Le mot du jour franco-autrichien
 

JAUGER


n'est pas

JUGER

 

 

BEURTEILEN

bedeutet nicht

URTEILEN

und noch weniger

VERURTEILEN

 

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Emmanuel Macron avait annoncé que les offices dans les lieux de culte seraient à nouveau permis à partir du samedi 29 novembre 2020, mais que l'assistance devrait être limitée à 30 personnes. Une jauge jugée "irréaliste" par le porte-parole de la Conférence des évêques de France, car elle est "manifestement disproportionnée en ce qu’elle ne prend pas en compte la taille des édifices religieux".


Jauger n'est pas juger : ces deux verbes sont souvent confondus, mais ils n'ont aucune parenté étymologique.

• Au sens propre, jauger, c'est "mesurer, évaluer (la capacité, le volume ou le contenu d'un récipient)" : le terme se traduit donc par "abmessen, ausmessen".
La jauge est, à l'origine, la capacité d'un récipient profond, comme un tonneau ou une jarre. (1) Aujourd'hui, le mot est employé couramment au sens de "dispositif, instrument ou objet étalonné (Eichmaß) servant à prendre des mesures ou à mesurer la capacité d’un récipient".
Vous connaissez sûrement la jauge à niveau d’huile (Ölmessstab) du moteur de votre voiture. (2)

• Au sens figuré, jauger qc  signifie "estimer" : on peut jauger la situation sanitaire, jauger la pertinence de la mesure prise (sans la juger...).
Jauger qn, c'est apprécier (rapidement) sa valeur, c'est prendre sa mesure - pas avec une toise (Messstab) - mais en évaluant ses "capacités" (on retrouve là l'idée de contenant).


S'il est bien connu que le verbe juger vient du latin judicare (rendre un jugement, décider, apprécier), l'origine de jauger et jauge est plus surprenante : ils viennent de l’ancien francique "galga" qui désignait une perche en bois munie de graduations (Maßeinteilung, Skala) qui pouvait servir, entre autres, à mesurer la capacité d’un récipient profond, comme un tonneau ou une jarre (großer Tonkrug). C’était donc une jauge.

Le francique "galga" a donné "galgo" en ancien haut allemand et - les germanophones ont probablement déjà deviné... - Galgen en allemand actuel, c’est-à-dire le gibet, la potence.


Mais quel rapport cet instrument de supplice pour les condamnés à mort par pendaison peut-il bien avoir avec la jauge, instrument de mesure de capacité ?

L’étymologie du mot rappelle qu’il y a bien longtemps le gibet n’était pas une structure rigide et fixe, fabriquée avec des poutres (Balken), mais que les condamnés étaient pendus à des branches d’arbre. Plus loin encore dans le passé, le supplicié était attaché à un tronc d’arbre particulièrement flexible - le galgo de l'ancien haut allemand - et, lorsqu’on coupait la corde qui maintenait le tronc courbé, le condamné (3) était catapulté en l’air, la corde au cou, et mourait étranglé, pendu à ce gibet rudimentaire.

Le mot gibet vient, lui aussi, de l'ancien bas francique "gibb" (bâton fourchu) qui a donné gib (bâton recourbé en anglais) et - selon le CNRTL - le bavarois "gippel" (branche fourchue). (4)

 

     Pour être au courant


1- On retrouve cette idée dans l'emploi du verbe jauger dans le domaine de la navigation : un navire qui "jauge 500 tonneaux" a une capacité intérieure, un tonnage (Raumgehalt, Tonnage) de 500 x  2,832 m3.  A l'origine, la capacité des bateaux était bel et bien mesurée en tonneaux, au sens propre du terme, à savoir le récipient dans lequel étaient transportées les marchandises.

2- La plupart des véhicules motorisés actuels sont également équipés d’une jauge automatique (Ölstandsanzeige) qui apparaît sur le tableau de bord au démarrage du véhicule.

3- On estime que les condamnés étaient alors souvent les victimes d'un culte sacrificiel à Wotan (en Allemagne) - ou son pendant scandinave Odin - qui était le "dieu des pendus". C'est probablement le sort réservé à l'homme dit "de Tollund", dont le corps momifié a été retrouvé, la corde au cou, dans une tourbière (Torfmoor) du Jutland. Il aurait été mis à mort de cette manière entre 375 et 210 avant J.-C. L'absence de dislocation vertébrale prouve qu'il est mort par pendaison mais sans chute libre.

4- le gibet était constitué ou bien de deux poutres (Balken) disposées en équerre (c'était donc une potence : dispositif dit "einschläfriger Galgen", avec un seul poteau vertical), ou de trois formant un (zweischläfriger Galgen, avec deux poteaux verticaux).
Quant aux "fourches patibulaires" de sinistre mémoire, comme leur nom l'indique (en effet, "patibulaire" a pris le sens d'inquiétant, sinistre : finster, unheimlich), c'était un gibet composé à l'origine de deux fourches de bois sur lesquelles reposait une traverse de bois horizontale. (Querbalken).

Le gibier de potence (Galgenvogel) était censé avoir la mine patibulaire (Verbrechergesicht).
 

 

zwischen
RUHM
und
BLAMAGE

 

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Football - Avec une équipe remaniée •• umbilden, umbesetzen ••   et inexpérimentée, la Norvège a failli •• faillir faire qc : beinahe etwas tun •• créer la surprise en Ligue des nations contre l'Autriche qui a finalement réussi à obtenir un match nul •• Unentschieden, Remis •• (1-1) à domicile. L'Autriche est donc promue •• aufgestiegen •• en Ligue A.

Commentaire presque unanime •• einhellig, einstimmig •• de la presse autrichienne : "Das ÖFB-Nationalteam hat den Aufstieg in die Liga A der Nations League geschafft, sich dabei aber nicht mit Ruhm bekleckert."


Sich (nicht gerade) mit Ruhm bekleckern.... La première fois que j'ai entendu cette expression, dans un contexte sportif, j'étais assez perplexe : en quoi un athlète ou un joueur de foot peut-il (ou pas) se couvrir de taches... de rhum et quel rapport cela a-t-il avec sa performance ?

Depuis, j'ai appris qu'il s'agissait de "Ruhm" - et pas d'alcool de canne à sucre ! - et compris ce que signifie l'expression. Mais d'où vient-elle ?

"Sich mit Ruhm bekleckern" est une déformation plaisante •• scherzhaft •• et relativement récente de "sich mit Rhum bedecken", une locution attestée depuis le milieu du XIXe siècle et qui est le calque •• Lehnübersetzung •• exact du français "se couvrir de gloire".

Dans la tournure contemporaine, le déshonneur •• Schande, Unehre •• de la défaite est assimilé à une tache sur la "veste blanche" d'une personne dont la réputation était jusque là irréprochable •• untadelig, tadellos •• .

L'emploi de la forme négative "sich nicht gerade mit Ruhm bekleckern / ne pas se couvrir de gloire" est une manière d'atténuer •• abschwächen •• la déclaration (1). "Les joueurs se sont ridiculisés" serait une formulation plus critique.

Mais la presse ne prend pas toujours des gants •• ne pas prendre de gants :
nicht zimperlich mit jm umgehen
••
... Par exemple, certains journaux ont titré : "Grbic rettet ÖFB-Team vor Blamage gegen Norwegens Not-Elf" ou, à propos de la débâcle sportive de la "Mannschaft" : "Die Deutschen haben sich gründlich / bis auf die Knochen (2) blamiert" (après la défaite 0:6 de l'équipe allemande de foot contre l'Espagne).


Sich blamieren et Blamage sont ce qu'on appelle des Scheingallizismen. Le verbe "blâmer" existe bien en français, mais il est employé à la forme non-pronominale et signifie "porter un jugement défavorable sur qn ou qc, réprimander •• rügen, tadeln •• qn, lui faire de sérieux reproches".

Blamieren a été copié au XVIIe siècle sur le français blâmer, avec le même sens, c'est-à-dire jn tadeln. Mais, alors que le verbe a conservé son sens initial en français, la signification de (sich) blamieren a changé : cela se traduit aujourd'hui par (se) ridiculiser / (se) couvrir de ridicule, et jamais par (se) blâmer ! Quant au substantif Blamage, il correspond à "honte". 'So eine Blamage!' se traduit donc par : "La honte ! / Quelle honte !" (2)


Maintenant que la question de ce pseudo-gallicisme est résolue, il ne nous reste plus qu'à préciser l'origine du verbe blâmer / blamieren : c'est une déformation du latin classique blasphemare qui, en bas latin, a perdu  son sens religieux de blasphémer : c'est-à-dire "proférer des propos injurieux •• beleidigend •• contre ce qui est sacré" / Gott lästern, fluchen.


Sur les terrains de football, il n'est pas rare que les jurons fusent •• erschallen, ertönen •• , surtout lorsqu'une des équipes est en train de se ridiculiser. C'est un comportement non seulement blâmable •• tadelnswert, blamabel •• , mais aussi  délictueux •• strafbar •• . Aujourd'hui, l'injure et la diffamation •• Verleumdung, Diffamierung, üble Nachrede •• peuvent faire l'objet de poursuites, alors que le blasphème n'est plus considéré comme un délit (comme nous l'a rappelé l'actualité récente...)


     Pour être au courant


1- cette figure de style est une litote : un procédé d'atténuation qui consiste à dire moins pour suggérer plus, en général au moyen d'une négation. Ainsi, "ce n'est pas donné •• das ist ganz schön teuer •• ", signifie : "c'est rudement cher !" ; le célèbre "Va, je ne te hais point", adressé par Chimène à Rodrigue dans le Cid, doit être interprété comme "Je t'aime !"

2- bis auf die Knochen =  in höchstem Maße, durch und durch, c'est-à-dire complètement.
Le français a recours à la même idée, par ex. dans l'expression "être trempé jusqu'aux os" (alors qu'en allemand, on ne se mouille que "jusqu'à la peau" : nass bis auf die Haut) et - comme l'allemand - va même plus loin avec les expressions suivantes : "glacé jusqu'à la moelle" (bis ins Mark durchkältet sein) ; ou "corrompu jusqu'à la moelle" (durch und durch korrupt).

3- Blamage est créé au XVIIIe siècle avec le sens de Schmähung, Beschimpfung (alors qu'en français seul existe le substantif masculin "blâme" : Tadel, Rüge). Au XIXe siècle, s'opère un glissement de sens de schmähen, beschimpfen à bloßstellen, lächerlich machen.

 

 

 

 

sich
VERFRANZEN

 

Franz, Emil u. Angela
haben sich verfranzt...

mais pas Georges !

Ne pas confondre Franz et la France !

Angela Merkel et la reine des Pays-Bas, Maxima, d'origine argentine, se rencontrent à New York, en marge •• am Rande •• de l'Assemblée générale de l'ONU (1). Elles s'entretiennent •• sich unterhalten •• en anglais. La reine explique qu'elle a parlé des Droits de la Femme avec "France". Un peu désorientée •• verwirrt •• , la chancelière demande : "Euh, oui, avec quel Franz ?" 

Lorsque Maxima précise que c'est avec Emmanuel (Macron) qu'elle a discuté, Angela Merkel comprend son erreur. Rassurez-vous, ce "Faux-pas" - comme on dit en allemand, mais pas en français - n'a pas causé d'incident diplomatique. Mais il a bien amusé les internautes et la presse qui titrait "Angela Merkel hat sich verfranzt" !


Sich verfranzen, c'est se perdre, s'égarer •• sich verirren, sich verlaufen,
vom richtigen Weg abkommen
••
, se tromper de chemin, se paumer (familier), être désorienté.

L'expression a-t-elle un rapport avec la France ou avec le prénom Franz ? Peut-être bien avec les deux... ou pas du tout, selon l'hypothèse retenue •• gewählt, berücksichtigt •• . En effet, les avis divergent •• auseinander gehen •• sur la question.

Ce que l'on sait, c'est que l'expression apparaît pendant la Première Guerre mondiale et qu'elle vient du domaine de l'aviation. Au début du conflit, les avions n'ont qu'une charge utile •• Nutzlast •• assez limitée car leurs moteurs sont encore peu puissants. Dans les "machines volantes" de l'armée de l'air, il n'y a donc de la place que pour deux personnes : le pilote et son copilote ou observateur •• Beoachter, Navigator •• .

Comme les moteurs sont très bruyants, les occupants de ces "coucous •• (alte) Mühle, Kiste •• " ont du mal à se faire comprendre, d'abord entre eux puis - avec le développement de la télégraphie sans fil (T. S. F.) et l'adoption de l'alphabet Morse - lors de leurs échanges radio •• Funkverkehr •• avec le sol. Et ce, d'autant plus que •• nicht zuletzt, weil •• le poste de pilotage est à ciel ouvert •• unüberdacht •• .

Les mots échangés doivent donc être courts et bien dinstincts •• deutlich, vernehmlich •• : c'est une des raisons (2) pour lesquelles on utilise des codes et que, dans l'armée de l'air allemande, on a attribué le surnom de Franz au copilote, tandis que le pilote était appelé Emil : deux mots aux sonorités •• Klang •• que l'on ne pouvait pas confondre •• verwechseln •• .

