Le mot du jour franco-autrichien
 

la
ROUTINE
de la

rentrée
 

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La rentrée de septembre, c'est souvent le retour à la routine...

Le mot routine dérive naturellement de route. A l’origine (XVIe siècle), il avait une connotation positive puisqu’il était employé au sens  de savoir-faire •• Können, Know-how •• , de connaissance, habileté acquise par l'expérience, la pratique.

Aujourd’hui, routine •• (Alltags)Trott •• possède le plus souvent un sens péjoratif et se définit comme l’habitude de penser ou d'agir selon des schémas invariables, en repoussant •• ablehnen •• à priori toute idée de nouveauté et de progrès. Reprendre la routine, c’est continuer sur la même route, suivre le même chemin, ne pas vouloir quitter les sentiers battus •• neue Wege gehen, die ausgetretenen Pfade verlassen •• *, retomber dans les ornières •• in den alten Trott zurückfallen / les ornières : Wagenspur ••     **.

L'allemand Routine a connu la même évolution :
- Gewohnheit, sich auf gebahnten Wegen zu halten (sens propre) →
- durch Übung und Erfahrung gewonnene Fertigkeit (sens figuré, positif) →
- Ausführung einer Tätigkeit, die zur Gewohnheit geworden ist und jedes Engagement vermissen lässt
(sens figuré, péjoratif).

Contrairement au français, Routinier a conservé en allemand une connotation positive : il désigne une personne expérimentée, experte, chevronnée •• bewandert, erprobt, geübt, gestanden •• .


Ce qui est étonnant, c’est que l’expression latine dont dérive le mot route - et donc la routine - a un sens presque opposé. En effet, via rupta (de via + rupta, participe passé de rumpere = rompre) signifie voie que l’on a ouverte, frayée •• bahnen •• , percée (durchgebrochener, gehauener Weg) dans la forêt, dans la montagne... : création d'une nouvelle route, pas vers l'inconnu, loin des sentiers battus et des ornières...


Au sens premier du terme, la route désigne une voie de communication importante (par opposition à chemin ou sentier) qui relie généralement deux agglomérations (par opposition à la rue, voie de circulation dans l’espace urbain). ***

L’allemand "Route •• Strecke, festgelegter, bestimmter Weg •• " - emprunté au français au XVIIe siècle - possède un sens plus restreint car il désigne plutôt un trajet, un itinéraire. ****


Et pour terminer, voici une citation de Paolo Coelho :
"Si tu crois que les aventures sont dangereuses, essaie donc la routine ! Elle est mortelle.

 

     Pour être au courant
 

* les sentiers battus : ce sont les chemins très fréquentés (la terre est battue, tassée •• feststampfen ••  et durcie par les nombreux passages) et dont l’itinéraire est connu. Les quitter, c’est  couper à travers champs •• querfeldein gehen •• donc se risquer •• sich vorwagen •• en terrain inconnu. Au sens figuré, c’est donc innover, explorer de nouvelles voies.

** les ornières : ce sont les traces plus ou moins profondes que les roues d’un véhicule creusent dans les chemins (non asphaltés) ou les terrains détrempés •• aufgeweicht •• . Au figuré, ce sont les mauvaises habitudes dont on n’arrive pas à se défaire •• ablegen, von etw. loskommen •• .
Apparu en français au XIIIe siècle, le mot est une déformation du latin vulgaire orbitaria (dont dérive aussi orbite •• Umlaufbahn •• ), avec influence de 'orne' (qui signifiait 'rang', 'ligne' en ancien français).

*** 'sur' ou 'dans' ? On dit sur la route (en effet, le paysage est ouvert de chaque côté de cet axe de circulation) mais dans la rue (puisque cette voie urbaine est généralement bordée de bâtiments entre lesquels on circule). On marche sur un chemin (sans autre spécification), par contre, on circule dans un chemin creux •• Hohlweg •• .

**** Le français route est polysémique : il désigne non seulement une voie urbaine, mais aussi la trajectoire, le parcours accompli, la destination (la Route des Indes), la direction (d'un navire, d'un avion), la ligne de conduite (chercher / trouver sa route, au sens figuré)...

  le dégagisme
à la tunisienne
...
et le désert

 

[Election présidentielle en] Tunisie : la victoire du désarroi •• Ratlosigkeit, Verwirrung •• et du "dégagisme"
Les représentants des partis au pouvoir sont balayés. Le duel Karoui-Saied était prévu (...) par les sondages. Depuis des mois, on pouvait déceler une lassitude •• Verdrossenheit, Überdruss •• profonde à l'égard de la classe politique.
 

Le néologisme "dégagisme" a fait son apparition dans la politique française au moment des dernières élections présidentielles en 2017 pour décrire la débâcle du PS ainsi que les mauvais résultats des Républicains.

Pourtant, ce n’est pas une création hexagonale •• qui se rapport à l’Hexagone, la France •• . Le mot est né en 2010, dans les milieux d’opposition au président congolais Joseph Kabila : dans une vidéo, l’opposant Eric Mulalu invitait celui-ci à "dégager".

Le terme s’est propagé et a été repris et popularisé pendant le "Printemps arabe" * : Révolution égyptienne, troubles au Yémen, en Jordanie, en Algérie... et en Tunisie (décembre 2010-janvier 2011) où le président Ben Ali, en fonction depuis 23 ans est destitué •• absetzen •• . A leur tour, aujourd’hui, ce sont les représentants du "système", qui sont "dégagés" lors du premier tour de l’élection présidentielle tunisienne, laissant face à face deux néophytes en politique.


Le dégagisme - entré dans le Petit Robert, édition 2019 - est défini comme le "rejet •• Ablehnung •• de la classe politique en place".

Si le mot est maintenant courant dans l’espace francophone, de l’Afrique au Québec en passant par la France et la Belgique, il ne possède cependant pas d’équivalent officiel dans d’autres langues, en anglais ou en allemand par exemple.
Pour le traduire, les journalistes ont donc recours à •• sich mit etw. behelfen •• des créations parfois originales comme Hau-ab-ismus, Verpissmus (dérivé de l’expression vulgaire Verpiss dich!, équivalent de "Fous le camp !") ou à des périphrases •• Umschreibung •• comme das In-die-Wüste-schicken.

Ce désert dans lequel les opposants au régime chassent les hommes politiques jugés incompétents n’est pas tunisien. En effet, l’expression "in die Wüste schicken" (c’est-à-dire chasser, renvoyer qn sans ménagements •• schonungslos •• ) se trouve dans la Bible : le chapitre 16 du Lévitique raconte comment Aaron, frère aîné de Moïse et premier grand prêtre d’Israël, choisit un bouc, le charge de tous les péchés d’Israël, puis l’envoie dans le désert, où il est condamné à une mort certaine.
Vous l’avez reconnu, c’est le fameux "bouc émissaire" ou "Sündenbock", sacrifié pour expier •• sühnen •• les fautes des autres.

