Le mot du jour franco-autrichien
 

de la TRUFFE
à TARTUFFE
en passant par la pomme de terre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Les hommes politiques et les langues étrangères : des déclarations truffées de fautes. Si Christine Lagarde et Emmanuel Macron manient la langue de Shakespeare avec aisance, il n’en va pas de même pour tous les hommes politiques français."
En 2010, Nicolas Sarkozy, qui reçoit Hillary Clinton à l’Élysée sous la pluie, s’excuse d’un "Sorry for the time !" Il devait être absent le jour où son prof. d’anglais avait expliqué la différence entre "time" et "weather"... (vidéo)

Employé au sens figuré, le verbe truffer a une connotation plutôt négative : un texte qui est truffé de fautes, de citations, d’anglicismes, de néologismes, en est farci, bourré (vollstopfen), donc surchargé (überfüllt).
Ce verbe dévalorisant peut-il avoir un rapport avec la truffe, ce tubercule dont le prix concurrence celui du caviar et qui, comme lui, est surnommé "l’or noir" ?

Au sens propre, le verbe truffer s’utilise dans le domaine culinaire et signifie effectivement garnir de truffes, par ex. truffer un pâté, ou une volaille (entre autres, les dindes de Noël du Révérend qui lit "les Trois Messes basses" d’Alphonse Daudet) (Texte du conte provençal).

Le verbe allemand équivalent, spicken, s’emploie - lui aussi - au sens propre comme au sens figuré (mit Fehlern gespickt), mais il se réfère à un autre aliment : dans le domaine culinaire, il s’agit de garnir une pièce de viande de morceaux de lard (Speck), longs et minces, enfoncés dans toute l’épaisseur (ex. : ein gespickter Rindsbraten).  En français, le verbe larder signifie garnir de lanières de lard, mais aussi transpercer (durchbohren) quelqu'un à coups de couteau ou de baïonnette.

Par extension et par analogie, le terme truffe désigne aussi le bout du museau du chien. Mais comment expliquer que la truffe soit aussi une variété de pommes de terre ou qu’elle qualifie une personne stupide ? "Quelle truffe !" "Espèce de truffe !" est synonyme de "Patate !" (Blödmann, Depp)

C’est justement la patate = pomme de terre qui nous donne la clé de l’énigme. Le nom de la truffe vient du latin tuber  (tubercule)tufer  (truffe), quant à la pomme de terre, elle s’est d’abord appelée terrae tuber (tubercule de la terre / Erdknolle) puis terri tufer, ce qui a donné tartufoli en italien, puis Tartuffel, Cartoffel, et enfin Kartoffel en allemand.

La Tartiflette rappelle cette étymologie : cette spécialité savoyarde, inventée dans les années 1980 (selon certains, pour favoriser les ventes du fromage de la région, le reblochon) mais qui s’inspire d’un plat traditionnel, est en effet un gratin de pommes de terre, d’oignons et de lardons, couvert de reblochon fondu et grillé.

Et le mot pomme de terre, lui, d’où vient-il ? Comme le néerlandais aardappel et l’allemand Erdapfel, il est formé à partir du latin terrae malum (litt. pomme de terre), terme qui, avant l’arrivée de ce nouveau tubercule en Europe, désignait diverses plantes à racines tubéreuses (comme la mandragore / Alraun, par ex.)

Il nous reste encore un mystère à éclaircir : le Tartuffe de Molière, l’archétype de l’hypocrite, doit-il également son nom à la truffe ou s’agit-il d’un nom sorti tout droit de l’imagination de l’écrivain ?

Deux hypothèses s’opposent à ce sujet, mais peut-être se complètent-elles...
En ancien français, truffer signifiait tromper : or, l’hypocrite cherche avant tout à tromper les autres.

On raconte également l’anecdote suivante : Molière se trouvait chez le nonce du pape avec deux ecclésiastiques à l’air mortifié (se mortifier : sich kasteien) et hypocrite. On vient alors présenter à son Excellence des truffes à acheter : un de ces faux dévots (Frömmler) sort alors de son recueillement et, prenant les plus belles truffes, s’exclame avec gourmandise : Tartufoli, Signor Nuncio, Tartufoli ! C’est cette scène observée par Molière qui lui aurait donné l’idée de baptiser son imposteur (Betrüger) du nom de Tartuffe.