L'observateur était chargé de guider le pilote, à l'aide de cartes ou en pratiquant la navigation à l'estime •• Koppelnavigation
de 'koppeln' = verbinden
••
avec un compas, un tachymètre et un chronomètre. Avec ces méthodes rudimentaires d'orientation, il n'était donc pas rare que l'avion s'égare : Emil und Franz hatten sich... verfranzt! 
(En revanche, aucun "sich verEmilen" n'est attesté en allemand !)


Mais existe-t-il vraiment un rapport entre le prénom Franz et la France ?
Franz et ses correspondants dans les autres langues, Frantz, Franciscus, Francesco, Francisco, Ferenc, etc. sont tous dérivés de "François" qui, avant de devenir un prénom, a désigné pendant des siècles un Français, un habitant de la France. (3)

C'est François d'Assise qui a été le premier porteur de ce prénom, ou plus exactement de ce surnom. Le futur saint avait été baptisé •• taufen •• du prénom de Giovanni, en l'absence de son père, un riche drapier •• Tuchhändler •• . De retour de voyage, ce dernier le surnomma Francesco, c'est-à-dire "petit Français", d'une part, parce que son épouse était (probablement) d'origine française, d'autre part,  parce qu'il entretenait de fructueuses •• einträglich •• relations d'affaires avec la France.

Ce qui était à l'origine un sobriquet •• Spitzname •• , est devenu un nom de baptême très populaire - d'abord en Italie sous la forme Francesco - à partir du moment où Saint François a été canonisé •• heilig sprechen, kanonisieren •• (dès 1228, deux ans après sa mort).

C'est ainsi que le gentilé (dénomination des habitants d'un lieu, en l'occurrence •• in diesem Fall •• les Français) s'est transformé en prénom. (4) Et voilà pourquoi le copilote des zincs •• synonyme de "coucou" pendant la 1ère Guerre •• de la "Grande Guerre" s'appelait Franz. - du moins dans l'armée allemande. (5)  A moins que… •• es sei denn… •• ...


Selon une autre hypothèse  - moins répandue •• verbreitet •• mais convaincante •• überzeugend •• - ce nom de guerre •• Deckname •• attribué à l'observateur n'aurait rien à voir avec le prénom : ce serait une abréviation •• Abkürzung •• de "FlugRoutenANZeiger" (indicateur d'itinéraire de vol).

 

     Pour être au courant


1- la scène a eu lieu en octobre 2019, à une époque où l'on n'était pas obligé de porter un masque et de respecter •• einhalten •• les fameux "gestes barrière •• Hygieneschutzmaßnahme •• ".

2- Pourquoi Emil et Franz ? Ces deux prénoms sont impersonnels : ils sont liés à la fonction et pas à une personne en particulier. Les pilotes et les observateurs se relaient •• sich abwechseln •• dans le cockpit - ou meurent au combat - mais ils sont toujours désignés par les mêmes prénoms, peu importe qu' •• egal ob ; es spielt keine Rolle, ob •• ils se prénomment Manfred (comme le célèbre "Baron rouge") ou René (comme le capitaine Fonck avec sa centaine de victoires) dans la vie civile.

Au début du XXe siècle, Franz était un prénom courant •• geläufig, gebräuchlich •• , souvent attribué aux domestiques (quel que soit •• egal welcher, unabhängig von •• leur prénom officiel) dans l'espace germanophone. On retrouve le même procédé de dépersonnalisation dans l'emploi de son pendant féminin en France : "Marie".

Le choix de Franz, prénom peu prestigieux •• angesehen •• , peut paraître étonnant car, bien que le poste d'observateur ne jouisse pas alors de la même réputation que celui de pilote, il réclamait •• verlangen •• cependant de larges compétences : c'est la raison pour laquelle l'observateur était toujours un officier (ou, à la rigueur •• zur Not •• , un sous-officier), alors que le pilote pouvait être un non-gradé •• Soldat ohne Dienstgrad •• .

3- le nom de la France, le pays des Francs, vient l'ancien bas-francique frank qui désignait un homme libre (d'où l'adjectif franc •• frei, freimütig, aufrichtig •• , franche). Le Français était donc à l'origine "l'homme libre du pays des Francs"
Pendant plusieurs siècles la graphie "François" et la prononciation [fʁɑ̃.swɛ] (fransouè) restent communes au gentilé •• Volksbezeichnung, Ethnonyme •• et au prénom.
Peu à peu leur prononciation se différencie ([fʁɑ̃.swa] - fransoua - pour le prénom et [fʁɑ̃.sɛ]  - fransé - pour le gentilé), mais c'est seulement dans l'édition de 1835 du dictionnaire de l'Académie française que les deux graphies et pronnonciations sont officiellement distinguées.
La 5ème édition de l'ouvrage, parue en 1798, portait encore le titre de "Dictionnaire de l'Académie françoise".

4- autre exemple de gentilé devenu un prénom : le nom de la région du Cantal est à l'origine du nom de famille Chantal (Madame de Sévigné est née Marie de Rabutin-Chantal) puis du prénom Chantal - qui se diffuse •• sich verbreiten •• après la canonisation, en 1767, de la religieuse Jeanne-Françoise de Rabutin, baronne de Chantal et grand-mère paternelle de la femme de lettres.

5- et en français ? On ne trouve pas d'équivalent à Emil et Franz dans l'aviation française. (L'un des lecteurs de ce Mot du Jour en saurait-il plus ??)
Notons cependant que, dans l'aviation moderne, à partir de la Seconde Guerre mondiale, "Georges" est le surnom donné au pilote automatique. Ce prénom a peut-être été choisi en hommage à •• zu Ehren des… •• l'un des héros de l'aviation de combat de la Première Guerre, Georges Guynemer, mort en mission à 22 ans, avec 53 victoires officielles à son actif •• etw. vorzuweisen haben, für sich verbuchen können •• .

 

 

 

 

les mots
- et les maux -
du COVID

T R I A G E

"Triagen drohen - Man sei noch nicht in der harten Triage. Wenn die Zahlen weiter steigen, wird das System das aber nicht verkraften können", warnt Klaus Markstaller, Präsident der Österreichischen Gesellschaft für Anästhesie, Reanimation und Intensivmedizin (ÖGARI) - (article du 14 novembre 2020)

Le Président de la Société autrichienne d'Anesthésie, de Réanimation et de Soins Intensifs met la population en garde •• mettre en garde : warnen •• : si les mesures de confinement ne sont pas respectées, on se dirige inéluctablement •• unvermeidlich, unweigerlich •• vers le triage car le système de soins ne va pas tarder •• bald etw. tun •• à être saturé •• überlastet •• .


Avec l'épidémie de Covid-19 se répandent •• sich verbreitten, in Umlauf gebracht werden •• dans la langue courante des termes, expressions et abréviations jusque là peu connus du grand public : de triage à hydroxychloroquine en passant par "cluster", immunité collective •• Herdenimmunität •• , patient zéro •• Patient Null, Indexpatient •• , traçage •• Tracking, Nachverfolgung •• , PCR •• Polymerase-Kettenreaktion, Polymerase Chain Reaction •• , masque FFP •• filtering facepiece, partikelfiltrierend •• , etc.


Les secouristes et médecins urgentistes •• Notarzt •• ont recours •• sich mit etw. behelfen, etw. anwenden •• au triage médical lorsque le nombre de patients à traiter dépasse •• übersteigen •• la capacité de soin. Ce procédé permet de déterminer quels patients sont prioritaires et l'ordre dans lequel ils vont être traités et évacués.

Cette situation peut survenir •• eintreten, sich ereignen •• en cas de guerre, d'attentat (ex. la tuerie •• Gemetzel, Blutbad •• du Bataclan du 13/11/2015), de catastrophe naturelle (tsunami, séisme •• Erdbeben •• ...), d'accident majeur avec un grand nombre de victimes (par ex. accident routier, ferroviaire •• Bahn- •• ou explosion)... ou de pandémie comme à l'heure actuelle.


Si son origine française est évidente, ce n'est pourtant pas en France que le mot triage (1) (au sens médical du terme) a été employé pour la 1ère fois. Pendant plus de cinq siècles, le terme ne s'est appliqué •• appliquer à : anwenden •• qu'à des objets et - dans ce domaine-là - il est aujourd'hui largement supplanté •• verdrängen •• par "sélection" ou "tri". On parle ainsi du tri sélectif •• Abfall-, Mülltrennung •• (des ordures ménagères), du tri postal •• Sortieren der Post, Briefverteilanlage •• ..., on fait le tri •• eine Auswahl treffen, sortieren •• dans nos placards, nos vêtements, dans notre boîte mail...

Le mot triage s'est maintenu •• sich behaupten, bestehen bleiben •• néanmoins dans le domaine ferroviaire avec l'expression "gare de triage •• Rangierbahnhof •• " (apparue à la fin du XIXe siècle) - station de chemin de fer où on sélectionne les wagons de marchandises selon leur destination pour former des convois •• Wagenfolge, -kolonne •• - et, justement, dans le domaine médical.

Le mot triage - au sens sanitaire du terme (2) - apparaît - en français - dans un manuel •• Handbuch, Lehrbuch •• rédigé en langue allemande par Oscar Heyfelder, chirurgien allemand, et paru en 1874 à Saint-Pétersbourg (3) : " Kriegs-Chirurgisches Vademecum" (Manuel de chirurgie de guerre, traduit dès l'année suivante en français).

Sans surprise, le mot et le procédé se diffusent à grande échelle •• in großem Umfang •• , et dans tous les camps, pendant la 1ère Guerre mondiale. Le but premier de l'opération est alors de sauver la vie des militaires... pour pouvoir les renvoyer combattre au front le plus rapidement possible !

Au cours du XXe siècle, le triage s'est étendu au domaine de la médecine de catastrophe, de la médecine humanitaire et de la médecine d'urgence. Depuis 1983, la hiérarchisation adoptée dans la plupart des pays répartit •• einteilen •• les victimes en trois catégories principales, matérialisées par un code couleur (4) :
- rouge : patients, gravement atteints mais pouvant être sauvés, peuvent être secourus sur place
- jaune : victimes aux blessures demandant des soins importants mais pouvant attendre, peuvent être évacués
- noir : patients très gravement blessés, mais qui n'ont pas priorité car leur traitement a de faibles chances de succès

Le choix du terme triage pour qualifier cette opération de sélection des blessés a-t-il un rapport avec l'existence de ce code tricolore ? Eh bien, non. Le terme n'a rien à voir avec le préfixe numérique "tri-" avec lequel sont formés des mots comme  triangle, tricolore, ou trilingue.

Le verbe trier - et donc les déverbaux tri et triage - vient du latin tritum, supin de terere qui signifie "frotter", en particulier "frotter, battre le blé •• das Getreide Dreschen •• de manière à enlever la balle •• Spreu •• ". Trier, signifiait donc à l'origine "séparer le bon grain de l'ivraie" •• die Spreu vom Weizen trennen
au sens figuré : discerner le bien du mal, les bons et les méchants, le vrai et le faux
••  
  (au sens propre du terme) (5).

Et, plus étonnant encore, le verbe anglais to try (essayer) est également dérivé du latin terere. Attesté vers 1300, il signifie alors "examine judiciously, discover by evaluation".  Examiner et évaluer, ce sont encore aujourd'hui les méthodes employées pour le "triage".

 

     Pour être au courant


1- le triage ≠ die Triage : les mots en -age sont masculins en français - et... féminins en allemand ! - du 'triage' au 'garage' en passant par 'courage', 'bagage' (so eine Bagage!), 'étage' (die 'Beletage'), 'sabotage' ou 'vernissage'.
Exceptions :  image, page, cage, rage, plage et nage sont du genre féminin.

2- Le triage (avant la lettre)bevor es den Begriff überhaupt gab ••     :
• C'est Dominique Larrey, chirurgien en chef de l'armée napoléonienne, qui a établi les principes de base de la gestion des blessés, décidant de leur évacuation ou de l'administration •• administrer des soins à qn : behandeln, betreuen •• des premiers soins sur les champs de bataille. Et ce - selon un principe républicain, égalitaire -  sans aucune distinction de grade ou même d'appartenance nationale.
• Le triage des blessés, au sens moderne du terme, a été mis au point •• mettre au point : entwickeln •• pendant la Guerre de Crimée (1853-56) par le chirurgien russe Nicolaï Pirogov qui classait les patients en cinq catégories.

3- Saint-Pétersbourg, une cour cosmopolite au XIXe siècle :
• Oscar Heyfelder est médecin-chef dans l'armée russe pendant une vingtaine d'années. Il manie •• manier qc : mit etw. umgehen •• aussi bien le russe ou le français que l'allemand, langues alors parlées à la cour et dans l'aristocratie.
• Les auteurs français, en particulier, Balzac, Zola, Dumas et Jules Verne, sont très populaires dans la haute société.
Marius Petipa, invité en 1847 à la Cour de Saint-Pétersbourg, y restera jusqu'à sa mort : il y a composé la chorégraphie de plus de 60 ballets, dont "Le Lac des Cygnes" de Tchaïkovski.
• En outre, cinq des six tsarines du XIXe siècle sont d'origine allemande : Louise Augusta de Bade, épouse d'Alexandre 1er ; Charlotte de Prusse, épouse de Nicolas 1er ; Marie de Hesse-Darmstadt, épouse d'Alexandre II ; et Alix de Hesse-Darmstadt, épouse du dernier tsar, Nicolas II.