 

     Pour être au courant


* Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon ironisait "Valls valse, encore une victoire du dégagisme" après la défaite de l’ancien premier ministre Manuel Valls au 2ème tour de la primaire du Parti Socialiste en janvier 2017. On pourrait traduire ce jeu de mots par "Valls tanzt ab, noch einer wurde in die Wüste geschickt!"

** L’expression Printemps arabe - tout comme le Printemps de Prague de 1968 - fait référence au Printemps des peuples de 1848, épisode révolutionnaire appelé Märzrevolution en Autriche.

 


au menu du jour

 

NAVET

et

SCHINKEN

 

 

navets comestibles

 

 

Le "navet épluché"

 

 

un vieux bouquin / Schinken

 

 

Jean Richard dans le rôle du Commissaire Maigret (de Simenon)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des navets, des croûtes et du jambon... indigestes •• schwerverdaulich, schwer bekömmlich •• !

"Soupe au navet", "ratage •• Flop •• magistral"... le nouveau film de Luc Besson dézingué •• niedermachen, vernichtend kritisieren •• * par la presse nord-américaine. Déjà sorti aux Etats-Unis et au Canada, "Anna", reçoit un accueil glacial. (article)


Mais pourquoi qualifie-t-on un film raté de navet ? Quel est le rapport avec cette plante comestible •• le navet : die weiße Rübe •• ?

Deux théories s’affrontent - et se complètent probablement - quant à l’origine de l’expression.

Dès le XIIIe siècle, le navet était synonyme de chose de peu de valeur : en effet, il était extrêmement répandu et bon marché. Ce qui explique que les expressions figurées se référant au navet ont donc toutes un sens péjoratif. ** Au XVIe siècle, "des naveaulx !" (variante de navet) était une expression familière de refus, un peu comme l’expression "des nèfles •• Mispel ; sens figuré : des nèfles ! •• !" ou "des clous •• von wegen!, nichts da!, wo denkst du hin! •• !" dans le sens de "Non, je ne te / vous donnerais même pas des navets / des nèfles / des clous".

C’est à la fin du XVIIIe siècle que le navet désigne une œuvre d'art ratée : de la Campagne d’Italie, Napoléon Bonaparte avait rapporté en 1798 la statue antique de l’Apollon du Belvédère de Rome ***. A cette époque révolutionnaire, les sculptures classiques antiques n’étaient plus particulièrement appréciées. Par dérision •• zum Spott •• , des jeunes artistes français auraient surnommé le bel Apollon "le navet épluché •• schälen •• " : sculpté dans du marbre blanc et représenté en "costume d'Adam", le dieu présente des formes lisses, sans muscles apparents... et rappelant la chair du navet !

Au siècle suivant, et particulièrement avec les premières expositions de peinture impressionniste, le navet va désigner un mauvais tableau - ce qu’on appelle aujourd’hui une croûte (par allusion à une couche de peinture mal appliquée). On trouve le terme dans "L’Œuvre" (1886) d’Emile Zola : "Un navet ! tous répétaient le nom avec conviction, ce mot qu'ils jetaient d'habitude aux dernières des croûtes, à la peinture pâle, froide et plate des barbouilleurs •• mauvais peintre : Klekser •• ."

Avec la naissance et le développement du 7ème art, le navet va qualifier un mauvais film puis, plus généralement, un mauvais spectacle.


En allemand, on emploie l’anglicisme Trashfilm (de l’anglais trash : ordures, déchets) pour désigner un mauvais film. Plus généralement, on qualifie un film / spectacle / livre de mauvaise qualité de Schund- (exemple : Schundliteratur) : ce mot péjoratif  possède cependant une connotation morale que n’a pas le navet !

Le mot Schund - qui est aussi l’équivalent de camelote (marchandise sans valeur) - est à l’origine un mot d’argot signifiant crasse, excrément •• Dreck, Kot •• ...

Une croûte, un mauvais tableau est qualifié de Schinken (littéralement : un jambon). Le mot a d’abord (au XVIIIe siècle) désigné les livres possédant une reliure •• Bucheinband •• en cuir qui se patinait •• Patina ansetzen ••  en vieillissant et finissait par prendre l’aspect  d’un vieux jambon cru salé (le salage •• Pökeln •• était à cette époque un des seuls moyens de conserver la viande), c’est-à-dire brun foncé.

Certaines peintures qui vieillissent mal prennent aussi une teinte plus sombre, brunâtre.
 

Dans le domaine cinématographique, le mot Schinken ne désigne pas forcément une œuvre ratée : on l’emploie plutôt (depuis les années 1950) pour qualifier un vieux film à grand spectacle, souvent kitschig, tourné dans des décors artificiels ou dans des paysages stéréotypés, avec une foule de figurants •• Statist •• . On parle ainsi de Hollywood-Schinken, Heimat-Schinken, 50er-Jahre-Schinken.
 

"Anna", le thriller de Luc Besson semble condamné par la critique, mais le réalisateur n’a pas de souci à se faire : son contrat lui assure une rémunération •• Lohn •• fixe de 5,8 millions d’euros, quel que soit le succès - ou l’insuccès - du film.

Jean Richard, acteur français qui a incarné •• verkörpern •• le personnage du Commissaire Maigret dans de nombreux téléfilms, n’avait, lui, aucune honte à •• sich nicht dafür schämen •• avouer qu’il lui était arrivé "de nourrir [ses] lions avec des navets", autrement dit qu’il avait tourné dans de mauvais films, uniquement pour gagner sa croûte •• sein Brot verdienen •• ... et celle des lions de son zoo d’Ermenonville (Oise, Picardie) !

 

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* dézinguer : le terme vient de l’argot militaire (1ère Guerre mondiale) où le zinc •• sens propre : Zink ; sens figuré : Flugzeug, fliegende Kiste •• désigne un avion de combat. Dézinguer un avion, c’était le descendre, autrement dit l’abattre •• abschießen •• . Par extension, dézinguer un film ou une pièce de théâtre, c’est critiquer violemment, démolir, éreinter •• verreißen, heruntermachen, vernichtend kritisieren •• , éreinter l’œuvre.

** "il a du sang de navet (dans les veines)" se dit de quelqu'un qui manque d'énergie, de courage, de combativité •• Kampfgeist •• (= keinen Mumm in den Knochen haben). Une personne énergique et courageuse a, au contraire un beau sang rouge qui coule dans ses veines. A moins qu'il ne s'agisse d'un aristocrate : dans ce cas-là, ce sera du sang bleu...

