Le mot du jour franco-autrichien
 

AVRIL

 

 

 


Janus, le dieu "bifrons",
sur une pièce de monnaie romaine

 

 

 

 


l'empereur Charlemagne
par Albrecht Dürer
(vers 1600)

 


Philippe Fabre d'Eglantine (1750-1794), guillotiné avec Danton et Camille Desmoulins

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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April, April, der macht nur, was er will...
Voilà un dicton paysan •• Bauernregel •• qui n'engage à rien •• zu nichts verpflichten •• : une prévision annonçant une météo... imprévisible •• unvoraussehbar •• , capricieuse •• launenhaft •• . Mais n'est-ce pas le cas de tous les mois de l'année ? Le plus important, en réalité, c'est la rime en "il" !

En français aussi, les prévisions météorologiques de l'almanach (1) pour le mois d'avril sont associées à des mots terminés par "il" : "baril" (de vin), fournil •• Backstube •• (local ou se trouve le four du boulanger), fenil •• Heuboden, -stadel •• (bâtiment où on conserve le foin) ou fil. Tout le monde connaît le proverbe "En avril, ne te découvre pas d'un fil", souvent complété par "en mai, fais ce qu'il te plait ; en juin, tu te vêtiras d'un rien".


Avril vient du latin aprilis qui désignait le mois situé entre martius (mars) et maius (mai). Jusque là, tous les lexicologues sont d'accord. Certains prétendent qu'il est apparenté au verbe aperire (ouvrir) - dont dérive aussi l'apéritif... - car c'est le mois où s'ouvrent les bourgeons •• Knospe •• et les fleurs, ou peut-être parce que c'est aussi le premier mois complet du printemps (cette saison ne commençant que la dernière semaine de mars).


Ô dieux !
Cette référence au verbe "aperire" serait une étymologie populaire et donc erronée •• falsch •• : avril viendrait en réalité du grec Ἀφρο, (Aphro) - par l'intermédiaire de l'étrusque apru - et ce serait donc le mois d'Aphrodite, déesse de la beauté et de l'amour.

Trois autres mois sont d'ailleurs consacrés •• widmen •• à des divinités : janvier (de Janus, le dieu "bifrons •• doppelgesichtig •• ") (4), mars (de Mars, dieu de la guerre) et mai (de Maia, déesse de la fertilité •• Fruchtbarkeit •• ).


Jules, Auguste et Néron
Deux autres mois sont dédiés •• widmen •• à des "presque divinités" romaines ! Le mois de juillet est nommé ainsi en l'honneur de Jules César, tandis que le mois d'août doit son nom à l'empereur Auguste - il ne fallait pas faire de jaloux •• Neid erregen •• !

Pour imiter ses illustres •• berühmt, erlaucht •• prédécesseurs, Néron a voulu rebaptiser le mois d'avril en "neroneus" (2), mais la postérité •• Nachwelt •• en a décidé autrement, préférant ne pas immortaliser •• verewigen •• le nom de cet empereur.


Le grand Charles, alias Charlemagne
Presque huit siècles plus tard, l'empereur Charlemagne, de langue maternelle tudesque, a germanisé les noms des mois du calendrier tout en les associant à des phénomènes saisonniers de la nature. Ainsi, Heuvimanoth ("mois des foins") désigne le mois de juillet, tandis qu'avril est rebaptisé •• umbenennen •• Ostarmanoth (littéralement "mois de Pâques"). (3)

Ces noms ont été utilisés jusqu'au XVe siècle en Allemagne et aux Pays-Bas, et on en trouve encore des traces dans la langue poétique où Lenz (qui désignait le mois de mars sous la forme Lenzing, Lenzmond) est synonyme de printemps : "Der Lenz ist da!" (Le printemps est arrivé !)

Il signifie aussi "année de vie / Lebensjahr" : "Er zählt 20 Lenze". Le français emploie la même métaphore : "Il a 20 printemps / Il fête ses 20 printemps".


Germinal An 228
On retrouve ce rapport à la nature combiné à un grain de •• ein Hauch von •• poésie dans les nouveaux noms choisis par le poète Fabre d'Eglantine pour les mois du calendrier républicain sous la Révolution : l'année commençait par Vendémiaire (le 22 septembre), et le "ci-devant •• vormals •• " mois d'avril correspondait à la dernière décade de Germinal et aux trois premières de Floréal. (6)

Si le calendrier républicain était encore en vigueur •• in Kraft •• , ce vendredi 3 avril 2020 s'appellerait quintidi 15 Germinal An 228 et serait consacré à l'abeille, le sextidi 16 Germinal à la laitue •• Kopfsalat •• et le décadi 20 Germinal à la ruche •• Bienenstock •• . (7)

 

     Pour être au courant


1- almanach :
Comme beaucoup de mots commençant par al- (d'alcali à algorithme en passant par alchimie, alcool, alcôve, algèbre...) almanach est emprunté (au début du XIVe siècle) à l'arabe d'Espagne. A l'origine, il est probablement issu du syriaque l-manhaï qui signifie cadeau, puis cadeau de Nouvel An, puis spécialement le calendrier qu'on offre au début de l'année : en effet, l'almanach est un calendrier contenant différentes indications d'ordre •• Natur •• astronomique et météorologique.

Prononciation - La majorité des dictionnaires indiquent qu'il faut prononcer [almana] - sauf en cas de liaison : un almanach ancien  - mais on entend de plus en plus souvent [almanak],

Parmi les rares mots français terminés par "-ach" (prononcé [-ak] ), en voilà deux d'origine allemande : le krach et Mach : unité de mesure déterminant le rapport entre la vitesse d'un mobile à l'endroit où il se déplace avec la vitesse du son. Le mot vient du nom du physicien et philosophe autrichien Ernst Mach.

2- Néron souhaitait également appeler Rome "Neropolis" !

3- Charlemagne : de langue maternelle tudesque (francique rhénan), il pratiquait aussi le roman (langue parlée en Gaule), le latin et le grec.
Germanisation du calendrier : Wintarmanoth (janvier, "mois de l'hiver"), Hornung (février, "pousse des cornes"), Lentzinmanoth (mars, "mois du printemps"), Ostarmanoth (avril "mois de Pâques"), Wonnemanoth (mai, "mois des merveilles"), Brachmanoth (juin, "mois des jachères", c'est-à-dire où on laboure les champs précédemment laissés en jachère), Heuvimanoth (juillet "mois des foins"), Aranmanoth (août, "mois des épis / des moissons"), Witumanoth (septembre "mois du bois"), Windumemanoth (octobre, "mois des vendanges"), Herbistmanoth (novembre, "mois de l'automne") et Heilagmanoth (décembre, "mois saint").

4- Janus : le dieu "bifrons" est représenté avec une face tournée vers le passé - l'année qui vient de s'écouler - et l'autre vers l'avenir.

5- Origine du nom des autres mois
février : de februarius, "mois des purifications"
juin : de junius, mois de Lucius Junius Brutus, premier consul de Rome.
septembre, octobre, novembre, décembre rappellent que, dans l'ancien calendrier romain (avant le calendrier julien) comme dans le calendrier en usage en France de la fin du IXe siècle jusqu'à l'Edit de Roussillon de Charles IX (1564 - voir la tradition du Poisson d'Avril), l'année commençait en mars, avec le printemps. Donc, septembre était bel et bien, comme son nom l'indique, le septième mois du calendrier, octobre, le huitième, etc.

6- Les autres mois du calendrier républicain (en vigueur de 1792 à 1806)
• Mois d'automne : Vendémiaire (vendanges), Brumaire (brumes et brouillards), Frimaire (froids),
• Mois d'hiver : Nivôse (neige), Pluviôse (pluie), Ventôse (vent)
• Mois de printemps : Germinal (germination), Floréal (fleurs), Prairial (prairie)
• Mois d'été : Messidor (moissons), Thermidor (chaleurs), Fructidor (fruits).

7- animal, instrument agricole, végétal chassent les saints du calendrier :
• le 5ème jour de la décade (quintidi) est consacré à un animal,
• le 10ème (décadi) à un instrument agricole ;
• les autres (primidi, duodi, tridi, quartidi, sextidi, octidi, nonidi) sont dédiés à un végétal.

 

COSTUME

 

 

un vaillant
petit tailleur...
assis en tailleur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Edouard VII...
sans costume, mais en tenue de sacre

 

 

 

 

tissu
"Prince de Galles"

Au placard,  •• in der Versenkung verschwinden lassen, weg mit… •• le costard •• forme familière du costume •• ! C'est ringard •• dépassé =überholt, altmodisch •• … ou "has-been", selon que l'on "cause français ou globish".

En une décennie, la vente de costumes a baissé en France de près de 60%. Et ce n'est pas la crise qui va inverser •• umkehren •• la tendance : même les cadres •• leitender Angestellter •• - qui se sont mis au télétravail, alias •• auch bekannt als, auch… genannt •• home office - ne portent plus le sacro-saint •• allerheiligster, unantastbar, sakrosankt •• costume. Assis - en tailleur •• im Schneidersitz •• ? - devant leur ordinateur, ils sont vêtus d'un pantalon de jogging, d'une tenue d'intérieur •• Hausbekleidung •• confortable, voire d'un pyjama.


