles de presse consacrés à la démission surprise de Nicolas Hulot. Elle signifie à la fois subir des affronts sans se plaindre et accepter comme vérité n’importe quelles déclarations sans émettre la moindre objection (Einwand).

"Avaler" est ici synonyme du verbe gober qui, utilisé au sens figuré, signifie croire sans discernement (Urteilsvermögen) ce qu’on vous dit (jm eine Geschichte abkaufen).

Quand 'gober' est employé au sens propre, son complément est le plus souvent une chose pas forcément très agréable à manger et qu’on préfère avaler d’un coup, sans mâcher, pour ne pas trop en sentir le goût ou la consistance. Ainsi, on gobe un œuf cru... ou des couleuvres. La majorité des gens éprouvent de la répulsion à l'égard des serpents dont la peau est réputée visqueuse (schleimig) au toucher. Etre obligé d'en avaler un tout cru serait une véritable torture !

Mais pourquoi des couleuvres plutôt que des escargots ou des lézards (Eidechse) ? Autrefois, le mot 'couleuvre' (du latin coluber qui désignait le serpent en général) avait aussi le sens d’insinuation* (Unterstellung) perfide, une calomnie à laquelle il est difficile de répondre et qu'on doit parfois subir sans réagir. Cette acception du mot se réfère au serpent - symbole de la perfidie (Hinterlist) - qui, au Paradis terrestre, a convaincu Eve de manger le fruit défendu.

Si avaler des couleuvres peut sembler répugnant (widerlich), que dire des crapauds qui sont associés à ces reptiles dans l'expression espagnole équivalente : comer sapos y culebras (manger des crapauds et des couleuvres) ! En allemand, la locution ne fait référence qu’aux crapauds : Kröten schlucken müssen. On retrouve ces batraciens (Amphibien) en italien "ingoiare el rospo" (engloutir un crapaud) ou en roumain 'a înghiți râioase ' (avaler des crapauds).

Contrairement aux serpents - et donc aux couleuvres - dont la peau est formée d’écailles, celle des crapauds est couverte de glandes (Drüse) qui peuvent sécréter du venin (Gift). Rien d’étonnant alors à ce que l’idée d’avoir à avaler un crapaud soit particulièrement écoeurante (eklig) !

Alors que le verbe hinunterschlucken est utilisé en allemand au sens figuré de 'subir une chose désagréable' depuis le XVIe siècle (cf. l’expression seinen Ärger hinunterschlucken), la locution Kröten schlucken müssen n’est attestée qu'à partir du début du XXe siècle : elle a probablement été inspirée par l’italien.

Depuis, elle est régulièrement utilisée dans le domaine de la politique : "Der frühere grüne Umweltminister Yannick Jadot erklärte, Hulot habe mit seinem Schritt «natürlich recht gehabt», denn er habe einfach zu viele Kröten schlucken müssen." (article)

 

     Pour être au courant

Dans la mythologie et les contes, serpents et crapauds incarnent souvent le Mal. On retrouve cette symbolique dans Les Fées (1697) de Charles Perrault : l’héroïne est récompensée pour avoir charitablement donné à boire à une vieille femme  qui se révèle être une fée : "A chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une fleur ou une pierre précieuse". Sa méchante sœur s’est montrée "peu obligeante" et la fée lui déclare : "A chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent ou un crapaud." (Lire le conte)

* D'ailleurs, le mot insinuer (unterstellen) est dérivé du latin sinuare qui signifie  serpenter (sich schlängeln).

NIMBY, PUMA et FLORIANI FrAu ModJo - 2018

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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