*** L’Apollon du Belvédère, ou "le navet épluché" : la statue a été cédée •• abgeben überlassen •• par Pie VI à la France, selon les termes du Traité de Tolentino (1797) et elle a été exposée au Musée des arts de Paris. Elle y est restée jusqu’en 1815, année où elle a été restituée au pape.

 

 90

Bon anniversaire 
à l'un des plus fidèles lecteurs du Mot du Jour !

 

 •• Ca foncContrairement à l'allemand où le nom des dizaines est basé sur le système décimal (par 10 : zehn, zwanzig, dreißig, vierzig, fünfzig, sechzig, siebzig, achtzig, neunzig), déjà employé par les Romains, le français utilise aujourd'hui un système mixte, à la fois décimal et vicésimal (par 20), ce dernier étant hérité des Celtes et donc des Gaulois.

Au Moyen-âge, les Français utilisaient surtout le système vicésimal : on disait par exemple "deux vint et dis" (= 2 x 20 + 10 = 50) ou "quinze vint" (15 x 20 = 300). (1)

Le système décimal est devenu dominant en France - jusqu'à soixante - à la Renaissance, peut-être sous l'influence de l'Italie. Le chiffre le plus curieux est le 70 : cette forme mixte, composée de "soixante" et de "dix" ne reprend ni le "septante" hérité du système décimal, ni le "trois vint et dix" du système vicésimal !

Historiens et lexicographes se perdent en conjectures (Vermutung) sur les raisons qui ont pu mener à la création d'un système aussi disparate... Certains prétendent que l'usage de soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix aurait été conservé... pour faciliter le calcul mental (Kopfrechnen), mieux adapté aux grands nombres !
 

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1- L'hospice des Quinze-Vingts a été fondé à Paris, rue Saint-Honoré, vers 1260 par saint Louis. Quinze-Vingts signifie trois cents (15 × 20 = 300) : en effet, cet établissement qui recueillait les aveugles les plus démunis de Paris comprenait trois cents lits.

Septante, octante et nonante sont utilisés de façon majoritaire en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, dans la vallée d'Aoste et en français de Jersey.

Ces trois formes étaient toujours conseillées par les Instructions officielles de 1945 pour faciliter l’apprentissage du calcul... Et c'est ainsi que comptait encore notre instutrice en classe de 9ème à la fin des années 1950.

 

un TRUC contre
les TIQUES ?

 

Ein TRICK gegen die TÜCKE
der ZECKEN?

 

 

 

 

tique mâle

 

 

graines de ricin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Tiques : une goutte d’huile pour les étouffer •• ersticken •• , la fake news qui circule sur Facebook et qu’il ne faut surtout pas suivre. Comme l’l’astuce •• Trick, Kniff •• du coton imbibé •• durchtränken •• de savon ou même d’éther pour “endormir la tique”, cette méthode peut même s’avérer •• sich erweisen als •• dangereuse.
"Cela va stresser la tique et augmenter ainsi le risque qu’elle rejette •• absondern •• les agents infectieux •• Krankheitserreger •• dans le corps de la personne ou de l’animal piqué”, explique Pascale Frey-Klett, directrice de recherche à l’Inra (1).  “Dès qu’une piqûre est constatée, il faut retirer la tique au plus vite, même maladroitement, car les agents infectieux se situent dans la partie extérieure de la tique, c’est-à-dire celle qui n’est pas encore entrée dans la peau.”

 

Les tiques : une grande famille européenne !

Le français "tique" a été emprunté à l’anglais pendant la Guerre de 100 Ans, au début du XVe siècle. Bien entendu, les sujets •• Untertan •• du roi de France connaissaient déjà ce parasite qu’ils appelaient ricin (du latin ricinus : grosse tique). l’arbrisseau •• Strauch, kleiner Baum •• du même nom / Rizinus a été ainsi nommé parce que ses graines ont la forme d’une tique.

Est-ce en raison du risque de confusion •• Verwechslung •• entre l’insecte et le végétal que  la tique anglaise a supplanté •• verdrängen •• le ricin ? Mystère et boule de gomme •• Das weiß der Kuckuck! •• (2) !

Le moyen-anglais tike est lui-même un emprunt : il vient probablement du germanique occidental tik qui a donné tick (angl. moderne), teek (néerlandais), zehho (ancien all.) → zecho (moyen all.) → Zecke (all. moderne), et zecca (italien).

Les linguistes supposent une parenté entre tik et stechen : la tique serait tout simplement un "piqueur".

Ces parasites tourmentent •• plagen, quälen •• les hommes et les animaux depuis des millénaires, mais c’est seulement à la fin des années 1970 que l’on a prouvé que les méningites et polynévrites que peut causer leur piqûre sont d’origine bactérienne. Cette affection est appelée Maladie de Lyme en France et Borreliose en Autriche (3).

L’étude du génome d’Ötzi (4) a révélé récemment que cet homme du Néolithique (il a vécu il y a 5300 ans) était atteint par la Borrelia Burgdorferi. C’est le premier cas documenté de borréliose. S’il n’avait pas été tué par une flèche, l’homme des glaces aurait succombé •• erliegen •• à cette affection, fatale en l’absence de traitement antibiotique.

 

     Pour être au courant


* Inra : Institut national de la recherche agronomique.

** Mystère et boule de gomme •• Das weiß der Kuckuck! •• : la première attestation de cette expression se trouve dans la pièce "Demain il fera jour" (1949) de Henry de Montherlant. Cette boule de gomme (bulle de chewing-gum ou bonbon à base de gomme arabique ?) opaque •• lichtundurchlässig •• est-elle une allusion à la boule de cristal de la voyante qui, si elle n’est pas parfaitement transparente, voit son don de divination •• Wahrsagung •• altéré, ce qui l’empêche de déchiffrer •• entschlüsseln, enträtseln •• le mystère ?

*** Maladie de Lyme et borréliose sont synonymes :
• la première dénomination tire son nom de la ville de Lyme (Connecticut) où la maladie a été reconnue pour la première fois aux Etats-Unis, en 1977. Elle avait déjà été décrite dès le début du XXe siècle, puis associée aux symptômes de méningite et polynévrite dans les années 1920. Mais c’est seulement en 1977 que son origine bactérienne est confirmée.
• Le terme borréliose, lui, se réfère au nom de la bactérie : Borrelia Burgdorferi (la borrélie est un genre de bactérie spiralée, connue depuis plus d’un siècle).
La maladie a été nommée ainsi en hommage à Amédée Borrel (1867-1936), bactériologiste français, dernier élève de Louis Pasteur, et à Willy Burgdorfer (1925-2014), entomologiste et bactériologiste américain qui a découvert qu’elle était responsable de la maladie de Lyme.