Avant de nous intéresser à l'origine étymologique du costume -  espèce en voie de disparition - un petit rappel. Il ne faut pas confondre •• verwechseln •• le costume et le tailleur :

- ils possèdent une caractéristique commune : les pièces qui les composent sont taillées dans le même tissu ;
- mais le costume est, à l'origine, réservé aux hommes. Il se compose d'un pantalon, d'une veste et, parfois, d'un gilet •• Weste (von einem Anzug) •• : on parle alors d'un "complet" ou d'un "trois-pièces" ;
- le tailleur se traduit en allemand par... Kostüm : c'est un vêtement féminin, composé d'une veste et d'une jupe, du moins jusqu'à l'avènement •• Aufkommen, Ausbreitung •• du "tailleur-pantalon".

Là où les choses se compliquent, c'est que le tailleur est un artisan qui taille et coud des vêtements masculins - mais aussi les "tailleurs" pour femmes, forme féminisée du costume masculin - tandis que le couturier / la couturière confectionne des vêtements féminins. Ainsi, un "grand couturier" qui travaille dans la "haute couture" crée - généralement - des vêtements pour femmes.

Giorgio Armani, lui, a commencé par lancer une ligne de costumes masculins en 1974. Aujourd'hui, crise sanitaire oblige •• à cause de, force par qc •• , il se reconvertit •• sich neuorientieren •• dans la production de combinaisons de protection destinées au personnel médical.


Le mot costume vient de l'italien costume qui signifie "coutume" *. Attesté en français sous la forme "coustume" au milieu du XVIIe siècle, il se définit comme la "manière de marquer les différences d'âge, de condition, d'époque des personnages". Il n'est question •• être question de : die Rede von etw. sein •• de tenue vestimentaire qu'un siècle plus tard où le costume désigne la "manière de se vêtir conforme à la condition sociale, à l'époque".

Il faut attendre encore un siècle pour voir apparaître le "costume" au sens actuel du terme : un habit d'homme. C'est le prince de Galles, futur Edouard VII, ** qui en a lancé la mode : la redingote *** est raccourcie, et les couleurs claires ou voyantes •• grell, auffallend •• sont abandonnées. Le costume - trois pièces coupées dans la même étoffe - est désormais sombre et sobre •• schmucklos, maßvoll •• .

Et il l'est resté jusqu'à aujourd'hui. Mais survivra-t-il aux nouvelles habitudes vestimentaires plus décontractées •• entspannt, ungezwungen… ou "cool" •• prises pendant la Crise ?

 

     Pour être au courant


* coutume vient du latin consuetudinem (consuetudo, habitude, coutume). Son antonyme est désuétude (préfixe privatif de- + suetudo : "coutume, habitude") : un mot tombé en désuétude n'est plus en usage. P. ex., le terme "consuétude", encore en usage au XIXe siècle, n'est plus employé aujourd'hui.

** Edouard VII (1841-1901) est le fils de la reine Victoria. Vu la longévité •• Langlebigkeit •• de la souveraine (qui a régné près de 64 ans), il est resté prince de Galles pendant quelque 60 ans. Ces deux records ont cependant été battus, respectivement par la reine Elisabeth et son fils Charles, héritier au trône depuis 1952.

Et non, le costume mis à la mode par le futur Edouard VII n'était pas en tissu "Prince de Galles •• Glencheck, feines Karomuster •• ". Ce genre de motif •• Muster •• a été créé à l'intention des grands propriétaires fonciers •• Grund-(besitzer) •• anglais établis en Écosse : ils n'avaient pas droit •• einen Anspruch auf etw. haben •• au tartan •• Schottenstoff •• , le motif des clans. Pour habiller leur personnel avec des dessins identifiables, ils ont imaginé un tissu avec des carreaux de fantaisie appelé "district checks".

*** redingote (Gehrock) : cette veste longue à basques •• rien à voir avec le pays basque !
Rockzipfel, Schöße
••
qui possède une fente •• Schlitz •• dans le dos pour pouvoir monter à cheval, est très à la mode au XVIIIe siècle. Son nom français est la déformation de l'anglais "riding coat", littéralement "vêtement pour chevaucher".

 

PARFUM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"A Grasse, un parfumeur va produire 30.000 flacons de gel hydroalcoolique par jour. [Il] va notamment fournir des hôpitaux et la police nationale." (article)

Face à la pénurie de désinfectant, le PDG d'Arthes a été contacté par le maire de la ville, qui est également président du conseil d’administration de l’hôpital de Grasse. L'entreprise va désormais suspendre •• aussetzen, unterbrechen •• , pour quelques mois, la fabrication de parfums et de cosmétiques, sauf pour le savon liquide qui, lui aussi, très demandé par ces temps d'épidémie.

Les ventes de parfum s'étant écroulées •• einbrechen •• ces dernières semaines, le parfumeur de la Côte d'Azur a décidé de reconvertir utilement ses stocks d'alcool en produisant du gel désinfectant. En effet, tout comme ce produit sanitaire, le parfum est composé en très grande partie d'éthanol (en moyenne 80%).


Cependant, quand le mot parfum apparaît dans la langue française au début du XVIe siècle, il désigne une pratique qui n'a rien à voir avec l'alcool. Dérivé du latin "per fumum" (littéralement "par la fumée"), par l'intermédiaire de l'italien "per fume", le terme "perfum" désigne une fumigation - qu'elle soit •• ganz egal, ob sie… •• sacrée, rituelle ou médicinale - opérée en faisant brûler, par exemple, de l'encens •• Weihrauch •• ou différentes substances végétales odoriférantes •• wohlriechend •• . (1)


Le "parfum" n'a pris son sens actuel qu'au XVIIe siècle, époque où il règne en maître •• herrschen •• à la Cour de Louis XIII et de Louis XIV. Ainsi, à Versailles où les conditions d'hygiène étaient déplorables •• miserabel, erbärmlich •• , le parfum servait surtout à masquer •• übertünchen •• les mauvaises odeurs. En effet, l'opinion était répandue dans le corps médical •• Ärzteschaft •• que la toilette à l'eau - et à plus forte raison •• umso mehr noch, erst recht •• les bains - était dangereuse car on pensait que l'eau - surtout chaude - dilatait •• erweitern •• les pores de l'épiderme et favorisait ainsi la pénétration des maladies dans l'organisme. On procédait donc à une "toilette sèche" (sans eau) en se frottant le corps, en changeant de linge •• (Körper/Leib)Wäsche •• ... et on dissimulait les odeurs nauséabondes •• widerlich, ekelerregend : qui provoque la nausée •• en s'aspergeant •• sich besprühen, bespritzen •• de parfum !

Au siècle précédent, déjà, la noblesse avait l'habitude d'utiliser des accessoires (gants, chaussures, ceintures, coffrets...) en cuir parfumé. Et c'est un Grassois (à ne pas confondre •• verwechseln •• avec un Grazois...) qui en a lancé la mode.

En effet, dès le Moyen-âge, la ville de Grasse était réputée pour le tannage •• Gerbung •• du cuir : mais les procédés utilisés (urine et excréments d'animaux, voire •• sogar •• d'humains...) laissaient une odeur désagréable à la peau •• Fell •• ainsi préparée.

Un tanneur de la ville, Galimard, a alors l'idée de parfumer le cuir tanné et malodorant •• übelriechend •• en le faisant tremper •• einweichen •• dans des "bains de senteur" à l'eau de rose ou aux épices •• Gewürz •• , selon une méthode utilisée depuis longtemps en Orient. Il offre une paire de gants à Catherine de Médicis, épouse du roi Henri II, et, grâce à ce coup de com' •• PR-Aktion •• , la mode ne tarde pas •• bald etw. tun •• à être lancée à la Cour de France !  (2)

Au XVIIIe siècle, les taxes •• Steuer •• sur le cuir augmentent, et Grasse abandonne le tannage pour se consacrer •• sich widmen, hingeben •• à la parfumerie avec le succès que l'on connaît puisque la ville est aujourd'hui considérée comme la "capitale mondiale du parfum". (3)


Le mot Parfum (3) est adopté en allemand au début du XVIIIe siècle : à la Cour de Vienne comme à Versailles, le parfum est utilisé à profusion •• in Hülle und Fülle •• pour dissimuler les mauvaises odeurs.

C'est également à cette époque qu'est située l'action du roman de Patrick Süskind "Das Parfum, Geschichte eines Mörders" (Le Parfum - Histoire d'un meurtrier), paru en 1985. Le héros, Jean-Baptiste Grenouille, naît à Paris en 1738, sur un tas d'immondices •• Unrat •• à l'odeur pestilentielle •• übelriechend, pestilenzialisch •• , au marché du cimetière des Innocents. doté •• ausstatten •• d'un nez très fin, il n'a lui-même pas d'odeur. Après avoir été l'apprenti d'un tanneur, il crée des parfums chez un maître parfumeur parisien. Sa quête •• Suche •• du "parfum absolu" le conduira ensuite à Grasse où il peut enfin réaliser son rêve, car celui "qui maîtrise les odeurs, maîtrise le cœur des hommes".