Le "Tartuffe" de Molière est au programme du Schauspielhaus de Graz, du 7 décembre 2017 au 25 mars 2018 (infos).

  la douane,
le divan
et les moustiques

La commission européenne autorise l’utilisation du glyphosate jusqu’en 2022. Cette décision survient après deux années de polémique scientifique : "d’un côté, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) des Nations unies, qui a classé le glyphosate cancérogène probable en mars 2015 et, de l’autre, les agences d’expertise européennes qui l’ont dédouané de tout danger sanitaire et dont l’indépendance a été mise en doute à de nombreuses reprises." (article)

Le verbe dédouaner, employé au sens figuré, signifie "agir de manière à faire oublier un passé répréhensible (strafbar, verwerflich)", tenter de réhabiliter, de blanchir (reinwaschen).

Au sens propre, dédouaner, c’est faire sortir une marchandise ou un bagage de l’entrepôt de la douane après avoir accompli les formalités imposées (zollamtlich abfertigen). Quel mauvais esprit pourrait bien associer les opérations de blanchiment (Verschleierung, Geldwäsche...) aux formalités douanières ?

Depuis le XVe siècle, la douane, mot calqué sur l’italien doana dovanadogana (en italien moderne), désigne à la fois les droits de douane, l’édifice où ils sont perçus, et l’administration elle-même.

S’il est évident que "douane" est le radical du verbe "dédouaner", on sait moins que le mot a la même origine étymologique que le divan, connu aujourd’hui comme un siège.

En effet, douane et divan dérivent tous les deux du persan diwān (dérivé de dibīr, "écrivain") qui désignait un registre. Avec l’extension du domaine musulman, le mot désigne l’endroit où sont examinés les registres, puis les bureaux des différents services administratifs : chancellerie, finances, douane, poste... Dans l’empire ottoman, le Divān était le conseil de notables réunis autour de l’émir, puis il a désigné le gouvernement turc de Constantinople et, par analogie, la salle de réception, dans les maisons orientales, garnie de coussins sur son pourtour.

Au XVIIIe siècle, lorsque le divan fait son apparition en France, avec la mode orientaliste, c’est un siège bas et allongé, sans bras ni dossier, garni de coussins et pouvant servir de lit.

Le sofa, meuble proche du divan, vient de l’arabe "suffa" (coussin). Dans l’empire ottoman, il désignait une estrade couverte de tapis et de coussins où étaient placés les personnages que l’on voulait honorer, par exemple les ambassadeurs reçus par le grand vizir. Il est arrivé en Europe à la fin du XVIIe siècle.

Il ne faut pas confondre le sofa et le divan avec le canapé, un "siège à dossier, pourvu d’accoudoirs, où plusieurs personnes peuvent s’asseoir". Le mot est une déformation de l’ancien français conopé (rideau de lit), dérivé du latin conopeum (moustiquaire, puis lit entouré d’une moustiquaire), lui-même emprunté au mot grec de même sens kônôpeîon (de kốnôps, moustique). Le canapé, lui non plus, n’a pas échappé à la vague orientaliste : au XVIIIe siècle, on le trouve sous la forme de l’ottomane (avec une assise ovale) ou de la sultane (avec des accoudoirs à enroulements).

La canopée (Blätterdach) qui désigne l'étage supérieur des forêts tropicales, sorte de rideau au-dessus des arbres, possède la même origine étymologique. Soumise à un rayonnement solaire plus intense, cette zone est caractérisée par un écosystème riche en biodiversité - et à l’abri du glyphosate - où pullulent (wimmeln), entre autres, différentes espèces de ... moustiques.

A l’article Sofa, la version allemande de Wikipedia propose la définition suivante : "Das Sofa (u. a. auch Couch, Kanapee oder Diwan) ist ein mehrsitziges gepolstertes Sitz- und Liegemöbel, das sich auch für den kurzen Mittagsschlaf eignet." On ne peut pas dire que cela clarifie les choses ... Comprenne qui pourra !
 

CHEVRON

 


2 CV / Ente


Traction avant
 


engrenage
à double chevron



uniforme avec des chevrons sur la manche
(1ère Guerre mondiale)

"Jean-Marie Clermont, collectionneur chevronné d’automobiles, s’est spécialisé dans les voitures miniatures de « la marque aux chevrons ». Avec une passion particulière pour la célèbre Citroën DS." (article)

La DS (à l’élégance de "déesse") et la 2 CV (la "Deuche" / Ente), deux voitures  légendaires de Citroën, sont connues dans le monde entier. Si la forme du logo de la marque a connu plusieurs modifications en l’espace d’un siècle, il représente toujours des chevrons (Doppelwinkel) - et ce, depuis la sortie de la Citroën type A en 1919, la première voiture produite en série en Europe.

Voici l’origine du logo. Lors d'un séjour en Pologne, en 1900, André Citroën - qui ne fabriquait pas encore d’automobiles - découvre des engrenages (Getriebe) à double chevron (mit Pfeilverzahnung) : grâce aux dents disposées en V, la puissance transmise est multipliée. L’ingénieur rachète la licence de ce brevet (Patent) et fonde une entreprise de fabrication d’engrenages en acier. Certains, d'ailleurs, faisaient partie du mécanisme de direction commandant la rotation du gouvernail du Titanic. Rappelons au passage que le naufrage dudit paquebot n’avait rien à voir avec des problèmes de gouvernail....