4- Codification internationale du triage (START: Simple Triage and Rapid Treatment) :
- l'étiquette rouge (Immediate) donnent la priorité aux patients gravement atteints mais pouvant être sauvés sans investissement disproportionné de ressources (ayant par exemple une hémorragie).
- l'étiquette jaune (delayed) concerne ceux dont les blessures (brûlures ou fractures multiples) demandent des soins importants mais qui peuvent être repoussés sans trop de risques pour leur survie ou leur santé
- étiquette noire (expectant ou deceased) : désigne les patients les plus gravement blessés, dont la vie peut être en jeu, mais qui n'ont pas priorité car leur traitement a de faibles chances de succès et mobiliserait des ressources trop importantes.
- la catégorie minor comprend les patients qui ne réclament pas ou que peu de soins médicaux.

5- Spreu = balle et ivraie : en français, on distingue la balle - constituée par les glumes (Spelze, Hülse) qui enveloppent le grain - de l'ivraie (Lolch), graminée dont une espèce aux graines toxiques avait la réputation de provoquer l'ivresse •• Trunkenheit •• , d'où son nom.
 

aller au PERSIL

dans la rue du Persil...

 

 

 

 

 

 

 

 


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Comme nous l'avons constaté précédemment (► Mot du jour), le persil (1) ne possède aucune propriété nettoyante ou blanchissante avérée •• erwiesen •• , et la lessive •• Waschmittel •• du même nom n'a rien à voir avec la plante potagère •• Gemüsepflanze •• : Persil est un mot-valise composé des syllabes initiales de PERborate et SILicate, les deux éléments principaux qui composent ce détergent •• Putz-, Waschmittel •• .

Quant au certificat •• Bescheinigung •• de dénazification - ou "de déradicalisation" dans sa version actuelle - appelé "Persilschein" en allemand, il est censé •• angenommen •• "blanchir •• reinwaschen •• " (la personne suspecte), tout comme la lessive.


Cependant, on attribue •• zuschreiben, nachsagen •• au persil (végétal) de nombreuses autres vertus •• (Heil)Kraft •• : de l'Antiquité jusqu'au XVIIIe siècle, la plante était utilisée comme aphrodisiaque et servait à confectionner des philtres d'amour •• Liebestrank •• . (2)

Ainsi, considérant que le persil stimulait la libido, les Athéniens interdisaient à leurs soldats d'en consommer en période de combats afin qu'ils consacrent toute leur énergie à vaincre l'ennemi.

Au Moyen-âge, le persil était considéré comme une "herbe de sorcière •• Hexenkraut •• " et avait une réputation quelque peu sulfureuse : les feuilles étaient utilisées par les hommes contre l'impuissance sexuelle (3) (c'était en quelque sorte •• sozusagen •• le Viagra de l'époque, mais en vert, plus écolo...), tandis que les graines aux propriétés abortives étaient consommées par les femmes qui souhaitaient interrompre une grossesse •• Schwangerschaft •• non-désirée. (4)

Un vieux dicton résume ces deux effets, rappelant également que les avortements clandestins •• illegal, heimlich •• ont longtemps causé la mort des femmes : "Petersilie hilf dem Mann aufs Pferd, die Frau aber unter die Erd." (5).


Parmi les femmes qui avaient recours •• avoir recours à qc :
zu etw. greifen, sich mit etw. behelfen
••
à ces méthodes abortives •• abortiv, abtreibend •• se trouvaient de nombreuses "femmes de mauvaise vie", et la langue familière, en français comme en allemand, a conservé des expressions évoquant ce lien entre la plante et la prostitution :
- "aller au persil" ou "faire le persil", c'est pratiquer l'activité de prostituée et, en particulier, racoler •• auf Kundenfang gehen •• les clients. (6)
- dire d'une femme "sie hält Petersilie feil" a la même signification.
- de même, accrocher un bouquet de persil à la porte d'une femme, c'était la dénoncer •• anprangern, brandmarken •• comme "fille légère", "femme de mauvaise vie".

Cette connexion entre persil et prostitution se retrouve dans la toponymie : dans certains vieux centres-villes, il existe encore aujourd'hui des rues nommées "Petersiliengasse" ou "Rue du Persil", situées dans ce qui était autrefois le quartier des bordels •• Rotlichtviertel •• . (7)


Reste une dernière question à résoudre : quelle est l'origine du mot "persil" ?
Comme son nom allemand le suggère •• nahelegen •• , Petersilie / persil est bien apparenté au mot pierre et donc au prénom Peter / Pierre.

Persil, Petersilie, perejil (esp.), prezzemolo / petroselino (it.), parsley (angl.), pietruszka (rus.)... : tous sont dérivés du latin petroselinum, lui-même emprunté au grec petroselinon, composé de "petros" (le rocher) et selinon (terme regroupant différentes ombellifères •• Doldengewächs •• comme le persil, le céleri, le lierre, la livèche •• Liebstöckel •• . Dans la Grèce ancienne, le mot désignait le persil sauvage qui pousse dans les pierres, sur les roches, formant un tapis.

 

     Pour être au courant


1- prononciation : faut-il faire rimer "persil" avec "souci" ou avec "facile" ?
Les grammairiens - et surtout les locuteurs français - sont divisés... On prononce plutôt "persi" dans le Nord de l'Hexagone et "persiL" dans le Sud. Depuis plus d'un siècle et demi, le persiL fait de la résistance : la prononciation de l'Ile-de-France (considérée longtemps comme seule valable •• gültig •• ) n'a pas réussi à s'imposer •• sich durchsetzen ••  .

2- philtre : le mot n'a aucun rapport avec "filtre", mais bien avec le grec "philéo" (aimer).

3- faux amis : impuissant (sexuel) = impotent (en allemand). A ne pas confondre avec impotent (en français) qui signifie "gebrechlich, bewegungsunfähig".

4- Le persil est, aujourd'hui encore, utilisé comme plante abortive.  C'est la raison pour laquelle, en Belgique, le Conseil des femmes a organisé en 2017  une journée de sensibilisation pour le droit à l'avortement, appelée "Opération Persil". (article)

5- Le dicton anglais "Parsley helps a man mount his horse, but it helps a woman end up under the ground" est-il le calque ou le modèle de l'allemand "Petersilie hilf dem Mann aufs Pferd, die Frau aber unter die Erd" ?

6- dans le langage familier, plusieurs plantes sont utilisées comme synonyme d'argent : le blé (avoir du blé en poche), l'oseille •• Sauerampfer •• (avoir de l'oseille, faire son oseille), les radis (n'avoir plus un radis en poche), épinards (aller aux épinards)...
En allemand, les comparaisons viennent plutôt du règne minéral : Kohle et Koks (charbon et coke - "le" coke et pas "la" coke), Kies et Schotter (gravier et cailloutis), Zaster (mot d'origine argotique, déformation de "saster" = Eisen)

7a-  • par ex. à Bruxelles, le Temple maçonnique se trouve dans la "Rue du Persil". Un article de LaLibre.be confirme l'existence de maisons closes •• Freudenhaus, Bordell •• dans cette rue, à la fin des années 1870. (article)
• J'ai également déniché •• ausfindig machen, auftreiben
littéralement : aus dem Nest nehmen
••
une "Rue du Persil" dans le vieil Avignon.
 En Allemagne, beaucoup de ces Petersiliengassen se trouvaient dans les ports.

7b- Apparemment, l'origine de ces "Rues du Persil" situées dans les quartiers mal famés •• verrufen •• est oubliée : Susanne Lange, qui a publié un recueil de nouvelles, destiné aux jeunes et  intitulé "In der Petersiliengasse und andere Strassen". Erzählungen für die Jugend von 10 bis 14 Jahren" ne la connaissait probablement pas (du moins, on l'espère...)

 

PERSIL

 

le
Persilschein
"lave plus blanc
que blanc"

 

"Lizenz zum Lügen? Der Attentäter von Wien ließ sich deradikalisieren und plante seine Morde. [Er] hatte seinen letzten Termin mit seinen Betreuern erst Ende Oktober. Und auch wenn ihm nie ein Persilschein als vom jihadistischen Wahn Geheilter ausgestellt wurde, so ist es ihm doch gelungen, sein nicht-islamistisches Umfeld gründlich zu täuschen." (article)


"Persilschein" est défini comme un "certificat de bonne conduite, de bonne vie", "eine Bescheinigung, dass sich jemand nichts hat zuschulden kommen lassen".

L'expression vient du domaine militaire : au début du XXe siècle, les nouvelles recrues •• Rekrut •• apportaient un carton dans lequel elles mettaient leurs vêtements civils avant d'endosser •• anziehen •• l'uniforme de l'armée. Leur service militaire terminé, les soldats recevaient ce qu'on appelait dans le jargon des soldats un "Persilschein" : l'autorisation de retourner à la vie civile et de ressortir leurs habits de ce carton qui était, très souvent, un emballage •• Verpackung •• de lessive Persil.


Ce passage du nom de la marque dans la langue courante montre la popularité •• Bekanntheitsgrad •• de cette poudre à laver le linge à l'époque. Inventée en 1907 par des chimistes de l'entreprise Henkel, cette lessive avait un avantage décisif sur ses concurrentes : c'était le premier détergent •• Reinigungs-, Waschmittel •• "auto-activé •• selbsttätig •• ". Les ménagères •• Hausfrau •• , blanchisseuses •• Wäscherin •• et lavandières •• Waschfrau •• n'avaient - paraît-il •• angeblich, heißt es •• - plus besoin de frotter le linge ! (1)


Cantonnée •• auf etw. beschränkt •• d'abord au domaine militaire, l'expression connaît un glissement de sens •• Bedeutungsverschiebung •• et une plus large diffusion •• Verbreitung •• après la 2ème Guerre mondiale, au moment de la dénazification. Les Alliés ont élaboré •• ausarbeiten, erstellen •• un questionnaire de dénazification que des millions d'Allemands ont dû remplir pour obtenir une "décharge •• Entlastung(sbescheinigung) •• ", sans laquelle il leur était impossible de retrouver un emploi, ouvrir un commerce, louer un appartement... (2)

Grâce au témoignage de victimes ou d'anciens adversaires - ou parfois à des déclarations mensongères •• wahrheitswidrig, unwahr •• - les personnes soupçonnées pouvaient être innocentées : elles étaient ainsi "blanchies", "lavées •• reinwaschen •• " de tout soupçon. Sie hatten (wieder) eine weiße Weste (être blanc comme neige, n'avoir rien à se reprocher), comme si elles étaient passées à la lessive Persil ! (3)


Le terroriste islamiste qui a fait quatre victimes à Vienne le 2 novembre 2020 a réussi à tromper •• täuschen •• ceux qui étaient chargés de son suivi •• Betreuung •• . S'il n'était pas "passé à l'action" avant la fin du programme de déradicalisation qu'il devait suivre à sa sortie de prison, aurait-il obtenu son "Persilschein" ?


Vous vous êtes peut-être déjà demandé quel était le rapport entre le nom du détergent pour le linge et la plante du même nom ? Le persil (végétal)  posséderait-il des propriétés •• Eigenschaft •• nettoyantes (comme la saponaire •• Seifenkraut •• ) ou blanchissantes (comme le lierre •• Efeu •• ) ? Pas du tout, "Persil" est un mot-valise •• Kofferwort •• composé des deux principaux éléments constitutifs du produit : le PERborate et le SILicate.


Mais nous n'en avons pas encore fini avec le persil : dans le prochain Mot du Jour, nous nous pencherons •• se pencher sur (un sujet) :
sich beschäftigen, auseinandersetzen, befassen mit
••
sur l'étymologie du mot - en français et en allemand (y a-t-il un rapport avec Peter ?) - ainsi que sur les vertus •• (Heil)Kraft / la vertu : Tugend •• particulières attribuées à la plante au cours des siècles.

 

     Pour être au courant


1- Rappelons que, même si le premier brevet •• Patent •• pour une machine à laver mécanique a été délivré •• erteilen •• en 1797 à l'Américain Nathaniel Briggs, ce n'est que dans la 2ème moitié du XXe siècle que les machines à laver électriques se sont généralisées en Occident.

2- dénazification : "processus dirigé par les Alliés au sortir de la Seconde Guerre mondiale et destiné à éradiquer •• ausrotten •• le nazisme dans les institutions et la vie publique allemandes." (en savoir plus)

3- L'expression "Persilchein" a peu à peu acquis une connotation péjorative. A partir de 1948, alors que la Guerre froide se profile •• sich abzeichnen •• à l'horizon, la dénazification passe au second plan •• in den Hintergrund treten •• pour les Américains.  Des procédures accélérées de "blanchissement" ont permis à d'anciens nazis d'être réhabilités. Et ce, d'autant plus que les Etats-Unis et l’URSS comprennent rapidement qu'ils ont tout intérêt à utiliser les compétences d’anciens nazis. Le cas de Wernher von Braun en est l'exemple le plus connu.