Les temps ont-ils changé ? En cette période de pandémie, celui qui maîtrise la production de gel désinfectant peut gagner, sinon le coeur, du moins la reconnaissance des consommateurs.
 

     Pour être au courant


1- On a recours aux fumigations •• Ausräucherung •• (de soufre •• Schwefel •• , camphre •• Kampfer •• , aloès, clou de girofle •• Gewürznagel •• , plantes aromatiques...) en période d'épidémie, en particulier de peste.
Dans le lexique moderne, la maladie reste associée aux mauvaises odeurs :
- le verbe "empester •• stinken, verpesten •• " synonyme aujourd'hui de "sentir très mauvais", "puer", signifiait à l'origine "infecter de maladie contagieuse" ;
- l'adjectif "pestilentiel", synonyme de "très malodorant", "qui dégage •• ausdünsten, verbreiten •• une odeur infecte", signifiait à l'origine "qui a les caractères de la peste".

2- Les gants dits "à la frangipane" rencontrent un  immense succès dans l'aristocratie au XVIIe siècle : cette appellation vient du nom d'un marquis italien, Frangipani, Pompeo de son prénom (rare et plutôt... pompeux, du moins au XXIe siècle !), qui était maréchal de France sous Louis XIII. C'est lui qui a lancé la mode de ce parfum à base d'amandes dont il imprégnait ses gants.
Aujourd'hui, la frangipane est surtout connue dans le domaine culinaire : cette crème à base de poudre d'amandes et de crème pâtissière entre dans la composition de la galette des Rois traditionnelle. Il existe plusieurs hypothèses au sujet de l'origine de la recette : certains l'attribuent •• zuschreiben •• également au fameux Pompeo...

3- Reconversion •• Um-, Neuorientierung •• - Grasse a dû cependant adapter sa production au fil du temps •• im Laufe der Zeit •• : aujourd'hui, les arômes alimentaires de synthèse constituent plus de la moitié de la production.

4- Parfüm [parˈfyːm] ou Parfum [paʁˈfœ̃] : en allemand, les deux variantes orthographiques et phonétiques sont correctes.

 

SEMMEL

 

 

 

Ignace Semmelweis
(1818-1865)
 

 

 

 


Semmel autrichienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grâce à lui, la septicémie •• Sepsis, Blutvergiftung •• aurait pu être vaincue il y a plus de 170 ans. Malheureusement les sceptiques •• Skeptiker, Zweifler •• ne l'ont pas cru •• du verbe croire : geglaubt / cru (adjective) : roh •• . Il était cuit •• au sens propre : gekocht / au sens figuré et familier : avoir échoué dans son projet, être perdu = gescheitert sein, erledigt sein •• !

Incompris, il est mort à 47 ans, interné à l'hôpital psychiatrique ("Landes-irrenanstalt •• hôpital de fous : asile d'aliénés •• ") de Döbling, près de Vienne. Il n'a été réhabilité qu'une vingtaine d'années plus tard après que Louis Pasteur a "inventé •• erfunden / Pasteur a découvert les microbes, il ne les a pas inventés... •• les microbes" (comme l'a prétendu •• behaupten •• un candidat - ignare •• ungebildet, der Banause •• ou plein d'humour ? - au bac lors de l'épreuve •• Prüfung •• de sciences naturelles).


Lui, c'est Ignace de son prénom ("C'est un petit nom charmant", chantait Fernandel dans les années 1930), et Semmelweis de son nom de famille. Il est né en 1818 à Buda (aujourd'hui en Hongrie ; à l'époque dans l'empire d'Autriche).
Chirurgien obstétrique •• Chirurg und Geburtshelfer •• , il a étudié les causes de la fièvre puerpérale •• Wochenbett-, Kindbettfieber •• et a tenté d'imposer •• durchsetzen •• la désinfection des mains aux médecins et étudiants en médecine qui, passant directement des salles de dissection •• Sezierung •• aux chambres des accouchées •• Wöchnerin •• , infectaient les patientes. (1)

Selon une étude récente de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la désinfection des mains à l'hôpital n'est toujours pas systématique "Elle n'est pratiquée que dans 50 % des cas en moyenne, alors qu'elle pourrait éviter •• vermeiden, ersparen •• de 50 à 70 % des infections en milieu hospitalier."

Le Covid-19 pourrait bien changer les choses...


Le patronyme •• Familienname •• du "père de l'asepsie •• Asepsis, Keimfreiheit •• " vient - comme de nombreux autres noms de famille - de la profession exercée •• ausüben •• par un lointain ancêtre •• Vorfahr •• : un des ascendants •• Vorfahr •• d'Ignace Semmelweis était probablement boulanger et fabriquait des pains à base de farine blanche et fine, comme les "Semmeln", et pas des pains plus grossiers •• grob •• à la farine de seigle •• Roggen •• .

Le mot Semmel est dérivé (par l'intermédiaire du moyen haut allemand semele et de l'ancien haut allemand semala) du latin simila qui signifiait "fine farine de froment", ce qu'on appelle en français "fleur de farine •• feinstes Weizenmehl •• ", le mot "fleur" (2) étant utilisé dans le sens de "ce qu'il y a de meilleur". En effet, pendant longtemps, la farine de "blé froment •• Weizen •• " est restée un produit haut de gamme •• Spitzenprodukt, von besserer Qualität •• , réservé aux riches (3).

On pourrait imaginer que la deuxième partie du nom "Semmelweis" se réfère •• sich beziehen •• à la couleur blanche de la farine de froment. Détrompez-vous •• sich eines Besseren belehren lassen •• ! "-weis" ne vient pas directement de l'adjectif "weiß", mais de Weizen (4), le froment.


Maintenant, quel est le rapport avec le français ? Il doit bien en avoir un, sinon Semmelweis et "Semmel" ne feraient pas l'objet de ce "Mot du Jour".
Vous l'avez probablement déjà deviné •• erraten •• : le mot français semoule •• Grieß •• (Gries) (5) est, lui aussi, dérivé du latin simila (par l'intermédiaire de l'italien semola).

Attesté au début du XVIe siècle, le terme "symole" désigne alors le "gruau •• Schrotkorn •• de froment passé au four et concassé" : on retrouve dans cette définition la céréale "de luxe" avec laquelle on confectionne les Semmeln. Puis à la fin du siècle "semole" est défini comme une "farine importée d'Italie". Il a probablement été influencé par le verbe moudre •• mahlen •• (en latin, molo) et le moulin •• (Getreide)Mühle •• (molinus).


La lutte contre le Covid-19 ressemble actuellement au combat de Don Quichotte contre les moulins à vent, et on a l'impression que la recherche "pédale dans la semoule" (6).

Alors, protégez-vous, protégeons-nous !
Et suivez les recommandations d'Ignace Semmelweis à qui Google a rendu hommage ce 20 mars : en effet, ce jour-là, en 1847, le "père de l'asepsie" est devenu professeur dans le service d’obstétrique de l’hôpital de Vienne. (vidéo).


     Pour être au courant


1- Le taux de mortalité maternelle et néonatale due à la fièvre puerpérale était de 18% en 1847. "Semmelweis prescrit •• verschreiben •• une solution d'hypochlorite de calcium •• Calciumhypochlorit •• (Ca(ClO)2) pour le lavage des mains entre le travail d'autopsie •• Autopsie, Obduktion •• et l'examen des patientes. Le taux de mortalité chute •• sinken •• de 12 à 2,4%." (d'après Wikipédia)

2- la fleur : ce qui est supérieur, en référence à la position de la fleur à l'extrémité supérieure de la plante, de la tige ou de la branche.
Ex.: la "fine fleur de l'aristocratie" signifie l'élite de cette classe sociale.

3- "pain blanc" est synonyme de luxe, de prospérité •• Wohlstand, Prosperität •• .
L'expression "manger son pain blanc en premier" (qui date du XVIe siècle) rappelle qu'à l'époque, les pauvres mangeaient du pain bis (pain de qualité inférieure, de couleur brun-gris, à cause du son •• Kleie •• qu'il contenait) ou du pain noir, alors que la classe bourgeoise pouvait se payer du pain blanc.
La locution signifie traverser une période prospère où l'on consomme ce qu'il y a de meilleur, sans penser à l'avenir qui pourrait être plus sombre.

4- Weizen : de l'ancien haut allemand weizzi (froment), lui-même dérivé du germanique khwitaz (quelque chose de blanc), apparenté à weiß (blanc). Le nom de la céréale viendrait donc de la couleur claire de sa farine.

5- Grieß (semoule) est apparenté à "groß", "grob" : c'est en effet le produit de la mouture •• Mahlen •• - plus ou moins fine - ou grossière - de grains de blé dur •• Hartweizen •• .