**** Ötzi, alias Hibernatus ou l’homme du Similaun, a été retrouvé momifié dans un glacier des Ötztaler Alpen, à la frontière entre l’Autriche et l’Italie, en 1991 (mehr Info).

  ÉPOUSTOU-
FLANT

 •• Ca fonctionne ? Parfait ! •Epoustouflant et bluffant : un remake d’ "A bout de souffle" (1) ? Non, c’est la version 2019 du (2) "Roi Lion" de Disney.

Le Roi Lion” continue de nous émerveiller 25 ans après la sortie du premier film original. Une savane luxuriante (3), des troupeaux d’animaux qui broutent •• weiden, grasen •• ou s’abreuvent •• trinken, seinen Durst löschen •• au point d’eau, un lever de soleil qui teinte le ciel d’orange... : le rendu est époustouflant.
Les flamants roses, les gnous, les girafes, les éléphants, les singes, les insectes, les oiseaux, et bien sûr les lions, sont d’un réalisme bluffant. Et pourtant, (...) les 86 espèces animales du film, tout comme les multiples paysages et la végétation, ont tous été créés et animés à la main. (article)


Ce qui est époustouflant est tellement stupéfiant - par sa beauté, son originalité - que cela vous coupe le souffle. On en reste soufflé •• verblüfft, baff •• , tellement estomaqué •• verblüfft, baff ••   (4) qu’on a du mal à respirer. On retrouve la même idée en allemand : ein atemberaubendes Schauspiel. Autrement dit : da bleibt einem die Puste weg (c’est un spectacle qui vous fait perdre le souffle, qui vous coupe la respiration).

"Epoustouflant" rappelle "Puste" (souffle)... mais la parenté des deux mots n'a pas été établie avec certitude.
 

L’adjectif bluffant vient de l’anglo-américain bluff, qui est attesté en français au milieu du XIXe siècle dans un sens restreint •• beschränkt •• : "action de tromper l’adversaire au poker".

Par extension, le verbe bluffer a pris le sens de tromper par des apparences ou des promesses fausses : "Le Roi Lion" version 2019 bluffe le spectateur car il lui fait croire que les paysages et les animaux sont réels alors qu’il s’agit d’un film d’animation, mais surtout il le stupéfie.

Si l’on remonte un peu plus loin dans le temps, on s’aperçoit que le bluff n’est pas d’origine américaine, mais allemande : il a été emprunté au moyen allemand bluffen qui avait à la fois le sens d’épouvanter •• in Schrecken versetzen •• et surprendre, prendre au dépourvu •• überrumpeln •• . C’est cette deuxième signification qui l’a emporté : verblüffen signifie stupéfier, estomaquer, interloquer •• interloquer : littéralement couper la parole à qn, le laisser sans voix / jm die Sprache verschlagen •• , époustoufler en allemand moderne.

 

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1- A bout de souffle (Außer Atem) : film de Jean-Luc Godard, emblématique de la Nouvelle Vague, sorti en 1960.
Il retrace •• bildhaft erzählen, schildern •• l’itinéraire d’un jeune délinquant (Jean-Paul Belmondo dans le rôle de Michel Poiccard) qui, après avoir volé une voiture et tué un policier, est traqué •• jagen, verfolgen, hetzen •• par la police, de Marseille à Paris.

2- article et titre d'oeuvre : une nouvelle version du "Roi lion" et pas de "le Roi lion" :
Associé à la préposition "de" ou "à", l’article défini du titre se transforme en article contracté (du, au, des, aux) et celui-ci est écrit en dehors des guillemets :
- "Le Tour du monde en quatre-vingt jours" est une œuvre célèbre de Jules Verne. Tout le monde a entendu parler du "Tour du monde en quatre-vingt jours" !
- Vous avez lu "Les Fleurs du Mal" de Baudelaire ? Voici un extrait des "Fleurs du mal"». Le style de ce poème ressemble aux "Fleurs du mal".
- Bien sûr, cette règle ne s’applique pas si l’article défini du titre est apostrophé ou féminin : C’est un extrait de "L’homme qui rit" de Victor Hugo. Ca me fait penser à "La Mariée était en noir"» de François Truffaut.

3- luxuriant, luxurieux et luxueux : attention à ne pas confondre ces trois adjectifs qui ont pour radical le luxe. Le latin "luxus" était déjà polysémique •• polysemantisch, mehrdeutig •• puisqu’il signifiait à la fois splendeur •• Glanz, Herrlichkeit •• , faste •• Prunk •• mais aussi excès et débauche •• Ausschweifung •• .

- luxuriant •• üppig •• s’utilise surtout pour décrire la végétation qui pousse en abondance et avec vigueur (comme celle de la savane du "Roi Lion" à la saison des pluies), ou une imagination débordante •• blühende Phantasie •• .
- Luxurieux signifie "qui se livre sans retenue aux plaisirs sexuels" et se traduit donc par unzüchtig, lüstern.
Mais on traduira ein luxurïöser Lebensstil par un genre de vie luxueux, et pas luxurieux ! Le luxe n’étant pas forcément associé à une vie de débauche •• ausschweifender, liederlicher Lebenswandel •• ...

4- estomaqué : le terme ne signifie pas, comme on pourrait l’imaginer, avoir le souffle coupé, un peu comme si on avait reçu un coup dans l’estomac. Il vient du latin classique stomachari (de stomachus : estomac, mais aussi goût, humeur •• Laune •• , irritation) qui signifie s’irriter. On retrouve cette idée de contrariété •• Verärgerung, Verdruss •• dans l’expression allemande : diese Geschichte liegt mir schwer im Magen (cette histoire m’est restée en travers de la gorge, je ne l’ai pas digérée).

 

chasse à la GLU : pauvre
PECHVOGEL

 

 


l'équipement de l'oiseleur

La Commission européenne a demandé [le 25/7/19] à la France de mettre fin à certaines méthodes de chasse illégales contre les oiseaux. Selon Bruxelles, "la France autorise des pratiques de chasse non sélectives, comme la chasse à la glu et au filet, qui ne sont pas conformes aux exigences" de la directive "Oiseaux" sur la conservation des oiseaux sauvages et de leurs habitats •• Lebensraum •• . (article)

 

L’anglais glue a été emprunté au français au début du XIIIe siècle, mais possède aujourd’hui le sens général de colle (substance visqueuse adhésive), tandis que le français glu (sans "e") désigne plus spécifiquement la "colle végétale, généralement tirée de l’écorce de houx •• Stechpalme •• ou des baies de gui •• Mistelbeere •• *, avec laquelle on prend les petits oiseaux".