 

du RHUME

au RHIN,

tout coule...
 

 

Le GROG : quand le rhum est censé •• être censé faire qc : eigentlich / angeblich tun sollen •• soulager •• lindern •• le rhume et, pourquoi pas, les rhumatismes...


Un peu de rhum, de l'eau bien chaude, quelques gouttes de jus de citron, du sucre de canne •• Rohrzucker •• et / ou du miel : voilà la recette du grog. L'efficacité de ce "remède de grand-mère •• (Omas) Hausmittel •• " n'est pas garantie quand on a des frissons •• Frösteln •• , le nez qui coule •• laufende Nase •• et un chat dans la gorge •• Frosch im Hals •• , mais c'est une boisson réconfortante, appréciée des Français. Même si le grog a été inventé, paraît-il •• angeblich •• , par un Anglais... (1)

Cependant, le sujet du jour ne porte pas sur la recette du grog ou sur la nationalité de son inventeur, mais sur une éventuelle parenté entre le rhum, le rhume et les rhumatismes.


Une déception pour commencer : non, le rhum (qui, d'ailleurs, se prononce "rom" [ʀ ɔm] ) n'a rien à voir avec la famille du rhume. Le mot est emprunté (à la fin du XVIIe siècle) à l'anglais "rum" qui est peut-être une forme abrégée de rumbullion.

Certains linguistes estiment que ce rumbullion est une forme dialectale du Devon signifiant "tumulte, tapage" ; d'autres sont d'avis qu'il vient plutôt du vieux mot normand "rombollion", déformation de "rond-bouillon" qui désignait des alcools distillé •• distillieren, Schnaps brennen ••és à partir de cidre •• Apfelmost •• ou de poiré •• Birnenmost •• (2). Cette deuxième explication présente au moins l'avantage d'avoir un rapport avec une boisson alcoolique..., alors que le lien entre le rhum et le ramdam •• Krach, Remmidemmi •• est moins évident. Quoique...


En revanche •• dafür, hingegen •• , le rhume et le rhumatisme sont bien apparenté •• verwandt •• s. Ils viennent tous les deux du bas latin rheuma ("flux marin" ou "catarrhe"), lui-même emprunté au grec rheuma signifiant "eau qui coule", dérivé du verbe "rhein" : couler. Le terme s'est spécialisé dans le domaine médical pour désigner tout type d'écoulement •• Ausfluss •• corporel. (3)

Le mot "rhume" est attesté au début du XIIIe siècle sous la forme "reume" et il est défini comme l'humeur qui coule du nez, des yeux, etc. Bien entendu, l'humeur n'est pas ici une disposition de l'esprit •• Laune, Gemütslage •• mais un liquide organique, une sécrétion •• Körpersaft •• . Le mot a longtemps été employé dans ce sens très général et donc assez vague.

Quel peut bien être le rapport entre le rhume et le rhumatisme ?  Dans l'antiquité, on ne faisait pas vraiment la distinction entre ces deux affections caractérisées par une inflammation avec écoulement d'humeurs et sécrétion des muqueuses. (4)

Mais le mot rhumatisme a progressivement acquis un sens plus général et regroupe aujourd'hui les affections qui touchent les articulations ainsi que les ligaments •• Band •• , tendons •• Sehne •• , épiphyses et apophyses •• Knochenfortsatz ••  osseuses, mais qui ne s'accompagnent pas forcément d'un épanchement de synovie •• Synovialflüssigkeit, Gelenkschmiere •• .

Si bien qu'on ne voit plus très bien aujourd'hui le rapport entre rhume et rhumatisme...


On pourrait imaginer que la rhinite découle •• herkommen, herstammen •• également du verbe "rhein" (couler) puisque cette maladie se caractérise par un écoulement de mucus nasal •• Nasenschleim •• . Eh bien, non ! La rhinite est plutôt apparentée... au rhinocéros : les deux mots se réfèrent au nez ("rhinos" en grec). (5)


Une dernière piste à explorer : le Rhin, der Rhein en allemand.
Le nom de ce fleuve helvético-austro-germano-franco-néerlandais dérive bel et bien •• wirklich, wahrhaftig •• de la racine indo-européenne "reih" (couler / fließen) qui a donné - entre autres - "rhein" en grec, rinnen (couler en allemand), rēnos (cours d'eau en celtique), rio (rivière en espagnol), river (en anglais) et rivière (en français). (6)
 

     Pour être au courant


1- Le grog, une boisson inventée par un Anglais, mais dont le nom est d'origine française ! En 1740, pour réduire la consommation d'alcool de ses marins - ainsi que les problèmes d'ivresse •• Trunkenheit •• et de discipline - l'amiral Edward Vernon a décidé de couper •• couper d'eau : mit Wasser verdünnen, strecken •• leur ration de rhum avec de l'eau. Cette innovation permettait de faire d'une pierre deux coups •• zwei Fliegen mit einer Klappe schlagen •• : l'eau, qui devenait souvent croupie •• faulig •• au cours des longues traversées, était ainsi plus potable •• trinkbar •• . Les équipages de la Royal Navy n'ont guère apprécié •• goutieren •• cette mesure et ont baptisé la boisson du sobriquet •• spöttischer Spitznam •• qu'ils donnaient à l'amiral : "Old Grog". Il était surnommé ainsi car il portait en permanence un manteau en "grogram", déformation de "gros-grain •• grober Rippenstoff ; aujourd'hui : (Seiden)Ripband •• " qui désignait en français un tissu à grosses côtes verticales.

2- un bouilleur est une personne qui fait bouillir, qui distille une boisson ou un moût •• Most •• alcoolisé, pour en faire de l’eau-de-vie. En allemand c'est un Branntweinbrenner. Un bouilleur de cru est un propriétaire d'arbres fruitiers qui a le droit de distiller chez lui les produits de sa récolte (raisin, pommes, poires, cerises...) : ein privater Eigenbrenner.

3- rheuma dérive du verbe grec rhein (couler) que l'on retrouve dans les suffixes en -rrhée comme diarrhée •• Durchfall •• , blennorrhée •• eitrig-schleimige Absonderung der Schleimhäute •• , logorrhée •• Gesprächsdrang ; (méd.) Logorrhö : ungehemmter Redefluss
mit Verlust der Selbstkontrolle über das Gesprochene
••
, séborrhée •• Seborrhö, Überproduktion von Hautfetten durch die Talgdrüsen der Haut •• .

4- L'expression "rhume des foins" - réaction allergique causée par l'exposition aux pollens - est probablement le calque •• Lehnübersetzung •• de l'allemand Heuschnupfen.
Quant au "rhume de cerveau" - ou coryza •• Nasenkatarrh ••  -  c'est une inflammation de la muqueuse nasale... et pas du cerveau. Heureusement, ce n'est pas le liquide cérébrospinal •• Gehirn-Rückenmark-Flüssigkeit, Zerobrospinalflüssigkeit,
Liquor cerebrospinalis, 'Gehirnwasser'
••
qui s'écoule par les narines ! Cette dénomination vient du fait que l'on croyait autrefois que le cerveau communiquait avec les fosses nasales •• Nasenhöhle •• .

5- rhinocéros : du grec ancien rhinókerôs formé sur rhis (nez) + kéras (corne).
La "corne" du rhinocéros n'est pas une vraie corne osseuse : elle est composée de kératine agglutinée, la même substance qui constitue nos cheveux et nos ongles. C'est pourquoi, si elle a été coupée, la corne peut repousser.

6- Victor Hugo célèbre le Rhin - ► Lettre XIV - extraits 
•• Je vous l’ai dit souvent, j’aime les fleuves.
Les fleuves charrient les idées aussi bien que les marchandises. (...)
Les fleuves, comme d’immenses clairons, chantent à l’océan la beauté de la terre,
la culture des champs, la splendeur des villes et la gloire des hommes.
Et, je vous l’ai dit aussi, entre tous les fleuves, j’aime le Rhin. (...)
C’est un noble fleuve, féodal, républicain, impérial,
digne d’être à la fois français et allemand.
Il y a toute l’histoire de l’Europe considérée sous ses deux grands aspects,
dans ce fleuve des guerriers et des penseurs,
dans cette vague superbe qui fait bondir la France,
dans ce murmure profond qui fait rêver l’Allemagne.
Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône,
large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine,
limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube,
mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique,
couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie.
••

"Il y a toute l'histoire de l'Europe (...) dans ce fleuve des guerriers et des penseurs".
 

flinguer

"Lors d'un discours de campagne prononcé dans le Michigan, Donald Trump s’en est à nouveau pris •• s'en prendre à qn : jn angreifen •• à son adversaire Joe Biden en affirmant qu’au bout de trois semaines au pouvoir, le démocrate se ferait « flinguer ». « Kamala Harris, êtes-vous prête ? » [à remplacer Joe Biden en cas de décès], a demandé Donald Trump." (1) (article)


Faut-il prendre le verbe flinguer •• abknallen •• au sens propre et en conclure, comme certains commentateurs, que c'est une incitation au •• Abstiftung zu •• meurtre ? Ou bien peut-on interpréter le verbe au sens figuré de "abattre qn moralement" ? Nous ne trancherons •• sich entscheiden •• pas. Nous allons plutôt nous pencher •• se pencher sur : sich mit etw. befassen, beschäftigen •• sur l'origine du mot.


Flinguer, c'est - dans le registre familier - tuer avec une arme à feu, un flingue •• Knarre ; de knarren : grincer •• (2), terme qui désigne à l'origine un fusil •• Gewehr •• d'infanterie.
Il est probablement emprunté au bavarois "flinke, flinke", variante dialectale de l'allemand Flinte, de même sens.

En allemand et en anglais "Flint (3) / flint" - littéralement "éclat (de pierre) - désignait le silex, la pierre à feu utilisée autrefois pour faire exploser la poudre des armes à feu (canon, arquebuse, mousquet, escopette...).

Le terme est dérivé du proto-germanique flintaz, qui vient lui-même de la racine indo-européenne "splind-" qui a donné - entre autres - "to split / splitten, spalten" ou "Splitt, Rollsplitt" (le gravillon). On retrouve ce radical dans le nom de la célèbre famille Flintstone, alias Feuerstein ou Pierrafeu. (4)


Quand et comment le mot "Flinte" a-t-il été introduit dans la langue française ?
Les périodes de conflit, et le brassage •• Mischen •• de populations qui en résulte, ont toujours été propices •• günstig, förderlich •• aux emprunts lexicaux (5). Ils ont été nombreux pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648) et pendant les deux Guerres mondiales, mais aussi pendant la guerre franco-prussienne (1870-1871), bien qu'elle ait été plus courte que ces dernières. C'est à cette époque que le mot "flingue" se répand dans la langue courante.

 

     Pour être au courant


1- Les propos de Donald Trump en version originale :
"Three weeks in, Joe is shot, let's go Kamala, are you ready?"

2- flingue : le mot apparaît d'abord (en 1858) sous la forme "flingot" qui est aujourd'hui vieillie.

3- Flint, vieilli, a été remplacé dans le langage courant par "Feuerstein". La pierre à feu est un minéral qui produit des étincelles •• Funke •• sous l'effet d'un choc. Cette propriété est due à la forte présence de disulfure de fer.

4- L'histoire de la famille Flintstone / Feuerstein / Pierrafeu se déroule à l'âge de pierre •• Steinzeit •• , dans la ville de Bedrock / Steintal ou Felsental / Caillouville. C'est la raison pour laquelle les personnages portent des noms de minéraux :
• Wilma est née •• ist eine geborene… •• Slaghoople / Schotterhaufen.
• Sa voisine Betty, née McBricker / McBackstein est mariée à Barney Rubble / Geröllheimer / Laroche.
• La fille de Fred et Wilma est prénommée Pebbles (c'est-à-dire Splitt / gravillon)
• Le patron de Fred, qui travaille - comment pourrait-il en être autrement... - dans une carrière •• Steinbruch •• ,  s'appelle Mr. Slate / Mr. Schiefer / M. Ardoise.

5- Emprunts lexicaux à l'allemand - du domaine militaire .
Quelques exemples, de brèche (XIIe siècle) à Panzer (1941), en passant par...
• hallebarde, arquebuse ou lansquenet •• Landsknecht •• au XVe siècle ;
reître •• Haudegen •• , au XVIe ;
• bivouac et havresac •• Provianttasche •• (Guerre de Trente Ans) ;
obus •• Granate – de Haubitze •• , schlague ou vasistas (Guerre de Sept Ans) ;
• fridolin (sobriquet •• spöttischer Spitzname •• désignant un Allemand), schlass (complètement ivre), "rucksack" ou "mort aux vaches" (pendant la guerre franco-prussienne) ;
• ersatz (1ère Guerre mondiale) ;          
• diktat (dans les années 1930)...