6- Pédaler dans la semoule (ou dans la choucroute, ou dans le yaourt) : s'agiter, faire des efforts désordonnés et vains •• vergeblich •• . Tous ces aliments ont en commun leur texture molle •• weich •• : pédaler •• strampeln •• dedans, c'est avoir l'impression de s'enfoncer •• versinken •• dans une matière qui réduit les efforts à néant •• réduire à néant : zunichtemachen •• .

 

QUINQUINA

 

 

écorce de quinquina

 

 

 

 

comprimés de quinine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le quinquina Dubonnet (5)

 

Le COVID-19 et le quinquina...

"Utilisée en France pour le traitement des maladies auto-immunes comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde, l'hydroxychloroquine pourrait avoir un effet sur la disparition du virus, selon le professeur Didier Raoult, directeur de l'Institut hospitalo-universitaire de Marseille. L'infectiologue a mené une étude sur 24 patients atteints du COVID-19. Six jours après le début de la prise de Plaquenil, le virus avait disparu chez trois quarts des personnes traitées." (article)
Le pourcentage serait même de 100% lorsque l'hydroxychloroquine est associée à l'azithromycine (un antibiotique).

Prudent, le ministre de la Santé annonce que des essais cliniques vont être menés •• durchführen •• sur un plus grand nombre de patients afin de confirmer les premiers résultats encourageants du Plaquenil pour traiter les patients atteints du COVID-19.
Si le médicament se révèle •• sich erxeisen •• efficace, le laboratoire Sanofi s'engage à donner une grande partie de ses stocks gratuitement.


Même si cette nouvelle est encourageante, ce n'est pas de médecine que je souhaite vous entretenir •• mit jm über etw. reden •• aujourd'hui, mais d'étymologie.

La chloroquine est utilisée depuis 70 ans comme médicament contre la "fièvre des marais •• Sumpf •• " - la malaria -, mais cela fait plusieurs siècles que l'on connaît les propriétés antipyrétiques •• fiebersinkend •• (contre la fièvre), analgésiques •• schmerzstillend •• et surtout antipaludiques •• gegen Malaria •• de la quinine, dont elle est un des dérivés.

Le nom de la quinine repose sur un malentendu •• Missverständnis •• .
Ce sont des Jésuites espagnols qui ont découvert au Pérou un arbre qu'ils ont appelé "arbol de las calenturas" (arbre des fièvres) : en effet, ils avaient observé l'usage qu'en faisaient les habitants des plateaux andins contre  la fièvre.

Sebastiano Bado, un médecin génois, est le premier (en 1639) à mentionner les vertus •• Wirkung, Heilkraft •• de l'écorce de cet arbuste •• Strauch •• qu'il baptise "quinquina", prétextant qu'au Pérou la population indigène l'appelle kinakina (littéralement "écorce •• Rinde •• d'écorce" en quechua).

On sait aujourd'hui que Bado (qui d'ailleurs n'a jamais mis les pieds •• er ist nie dort gewesen •• en Amérique du Sud, ceci expliquant peut-être cela...) s'est trompé : le kinakina désigne un tout autre arbre, à savoir •• nämilich •• le Myroxylon peruiferum qui, lui, ne possède pas ces propriétés •• Eigenschaft •• médicinales.

Quoi qu'il en soit •• wie auch immer •• , la poudre d'écorce de quinquina, surnommée "poudre des jésuites" a été apportée à Rome par des jésuites de Lima au XVIIe siècle, et a été utilisée pour lutter contre la "fièvre tierce" (1)  qui sévissait •• wüten, grassieren •• chaque été dans la Ville éternelle et ses environs (en effet, le Latium était, jusqu'aux grands travaux d'assainissement •• Entwässerung •• des années 1930, une région marécageuse •• Sumpfgebiet •• ).

Le quinquina connaît un moment de gloire lorsque Robert Talbor, un apothicaire anglais, guérit •• heilen •• le fils de Louis XIV, le Grand Dauphin, grâce à l'administration •• Verabreichung •• de fortes doses d'écorce de quinquina.  (2)

A cette occasion, La Fontaine compose en 1682 un très long poème médico-pharmaceutique en hommage au quinquina, pour célébrer •• preisen •• les vertus de ce fébrifuge •• fiebersinkendes Mittel •• . (3)


En allemand, le quinquina se dit Chinarinde, c'est-à-dire "écorce de Chine". Et pourtant l'arbuste n'a rien à voir avec l'Empire du Milieu : il vient bel et bien •• wahrhaftig •• des Andes, et plus précisément de l'Equateur.

L'origine du nom repose sur une légende quelque peu fantaisiste : le quinquina aurait permis de guérir de la malaria (en 1638) la Comtesse Anna de Chinchón, épouse du vice-roi du Pérou. La première syllabe du nom de la noble dame, prononcée Tchin' [t ʃ i n], aurait été confondue •• verwechseln •• avec China (Chine en espagnol), puis le mot aurait été transcrit tel quel en allemand. Carl de Linné lui-même a cru à cette légende et a attribué •• zuteilen, zuweisen •• à la plante le nom botanique de Cinchona.

Cependant, la découverte du journal intime de la fameuse comtesse en 1930 apporte la preuve qu'elle n'a jamais souffert de la malaria. Cette belle histoire de guérison •• Heilung •• n'était que ce qu'on pourrait appeler un coup de com' •• PR-Aktion •• , autrement dit une opération de publicité destinée •• dazu bestimmt •• - il y a près de quatre siècles - à promouvoir les ventes de ce nouveau remède •• Arzneimittel •• .


La recherche du profit matériel - ou le désir de gloire - n'est cependant pas un reproche que l'on peut adresser à l'équipe qui a testé la chloroquine à Marseille : utilisé depuis des décennies •• Jahrzehnt •• , ce médicament est aujourd'hui un produit peu onéreux •• kostenaufwändig, kostspielig •• , commercialisé •• verkaufen, vertreiben •• comme générique et donc peu profitable •• nutz-, profitbringend •• pour les laboratoires pharmaceutiques... même s'il est un jour employé à l'échelle mondiale •• weltweit •• pour combattre la pandémie de coronavirus.

 

     Pour être au courant

1- la fièvre tierce - febris tertiana  - doit son nom au fait que c'était une fièvre intermittente •• Wechselfieber •• qui revenait tous les trois jours.

2- Sauvé de la malaria, le Grand Dauphin mourra de la variole •• Pocken •• en 1711 - quatre ans avant le Roi-Soleil (mort de la gangrène) qui verra aussi mourir deux de ses fils et son petit-fils (de la rougeole •• Masern •• ). C'est donc son arrière-petit-fils •• Urenkel •• , qui accédera au trône •• den Thron besteigen •• en 1715 sous le nom de Louis XV.

3- Quelques vers du poème de La Fontaine (sur les plus de 600 qui le composent...)
"Un des dieux fut touché du malheur des humains ;
C’est celui qui pour nous sans cesse ouvre les mains ;
C’est Phébus Apollon ; de lui vient la lumière,
La chaleur qui descend au sein de notre mère,
Les simples, leur emploi, la musique, les vers,
Et l’or, si c’est un bien que l’or pour l’Univers.
Ce dieu, dis-je, touché de l’humaine misère,
Produisit un remède au plus grand de nos maux :
C’est l’écorce du kin, seconde Panacée.
Loin des peuples connus Apollon l’a placée :
Entre elle et nous s’étend tout l’empire des flots.
Peut-être il a voulu la vendre à nos travaux ;
Peut-être il la devait donner pour récompense
Aux hôtes d’un climat où règne l’innocence."

4- Le Quinquina est aujourd'hui plutôt connu comme vin apéritif aromatisé de diverses plantes dont, traditionnellement, de l'écorce de quinquina (en quantité plus ou moins importante selon les marques : Vermouth, Martini, Cinzano, Saint Raphaël, Dubonnet...) qui lui confère •• verleihen •• une certaine amertume •• bitterer Geschmack •• .

5- Le quinquina Dubonnet a été créé en 1846. Pourquoi un chat figure-t-il (encore aujourd'hui) sur l'étiquette de la bouteille ?  Il paraît que l'épouse du fondateur •• Gründer •• Joseph Dubonnet aimait beaucoup cet animal : c'est elle qui a choisi comme logo un chat placé derrière la bouteille dans un disque rouge servant de fond •• Hintergrund •• . N'allez pas chercher plus loin et n'y voyez aucune allusion •• Anspielung •• à l'expression allemande "einen Kater haben" (= avoir la gueule de bois) !

 

PAN

et le

HAMSTER

 

 

 

rayons vides d'un supermarché dévalisé

 

 


le dieu Pan
mi-homme, mi-bouc

 

 

hamster doré
aux abajoues gonflées de nourriture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Panique aux rayons •• Regal, Abteilung •• alimentation et hygiène des supermarchés, envahis par les "hamsters" !

La police australienne a été appelée en renfort à la suite de bagarres •• Rauferei •• pour du papier toilette... alors qu'aucune pénurie •• Knappheit, Mangel, Unterversorgung •• de cet article d'hygiène n'est à redouter. Certaines parties de la population, de l'Australie à l'Europe en passant par les autres continents (sauf l'Antarctique... et pour cause •• und zwar aus gutem Grund •• !) réagissent avec panique aux mesures prises par les autorités pour éviter la propagation du coronavirus.