Le mot glu vient du latin glus, glutis (glu, gomme •• Pflanzengummi •• , colle) dont dérivent aussi le gluten, l’adjectif gluant •• klebrig •• ou le verbe engluer •• mit Leim fangen •• . **

Le principe de la chasse à la glu consiste bel et bien à enduire de glu des branches d’arbres - ou des baguettes de bouleau •• Birkenästchen •• plantées dans le sol - où viendront s’engluer les pattes et les plumes des oiseaux qui sont ainsi capturés vivants (mais souvent en bien mauvais état...) : ils serviront d’appelants •• Lockvogel •• pour attirer leurs congénères •• Artgenosse •• . ***

Cette méthode de chasse est traditionnelle dans les régions méditerranéennes depuis la plus haute antiquité.
En France, elle concerne surtout les grives •• Drossel •• et les merles •• Amsel •• : elle est (encore) tolérée dans les départements du Sud-est où c’est une tradition (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse).

Dans le Salzkammergut autrichien et au Tyrol (en particulier à Imst), la tradition des oiseleurs •• Vogelfänger •• a survécu, et ce n’est pas un hasard si un des héros de "la Flûte enchantée", Papageno, exerce cette profession : c’était un personnage populaire au XVIIIe siècle, alors qu’il nous paraît aujourd’hui plutôt excentrique. Dans la bonne société de l’époque, c’était la mode de posséder un oiseau chanteur indigène •• heimisch •• ou plus exotique comme un canari. On sait que la famille Mozart en avait un.

Ces oiseaux étaient condamnés à passer leur vie dans une volière et à divertir leurs propriétaires - au lieu de passer à la casserole •• im Kochtopf landen, dran glauben müssen •• comme en France ou en Catalogne espagnole, mais la manière de les attraper était la même : avec des bâtons enduits de glu •• Leim-, Pechruten •• , les Pechruten.

Pech et poix, dérivés du latin pix, signifient "matière collante et visqueuse" au sens propre, mais au sens figuré, Pech et poisse (synonyme de poix) sont aussi synonymes de malchance.
• Avoir la poisse = Pech haben.
• Un Pechvogel est donc un malchanceux, un poissard (familier) : comme les malheureux oiseaux victimes de la chasse à la glu ****

• L’expression darauf erpicht sein, employée depuis la 2ème moitié du XVIIe siècle au sens figuré - raffoler •• versessen sein •• , être accro à - se réfère aussi à la chasse à la glu : erpicht signifie littéralement "qui est englué". La locution est surtout utilisée à la forme négative et signifie alors "être très peu porté sur qc", a"voir très peu envie de qc".

 

     Pour être au courant

1- c’est d’ailleurs du gui que dérive l’adjectif visqueux : latin viscum → ancien français visc, puis →  vist, viz. Le passage à l’initiale de "v" à "g" est dû à l’influence de l’ancien francique.

2- Au sens figuré, la glu est une personne gênante dont on ne peut se débarrasser, autrement dit "un pot de colle" (die reinste Klette : un vrai pégon, comme on dit dans le Midi de la France) !

3-  Les oiseaux ainsi pris au piège risquent non seulement de perdre des plumes mais sont aussi victimes des solvants •• Lösemittel •• utilisés pour les "désengluer".

4- "Pechvogel = Die einzige nicht aussterbende Vogelart" (la seule espèce d'oiseau qui ne soit pas menacée de disparition...)

En allemand, la glu se dit aussi Vogelleim : c’est de là que vient l’expression jm auf den Leim gehen (se faire attraper, tomber dans le piège, le panneau)

 

CAVIAR
et
HOMARD



 

 

contre
 

jambon-beurre
et bière

 


 

 •"Après la gauche caviar, l'écologie homard..."

Dans cette chronique, la journaliste Anne Roumanoff analyse la polémique François de Rugy, ministre de l’Ecologie qui a démissionné •• von seinem Amt zurücktreten •• après avoir été épinglé •• erwischen und anprangern •• par la presse pour ses dépenses jugées excessives. Il lui est en particulier reproché d’avoir organisé des dîners privés fastueux - avec homards et grands crus •• edler Wein •• - aux frais des contribuables •• Steuerzahler •• .

L’expression péjorative gauche caviar existe en français depuis les années 1980 : elle désigne des personnalités qui se prétendent •• behaupten •• de gauche, "qui aime[nt] le peuple mais qui se garde[nt] bien de •• sich davor hüten •• partager son sort" (citation de Laurent Joffrin), des hypocrites donneurs de leçon •• Moralapostel •• qui tiennent des discours moralisateurs appelant à la sobriété •• Mäßigkeit •• quand eux-mêmes dépensent sans compter, selon la devise "Fais ce que je dis et pas ce que je fais" (Wasser predigen und Wein trinken).

Le caviar n’a pas toujours été le symbole de luxe qu’il est aujourd’hui : son étymologie le prouve. Il vient du turc khavyar qui signifie tout simplement œufs de poisson. Dans la Russie médiévale, de religion orthodoxe, les périodes de jeûne•• Fasten ••   étaient nombreuses : à défaut de •• anstatt •• pouvoir manger de la viande, les plus fortunés devaient se rabattre sur •• vorliebnehmen müssen •• le poisson, et la chair de l’esturgeon •• Stör •• était particulièrement appréciée. Quant à ses œufs, autrement dit le caviar, ils étaient consommés par la population moins favorisée.

Le caviar devient un produit de luxe lorsque le tsar Alexis 1er (XVIIe siècle) le déclare monopole impérial. En France, c’est à l’époque des Années Folles (1920-1929) que le caviar acquiert sa réputation d’aliment haut de gamme •• der Spitzenklasse, von höherer Qualität •• : ce sont les émigrés fuyant la révolution russe qui en lancent la mode à Paris.

 

Pourquoi la gauche homard ? D’abord parce que ce crustacé •• Krustentier •• a, en effet, été servi aux invités de François de Rugy ; ensuite pour la rime en "ar", mais aussi parce que le homard a, tout comme le caviar, été pendant longtemps un mets •• Speise •• très bon marché * avant de devenir un produit de luxe. Un parallèle •• Vergleich •• avec des épinards, un canard ou du lard •• Speck •• n’aurait sûrement pas le même effet...
 

Les équivalents de la "gauche caviar", selon les pays et les cultures :

• en Autriche, on parle de Nadelstreif-Sozialist (littéralement socialiste - en costume - à fines rayures)
• en Allemagne : Toskana-Fraktion, en référence aux hommes de gauche hypocrites qui préfèrent la dolce vita de la Toscane avec ses bons vins et son bistecca alla fiorentina, mais prétendent avoir des goûts culinaires plus populaires et plus traditionnellement allemands (comme le fameux Saumagen d’Helmut Kohl = panse de porc farcie)
• Autres variantes : Champagne socialist (Royaume-Uni), Chardonnay socialist (Australie, Nouvelle-Zélande), Cüpli-Sozialist (Suisse), ou Smoked salmon socialist (Irlande).
 