 

du PUGILAT

au PYGMÉE

en passant par
le coup de POING américain

Faisons le POINT
sur le POING
 

 

 

 

 


les cestes utilisés pour le pugilat

 


haut comme 3 pommes

 

 

 


Dreikäsehoch

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Biden vs. Trump: Harte Bandagen, aber gesitteter Umgang." (article)

Les observateurs politiques s'accordent •• sich über etw. einig sein •• à reconnaître que, contrairement au face-à-face •• Streitgespräch, Fernsehduell •• de début octobre, qui avait tourné •• tourner à qc : sich zu etw. entwickeln •• au pugilat, le deuxième et dernier débat télévisé entre Joe Biden et Donald Trump avant les élections présidentielles a été "civilisé •• gesittet •• ".


"Mit harten Bandagen kämpfen", c’est mener une lutte sans pitié •• gnadenlos •• , ne pas faire de cadeau •• jm nichts ersparen, schenken •• à l'adversaire et rendre coup pour coup •• Gleiches mit Gleichem vergelten, es mit gleicher Münze heimzahlen •• . On trouve aussi des expressions plus imagées - et synonymes - comme "ne pas faire dans la dentelle •• nicht gerade zimperlich, nicht behutsam mit jm umgehen •• " (1), "ne pas y aller avec le dos de la cuiller" ou "ne pas y aller de main morte".

Mais à quoi correspondent ces "bandages durs" ?
L'expression se réfère à un sport pratiqué dans l'Antiquité par les athlètes aux Jeux Olympiques grecs et les gladiateurs dans les amphithéâtres romains : le pugilat. Le nom de cet ancêtre de la boxe vient du latin "pugnus" (poing) et signifie littéralement "lutte avec les poings" (Faustkampf).

Si, contrairement aux boxeurs modernes, les pugilistes, pugnaces •• kämpferisch •• (2), combattaient sans gants, ils ne luttaient cependant pas à mains nues •• mit bloßen Händen •• : pour se protéger et en même temps rendre leurs coups plus efficaces, ils enroulaient des lanières de cuir •• Lederriemen •• autour de leurs avant-bras et de leurs mains - en laissant le pouce libre. Souvent, ces bandes de cuir étaient renforcées de plaques de métal ou garnies de pointes métalliques (3). C'est de cette pratique que vient l'expression "mit harten Bandagen kämpfen".


Alors que la boxe est un sport très codifié depuis le milieu du XIX siècle, le pugilat antique n'était guère réglementé : outre le fait que les participants ne portaient pas de gants, la lutte se déroulait en continu (alors qu'aujourd'hui les rounds sont limités à trois minutes) et continuait jusqu'à ce qu'un des combattants soit KO ou abandonne. Il était permis de frapper l'adversaire à la tête et de continuer le combat lorsque celui-ci était à terre. Les règles étaient limitées à deux points essentiels : utiliser exclusivement les poings et ne pas tuer l'adversaire. (4)

Les catégories de poids n'existant pas, les adversaires pouvaient donc être de force et de taille très inégales : un géant musculeux pouvait - en théorie - affronter un nain malingre •• schwächlich ; ne pas confondre avec malin : schlau, clever, listig •• !


Ce cas de figure •• Fall, Möglichkeit, Hypothese •• était sûrement très rare, mais nous permet de rappeler que le mot "Pygmée" est apparenté à "pugilat". En effet, le nom de ce peuple d’Afrique équatoriale, caractérisé par sa petite taille, vient du grec pygmê qui signifie poing, mais qui désigne aussi une mesure de longueur équivalente à 12 doigts. (5)

Donc, un Pygmée, c’est - étymologiquement - quelqu’un qui n'est pas plus grand / gros que le poing ou que 12 doigts, soit 22,2 cm. (6)


Pour désigner aujourd'hui une personne de petite taille - en général un enfant - on utilise l'expression "haut comme trois pommes" (empilées •• aufeinanderstapeln •• les unes sur les autres) qui est attestée depuis le début du XXe siècle seulement (une époque où les pommes étaient en moyenne plus petites qu'aujourd'hui...). L'expression a une connotation plutôt affectueuse •• liebevoll, herzlich •• .

Il en va de même pour •• Mit… verhält es sich genauso •• son équivalent allemand, dans lequel on retrouve le multiple 3. Mais la comparaison se fait cette fois avec un aliment différent : ein Dreikäsehoch est un enfant petit et, le plus souvent, coquin •• frech, vorwitzig •• ou rebelle. Il est à supposer qu'il n'est pas question de •• être question de qc : von etw. die Rede sein.
Ne pas confondre avec : il n'est pas question de faire qc :
es kommt nicht in Frage, etw. zu tun
••
trois camemberts mais plutôt de trois grosses meules •• Käselaib •• de fromage.


Cependant l'expression fait l'objet de controverses :  le mot "Käse" ne signifierait pas "fromage". La locution serait en réalité une déformation du français "être grand comme trois caisses •• Kiste •• " (des caisses •• Kiste •• qu'on peut remplir, au choix •• beliebig, nach Wahl •• , de fromages ou de pommes)... un élément de comparaison qui reste cependant aussi imprécis que le fromage ou la pomme.
 

     Pour être au courant


1- ne pas faire dans la dentelle : avant la mécanisation du tissage •• Weben •• , dans la seconde moitié du XIXe siècle, la fabrication de la dentelle se faisait à la main (au fuseau •• Klöppel •• , au crochet •• Häkelnadel •• , à l'aiguille ou à la navette •• (Weber)Schiffchen •• ). C'était un travail long et minutieux •• sorgfältig •• .
Le mot "dentelle" symbolise donc la délicatesse. Ainsi, quelqu'un qui "ne fait pas dans la dentelle" agit brutalement ou s'exprime sans ménagements •• schonungslos •• . Il manque de délicatesse, il est très direct dans ses propos,
"Dans la dentelle" : cette formule elliptique signifie "dans le métier de la dentelle". On dit aussi "travailler / être dans le bâtiment / dans l'enseignement / dans la mode : im Baugewerbe / im Bildungswesen / in der Modebranche tätig sein...


2- la famille de "poing" comprend non seulement les mots "pugilat", "pugnace", mais aussi "poigne" (avoir de la poigne •• Durchsetzungsvermögen haben,
sich energisch durchsetzen, nicht viel Federlesens machen
••
), "empoigne" (c'est la foire d'empoigne •• wüstes Gerangel, Schlammschlacht •• ) et, bien entendu, la poignée •• Griff, Klinke ; Handvoll ; poignée de main : Händedruck •• (à ne pas confondre le poignet •• Handgelenk •• ), le poignard •• Dolch •• , poignarder •• erdolchen, einen Messerstich versetzen •• , poignant •• herzzereißend, stechend •• , mais aussi... le pognon •• Kies, Knete, Kohle, Zaster… •• qui vient du verbe "poigner / pogner" signifiant prendre, saisir avec la main. En effet, "pogne •• Flosse, Pfote •• " est un synonyme populaire de "main".


3- ces lanières de cuir renforcées de métal étaient appelées "ceste". C'est en quelque sorte •• gewissermaßen •• l'ancêtre du coup de poing américain •• Schlagring •• .


4- Outre le fait que les pugilistes ne portaient pas de gants, les catégories de poids n'existaient pas, il était permis de frapper l'adversaire à la tête et de continuer le combat lorsque celui-ci était à terre. La lutte se déroulait en continu (alors que •• wohingegen ••, dans la boxe moderne, les rounds sont limités à trois minutes) et se poursuivait jusqu'à ce qu'un des compétiteurs •• Kämpfer, Mitbewerber •• soit KO ou abandonne. Un tel combat pouvait durer des heures.


5- Dans l'Antiquité, chez les Égyptiens, les Grecs et les Romains, le doigt est l'unité de longueur de base : il n'a pas d'unité sous-multiple et mesurait environ 1,85 cm, soit un seizième de pied. Le pied mesurait donc environ 30 cm, ce qui correspondrait aujourd'hui à la pointure 46, c'est-à-dire plutôt à la taille du pied d'Hercule que de celui d'un Pygmée !


6- En réalité, le mot Pygmée serait d'origine phénicienne : Pugm ou Poumai est le nom d'un dieu phénicien, souvent représenté sous la forme d'un nain trapu •• untersetzt, stämmig •• . Les Grecs ont fait l'amalgame •• über einen Kamm scheren, verwechseln •• avec pygmê (poing), et en ont conclu que les Pygmées (pygmaîos) étaient des nains, hauts comme le poing.
Cete dénomination apparaît dans l'Iliade d'Homère, où il se rapporte à un peuple légendaire de nains de la haute vallée du Nil, alors qu'il désigne aujourd'hui différents peuples de petite taille de la zone forestière d'Afrique centrale.

 

du
HUSSARD
au
CORSAIRE

 

les hussards noirs :
élèves-maîtres de la promotion 1908-1911 de l'Ecole normale de garçons d'Orléans
-clic pour agrandir-

 

Contraste entre l'uniforme sévère des hussards noirs et celui, haut en couleur, des hussards de l'armée

 



hussard de l'armée napoléonienne (en 1813) en tenue d'apparat


 

 

 

 

 

Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'histoire, est mort décapité •• décapiter : köpfen, enthaupten •• pour avoir •• pour avoir fait qc : weil man etw. gemacht hat, wegen •• montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.
L'ensemble des responsables politiques saluent •• würdigen •• ce "hussard noir" qui tentait d'inculquer •• beibringen, einschärfen ••  à ces collégiens les valeurs de la République et notamment l'importance de la liberté d'expression.


Qui sont donc ces "hussards noirs de la République" si souvent évoqués ces derniers jours ?

A l'origine, les hussards sont des soldats de l'armée hongroise. Ils forment un corps de cavalerie légère, créé au XIVe siècle par le roi Matthias Corvin pour combattre l'armée ottomane.
Le mot se répand •• sich verbreiten •• en France, par l'intermédiaire de l'allemand Husar, à l'époque de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), lorsque des compagnies de hussards hongrois viennent servir dans l'armée française comme troupes mercenaires •• Söldner •• .
Au début du XVIIIe siècle, le terme désigne plus généralement un soldat de la cavalerie légère, dans diverses armées.

Employés comme éclaireurs •• Späher, Kundschafter •• , chargés de harceler •• bedrängen •• l'adversaire, les hussards font preuve •• beweisen, an den Tag legen •• d'un courage exceptionnel. Dévoués •• aufopfernd •• mais sans pitié •• gnadenlos ••  pour l'ennemi, ils sont redoutés et acquièrent •• acquérir : erlangen •• une réputation de brutalité et de grossièreté •• Grobheit, Rüpelhaftigkeit •• (1).


C'est à leur qualité de dévouement - et pas à leur férocité... - que se réfère •• sich beziehen •• l'expression "les hussards noirs de la République", utilisée pour désigner les enseignants de l'école publique française.

Cette formule à la connotation militaire a été créée par l'écrivain Charles Péguy (né en 1873 -"mort pour la France •• für das Vaterland gestorben •• " en 1914) qui, dans ses souvenirs d'écolier, évoque le dévouement des élèves-maîtres •• Praktikant •• de l'école Normale qui, vêtus de leur uniforme noir, accomplissaient - ce qu'on appelle aujourd'hui - leur stage d'enseignement dans les écoles primaires.

Les instituteurs sortis des Ecoles normales •• Pädagogische Hochschule •• avaient une véritable mission : non seulement instruire les enfants, filles et garçons, mais aussi leur inculquer les valeurs républicaines.

Il faut rappeler que jusqu'en 1879 (vote des Lois laïques) et même jusqu'en 1905 (vote de la Loi de Séparation des Eglises et de l'Etat), l'enseignement était essentiellement aux mains de l'Eglise et des congrégations religieuses.

Ces "hussards noirs" constituaient une véritable armée dévouée - et respectée - au service de la nation. Aujourd'hui encore, ce qualificatif est attribué aux enseignants qui se consacrent •• sich widmen •• à leur mission éducative (même s'ils ne jouissent plus vraiment du respect de leurs élèves et des parents de ces derniers...)


En Autriche, les hussards et leur tenue •• Kleidung, Uniform •• sont plutôt connus grâce aux films "historiques", en particulier la trilogie "Sissi" où apparaissent de magnifiques Magyars - dont le fameux Gyula Andrássy - en uniforme d'apparat •• Gala-, Prunk- •• . (2)


Ce qui est moins connu, c'est l'origine du mot "hussard" : elle fait l'objet de deux hypothèses.

- Il viendrait du hongrois "húsz" qui signifie vingt : en effet, lors de l'invasion •• Einfall, Invasion •• des Ottomans en Hongrie (en 1458), Matthias Corvin a décrété •• verordnen •• la levée •• Truppenzinziehung •• d'un homme sur vingt pour former le corps de cavalerie légère des hussards.

- Il serait dérivé du latin "cursor", le coursier •• schneller Bote •• . Transformé en gusar, husar au XIVe siècle dans l'Europe du Sud-est, il désignait alors les brigands à cheval ou les pirates. "Hussard" serait donc apparenté au "corsaro" italien et au "corsaire •• Korsar, Freibeuter •• " français.