La panique est définie par le CNRTL comme une " vive terreur, soudaine et irraisonnée, souvent dénuée de fondement •• völlig unbegründet •• qui affecte •• ergreifen, packen •• le plus souvent un groupe ou une foule et provoque de grands désordres"... et parfois même l'intervention des forces de l'ordre !

Jusqu'au début du XIXe siècle, le mot "panique" était seulement employé comme adjectif, et généralement associé aux termes "peur" ou "terreur". On le trouve sous la plume de Voltaire : "Les superstitieux •• Abergläubischer •• sont dans la société ce que les poltrons •• Angsthase •• sont dans une armée : ils ont et donnent des terreurs paniques".

L'origine du mot est oubliée depuis longtemps. Peut-être parce qu'il vient du fond des âges •• aus grauer Vorzeit •• , plus exactement de la mythologie grecque, et se réfère à Pan. Pas Peter Pan (1), mais le dieu Pan : protecteur des bergers et des pâturages •• Weide •• , il est représenté comme un être hybride, mi-homme, mi-bouc •• Ziegenbock •• (avec des cornes, des sabots •• Huf •• , une queue... et un bouc •• Kinnbart •• , c'est-à-dire une barbichette au menton). Les mortels •• die Sterblichen •• étaient saisis de panique en découvrant cet être à l'aspect terrifiant •• furchteinflößend •• (2) et en entendant ses cris  tonitruants •• donnernd •• .


En allemand, on ne trouve aucune référence mythologique dans le mouvement de panique qui s'empare •• jn übermannen •• actuellement des consommateurs, les incitant •• dazu bewegen, verleiten •• à dévaliser •• leerkaufen, plündern •• les rayons des supermarchés.

Les "achats de panique" ou "achats frénétiques", dictés par la peur irraisonnée d'une pénurie, sont qualifiés de "Hamsterkäufe" (littéralement : achats de hamster) dans l'espace germanophone.

Ces petits rongeurs sont réputés pour stocker la nourriture : ils l'amassent •• sammeln, horten •• dans leurs abajoues •• Backentasche •• (poches extensibles •• dehnbar •• situées entre la joue et la mâchoire) (3) pour la transporter en grande quantité dans leur terrier •• Bau •• . On observe ce comportement, dicté par l'instinct, même chez les hamsters "de compagnie •• Haus(tier) •• " qui sont pourtant nourris régulièrement et en quantité suffisante.

Les achats de panique observés ces derniers temps à cause du coronavirus seraient une réaction humaine instinctive - et donc irraisonnée : les consommateurs qui en viennent aux mains •• handgreiflich werden •• dans les supermarchés pour des rouleaux de papier hygiénique ou des boîtes de conserve ont-ils le QI •• IQ •• d'un hamster ou sont-ils seulement prévoyants •• vorsorglich, vorausschauend •• ? Réponse dans quelques mois (si nous sommes encore là...)


En attendant, je peux quand même vous préciser l'origine du mot "hamster": il vient du vieil allemand hamustro, lui-même emprunté au slave khoměstorǔ qui signifie littéralement "ennemi qui jette à terre". En effet, le hamster est considéré à l'état sauvage •• in freier Wildbahn •• comme nuisible •• schädlich •• pour l'agriculture : il plie •• knicken •• les tiges de céréales pour en attraper les grains et peut faire de gros dégâts dans les champs.

 

     Pour être au courant


1- Le personnage de Peter Pan (créé en 1902 par l'auteur écossais J. M. Barrie) aurait cependant bel et bien été inspiré par son divin éponyme •• namensgebend •• . D'ailleurs son caractère est plus proche de celui du chef des satyres •• Waldgeist, Satyr •• que de l'image édulcorée •• entschärft, abgeschwächt •• que donne de lui le film de Walt Disney : le Peter Pan de Barrie n'est pas un enfant inoffensif •• harmlos •• , un doux rêveur, mais un être égoïste et même meurtrier qui manifeste une véritable haine à l'égard des adultes.
"Un adage •• Sinnspruch •• de l’île [de Neverland] raconte qu’à chaque respiration, un adulte meurt. Alors Peter Pan s’amuse à respirer fort pour tuer le maximum d’adultes. Il tue aussi les enfants perdus. Dès qu’ils grandissent, il ne veut plus d’eux sur cette île." Neverland n'est pas un paradis mais un pays cauchemardesque •• grausig, albtraumhaft, beklemmend •• . (article de France Culture)
Et ce n'est peut-être pas forcément une bonne idée de baptiser ainsi sa propriété...


2- Venu au monde ainsi, avec des cornes, une queue, un bouc et des pattes de bouc, Pan était si laid que sa mère Dryops, épouvantée •• entsetzt •• , l'a abandonné à sa naissance. Son père Hermès l'emporta dans l'Olympe où il devint le favori des dieux, surtout de Dionysos.
Circonstance atténuante •• mildernder Umstand •• : le fait que Pan soit le fruit d'un viol •• Vergewaltigung •• pourrait peut-être expliquer le comportement de cette mère apparemment dénaturée (Rabenmutter)


3- Les joues du hamster possèdent une particularité qui permet à l'animal de transporter les aliments au sec, donc d’éviter de les dégrader •• beschädigen •• : elles ne disposent pas de glandes salivaires •• Speicheldrüse •• .

 

une
NOUNOU
pour
Paris ?

 

Rachida Dati, candidate (LR) aux municipales de Paris réplique •• erwidern, entgegen •• à sa concurrente Agnès Buzyn (LREM) qui promet de gouverner la capitale avec “apaisement •• Beschwichtigung, Beruhigung •• ” : "Paris n'a pas besoin d'une nounou, les Parisiens ont besoin de quelqu'un qui s'occupe d'améliorer leur quotidien".


Autrement dit, ce qu'attendent les Parisiens, c'est un/e maire qui prenne à bras-le-corps •• anpacken •• leurs problèmes quotidiens (insécurité, saleté, problèmes de transport...) et pas  une mère qui se contente de les "apaiser" et qui les materne.

Le verbe materner qui, au sens propre, signifie "s'occuper de qn comme une mère, traiter qn d'une façon maternelle, protectrice" a acquis une connotation péjorative (et plus large) : prendre excessivement soin •• prendre soin : für jn sorgen, sich um jn kümmern •• d'une personne (et plus seulement d'un enfant), le plus souvent contre son gré •• Willen •• ou même son bien-être. Materner qn, c'est donc le considérer comme un être infantile, immature •• unmündig, unreif •• , incapable de prendre lui-même des décisions. On observe d'ailleurs la même évolution avec le verbe allemand "bemuttern" dont le sens passe de "liebevoll umsorgen, fürsorglich behandeln" à "verhätscheln" •• couver, gâter •• .


Le mot nounou est la forme hypocoristique •• verniedlichend •• de nourrice (1) : comme papa, mama, c'est une création du langage enfantin, au stade de la lallation •• Lalleln, Babbeln •• . (5)

Dérivé du latin nutrix (2) (latin tardif nutricia), le mot nourrice est attesté en français au milieu de XIIe siècle : comme le latin, il désigne alors simplement la femme qui allaite •• stillen •• un enfant, qu'il s'agisse •• que… ou que... : (egal) ob... oder... •• de la mère ou d'une autre personne.
Ne pas nourrir l'enfant soi-même et le confier •• anvertrauen •• à une nourrice était un choix qui - surtout si le premier-né était de sexe féminin - permettait à la mère d'enfanter à nouveau rapidement pour donner le jour •• gebären •• à un héritier mâle.
Mais c'était aussi très souvent une nécessité, car le risque de mourir en couches •• im Wochenbett •• était élevé.

C'est seulement à la fin du XIXe siècle que le recours •• Inanspruchnahme •• aux soins de nourrices commence à décliner •• nachlassen, abnehmen •• . Jusque là, les tentatives pour nourrir les nourrissons avec du lait "artificiel", le plus souvent à base de lait de vache cru •• roh •• , non stérilisé, s'étaient soldées par des échecs •• mit einem Misserfolg enden, scheitern •• et la mort de nombreux bébés. Mais, le développement de la pasteurisation (découverte de Louis Pasteur en 1865) et l'invention du  premier substitut •• Ersatz •• du lait maternel, en 1868, par Justus von Liebig (3), contribuent •• dazubeitragen •• à la baisse du taux de mortalité infantile •• Kindersterblichkeitsrate •• et au recul •• Rückgang •• progressif du métier de nourrice "allaitante".

C'est pourquoi, en 1876, on voit apparaître dans le Journal Officiel le terme "nourrice sèche" défini ainsi : "nourrice qui n'a point de lait et qui élève les enfants au biberon •• Flasche •• et en leur donnant à manger."
Au milieu du XXe siècle, on fait encore la différence entre la "vraie" nourrice, celle qui allaite l'enfant (une espèce alors en voie de disparition •• vom Aussterben bedroht •• ) et la nourrice "sèche". Puis, le qualificatif "sèche" finit par disparaître avec l'avènement de la nounou moderne.