Naturellement, les dénominations péjoratives ne sont pas l’apanage de •• jm vorbehalten sein •• la gauche, qui dénonce •• anprangern •• à son tour •• seinerseits, ihrerseits •• la "droite jambon-beurre", appelée aussi "droite cervelas" en Suisse ou "droite boudin •• Blutwurst •• ", c’est-à-dire les hommes politiques qui s’efforcent de "faire peuple" alors qu’ils ont des goûts raffinés.
Wikipédia cite l’exemple de Jacques Chirac "manifestant son goût de la tête de veau, de la bière et du Salon de l'Agriculture, mais dans le privé fin amateur de grands crus, de cuisine nouvelle, de ballets et bon connaisseur des cultures asiatiques et océaniennes."

 

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* Au XVIIe siècle, on appelait le homard "cafard de la mer" (littéralement : Meeresschabe) : surabondant •• im Überfluss vorhanden •• dans les colonies britanniques américaines, il était peu apprécié, et on le donnait à manger aux prisonniers, aux domestiques •• Bedienstete ••  •• Witwe •• et aux orphelins •• Waisenkind •• .

  RECETTE

 •• Ca fonctionne ?Des "faux amis" qui sont pourtant de vrais frères...

Un Autrichien qui séjourne en France se trouve à court de •• kanpp an •• médicaments. Il va consulter un médecin et lui demande une "recette". L’homme en blanc est perplexe : le patient aurait-il confondu son cabinet (qu’on appelle en allemand une Ordination, mot qui, en français, correspond à Priesterweihe...) avec la cuisine d’un chef •• Chefkoch •• ?

Le quiproquo •• Verwechslung •• ne va probablement pas durer bien longtemps. Mais (si le patient maîtrisait mieux le français... et ) si le médecin connaissait  l’histoire de sa profession et l’étymologie du mot recette, il aurait  tout de suite compris que son nouveau client souhaitait une ordonnance, autrement dit, une prescription médicale.

A l’origine, une recette (terme attesté pour la première fois en 1283 sous la forme recoite) désigne le total des sommes d’argent reçues. Le mot dérive du latin recepta, participe passé féminin du verbe recipere (recevoir).

Aujourd’hui encore, le mot recette désigne les rentrées d’argent •• Einnahmen •• .
Exemples : • Il faut équilibrer les recettes et les dépenses.
• Le dernier film de X ne fait pas recette (= il ne rapporte pas beaucoup d’argent = il n’a guère de succès = kein Kassenerfolg sein).

Mais comment le mot est-il passé du domaine financier au domaine médical ?

Dès la fin du XIIIe siècle, il est aussi employé pour désigner la composition d’un remède.
Au Moyen-âge, le médecin rédigeait une "recette" sur laquelle il énumérait les ingrédients et les doses nécessaires à la fabrication d’un médicament. Il y inscrivait aussi - à l’intention de l’apothicaire * - la formule recipe (2ème personne du singulier de l’impératif de recipere), c’est-à-dire "reçois !". A son tour, le pharmacien écrivait la mention receptum (j'ai bien) reçu (ta prescription) qui, avec le temps, s’est transformée en recette (fr.), Rezept (all.), ricetta (it.) ou receta (esp.). L’anglais, par contre, a conservé la forme latine recipe **.

Au XIVe siècle, le mot recette prend aussi le sens de composition d’un mets (une liste d’ingrédients qui rappelle celle du médecin) avant de désigner plus précisément la façon de confectionner ce mets.

 

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* l’apothicaire est l’ancêtre du pharmacien. Le mot n’est plus employé aujourd’hui qu’au sens péjoratif ou ironique : par ex. des "comptes d'apothicaire" sont des calculs - inutilement - compliqués, voire mesquins •• kleinlich, schäbig ••. L'équivalent allemand "kleinkrämerische Rechnungen" se réfère, lui, à l'épicier, au boutiquier (Krämer).

Tout comme le français apothicaire, apothecary (angl.), apotecario (esp.) sont archaïques, tandis que Apotheker s’est maintenu en allemand.

** le mot anglais recipe désigne aujourd’hui la recette de cuisine ou la méthode à suivre, le procédé (Handhabe, Lösungsweg), mais il n’a pas tout à fait disparu du domaine médical puisqu’il subsiste dans le domaine pharmaceutique sous la forme abrégée Rx pour signaler les médicaments délivrés sur prescription médicale •• rezeptpflichtig ••

 

RAQUETTE

et

RACKET

 

Jeu de paume :
• raquette cordée
• raquette avec cadre tendu de parchemin,
• battoir

 


fileuse avec quenouille et fuseau

 

a : quenouille
b : fuseau
c: fusaïole

Le mot raquette •• (Tennis)Schläger, Schneeschuh •• n’a, à l’origine, aucun rapport avec le sport ou un déplacement sur la neige profonde. C'est un terme d’anatomie qui vient de l’arabe rāḥa = "paume (de la main)" par l'intermédiaire du latin médiéval : dans des textes du XIe siècle, on trouve l’expression rasceta manus pour désigner le carpe •• Handwurzel •• (1)

C’est dans ce sens que le mot apparaît en ancien français au début du XIVe siècle, sous la forme rachete, dans le manuel de chirurgie d’Henri de Mondeville (2).
 

Ce n’est qu’au milieu du XVe siècle que la raquecte désigne un "instrument permettant de lancer une balle, un volant •• Federaball •• ". En effet, à l’origine, le jeu de paume, ancêtre du tennis, se pratiquait - comme son nom l’indique - en (re)lançant la balle ou le volant •• Federaball •• avec la la face interne de la main •• Handteller •• , d’abord nue, puis - au fur et à mesure que les balles (3) sont devenues plus lourdes et plus dures - avec la main gantée •• behandschuht •• de cuir.

Au XVe siècle apparaît le battoir, une raquette pleine en bois •• mit hölzerner Schlagfläche •• recouvert d’une peau de mouton.

La première mention d’une raquette de sport date de 1505 : elle possède un manche •• Griff •• et un cadre •• Rahmen •• sur lequel est tendu un parchemin •• Pergament •• (un peu comme un tambourin) ou un cordage •• Bespannung •• en chanvre •• Hanf •• ou en boyau. •• Darmsaiten ••


Contrairement au français où l’évolution de la technique de jeu a entraîné la création d’un nouveau terme,  l’évolution sémantique s’est arrêtée en chemin en allemand : le mot Schläger désigne aujourd’hui la raquette (de tennis, de badminton ou de ping-pong), tout comme il désignait le battoir au XVe siècle.