Le corsaire - qu'il ne faut pas confondre avec le pirate qui est un hors-la-loi •• Gesetzloser •• - fait "la course •• Freibeuterei, Kaperei •• " au service d'un Etat : en temps de guerre, et avec l'autorisation du gouvernement, il peut attaquer les navires d'autres pays.

 

     Pour être au courant


1- Ainsi, la locution "à la hussarde" est synonyme de "avec une certaine brutalité, sans retenue" : elle se réfère aux manières rudes et viriles traditionnellement attribuées aux hussards - et aux troupes mercenaires en général.

2- Tenue caractéristique des hussards : une pelisse portée sur un dolman. Chez les simples soldats, cette pelisse est une cape en laine doublée •• gefüttert •• de flanelle ou de peau de mouton : elle destinée à les protéger contre le froid et les intempéries •• Witterungseinfluss, schlechtes Wetter •• .
Dans la tenue d'apparat chamarrée •• bunt verziert •• du XIXe siècle, la pelisse - devenue inutile - est un ornement qui se porte sur une épaule et, comme le dolman, elle est brodée •• bestickt •• de brandebourgs •• Schnurbesatz, Husarentresse •• et de tresses de couleurs vives. Elle est parfois doublée de fourrure.

 

NOMEN
est
OMEN

le charpentier
 

 

 

Emmanuelle Charpentier (à droite) et Jennifer Doudna

 

 

charpente

Savez-vous ce qu'est un aptonyme (1) ? Ce néologisme désigne un nom de famille ou un prénom "approprié •• passend, geeignet •• " à la personne qui le porte, en relation avec sa profession ou ses occupations. C'est en quelque sorte un nom prédestiné !

Edith Cresson •• le cresson : Kresse •• n'est-elle pas devenue ministre de l'Agriculture (de mai 1981 à mars 1983, avant d'être Premier ministre) ?
On pourrait aussi citer un viticulteur •• Winzer •• de l'île de l'Oléron (Charente-Maritime) du nom de Maxime Pinard •• le pinard (terme péjoratif) : vin de qualité inférieure, Fusel •• ; Christopher Coke, dit "Dudus", baron de la drogue jamaïcain ; Marc Dufumier •• le fumier : Mist, Dung •• , un agro-économiste qui a enseigné à AgroParisTech ; ou encore Benjamin Millepied, danseur...


Emmanuelle Charpentier n'a pas fait carrière dans le métier du bois mais, généticienne, microbiologiste et biochimiste, elle explore la charpente •• ici : Struktur / Gerüst, Dachstuhl •• du chromosome. Ses travaux lui ont valu •• valoir qc à qn : jm zu etw. verhelfen, jm etw. einbringen •• le Nobel de chimie (2), décerné le 07/10/2020 "pour la découverte des "ciseaux moléculaires •• Genschere •• ". [Ce] système universel d’édition •• éditer : "Editieren", "Umschreiben" •• du génome Crispr-Cas9 [est] un outil qui permet de "réécrire le code de la vie". (article)


Aujourd'hui, un charpentier est un "artisan façonne et assemble les éléments (en bois ou en métal) de la charpente d'un bâtiment (qui peut être une maison ou un navire : Gebäude / großes Schiff).

Attesté au XIIe siècle sous la forme "carpentier", le mot est dérivé du latin carpentum (3) qui désignait un chariot à deux roues, très répandu dans l'antiquité romaine, aussi bien chez les Gaulois ou les Helvètes que chez les Romains.

Ainsi, un charpentier (carpentarius) est à l'origine un charron (Wagner, Stellmacher) : il fabriquait des chars en bois.
Le mot charpente finit par désigner toutes sortes d'assemblages de bois : au Xe siècle, on précise "carrocarpentarius" quand il s'agit du fabricant de véhicules, pour le distinguer du terme plus général carpentarius.

Contrairement au charpentier qui maniait •• bearbeiten •• le "gros bois", du "bois d'oeuvre" - des poutres •• Balken, Träger •• , des madriers •• Bohle •• ... - le menuisier ne travaillait que le "menu bois" : il fabriquait des ornements, des portes, des fenêtres et des meubles, en particulier des tables, d'où son nom de Tischler en allemand (ou Tischer avant le XVe siècle).

En allemand, le charpentier s'appelle Zimmermann, Zimmerer. Ces termes ont la même origine que "Zimmer" (pièce, chambre) qui vient du germanique "timbra" qui signifiait Bauholz = bois de construction".
En anglais, encore aujourd'hui, "timber" (4) signifie bois de charpente, bois d'oeuvre.


L'ébéniste pratique un art encore plus raffiné : comme son nom l'indique, il travaille des bois de qualité - à l'origine, de l'ébène •• Ebenholz •• . En allemand, il est appelé Kunsttischler (menuisier d'art) ou Schreiner. Ce terme est dérivé de Schrein : châsse, reliquaire, écrin pour un objet précieux.

D'ailleurs, Schrein et écrin (Schatulle, Schmuckkästchen, Etui) ont la même origine : ils sont tous les deux dérivés du latin scrinium (coffret, cassette). (5)

 

 

     Pour être au courant


1- aptonyme est un néologisme composé de "apte" (approprié, adapté) + "-onyme" (nom).

2- Nobel de chimie 2020 : le prix a été décerné •• décerner : verleihen •• à Emmanuelle Charpentier et à l'Américaine Jennifer Doudna. La Française est directrice du Centre de recherche Max Planck pour la science des pathogènes (Max-Planck-Forschungsstelle für die Wissenschaft der Pathogene) depuis 2018.

3- Le latin carpentum serait emprunté au celte carbanto (char).
Carpentras: pendant la période gallo-romaine et le haut moyen-âge, cette ville (située dans le Vaucluse / Provence) a été nommée successivement Carbantorate, Carpentoracte Meminorum (du peuple des Meminii), Civitas Carpentoratensium, Carpentoracte. Son nom est composé de carbanto (char) + rate (forteresse) : la cité de Carpentras était une forteresse qui surveillait les chars qui traversaient le gué •• Furt •• de l'Auzon (un sous-affluent •• Nebenfluss •• du Rhône).

4- Timberlake : nom d'un village du Worcestershire (et d'un certain Justin...) signifie littéralement "le cours d'eau du bois" (timber = Bauholz + lacu = Bach), rivière utilisée pour le flottage •• Flößen •• des troncs d'arbre.

5- Schrein, écrin : le latin scrinium (coffret, cassette) est apparenté à circus et corona, de l'indo-européen commun * (s)ker- (tourner, entourer) : c'est donc "ce qui entoure (et protège, renferme)".

 

BLUETOOTH

 

 



Harald Blåtand ?

 

 

 

 

 

 


myrtilles

 

 


mûre •• reif ••  mûre...
 

 

 

 

 

L'application "StopCovid", destinée à tracer les malades du coronavirus et à prévenir •• verständigen, warnen •• les cas contacts est - comme son équivalent autrichien "Stopp Corona" - basée sur le système de communication Bluetooth (qui permet de conserver l'anonymat (1)) et non sur la géolocalisation de l’utilisateur (le traçage GPS est une technologie plus intrusive, permettant de localiser le propriétaire du téléphone en temps réel).
 

Vous connaissez sûrement le logo Bluetooth. Mais savez-vous quelle est son origine ? C’est une  combinaison des lettres H et B, telles qu’elles sont représentées dans l’alphabet runique (2) :
(Hagall) (ᚼ) et  (Bjarkan) (ᛒ).     


Voilà qui nous conduit dans les régions nordiques à une époque assez reculée •• längst vergangen •• . En effet, le nom Bluetooth a été choisi en référence à un roi danois, célèbre pour avoir christianisé son pays et l'avoir réuni avec la Norvège au Xe siècle : Harald 1er Blåtand dont le surnom signifie "à la dent bleue", ce qui, en anglais, donne Harold Bluetooth...


Le choix du surnom de ce roi rappelle que ce sont - entre autres - des entreprises scandinaves (Ericsson, Nokia) qui ont créé cette norme de transmission sans liaison filiaire •• kabellose Verbindung •• . De plus, l’œuvre d’unification du Danemark et de la Norvège accomplie par Harald présente une analogie avec la façon dont Bluetooth permet de relier, "d'unifier", les ordinateurs avec d’autres appareils (téléphone, imprimante, souris, clavier...), sans fil, en utilisant les ondes lumineuses infrarouges.

Bluetooth a triomphé de •• die Oberhand gewinnen •• s autres propositions de nom comme Flirt (pour un système de communication qui permettait "de se rapprocher sans pour autant se toucher") ou PAN (pour "personal area networking", un acronyme déjà très répandu et jugé trop abstrait). Adopté à titre provisoire, Bluetooth a connu un tel succès qu’il a été conservé.


Si le roi Harald avait des dents bleues, c’est peut-être parce qu’elles étaient abîmées •• dents abîmées : faule Zähne •• : à cette époque-là, les dentistes n'étaient pas très répandus. Il se pourrait aussi qu’il ait été grand amateur de myrtilles (3), petites baies •• Beere •• bleues qui colorent la langue et les dents de celui qui les consomme. Les myrtilles sont aujourd’hui encore à la base de très nombreuses recettes traditionnelles dans les pays scandinaves.


La mûre •• Brombeere •• est une autre baie de couleur noir bleuâtre - quand elle est ... mûre •• reif •• - et a le même pouvoir colorant que la myrtille. Son nom anglais a inspiré une autre technologie : le BlackBerry,  téléphone portable doté d' •• ausgestattet mit •• un clavier physique, produit à partir des années 2000 par une entreprise canadienne.

Le choix de ce nom viendrait de la ressemblance entre les touches de l’appareil, noires et assez bombées •• gewölbt •• , et les drupéoles •• Teilfrucht einer Steinfrucht •• , petits grains qui composent cette baie. Un nom évocateur •• anschaulich, bedeutungsvoll •• qui a assuré le succès de la marque, alors que les premiers appareils Blackberry avaient été vendus sous l'austère •• streng, schmucklos, nüchtern •• acronyme RIM (pour Research In Motion).

Vive le globish !!
Imaginez-vous un appareil appelé "mûre" ou "myrtille" ? Ca ne ferait pas sérieux •• nicht ernst klingen •• ! Avouons aussi que "Dentbleue" ou "Blauzahn" ne seraient pas aussi "vendeurs" que Bluetooth. Bizarre, n'est-ce pas ?

 

     Pour être au courant

1- Anonymat - Anonymität
Le mot "anonymité" n'existe pas en français !

2- L’alphabet runique ou fuþark (terme formé à partir du nom de ses six premières lettres, ᚠ ᚢ ᚦ ᚨ ᚱ ᚲ) est un alphabet de 24 signes qui a été utilisé (au moins à partir du IIe siècle au Danemark) par des peuples parlant des langues germaniques, tels les Scandinaves, les Frisons, les Anglo-Saxons, etc. (d'après Wikipédia)

2- Myrtille ou airelle ?
D'un point de vue strictement botanique, les airelles forment un groupe auquel appartiennent différentes espèces, dont les myrtilles (Vaccinium myrtillus). Les myrtilles sont donc... des airelles.
Mais, d'un point de vue culinaire, on fait la distinction entre la myrtille (bleue et plutôt sucrée = Heidelbeere) et l'airelle (rouge et plutôt acidulée = Preiselbeere)

Heidelbeere oder Blaubeere ?
Il s'agit de deux désignations locales du même fruit, parfois appelé aussi Schwarzbeere ou Wildbeere.

 

COURTOIS

Contrairement à la rencontre entre Donald Trump et Joe Biden, qui avait tourné à •• sich zu etw. entwickeln, zu etw. werden •• la foire d'empoigne •• Schlammschlacht, wüstes Gerangel •• , le débat télévisé entre les candidats à la vice-présidence, Mike Pence et Kamala Harris, a été jugé "ferme •• heftig •• mais courtois".


L'adjectif "courtois" se traduit par "höflich" en allemand, mais ce n'est pourtant pas un simple synonyme de "poli".

Utilisé pour qualifier une discussion ou une joute oratoire •• Wortgefecht •• , il signifie "qui reste de bon ton et où l'on évite de blesser l'adversaire" (définition du CNRTL). Ainsi, la courtoisie est l'expression d'une certaine "noblesse", un terme qui signifie à la fois aristocratie / Adel, élégance, distinction / Vornehmheit et élévation / Erhabenheit.

Cette "courtoisie" était censée •• être censé : gelten als, sollen •• être l'apanage •• être l'apanage de qn : jm vorbehalten sein, jm eigen sein •• des classes supérieures de la société et en particulier de l'entourage du souverain, donc de la cour.


Le mot cour est attesté (orthographié cort ou curt) dès la 2ème moitié du Xe siècle, aussi bien dans le sens de "espace découvert entouré de murs, d'habitations" que celui de "résidence d'un souverain et de son entourage".

Hof - et donc höflich - possèdent une autre origine étymologique : ils dérivent (après de nombreuses transformations phonétiques) de la racine indo-européenne *keup-, *kūp qui signifie "forme bombée •• Wölbung •• , arrondie" et qui a donné Kuppe, Kuppel, Hügel et... Hof, terme qui désigne d'abord une propriété située sur une éminence (Anhöhe), comme par ex. la résidence d'un souverain, par ex. un château-fort perché •• hoch gelegen •• sur un tertre •• kleine Anhöhe •• .