Alors que le français "recycle" l'appellation traditionnelle de nourrice en "nounou", l'allemand crée un terme nouveau pour qualifier cette nouvelle profession, apparue en Suède à la fin des années 1970 : Tagesmutter est en effet le calque •• Lehnübersetzung •• du suédois "dagmama".

Tout comme "nourrice", Amme désignait à l'origine (XIe siècle) toute femme qui allaite un enfant - le sien ou un autre, sans précision particulière. Le mot dérive de l'ancien allemand ammâ (4) (qui avait le sens très général de Oma ou Mutter). Le nourrisson de la nourrice "mercenaire" •• Lohnamme •• était autrefois appelé Amming.


Dans la seconde moitié du XXe siècle, et surtout à partir des années 1980, l'augmentation du pourcentage (5) de femmes "actives", celles qui "travaillent" (contrairement aux "femmes au foyer" qui, c'est bien connu, se tournent les pouces •• Däumchen drehen, faulenzen •• toute la journée...) entraîne un recours croissant aux "assistantes maternelles" et autres "nounous", qu'elles gardent l'enfant à domicile ou chez elle, ou bien dans des crèches (6).

Dans la région Ile-de-France, le taux d'activité des femmes  est encore plus élevé (79%) et, si les Parisiens font confiance •• sich auf jn verlassen •• à une nounou pour garder leurs enfants, ils souhaitent cependant confier l'administration •• Verwaltung •• de leur ville à un/e maire qui saura régler ses problèmes - qui sont loin d'être des bobos •• Wehwehchen •• sans gravité !

 

     Pour être au courant


1- Depuis 1977, le terme politiquement correct pour désigner la nourrice est "assistante maternelle".

2- La fonction de nourrice existe depuis l'Antiquité et la mythologie gréco-romaine regorge •• voll von etw. sein, in Hülle und Fülle haben •• d'exemples : Apollon a été nourri par Thémis, une titanide. Quant à Ino (très connue des cruciverbistes •• Kreuzworträtselfreund •• •• Kreuzworträtselfreund •• ), c'était la nourrice de Dionysos. N'oublions pas les nourrices animales, par ex. la louve •• Wölfin •• romaine qui a allaité les jumeaux Romulus et Remus.

L'anglais "nurse" a été emprunté à l'ancien français "norrice" au XIIe siècle dans le sens de "wet-nurse" (littéralement "nourrice mouillée", opposée à la "nourrice sèche")

On appelait "frères / sœurs de lait" (Milchgeschwister) les enfants allaités par la même nourrice, par opposition aux frères / sœurs "de sang" (Blutsgeschwister).

3- Justus Liebig était membre d'une fratrie •• Geschwister •• de 10 enfants, dont cinq morts en bas âge •• im Kleinkindalter •• . C'est pour deux de ses petits-enfants que ce professeur de chimie a imaginé un "lait artificiel pour nourrissons" : il est composé d'un mélange de "farine de blé, d'extrait de malt •• Malz •• et bicarbonate de potasse •• Kaliumhydrogencarbonat •• devant être délayé •• anrühren, verwässern •• dans de l'eau et du lait de vache écrémé."
Mais "dès 1866, Henri Nestlé conçoit •• entwickeln •• une farine lactée sur le même principe que Justus von Liebig et la commercialise •• in den Handel bringen, vermarkten •• en 1867 avec plus de succès que" Liebig qui, lui, fera fortune •• Erfolg haben, reich werden •• avec le brevet •• Patent •• d'un "extrait de viande" et le fameux bouillon cube. (d'après Wikipédia).

4- "amma", tout comme "nounou" est une création du langage enfantin, au stade de la lallation (Lallen, Babbeln).
Ces formes sont essentiellement caractérisées par un redoublement de syllabe : tonton, tata, pipi, bobo, toutou •• Wauwau •• , dada •• Pferd •• , doudou •• Schmusetuch, Kuscheltier •• , etc.
bobo : Wehwehchen toutou : Wauwau dada : Pferd doudou : Schmusetuch, Kuscheltier

5- En France, le taux d'activité chez les femmes de 15 à 64 est actuellement de 68% (contre 58% en 1990).

6- Crèche vient de l'ancien bas francique krippia (récipient fabriqué en sparterie : Flechtwerk) dont dérive également l'allemand Krippe. Le sens des mots crèche et Krippe a évolué de la même façon : mangeoire à l'usage des animaux (XIIe siècle) → mangeoire qui servit de berceau à l'Enfant Jésus (XIIIe s.) → asile qui recueille les enfants trouvés (XVIIIe s.) → lieu d'accueil pour les enfants de moins de trois ans, avant leur entrée à l'école maternelle.
 

 

DÉLUGE

 

 


 

 

 


portrait de Madame de Pompadour par Quentin de la Tour

 

 

 

 

 

 


l'Arche de Noé

 

 

"Donald Trump, fidèle à •• treu ≠ fidel = jovial, guilleret •• à sa philosophie « après moi, le déluge ».

« Qui en a quoi que ce soit •• irgendetwas •• à f*** •• traduction polie : faire – n'en avoir rien à faire : es jm völlig egal sein •• , du budget ? » Voilà ce que disait Donald Trump en janvier [2020], dans un enregistrement audio qui a fuité •• durchsickern, publick werden - la fuite : Leck •• . Et voilà ce qu’il s'apprête •• im Befriff sein, etw. zu tun •• une nouvelle fois à prouver, lundi 10 février, en présentant un budget de carnaval •• grotesk •• pour 2021." (article)

Selon l'auteur de ces lignes, la seule chose qui compte pour Donald Trump, c'est sa réélection en novembre 2020. peu lui importe •• es ist ihm egal •• ce qui se passera après, par ex. une grave crise économique causée par le projet de budget "de carnaval" - c'est-à-dire absurde, grotesque - qu'il vient de présenter aux Américains.


"Après moi le déluge..." Qui est donc l'auteur de ce mot célèbre ? Une chose est sûre, ce n'est ni Trump ni Noé !

Selon l'opinion commune, il s'agirait de Madame de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV, et ces propos •• Worte, Äußerung •• auraient été recueillis •• aufnehmen, protokollieren •• par le peintre Quentin de la Tour qui réalisait alors un portrait de la marquise (une déclaration qui aurait, elle aussi, 'fuité', et qui n'était pas destinée à connaître... cette destinée •• Schicksal, Bestimmung ••  !)

L'heure est grave •• ernst •• en ce mois de novembre 1757 : les armées coalisées de la France et de Marie-Thérèse d'Autriche, reine de Bohême et de Hongrie, viennent d'être battues à plates coutures •• eine vernichtende Niederlage erleiden •• par celles de leur ennemi commun, Frédéric II de Prusse, à la bataille de Rossbach (Saxe). Voyant le roi accablé •• bedrückt •• par l'annonce de cette défaite, Madame de Pompadour aurait lancé, pour remonter le moral •• jn aufmuntern, die Stimmung heben •• de son royal amant : "Il ne faut point s'affliger •• sich grämen, bekümmert sein •• : vous tomberiez malade ; après nous le déluge !"

"Anachronisme !", protestent d'éminents lexicographes comme Alain Rey et Claude Duneton. Le premier assure que la formule n'apparaît pas avant 1789, tandis que le second prétend •• behaupten •• qu'elle était déjà utilisée en 1720 à l'époque de l'effondrement •• Zusammenbruch, Krach •• du système de Law *, puis qu'elle a été remise au goût du jour •• wieder aufleben lassen, dem Zeitgeist anpassen •• par le mathématicien Pierre de Maupertuis, prédisant •• voraussagen, prophezeien •• que le retour de la comète de Halley en 1758 serait accompagné d'un déluge apocalyptique.

Quoi qu'il en soit •• wie auch immer •• , la phrase a fait le tour du monde, et son origine semble bien être française puisque qu'elle est souvent citée en V.O. •• en version originale ••, dans la langue de Molière. C'est le cas, par exemple, sous la plume de Karl Marx dans le premier chapitre du "Capital" ** : "Après moi le déluge ! ist der Wahlruf jedes Kapitalisten und jeder Kapitalistennation."

On la retrouve, dans un sens plus littéral - et en français également - dans la devise d'une unité mythique de bombardiers de la Royal Air Force, surnommée Dambusters (litt. "les briseurs de barrage" / (Stau)Dammzerstörer). En effet, l'escadron •• Staffel •• n° 617 de la RAF s'est rendu célèbre en mai 1943 pour avoir détruit, au cours d'un raid •• Luftangriff •• aérien audacieux, trois barrages hydroélectriques •• Wasserkraftwerk •• de la région de la Ruhr. ***


D'un simple "délayage" au cataclysme...
Le latin "diluvium", dont dérive "déluge", était tout simplement une inondation •• Überschwemmung •• , un débordement. Le substantif vient du verbe diluo, diluere qui signifie "ajouter de l'eau", diluer •• verwässern, verdünnen •• , "délayer".