Le mot allemand Rakette (fusée) a-t-il un rapport quelconque avec la raquette ? Etymologiquement, il est apparenté à l’anglais rocket (qui signifie également fusée) et au français roquette (4) qui désigne un type de fusée qui, contrairement au missile, est non guidé •• ungelenkte Rakete •• . C’est-à-dire que la propulsion •• Antrieb •• s’arrête avant que le projectile atteigne sa cible •• Ziel, Zielscheibe •• .

En français, fusée n’a, à l’origine, rien à voir avec des engins de guerre, puisque le mot est défini comme "la quantité de fil enroulée autour d’un fuseau •• Spindel •• " quand la filasse •• Fasermasse •• est filée. Les fibres à filer (laine, chanvre, lin, coton...) sont portées par la quenouille qui, en gotique, était appelée : rŭkka → germanique : rokka → allemand moderne : (Spinn)Rocken → italien : rocca  (même sens) puis rocchetto (forme diminutive).

C’est par analogie avec la forme fuselée •• spindelförmig •• du fuseau et de la quenouille que l’on a dénommé ainsi tout d’abord la fusée / Rakete / rocchetto de feu d’artifice •• Feuerwerk •• à la fin du XIVe siècle, puis l’arme fusiforme •• spindelförmig •• propulsée à la poudre noire, dès le XVe siècle.


Même si Rakette n’a aucun rapport étymologique avec la raquette, les deux mots sont parfois rapprochés par les commentateurs de tennis pour décrire un coup de raquette frappé très fort :
- "Es war ein Rakentenaufschlag" (calque de l’anglais rocket serve),
- "Was für eine Rückhand- bzw. Vorhandrakete!"(puissant revers, ou coup droit).
C’est ce qu’on appelle en français un boulet de canon.

 

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(1) Ne pas confondre le carpe (Handwurzel) avec le poisson, la carpe : Karpfen, dont le nom vient du bas latin carpa "sorte de poisson du Danube".

(2) chirurgien des rois de France Philippe le Bel et Louis le Hutin, Henri de Mondeville (1260-1320) est le premier écrivain français en chirurgie, 250 ans avant Ambroise Paré. Il aurait fait ses études à Montpellier - la première université de médecine de France - et à Paris, puis à Bologne.

(3) Au jeu de paume, la balle, appelée éteuf, était d’abord une sorte de pelote •• Knäuel •• de morceaux d’étoffe, puis avait une enveloppe de cuir était bourrée de laine, de son •• Kleie •• , ou de sable. Parfois même, des paumiers (fabricants des accessoires pour le jeu de paume) sans scrupules les remplissaient de pierres, ce qui provoquait des accidents qui pouvaient être fatals : ainsi, un des six frères de Michel de Montaigne est mort frappé par une balle au jeu de paume.
"Un de mes frères, le Capitaine Saint Martin, âgé de vingt-trois ans, jouant à la paume, reçut un coup d’éteuf qui le frappa un peu au-dessus de l’oreille droite, sans aucune apparence de contusion ni de blessure. Il ne s’assit et ne se reposa pas, mais il mourut cinq ou six heures après, d’une crise d’apoplexie que ce coup lui causa." "(...) un mien frere, le Capitaine Saint Martin, aagé de vint et trois ans,
jouant à la paume, receut un coup d’esteuf qui l’assena un peu au-dessus
de l’oreille droite, sans aucune apparence de contusion, ny de blessure.
Il ne s’en assit, ny reposa, mais cinq ou six heures apres il mourut
d’une Apoplexie que ce coup luy causa." (Essais, Montaigne)

(4) ne pas confondre la roquette (Rakete) avec la roquette (Rucola) !

 

les vertus des

EPINARDS

 

 

 

 

 

 

 


graines "épineuses •• gehörnt •• " d'épinards

 

Il paraît que •• angeblich / es heißt, dass •• les épinards sont un des aliments que les jeunes (et les moins jeunes...) enfants détestent le plus. On a beau •• noch so sehr mögen / wollen / können •• leur expliquer que c’est bon pour la santé ("c’est plein de vitamines") et leur donner l’exemple de Popeye et de ses gros bras musclés, rien n’y fait •• es ist nichts zu machen •• !


Vous connaissez sûrement Popeye (1) the sailorman qui, selon la légende colportée depuis des générations, doit •• verdanken ••  sa force aux épinards, un aliment réputé riche en fer.

Ce que vous ignorez peut-être, c’est que ce personnage de bande dessinée - puis de dessin animé - créé en 1929 par Elzie Cryler Segar avait une mission officielle.

1929, c’est l’année du krach boursier (2) ; dans les années qui suivent, l’économie américaine est en pleine dépression, et il est à la fois difficile et coûteux de s’approvisionner en viande. Le gouvernement souhaite donc promouvoir la consommation de légumes et notamment d’épinards par l'intermédiaire d'une célébrité.

Le personnage - déjà très connu - de Popeye est chargé d’en vanter les bienfaits •• die Vorzüge, das gesundheitliche Nutzen anpreisen •• : c’est à cet aliment qu’il doit sa force herculéenne et sa "santé de fer", comme il l’indique dans une de ses premières aventures. Par contre, il ne fait aucune allusion à leur forte teneur •• Gehalt •• en fer.

Les scientifiques nous rappellent que c’est une légende : en effet, les algues, les légumes secs, les céréales, la viande rouge ou le chocolat contiennent beaucoup plus de fer que les épinards (3) !

Par contre, Popeye n’a pas menti en affirmant que ce végétal est riche en vitamines (C et E, provitamine A, acide folique...).

Ce qu’il ignorait - et que des études récentes viennent de prouver - c’est que l’ecdystérone (Ecdysteron), l’hormone stéroïde contenue dans les épinards, a un pouvoir dopant : c'est un anabolisant naturel, qui augmente la masse musculaire.
CQFD (4) ! C’est de là que viendraient les impressionnants muscles de l’avant-bras (et pas les biceps ! (5) de Popeye.

Voilà qui pourrait peut-être inciter les jeunes à manger des épinards !
Pour la petite histoire •• Detail am Rande •• : il faut en consommer entre 250 grammes et 4 kilos par jour pour constater leur effet anabolisant !

 

Popeye connaissait-il l’origine étymologique de son cher spinach - qui est également celle des épinards français ou du Spinat allemand ?
Ils sont tous dérivés de l’arabe-persan isfinaj qui désignait déjà cette plante potagère au IVe siècle, époque à laquelle a débuté la culture de l'épinard au Moyen-Orient.