Höflich et höfisch correspondent à courtois et ont connu la même évolution sémantique : être courtois, c'était d'abord
- correspondre à l'éthique de la chevalerie au Moyen âge,
- puis posséder des manières distinguées digne de la cour royale ;
- à notre époque républicaine (du moins en France et en Autriche...), l'adjectif a pris le sens plus général de "qui est d'une politesse raffinée".


L'expression faire la cour à qn - et son calque allemand jm den Hof machen - ont connu un glissement de sens comparable.

A l'origine, il ne s'agit pas d'une entreprise de séduction •• Verführung •• amoureuse. Avant d'être cantonnée •• beschränkt •• son usage galant, l'expression a d'abord qualifié le comportement des courtisans empressés •• eifrig bemüht •• à plaire à un monarque ou à un grand dignitaire •• Würdenträger •• dans l'espoir d'obtenir ainsi sa bienveillance •• Gewogenheit, Wohlwollen, Entgegenkommen •• et ses faveurs •• Vergünstigung •• .

Mais le but de l'opération •• Unternehmen, Aktion •• est resté le même : se faire bien voir •• sich bei jm anbiedern, sich beliebt machen •• de la personne "courtisée •• courtiser : hofieren, umwerben, um jemandes Gunst buhlen •• " pour s'attirer •• sich verschaffen •• ses bonnes grâces •• Wohlwollen, Gewogenheit, Gunst •• !

 

     Pour être au courant


Cour - Dérivé du latin "curtis", "cort" ou "curt", puis "court" perd son "t" final - alors que celui-ci s'est maintenu en anglais sous sa forme médiévale "court", empruntée au français.

Le latin "curtis", quant à lui, est dérivé de cohors (enclos, cour de ferme), composé de "cum" (avec) + "hortus" (jardin clos).

Récapitulation : (latin) cum + hortuscohors curtis → (ancien français) cort ou curt → court → (français moderne) cour

 

MOÏSE

Quand VENISE rime avec MOÏSE...

"Pour la première fois, ce samedi 3 octobre 2020, Venise a été sauvée par le système Mose - Moïse en italien, pour Module expérimental électromagnétique (1). Il aura fallu plus de quarante ans de scandales et de polémiques pour que ce projet pharaonique (2) fasse finalement la preuve •• faire la preuve de : beweisen, einen Beweis liefern •• de son utilité." (article)


Grâce à cette digue escamotable •• aufklappbarer, versenkbarer Deich •• et censée •• être censé (faire qc) : eigentlich tun sollen •• résister à une montée des eaux de trois mètres au-dessus de la normale, la Serenissima devrait être enfin à l'abri des marées •• Hochwasser, Gezeiten •• dévastatrices •• verheerend •• . L'acqua alta historique de novembre 2019 - qui avait atteint 187 cm - devrait être la dernière à avoir ravagé •• verwüsten •• Venise.


Le mot français digue ainsi que son équivalent allemand Deich dérivent du moyen néerlandais dijk (qui a la même signification) (3).  Cette origine n'a rien d'étonnant : l'histoire des Pays-Bas est un combat multi-séculaire contre l'invasion de la mer. Le nom du pays lui-même se réfère à son altitude peu élevée : actuellement (4), un tiers de sa superficie est situé en dessous du niveau de la mer.

Bizarrement, le mot Teich (étang) a la même origine étymologique que Deich (digue) : à première vue, ces deux termes sont opposés.
Un étang se définit comme "une étendue d'eau située dans une cuvette •• Becken, Senke •• ", tandis qu'une digue est un barrage, un rempart •• Wall •• contre l'eau.

Et pourtant... Le verbe indo-européen *dheig- qui est à la base de tous ces termes - du dijk néerlandais à la digue française, au Teich et au Deich, en passant par l'ancien anglais dic - signifiait "couper la terre" / "in die Erde stechen", que ce soit pour creuser •• ausheben, ausgraben •• un étang (et donc entasser •• aufschütten ••  à un autre endroit la terre qu'on a enlevée) ou construire une levée de terre •• Erdwall •• pour se protéger contre les inondations.

 

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1- MOSE est l'acronyme de MOdulo Sperimentale Elettromeccanico.

Moïse - Selon le récit Biblique, les Hébreux ont fui en Egypte pour échapper à la famine •• Hungersnot •• . À l'époque de la naissance de Moïse, ils sont esclaves en Égypte. Comme le pharaon a décidé de faire tuer tous les bébés hébreux, la mère de Moïse place son fils nouveau-né dans un panier en osier •• Weidenkorb •• (2b) qu'elle met à l'eau sur le Nil. Moïse est sauvé et adopté par la fille du pharaon.

Le nom commun "moïse" désigne une petite corbeille d'osier sans pied, facilement transportable et qui, garnie de tissu, servait de berceau •• Wiege •• aux nouveau-nés. Cependant, le "moïse" de Moïse était, plus vraisemblablement, confectionné en roseau •• Schilf •• et pas en osier.

Moïse "sauvé des eaux" ? Contrairement à ce qui est expliqué dans le livre biblique de l'Exode (qui raconte les pérégrinations •• Umherreisen •• des Hébreux après leur fuite d'Egypte), Moïse (Môseh en hébreu), ne serait pas d'origine hébraïque et ne signifierait pas "tiré des eaux".
Selon la recherche contemporaine, le nom du prophète est le résultat d'une troncation •• Wortverkürzung •• : l'affixe •• Ableitungssilbe, Affix •• -mosé est issu de la racine de la racine "m-s-s" signifiant "engendré •• zeugen •• par", et donc "fils de...". Cet élément est constitutif de noms portés par de nombreux grands prêtres égyptiens ou des pharaons tels que Ptahmosis, Thoutmosis, Ramsès...
La disparition de la première partie du nom égyptien de Moïse résulterait d'une censure biblique !

2- un projet pharaonique est colossal, démesuré •• maßlos, immens •• . La durée de ce chantier vénitien (élaboré •• ausarbeiten •• dans les années 1980 et démarré en 2003) et son coût (plus de 7 milliards d'euros) rappellent les travaux gigantesques entrepris par les pharaons égyptiens, comme la construction des Pyramides.

3- Digue : le mot est attesté en français à la fin du XIIIe siècle sous la forme "diic" (de genre masculin), puis un siècle plus tard sous la forme "dike" (mais il est devenu féminin) ; il est orthographié "digue" à partir de 1530.

4- Pays-Bas : dans l'Antiquité, un cordon •• Absperrung, Reihe •• dunaire •• aus Dünen •• presque continu reliait la Flandre au Jutland et protégeait le pays contre la mer. Mais cette protection est rompue à partir du IIIe siècle, et les Hollandais doivent peu à peu construire un système de digues pour lutter contre la submersion •• Überflutung •• des terres.
Ce combat est résumé par l'apophtegme •• Sinnspruch •• de René Descartes : "Dieu créa le Monde, mais les Hollandais créèrent la Hollande".

 

la POULE

et

l'HÉLICOPTÈRE

 

 

mère-poule

 


parent-hélicoptère

 

 


curling

 

Eisstock

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Non, nous n'allons pas jouer à "Pigeon vole" ! (1)
Vous connaissez sans doute ce jeu - ou sa version en allemand : "Alles, was Flügel hat, fliegt" - auquel vous avez peut-être joué au jardin d'enfants. Et c'est bien d'enfants qu'il s'agit dans ce Mot du Jour, et plus particulièrement de leurs rapports avec leurs parents.


L'expression "mère-poule" - comme son équivalent "Glucke" (littéralement : la glousseuse) (2) - désigne une mère qui fait preuve •• beweisen, an den Tagh legen •• d'une sollicitude •• Fürsorge •• excessive à l'égard de ses enfants, qui souhaite à tout prix les protéger : comme une poule, elle les couve (littéralement : ausbrüten) et a du mal à les laisser "voler de leurs propres ailes •• flügge sein, auf eigenen Füßen stehen •• ". C'est une mère possessive •• besitzergreifend •• .

La version masculine de l'expression, "papa-poule" (3), encore moins valorisante •• aufwertend, Selbstwertgefühl steigernd •• , date d'une époque où les pères étaient assez peu impliqués •• involvieren •• (ou encore moins qu'aujourd'hui...) dans l'éducation de leur progéniture •• Sprößlinge •• .

Notez au passage qu'il ne s'agit pas d'un "papa-coq", une dénomination dont la connotation serqit plus flatteuse : le coq est symbole de virilité •• Männlichkeit, Mannhaftigkeit •• , de fierté, de courage... ! Le papa-poule, lui, a été longtemps considéré seulement comme un ersatz de maman - en moins bien •• nur nicht so gut •• -, maternant •• materner : bemuttern •• , dévirilisé, un peu ridicule, donc ! 


Ces derniers temps, ce terme - devenu assez ringard •• überholt •• - a tendance à être remplacé par une expression venue d'Outre-Atlantique (Canada et Etats-Unis). Signe des temps •• Dem Zeitgeist entsprechend •• , il désigne, indifféremment •• gleichermaßen •• , le père et la mère / le parent 1 et le parent 2 / les géniteurs •• Erzeuger •• , sans connotation de genre : les parents hélicoptère / Helikopter-Eltern. (4)


L'hélicoptère a pour particularité de pouvoir pratiquer le vol stationnaire •• Schwebeflug •• : le parent-hélicoptère plane •• schweben •• en permanence à proximité de l'enfant afin d'intervenir rapidement dès qu'un problème survient, autrement dit pour "voler - à tire-d'aile •• pfeilschnell •• ... ou plus exactement de rotor - à son secours •• voler au secours de qn : jm zu Hilfe eilen •• "... et le surveiller constamment (mais c'est pour son bien •• das geschieht zu seinem Besten, in seinem Interesse •• !


Ces parents surprotecteurs sont aussi appelés en anglais "paranoid parents"...

Les Danois se sont inspirés d'un sport de glace pour créer les expressions "curlingbarn" / "curlingforældre", à savoir "enfants / parents curling". (5)

Le balai de curling permet de dégager •• entfernen, wegfegen •• les débris de glace et / ou de frotter la surface à l'approche de la pierre  (ce qui ralentit sa décélération •• Langsamerwerden •• et renforce sa trajectoire).

Comme les balayeurs au curling, les parents superprotecteurs écartent •• beseitigen •• tous les obstacles qui pourraient se dresser •• auftauchen, auftreten •• sur le parcours de leur enfant.
 

     Pour être au courant


1- pigeon vole : la pratique de ce jeu est attestée dès le début du XIXe siècle.
• Un des participants énumère le nom de plusieurs êtres ou objets, suivis du verbe "vole". Ex. : "moineau •• Spatz •• vole, canard vole, pantalon vole"... Les autres joueurs lèvent la main quand ils entendent le nom d'un être qui vole (en l'occurrence •• in diesem Fall •• le moineau et le canard).
• S'ils se trompent (par ex. en levant la main pour "pantalon vole", ou en ne réagissant pas pour "moineau" ou "canard"), ils ont un gage •• Pfand •• .
• Variante du jeu : pour compliquer un peu les choses, on nomme aussi des êtres ou objets comme "avion", "ULM •• Ultra Léger Motorisé : Ultraleichtflugzeug •• ", "poisson (volant), "cerf(-volant) •• cerf-volant : Drachen (qui n'a rien à voir avec un "cerf" / Hirsch, mais avec un serpent) •• , "tapis (volant)", "cambrioleur (= un voleur)...
• Le principe du jeu est le même dans la version allemande "Alles, was Flügel / Federn hat, fliegt", mais les participants sont assis autour d'une table et tapotent •• mit den Fingern leicht klopfen •• le bord de la table avec leurs index en attendant de lever les mains.


2- L'expression "mère-poule" apparaît au XIXe siècle.
Comme "glucken, glucksen", "glousser" est de formation onomatopéique. Ces verbes imitent les cris de la poule qui s'apprête à couver •• beim Brüten •• ou qui appelle ses poussins •• beim Locken der Küken •• .
Ils dérivent du latin "glocire" (de même sens).


3- En allemand, il n'y a pas de terme spécifique pour traduire "papa-poule" : c'est un "überfürsorglicher Vater" (père superprotecteur).


4- parents hélicoptère : si l'expression est d'origine anglo-saxonne, le mot hélicoptère, lui, est composé de deux termes grecs : helikos (hélice) et pteron (aile).
Cependant, c'est un Français, Gustave Ponton d'Amécourt, qui la inventé le mot : il apparaît en 1861 dans une demande de brevet •• Patent •• déposée en Angleterre. Ce premier appareil volant avait un moteur à vapeur.
Quant à l'invention elle-même, on l'attribue •• zuschreiben •• à Léonard de Vinci : sur un croquis de 1486  figure un engin volant équipé d'une "vis •• Schraube •• aérienne" (inspirée de la vis d'Archimède) lui permettant de s'élever dans les airs.