Cependant, quand "déluge" est attesté en ancien français sous la forme diluvie (au XIIe siècle), puis deluge (au XIIIe), il a déjà pris le sens biblique et cataclysmique •• verheerend, katastrophal •• d'inondation de toute la surface de la terre.

Selon la Bible, Dieu provoque le Déluge pour faire disparaître tout le genre humain à l'exception de Noé et de sa famille qui ont trouvé refuge •• Unterschlupf finden, sich flüchten •• dans l'Arche avec un couple •• Oaar •• de chaque espèce animale qui existe sur terre. Après 40 jours et 40 nuits de pluies "diluviennes", toute la surface de la terre est recouverte par les eaux.


Le tsunami du péché ?
Pendant des siècles, cet épisode biblique a été considéré comme une punition divine •• eine Strafe Gottes •• . C'est ce qui explique l'étymologie populaire du mot Sintflut en allemand (de l'ancien allemand sin(t)fluot) : "sint" était interprété comme une variante de "Sünde", le péché commis par les hommes et qui a causé leur perte •• zum Verhängnis werden •• .

En réalité, le préfixe "sin(t)" signifie "permanent, durable, global, immense", et combine donc la notion de durée dans le temps et d'étendue dans l'espace. Littéralement, "Sintflut" signifie : immense et durable flot, inondation.


Un mythe qui "remonte au déluge •• uralt sein •• "...
L'histoire de ce cataclysme planétaire se retrouve dans d'autres cultures à différentes époques, et il est presque toujours présenté comme un châtiment infligé par la divinité : l'un des récits les plus anciens se trouve dans l'épopée de Gilgamesh, un roi mésopotamien qui a régné vers 2600 avant notre ère, et dont le peuple - sauf un couple qui épargné •• verschonen •• - est puni pour avoir déplu à la divinité (... du coup, il a plu pendant sept jours).
 

     Pour être au courant


* Le système de Law a été imaginé par l'Ecossais John Law qui préconisait •• befürworten •• le développement du papier-monnaie, indépendant des arrivages de métaux précieux d'Amérique. Adopté en 1715 en France, pays dont l'économie est à l'époque au bord de la faillite, le système connaît un krach retentissant •• Aufsehen erregend •• en 1720. Après cette faillite •• Bankrott, Pleite •• , l'opinion publique n'a plus confiance pendant longtemps dans le papier-monnaie •• Papiergeld •• , ce qui retarde •• hinauszögern, aufhalten •• la création d'un système bancaire moderne.

** Extrait du 1er chapitre du "Capital" (1867): "Après moi le déluge ! Telle est la devise de tout capitaliste et de toute nation capitaliste. Le capital ne s'inquiète donc point de la santé et de la durée de la vie du travailleur s'il n'y est pas contraint par la société". ("Apres moi le deluge! ist der Wahlruf jedes Kapitalisten und jeder Kapitalistennation. Das Kapital ist daher rücksichtslos gegen Gesundheit und Lebensdauer des Arbeiters, wo es nicht durch die Gesellschaft zur Rücksicht gezwungen wird.")

*** "Après moi le déluge", devise des Dambusters de la RAF.
Cette action héroïque (seuls 53 aviateurs sont revenus de cette mission où 133 étaient engagés) n'a cependant pas eu le but recherché : le potentiel économique de l'Allemagne nazie n'a guère été affaibli par cette opération, car le bombardement des barrages n'a pas provoqué le "déluge" espéré (ou "redouté"... C'est une question de perspective !)

 

sa
LANGUE
a FOURCHÉ

 

 

 

 

fourche

 

 

 

 

langue fourchue (varan)

 

 

 

langue fourchue
(serpent à sonnette)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

langue bifide
tongue split

 

La loi sur la réforme des retraites vient d'être votée... "Un grand bond en arrière" ?

« Le lapsus d'une députée LREM à l'Assemblée - "Aujourd'hui, qui accepterait, s'il connaissait le régime universel, de revenir en arrière ? Eh bien, nous, nous vous proposons un grand bond en arrière •• Rückschritt, Rückwärtsentwicklung •• , plutôt que de regarder sans arrêt dans le rétroviseur •• Rückspiegel •• comme vous le faites."
Des mots immédiatement repris par les députés opposés à la réforme... » (article)


Oups ! dans le feu des débats •• in der Hitze des Gefechts •• , la députée a commis un lapsus très révélateur •• aufschlussreich •• (c'est du moins l'opinion de ses adversaires...). Autrement dit, sa langue a fourché •• sie hat sich versprochen •• : elle a prononcé un mot à la place d'un autre. (1)


Une fourche, c'est bien sûr cet outil à long manche •• le manche : Stiel - la manche : Ärmel •• muni de deux à quatre longues dents •• Zinke •• utilisés par les agriculteurs et les jardiniers. Un instrument que nous utilisons quotidiennement sous sa forme miniature : la fourchette.

La fourche doit son nom au fait qu'elle était confectionnée à l'origine avec la fourche naturelle d'une branche d'arbre.
D'ailleurs, les premières "forches" attestées dans la langue française (au XIe siècle) ne sont pas des instruments agricoles mais des gibets •• Galgen(gerüst) •• (2), tout simplement composés de deux arbres (ou branches d'arbres) fourchus supportant •• tragen, stützen •• une traverse •• Querbalken ••: ce sens est encore présent dans l'expression "les fourches patibulaires".(3)


Cependant, l'expression "sa langue a fourché" n'a pas de rapport direct avec la potence ou avec l'outil à longues dents. Elle se réfère •• sich beziehen, verweisen •• à une particularité anatomique présente chez de nombreux serpents ou varans (et même chez les colibris !) : la langue fourchue ou bifide •• zweispaltig •• . Au sens figuré, "la langue fourchue" est synonyme de mensonge, de duplicité •• Verlogenheit, Doppelzüngigkeit •• : une langue double indique une "double parole", un double discours (et, forcément •• zwangsläufig •• , l'un des deux est mensonger).

Dans le récit biblique de la tentation •• Versycgybg •• d'Adam et d'Eve (Genèse 3), le serpent - "le plus rusé de tous les animaux sauvages que l'Eternel avait faits - est à la fois symbole de tromperie •• Betrug, Irreführung •• et de séduction : un fourbe •• Betrüger, Schurke, schurkenhaft •• à la langue fourchue...


Pourtant, on ne peut pas dire que sa "langue a fourché" : c'est tout à fait consciemment qu'il trompe Eve et l'incite •• anstiften •• à manger du fruit défendu. L'expression allemande "mit gespaltener / doppelter Zunge reden" traduit, elle aussi, ce double langage : les propos émis sont hypocrites •• heuchlerisch •• ou carrément •• glattweg •• mensongers. Il y a désir de tromper.

Par contre, selon Freud, lorsque notre langue "fourche", c'est involontaire : mais c'est l'expression d'un désir inconscient, refoulé •• verdrängt •• .
La députée LREM •• La République En Marche •• qui propose "un grand bond en arrière •• Rückschritt, Rückwärtsentwicklung •• " - alors qu'elle devait vanter •• anpreisen •• les mérites du projet de loi sur les retraites - n'est-elle pas, en son for intérieur •• in seinem / ihrem Innersten •• , convaincue que les mesures préconisées •• empfehlen, befürworten •• représenteraient non pas un énorme progrès - "un grand bond en avant" - mais une dégradation •• Verschlechterung •• par rapport au système actuel ?

 

     Pour être au courant


1- Bizarrement, le verbe "versprechen" a deux sens opposés : "promettre" (versprechen → das Versprechen : la promesse) et, à la forme pronominale, "faire un lapsus" (→ der Versprecher : le lapsus linguae).

2- L'allemand "Gabel" désigne à la fois la fourche •• (Heu)Gabel •• (appelée aussi Forke) et la fourchette.
Selon certains lexicologues, Gabel - dérivé de la racine indo-européenne ghabhlo (fourche) - serait apparenté au latin gabalus (Galgen / gibet). On observerait donc un parallélisme avec le français "fourche" dont le premier sens attesté est celui de gibet, potence.

3- fourche, fork (anglais) et Forke (allemand) dérivent du latin "furca" qui signifie "bois fourchu" mais aussi "instrument de supplice". On retrouve, là aussi, l'association entre le gibet et l'outil.

4- gibet : c'est probablement un diminutif de l'ancien bas francique *gibb (bâton fourchu) dont dérivent le bavarois gippel (branche fourchue) et l'anglais gibbet (gibet).

5- patibulaire : Dér. sav. du lat. patibulum "fourche sur laquelle on étendait les esclaves pour les battre de verges •• Rute •• ".
Les fourches patibulaires sont donc, littéralement, les "fourches fourchues" ! C'est donc une tautologie : une expression pléonastique composée de mots ayant le même sens (autres exemples: la choucroute (littéralement : chou-chou) et le pois chiche / Kichererbse (littéralement : pois-pois. En effet, "chiche" et "Kicher" viennent du latin "cicer" = pois / Erbse).
Evolution du sens de l'adjectif patibulaire :
- de "qui concerne la fourche", instrument de supplice,
- on passe au sens de "gibet, potence", puis de "homme digne de la potence" (ce qu'on appelle en allemand un "Galgenvogel", littéralement "oiseau de potence", ce qui correspond au français "gibier de potence").
- Enfin, par extension, "patibulaire" signifie "qui présente un aspect inquiétant, suspect" (unheimlich) : par ex. un homme à la mine patibulaire (Galgen-, Verbrechergesicht).