Ce sont les Arabes qui l’ont introduit en Andalousie vers l’an mille. Mais il a pris un autre chemin pour arriver en France au début du XIIIe siècle : rapporté par les Croisés, il était alors appelé espinache ou herbe de Perse.

C’était un passager clandestin •• blinder Passagier •• : les graines épineuses de cette plante auraient voyagé, accrochées (6) aux vêtements ou au pelage des chevaux, jusqu’en Europe.

En France, les épinards ne sont devenus populaires qu’à la Renaissance, sous l’influence de Catherine de Médicis. Au début du XVIIe siècle, on les consommait de préférence cuisinés au sucre ! D’ailleurs, aujourd’hui encore, il existe de nombreuses recettes sucrées de tartes, gâteaux, gaufres •• Waffel •• ou muffins aux épinards.

 

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(1) Popeye : peut-être avez-vous remarqué que le célèbre marin est borgne •• einäugig •• . Il aurait perdu son œil droit quand il était tout enfant, lors d’un typhon qui a ravagé •• verwüsten •• Santa Monica (Californie). C’est pourquoi il s’appelle Popeye, littéralement "œil éclaté".

(2) krach boursier de 1929 : l'indice Dow Jones perd pratiquement 90 % entre son niveau le plus haut de 1929 et son plus bas en 1932 : crise boursière → crise bancaire → crise de la production industrielle → hausse du chômage. En 1932, quand Roosevelt est élu président, 25% de la population active est au chômage

(3) D’ailleurs, les épinards contiennent aussi de l’acide oxalique qui rend le fer peu assimilable par l’organisme.

(4) CQFD : ce qu’il fallait démontrer = quod erat demonstrandum. L'expression apparaît dans les versions grecques des "Éléments" d’Euclide sous la forme ὅπερ ἔδει δεῖξαι (hóper édei deîxai).

(5) biceps : littéralement, c'est le muscle "à deux têtes" (du latin biceps, bicipitis (de bis et caput). Une des extrémités du biceps se divise en deux tendons •• Sehne •• ou ‘chefs’. Curieusement ce ne sont pas les biceps brachiaux (du bras) qui sont remarquablement développés chez Popeye, mais les muscles de ses avant-bras.

(6) contrairement aux variétés modernes, les variétés anciennes d’épinards ont des graines dites épineuses (gehörnt) : or, en latin, épine se dit spina. C'est donc par analogie phonique que le mot arabe isfinaj s’est transformé en spinachium en latin médiéval puis en espinaca (espagnol), spinacio (italien), etc.

 

de l'EAU

du VIN

(de préférence un grand cru)

et du BOUDIN
(ou des homards...)

 

 

 


boudin

 

 

 

 

 

 

 

 

"Les leçons de morale données par le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, tout au long de sa carrière politique se retourneraient-elles désormais contre lui ? Des révélations sur son train de vie supposé [et sur son usage des fonds publics •• öffentliche Gelder •• ] contrastent fortement avec l'exemplarité qu'il n'a cessé de prôner •• predigen •• ."  (article)
« C'est un peu Faites ce que je dis, pas ce que je fais », moque la députée Véronique Louwagie. *


Le proverbe "Fais ce que je dis mais pas ce que je fais" se réfère aux donneurs de leçon •• Moralapostel •• qui recommandent aux autres de pratiquer des vertus •• Tugend •• dont ils ne se soucient guère eux-mêmes. On peut aussi dire qu'ils "ne prêchent pas d’exemple •• prêcher (predigen) d'exemple = mit gutem Beispiel vorangehen •• ".

Cette expression proverbiale est la traduction d'un sermon •• sermon - ou prêche, prône - : Predigt •• de Jésus (Saint Matthieu 23 : vers 1-3). S'adressant à la foule et à ses disciples •• Jünger ••, il critique le comportement des scribes et des Pharisiens •• Schriftgelehrte und Pharisäer •• :
"Faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur •• se régler sur qn : sich nach jm richten •• leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux •• schwere Last •• et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt."
 

Malgré ses presque deux mille ans d'âge, cette dénonciation •• Anprangerung •• de l'hypocrisie a traversé les siècles. On la retrouve dans une variante savoureuse •• köstlich, amüsant, pikant •• en anglais :
The friar preached against stealing when he had blood-pudding in his sleeve.
("Le moine prêchait contre le vol alors qu’il avait du boudin •• Blutwurst •• dans sa manche").
 

L’équivalent allemand Wasser predigen und Wein trinken est tiré du poème satirique de Heinrich Heine "Allemagne – Un Conte d’hiver" ** (1844). C’est une une pierre dans le jardin des •• auf jn gemünzt sein ••  puissants, en particulier des membres du clergé, qui imposent au peuple une vie de renoncements •• Entsagung •• et l'endorment •• einlullen •• en lui promettant la félicité •• Glückseligkeit •• dans l’au-delà •• Jenseits •• : (...) sie tranken heimlich Wein, und predigten öffentlich Wasser (ils buvaient en secret du vin et prêchaient l’eau en public).


Pour la petite histoire •• Detail am Rande… •• : les grands grands crus •• edler Wein •• (Mouton-Rothschild, Château Yquem...) servis lors des "repas somptueux •• lukullisch •• " à l’Hôtel de Lassay •• situé dans le 7e arrondissement, résidence du président de l’Assemblée nationale •• coûtaient entre 110 et plus de 500 € la bouteille. Et c'est du homard, pas du boudin, qui a été offert aux invités...

 

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* V. Louwagie - députée du parti Les Républicains - est membre de la commission chargée de la vérification des comptes de l’Assemblée Nationale.
L'opposition a du mal à "digérer •• schlucken, hinnehmen •• " les festins •• lukullisches Essen •• que François de Rugy, alors président de l'Assemblée nationale, est supposé avoir offert à des personnalités extérieures au Parlement.
 

** texte du poème "Deutschland - Ein Wintermärchen"

Heinrich Heine a écrit ce poème à Paris, où il résidait déjà depuis une dizaine d'années. Il avait observé l'ascension de la bourgeoisie et l'exploitation du peuple et était persuadé qu'une nouvelle révolution n'allait pas tarder •• ne pas tarder à faire qc : bald etw. tun •• à éclater.

Ein kleines Harfenmädchen sang 
Sie sang mit wahrem Gefühle
Und falscher Stimme, doch ward ich sehr
Gerühret von ihrem Spiele. (…)
Sie sang das alte Entsagungslied,   
Das Eiapopeia vom Himmel,
Womit man einlullt, wenn es greint,   
Das Volk, den großen Lümmel.
Ich kenne die Weise, ich kenne den Text, 
Ich kenn auch die Herren Verfasser;
Ich weiß, sie tranken heimlich Wein;   
Und predigten öffentlich Wasser
.

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figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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