Fournisseur de munitions pendant la 1ère Guerre mondiale, André Citroën se reconvertit dès 1918 dans la production automobile. Désormais, tous les véhicules sortis de ses usines vont arborer les fameux chevrons sur leur capot (Motorhaube). C’est aussi le cas d’une autre Citroën mythique, la Traction avant, conçue en 1933 par un ingénieur chevronné, André Lefebvre.

Pourquoi emploie-t-on l’adjectif chevronné pour qualifier une personne expérimentée, particulièrement qualifiée, calée dans un domaine particulier ?

Sous l’Ancien Régime, les soldats portaient, cousus sur leur uniforme, des insignes en forme de « V » renversé, les chevrons : selon qu’ils étaient placés sur la manche gauche ou la droite, ils  indiquaient le nombre d’années d’ancienneté ou les blessures de guerre. Cette pratique s’est maintenue dans les armées napoléoniennes, puis elle a été reprise pendant la Première Guerre mondiale. Un soldat chevronné était donc particulièrement expérimenté.

Chevronné peut se traduire par bewandert ou erfahren. Ces deux adjectifs ont un point commun, le cheminement, le voyage.

En effet, bewandert dérive de wandern qui, en moyen allemand, signifie 'se déplacer', 'voyager'. Dès le XVIe siècle, bewandert prend le sens de 'durch Wandern kundig'  : informé, renseigné, instruit par ses voyages.

Quant à erfahren - comme fahren - il vient de l’ancien haut allemand irfaran : voyager, atteindre un lieu. Son sens s’est ensuite élargi : découvrir, apprendre à connaître et faire des expériences.

Durch fahren wird erfahren ou, comme l’affirme le proverbe : Les voyages forment la jeunesse (Reisen bildet). A condition que nous prenions le temps de découvrir ce qui nous entoure au lieu de foncer (rasen) au volant d’une voiture ... Citroën ou autre.

 

de la NAPPE à la MAPPE

 

 


mappemonde

 


planisphère

 

"Le mois d'octobre a été le cinquième mois d'octobre le plus sec depuis 1959, avec un déficit de précipitations proche de 70%. Près des trois quarts (71%) des nappes phréatiques présentent un niveau 'modérément bas à très bas', selon le bilan au 1er novembre du Bureau de recherches géologiques et minières." (article)
Cependant, l’état des nappes phréatiques (Grundwasserspiegel) est très variable selon les zones de l'Hexagone : il est particulièrement inquiétant dans la région Provences-Alpes-Côte d’Azur.

Nappe d’eau, nappe phréatique, nappe de brouillard (Nebelbank) ou nappe de mazout (Ölteppich), toutes ces expressions se sont formées à partir du sens originel (XII° siècle) du terme : la nappe, définie comme "un grand linge que l’on étend sur la table pour prendre ses repas" (Tischtuch, Tischdecke). Le glissement de sens se produit au XVIIe siècle, quand on utilise le mot pour désigner une "cascade dont les eaux tombent comme les bords d’une nappe".

Le mot nappe dérive du latin mappa (serviette, serviette de table), à cause d’une dissimilation* du "m" sous l’influence du "p" suivant.
(* dissimilation : modification phonétique subie par un son au contact de son voisin (contigu ou non), et qui permet de mieux différencier ces deux sons.)

La mappemonde, une carte plane qui représente en projection les deux hémisphères du globe terrestre, placés côte à côte (Planiglobus en allemand, mot vieilli), est donc au sens propre du terme mappa mundi (en latin médiéval) un grand morceau de tissu sur lequel figure une représentation du monde.

C’est également le sens originel de Mappe, terme qui est connu aujourd’hui en Autriche comme un synonyme de classeur, pochette ou étui pour ranger les documents.

* On confond souvent la mappemonde et le planisphère. Les photos ci-contre montrent clairement la différence.

Si l’on franchit la nappe d’eau qui sépare la France de la Grande-Bretagne, on constate que le mot map (carte) a la même origine latine que la nappe.

On y découvre aussi un mot à la consonance évocatrice : apron. Vous l’avez deviné, c’est un napperon (Deckchen, Zierdeckchen) qui, après avoir traversé la Manche, a perdu sa consonne initiale, perçue à l’oral comme le "n" de liaison avec l’article "un", d’où le mot anglais an apron.

la croix et la bannière... Es ist ein Kreuz mit ihm .

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

Liste alphabétique
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