6- Chez les humains, la langue bifide est une pathologie rare, mais le "tongue split" peut également être le résultat d'une opération de chirurgie "esthétique" (si l'on peut dire... Mais tous les goûts sont dans la nature !)

 

un MASQUE
peut en
MASQUER
un autre

 

 

 


médecin de la peste

 

 

 


Carnaval de Venise

 

 

 


masque de protection respiratoire

 

 

 

 

 

 

Des touristes masqués à Venise : une image banale en temps de Carnaval dans la Cité des Doges. Sauf que... le célèbre Carnaval a dû se terminer prématurément •• vorzeitig •• et que les masques en question •• besagt •• ne sont pas des déguisements •• Verkleidung •• mais bel et bien •• Wahrhaftig •• des masques de protection contre le Coronavirus qui sévit •• wütet •• actuellement dans le Nord de l'Italie, en particulier dans la région de Milan et en Vénétie.

Le Carnaval de Nice a été, lui aussi écourté, mais pas annulé : il faut savoir qu'il génère 30 millions d'euros de retombées •• Auswirkungen, Umwegrentabilität •• économiques, une manne •• Geldsegen / Manna •• non négligeable alors que le secteur touristique est une des victimes collatérales de l'épidémie de Coronavirus.


Les considérations d'ordre économique •• Überlegungen wirtschaftlicher Natur •• ne sont pas non plus étrangères •• unbeteiligt •• au déclenchement •• Ausbruch •• de la dernière épidémie de peste qui a ravagé •• verwüsten •• la Provence (1) il y a exactement trois cents ans. Le 25 mai 1720, le Grand-Saint-Antoine, un bateau en provenance de l'actuelle Syrie, décharge sa cargaison •• Fracht, Ladung •• de précieuses étoffes à Marseille : pour des raisons bassement mercantiles, le dispositif •• Maßnahmen •• très strict de mise en quarantaine des passagers et des marchandises n'est pas respecté.

Les "médecins de la peste" sont impuissants face à l'épidémie, car ils ne connaissent que les symptômes de la maladie et ignorent sa cause et son vecteur •• Überträger •• , la puce. Les méthodes de traitement traditionnelles - vomissement •• Erbrechen •• , purge •• Abführen •• et saignée •• Aderlass ••  - n'ont d'autre résultat que d'achever •• den Rest, den Gnadenstoß geben •• plus rapidement les malades !

Pour se protéger, tous ceux qui étaient en contact avec les pestiférés •• Pestkranker •• - médecins, mais aussi porteurs, croque-morts •• Sargträger, Leichenbestatter •• et fossoyeurs •• Totengräber – la fosse : Grab, Grube •• (souvent recrutés de force parmi les prisonniers et les forçats •• Galeerensträfling •• des galères) - portent un masque en forme de bec d'oiseau, ce qui leur vaut •• valoir qc à qn : jm etw. einbringen, j •• le surnom de "corbeau". Surmonté de lunettes et percé de deux trous pour la respiration, ce "bec" contient des aromates, des épices, du camphre ou une éponge imbibée •• durchtränkt mit •• de vinaigre, pour "éloigner les miasmes •• übelriechende Ausdünstungen, Miasmen •• ". (2)


Certains costumes du Carnaval vénitien sont inspirés d'un personnage de la Commedia dell'arte "il Medico della Peste" qui est représenté avec un ample •• weit •• manteau noir, un tricorne •• Dreispitz •• de la même couleur, le traditionnel masque blanc en forme de bec et une canne •• Stock •• (qui permettait au médecin d'examiner le pestiféré sans le toucher).


Aujourd'hui, le masque de protection contre les maladies transmissibles •• übertragbar •• par l'air, le masque FFP (filtering facepiece particles), aussi appelé "masque à particules", est sans aucun doute plus efficace que le "bec" des médecins de la peste, mais il est actuellement en rupture de stock •• nicht mehr auf Lager, nicht mehr vorrätig •• dans la plupart des pays touchés par l'épidémie... L'Etat français vient, paraît-il •• angeblich •• , d'en commander des dizaines de millions, aucune information n'a été communiquée sur leur éventuelle provenance.


Ce qui est confirmé, par contre, c'est l'origine de l'allemand Maske (3) : il a été emprunté (au XVIIe siècle) au français masque, dérivé de l'italien maschera qui vient lui-même du latin tardif masca (4) qui signifiait masque mais aussi sorcière •• Hexe •• ou démon. En effet, d'une part, ces êtres malfaisants •• böse •• sont généralement associés à la couleur noire, d'autre part, les plus anciens déguisements consistaient simplement à se noircir le visage, et parfois le corps, avec de la suie •• Ruß •• .

 

     Pour être au courant


1- En deux ans (1720-1722), la peste s'étend à toute la Provence où elle tue environ un tiers de la population. Nice y échappe •• verschont bleiben •• , comme par miracle. Il est vrai que le Comté de Nice est alors italien (il fait partie du Duché de Savoie jusqu'en 1860) et que, c'est bien connu, les épidémies, comme les nuages radioactifs, s'arrêtent à la frontière française...

2- A cette époque où on ignorait l'origine bactérienne de la peste, les mauvaises odeurs étaient considérées comme la cause principale de l'épidémie.

3- Attention à la différence de genre : LE masque ≠ DIE Maske.

4- C'est de cette même racine que vient le mascara (fard à cils = Wimperntusche. A l''origine le mascara était noir, fait de poussière de charbon, mélangée à de la vaseline) : le mot est apparenté - entre autres - au catalan mascara (tache noire, salissure), au portugais mascarra (tache), au verbe provençal mascara : mâchurer, barbouiller •• schwarzmachen, beschmieren •• , noircir...

 

la revanche du PANGOLIN

 

 


"animal qui s'enroule"

 


pangolin / Schuppentier

 


pomme de pin

 

"Le coronavirus Covid-19 est apparu sur un marché de Wuhan où étaient vendus des animaux sauvages [parmi lesquels] le pangolin qui fait partie des coupables [soupçonnés d'avoir] transmis •• übertragen •• le nouveau coronavirus à l’homme. Les autorités chinoises ont donc totalement interdit le commerce et la consommation de ces animaux sauvages." Une décision qui pourrait sauver le pangolin * car cette espèce, aussi menacée que les éléphants, fait l'objet d'un énorme commerce illégal "du niveau du trafic •• Schmuggel, ••  d’armes et de drogue". (article)
 

Le pangolin a fait son entrée dans la langue française au XVIIIe siècle (dans l'Histoire naturelle de Buffon) : le mot est emprunté au malais peng guling qui signifie "animal qui s'enroule". En effet, en cas de danger, comme le tatou •• Gürteltier •• , le pangolin cache sa tête entre ses pattes de devant et forme une boule.

Le pangolin est également appelé "fourmilier écailleux" en raison de son régime alimentaire •• Ernährung •• à base d'insectes - et plus spécialement de fourmis et de termites - et à cause des écailles •• Schuppen •• qui recouvrent la presque totalité de son corps (seuls le museau •• Schnauze •• , le ventre et l'intérieur des pattes en sont dépourvus •• ohne, frei davon •• ).


C'est également à cette particularité anatomique - unique chez les mammifères - que le pangolin doit •• verdanken •• son nom de Schuppentier (animal à écailles) en allemand. On le désigne aussi sous le nom de Tannenzapfentier : c'est littéralement un "animal pomme de pin".

La grande peur de la pandémie va-t-elle sauver cette "pomme de pin" ambulante •• wandelnd ••    ? Contrairement aux écailles de pangolin, les jeunes cônes •• Zapfen •• de conifères ont des vertus thérapeutiques •• Heilkraft •• reconnues scientifiquement : ils sont utilisés traditionnellement comme remède contre le scorbut, la bronchite, la tuberculose, les douleurs articulaires...

Mais pour combattre Covid-19, la pharmacopée traditionnelle ne propose aucun traitement efficace : "dagegen ist (noch) kein Kraut gewachsen" = il n'y a pas (encore) de remède à cela".


 

     Pour être au courant


* Le pangolin est une espèce protégée dans le monde entier, mais menacée d'extinction •• vom Aussterben bedroht •• , car c'est l'animal le plus braconné •• wildern •• du monde pour sa chair •• Fleisch •• et surtout pour ses écailles, utilisées dans la médecine traditionnelle du sud-est asiatique ou pour la confection de bijoux. Or •• nun aber •• , ces écailles sont faites de kératine - comme nos ongles et nos cheveux - et leur valeur thérapeutique n’a jamais été prouvée.

oh punaise ! FrAu ModJo - 2020

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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