5- "parents / enfants curling" : il est à parier que •• wetten, dass… •• ces termes ne s'imposeront •• sich durchsetzen •• pas en France où le curling est peu pratiqué. Il est tout aussi peu probable qu'ils soient adoptés en Autriche où on se livre •• sich einer Sache hingeben •• à une variante de ce sport de glace : l'Eisstockschießen (en français : "pétanque sur glace").

Vous avez dit Eisstockschieß-Eltern ? Comme c'est bizarre !

 

BANQUEROUTE

 

 

 

 

changeurs
pesant les pièces avec un trébuchet
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trébuchet

 


 

Quand Beyrouth rime avec banqueroute... (1)

"Un pays en banqueroute - Longtemps surnommé « la Suisse du Moyen-Orient », le Liban est actuellement plongé dans la plus grave crise économique et sociale de son histoire récente." (article)


Route, déroute, banqueroute ?
Si déroute •• Debakel ••  dérive bien de "route", banqueroute a, par contre, une tout autre étymologie. Attesté en 1466 en français sous la forme "bancque rotte", et en 1457 à Hambourg sous la forme "Bankeruth", le mot vient de l'italien "banca rotta".
Les changeurs •• Geldwechsler •• italiens du Moyen-âge pratiquaient leurs activités derrière un comptoir •• Zahltisch / Theke •• , appelé banca" (mot qui a donné à la fois "le banc" et "la banque"). Lorsqu'ils étaient en faillite, on cassait (2) leur comptoir.


Dans la langue courante, "banqueroute" est synonyme de "faillite". Mais, au sens strict du terme, la banqueroute est un délit, alors que la faillite désigne simplement le fait de ne plus pouvoir payer ses créanciers (Gläubiger).

Pour plus de clarté, on précise "banqueroute frauduleuse" (betrügerischer Bankrott).


Cependant, en allemand, les termes Konkurs et Pleite sont plus courants que "Bankrott".

Konkurs n'a rien à voir avec un malheureux concours de circonstances •• Zusammentreffen / Verquickung von Umständen •• qui aurait conduit le banquier à la faillite - mais il a la même origine étymologique. Les deux mots viennent du latin concursus - de concurrere : con- (ensemble) + currere (courir) - qui signifie au premier sens du terme "convergence, rassemblement". Dans le contexte de la faillite, il s'agit donc de la réunion des créanciers qui accourent •• herbeilaufen, zusammenströmen •• dans l'espoir de sauver leur argent.

Quant au terme Pleite, qui vient - par l'intermédiaire de l'argot •• Rotwelsch •• - du yiddish pəlēā (Flucht, Entrinnen, Rettung), il évoque la fuite du banqueroutier désireux d'échapper à ses créanciers, qui convergent •• zusammenlaufen •• vers la banque, et à la prison...


Si les synonymes Konkurs et Pleite présentent deux perspectives différentes de la faillite (attroupement des créanciers ≠ fuite du banqueroutier), créancier et Gläubiger ont une étymologie similaire. Les deux mots sont un calque •• Lehnübersetzung •• de l'italien creditore, lui-même dérivé de credere (croire). Le latin credentia signifie à la fois croyance et confiance : un créancier croit son débiteur •• Schuldner •• , il fait confiance •• vertrauen, sich auf jn verlassen •• à celui à qui il prête de l'argent.


Terminons par un trait d'humour •• humorvoller Einfall, humorvolle Bemerkung •• - noir - de Tristan Bernard (1866-1947) :
"La banqueroute, c'est quand les créanciers saisissent votre veston, et que vous avez mis l'argent dans la poche de votre pantalon."

 

     Pour être au courant


1- Bien entendu, à part la rime, Beyrouth n'a rien à voir avec la banqueroute. Le nom de la capitale du Liban (Berytus en latin, Bayrut en arabe) a probablement une origine hébraïque : be'erot, qui signifie "puits". En effet, dès l'Antiquité, la ville - fondée vers 5 000 avant J.-C. - était connue pour ses nombreux puits d'eau douce •• Süßwasser •• .

2- la banque et le banc dans d'autres langues européennes :
• alors qu'en espagnol, comme en allemand, il n'y a pas de différence de genre ou d'orthographe entre l'établissement de crédit et le siège (el banco, die Bank),
• l'italien distingue la banca (banque) et il banco (banc).
• L'anglais (bank / bench) emploie deux mots différents (bien qu'apparentés étymologiquement).
• En portugais, les deux termes n'ont aucune parenté (banco / carteira).

3- rotto est le participe passé de rompere : rompre, briser

4- C'est sur ce comptoir en bois que les changeurs faisaient rebondir les pièces pour s'assurer de la qualité du métal (l'or, l'argent ou le cuivre rendant un son •• klingen •• différent) et les pesaient avec le trébuchet •• Präzisionswaage für Edelmetall •• , une petite balance de précision, qui leur permettait de vérifier si elles n'étaient pas usées, voire délibérément •• absichtlich •• rognées •• abkanten •• . C'est de là que viennent l'expression " espèces sonnantes et trébuchantes" et son (presque) équivalent allemand "klingende Münze", synonymes aujourd'hui de " liquide", "cash" (Bargeld).

 

ÉTAPE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


la "Grande Boucle"
en 1919

 

Les étapes du Tour de France 2020

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 20/09/2020 : 21ème et dernière étape de la Grande Boucle (1), entre Mantes-la-Jolie et les Champs-Elysées.

Dans le sport cycliste, le mot étape désigne aussi bien
- la distance et l'itinéraire parcourus entre deux lieux : "La 3ème étape du Tour de France 2020, Nice-Sisteron, était de 198 km", que
- le lieu où les coureurs font une pause : "Après 26 ans d'absence, le Tour de France 2020 a fait étape à Poitiers".
 

Etappe - L'allemand a emprunté "étape" au français - en lui ajoutant un "p" - vers la fin du XVIIIe siècle, à une époque où le mot désignait le "lieu où s'arrête le voyageur avant de reprendre sa route".

Ainsi Rousseau (Confessions, VI) raconte : "En approchant du Saint-Esprit, je pris la résolution de brûler l'étape (2) du bourg Saint-Andéol, et de passer tout droit." (3)

Deux siècles plus tôt, le terme étape désignait le "magasin de vivres •• (Marsch)Verpflegung •• destinés à l'armée", là où les troupes en marche pouvaient se ravitailler •• sich mit Nachschub versorgen •• pour la journée.

Quand le mot est apparu dans la langue française (en 1272), sous la forme "estaple", il désignait, plus généralement, l'entrepôt dans lequel étaient empilées les marchandises que devaient apporter les marchands pour les mettre en vente.


L'orthographe "estaple" rappelle son origine germanique : en effet, le mot vient du moyen néerlandais "stapel" (de même sens) et il est apparenté à l'allemand "Stapel" (pile, tas, entassement). (4)


Au XXIe siècle - plus que les vivres dans un entrepôt - ce sont les spectateurs qui sont entassés sur les bords de la route, tout au long de la course et à l'arrivée des coureurs à l'étape.

Sauf cette année où, Covid oblige, l'affluence •• Zulauf •• était limitée...

 

     Pour être au courant


1- La Grande Boucle : les premières éditions du Tour de France avaient effectivement l'apparence d'une boucle, la course effectuant plus ou moins le tour du pays. Le départ était alors donné de Paris, qui était également l'arrivée de la dernière étape.
En 1950, le Tour de France perd sa forme de boucle. Le parcours délaisse •• verlassen •• le littoral pour s'aventurer dans le centre du pays, passant par Clermont-Ferrand et le Massif central.
Ainsi, l'édition 2020 du Tour, partie de Nice, s'est déroulée essentiellement dans la moitié Sud et à l'intérieur de l'Hexagone (voir cartes 1919 - ci-contre - et 2020).


2- Pourquoi dit-on "brûler l'étape", c'est-à-dire ne pas s'arrêter à l'endroit prévu et poursuivre sa route ?
Le verbe "brûler" est utilisé par référence à la destruction totale qu'opère le feu, l'idée dominante est celle du non-respect d'une obligation, d'une coutume...
A comparer avec l'expression "brûler / griller un feu rouge" : ne pas respecter l'arrêt obligatoire (bei Rot fahren).

Par extension, "brûler les étapes •• einige Stufen, Etappen überspringen; gleich aufs Ganze gehen •• " signifie "faire quelque chose trop vite en voulant aller directement au résultat".


3- Rousseau n'évoque pas là ses expériences mystiques... mais les étapes de son voyage en Occitanie, en 1734.
Bourg-Saint-Andéol (département de l'Ardèche) et Pont-Saint-Esprit (département du Gard) sont deux villes situées sur la rive droite du Rhône. Leurs habitants s'appellent respectivement Bourguesans et Spiropontains.
Pendant la Révolution, les deux cités ont été "rebaptisées •• umbenennen •• ", se transformant en "Commune-Libre" et "Pont-sur-Rhône" !


4- En allemand, Stapel désignait à l'origine une pile de bois. Le mot a été adopté dans le domaine de la construction navale pour désigner l'échafaudage •• Gerüst •• constitué de poutres •• Balken •• sur lequel repose la coque •• Rumpf •• du bateau pendant sa construction. Ainsi, le terme Stapellauf désigne la mise à l'eau du navire.
 

immunité
ou
mentalité

grégaire ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oups, sa langue a fourché •• er hat sich versprochen •• !
Quand Donald Trump confond immunité collective et instinct grégaire !

"Trump floats 'herd mentality' coronavirus strategy - instead of immunity - and insists that the disease that has killed nearly 200,000 Americans will disappear." (article)

"Covid-19 werde auch ohne Impfung wieder verschwinden, sagte [D. Trump]. Grund sei die "Herdenmentalität". Gemeint war mit dem Begriff, den der Präsident mehrfach wiederholte, offenbar die Herdenimmunität." (article)


L'allemand "Herdenimmunität" est un calque •• Lehnübersetzung •• de l'anglais "herd immunity" (littéralement "immunité de troupeau"), terme qui apparaît en 1923 dans une revue scientifique.

En français, on qualifie cette immunité de "collective" (1) ou de "grégaire" - terme apparemment moins péjoratif (car plus "savant •• gelehrtes Wort, wissenschaftlich •• " ?) que le complément "de troupeau" quand il s'applique aux humains. (2)


L'instinct grégaire •• Herdentrieb •• chez les humains - ou, selon D. Trump, la "mentalité grégaire" - est illustré •• veranschaulichen •• par l'expression "mouton de Panurge" qui désigne celui qui, tel un mouton, suit aveuglément les autres, sans se poser de questions, sans le moindre esprit critique. 

Panurge est l'un des compagnons de Pantagruel, personnage de l'œuvre de Rabelais (1494-1553). Dans le Quart Livre, pour se venger •• sich rächen •• d'un marchand qui s'est moqué de lui, Panurge lui achète un bélier •• Hammel •• qu'il s'empresse de jeter à la mer. Aussitôt, tout le troupeau suit l'animal et se précipite par-dessus bord, emportant le marchand et l'équipage du navire.


Revenons à nos moutons •• Zurück zum Thema! •• , c'est-à-dire à la déclaration du président américain. Selon Freud, le lapsus est révélateur •• aufschlussreich •• : ce serait un symptôme important de l'émergence de désirs inconscients...

Donald Trump considèrerait-il les citoyens américains comme des moutons, ceux qui se laissent manger la laine sur le dos •• ein gutmütiges Schaf sein,
sich das Fell über die Ohren ziehen lassen,
sich alles gefallen lassen
••
? (3)

 

     Pour être au courant

 

1- L'immunité collective, appelée également immunité de groupe ou immunité grégaire, est "le phénomène par lequel la propagation •• Verbreitung •• d'une maladie contagieuse peut être enrayée •• aufhalten, bremsen •• dans une population si un certain pourcentage des individus est immunisé, soit par vaccination, soit parce qu'après avoir été contaminés ils n'ont pas développé la maladie ou en ont guéri. En effet, plus le taux de personnes immunisées augmente, plus le risque pour une personne non-immunisée de rencontrer un malade et d'attraper sa maladie diminue. Au-delà d'un certain seuil •• Grenze, Schwelle •• , il devient impossible pour la maladie de se maintenir dans la population et elle finit par disparaître."


2- grégaire : vient du latin gregarius, de grex, gregis (troupeau).
Le verbe agréger (zusammenfügen, aggregieren) - "rassembler des éléments distincts en un tout compact" -  possède la même origine.


3- le mouton est un animal victime de nombreux préjugés !
En témoignent les expressions
• "mouton bêlant" : synonyme de "mouton de Panurge"  = un conformiste, dépourvu de toute pensée originale ou de tout esprit d'initiative ;
• "mouton noir" : une personne jugée indésirable et qu’on tient à l’écart du groupe, un paria ;
• "brebis galeuse" : synonyme de "mouton noir" (littéralement "räudiges Schaf") ;
• "se laisser égorger •• den Hals abschneiden •• comme un mouton" : synonyme de "se laisser tondre la laine sur le dos" ;
• ou même "doux comme un agneau" : sous-entendu, une personne naïve, trop gentille, docile •• gefügig, folgsam •• ...

des prunes ou du beurre : peu importe ! FrAu ModJo - 2020

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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