Le mot du jour franco-autrichien
 

des PRUNES
et
du BEURRE

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Oui, il existe des tas de desserts délicieux à réaliser avec des prunes et du beurre, mais je vous propose d'abord de chercher l'origine des deux expressions synonymes : "compter pour pour des prunes" ou "pour du beurre".
Ce qui ne devrait pas vous empêcher de vous lancer ensuite dans la confection d'un gâteau ou d'une tarte aux prunes !


Quelqu'un ou quelque chose qui compte pour des prunes est considéré avec dédain •• Geringschätzung, Herablassung •• ou comme une "quantité négligeable •• l'expression existe aussi en allemand •• ".

Ce sens figuré de "prune" (objet / personne jugé/e sans valeur) est très ancien puisqu'il remonte - tout comme la première attestation du nom du fruit - à la deuxième moitié du XIIe siècle. C'est à cette époque que se déroule la 2ème Croisade •• Kreuzzug •• (1), prêchée •• prêcher : predigen, für den Kreuzzug mit seinen Predigten werben •• par Bernard de Clairvaux. Cette expédition en Terre Sainte a été un échec retentissant •• aufsehenerregende Niederlage •• : le siège •• Belagerung •• de la ville de Damas - alors connue pour sa production de prunes violettes (2) – par les Croisés a tourné •• werden, sich etnwickeln •• au fiasco. L'histoire (ou la légende...) raconte que les Croisés, obligés de lever le siège •• die Belagerung beenden •• et de se retirer, ont eu pour seule consolation •• Trost •• de manger les prunes trouvées dans les vergers environnants •• die umliegenden Obstgärten •• et d’emporter des plants de pruniers en Europe.

Revenus avec ce maigre butin •• Beute •• , ils ont été la risée •• être la risée de : sich zum Gespött machen •• de la cour : ils étaient allés en Terre sainte pour… des prunes •• völlig umsonst •• . C'est ainsi que serait née l'expression, d'abord sous la forme "ne preisier une prune" (n'avoir aucune estime / considération •• Achtung, Wertschätzung •• pour  qn ou qc), puis "ne valoir une prune" (n'avoir aucune valeur).


A première vue, la locution compter pour du beurre peut paraître surprenante : en effet, dans les expressions figurées, le beurre est en général associé à une idée de richesse ou d'abondance :

• faire son beurre, c'est s'enrichir (le plus souvent de manière illicite •• unlauter, unerlaubt, illegal •• ) = seine Schäfchen ins trockene bringen ;
• mettre du beurre dans les épinards, c'est améliorer sa situation financière, grâce à une source de revenus supplémentaire = etwas dazu verdienen, die Finanzen ausbessern ;
• l'assiette au beurre désigne une source de profits (souvent illicites) (3)
• vouloir le beurre et l'argent du beurre, c'est vouloir gagner sur tous les plans ; tout remporter, sans contrepartie •• Gegenleistung •• = auf zwei Hochzeiten gleichzeitig tanzen wollen.


On oublie que le beurre n'est devenu - essentiellement dans l'Europe du Nord et de l'Ouest - un produit haut de gamme •• der spitzen Klasse, von höherer Qualität •• que vers le XVe siècle. Avant cela, il était considéré comme la graisse du pauvre, contrairement à l'huile d'olive qui était un produit de luxe. Est-ce parce que le beurre était produit tout au long de l'année alors que la récolte des olives et leur transformation en huile n'avait lieu qu'une fois par an ?

Il s'appelait bouturon (de bous, la vache + turos, le fromage) chez les Grecs, bútyrum butrum dans la Rome antique : Grecs et Romains ne l'utilisaient pas pour cuisiner, mais pour les soins des cheveux ou de la peau (par exemple contre les brûlures et les infections). On raconte que Jules César s'en servait pour graisser le cuir de ses sandales.


L'expression allemande "alles in Butter" rappelle le peu de considération dont jouissait le beurre : elle remonte au Moyen-âge, une époque où on n’utilisait pas de film à bulles •• Luftpolsterfolie •• , de "chips" en polystyrène expansé •• Styropor •• - ou le "mushroom packaging" 100% biodégradable (4) - comme matériel de remplissage pour les colis •• Paket •• fragiles.

Les matériaux employés pour éviter la casse •• Bruch, Scherben •• - comme le foin •• Heu •• ou la paille - n’étaient pas toujours très efficaces. Et, vu le mauvais état des routes et le manque de suspension •• Federung •• des véhicules, le contenu des paquets arrivait souvent en miettes à destination.


Un commerçant allemand qui importait du verre de Murano aurait alors imaginé de placer les marchandises fragiles dans un tonneau et de le remplir de beurre fondu qui, une fois refroidi et donc solidifié, les protègerait contre les cahots •• Rütteln, Stoßen, Holprigkeit •• pendant le transport.

Arrivé sans encombre •• ohne Zwischenfälle •• , avec son chargement intact, le voiturier •• Frachtführer •• pouvait affirmer "Alles in Butter!" : pas de casse, tout s’est très bien passé. (5)

Mais comment faisait-on pendant les mois de chaleur où le beurre, au lieu de se solidifier, se liquéfiait •• sich verflüssigen ••   ?

 

     Pour être au courant

1- la croisade : Kreuzzug. A ne pas confondre avec la croisière : Kreuzfahrt.

2- prune : du latin pruna (pluriel neutre de prunum qui désignait différentes sortes de prunes et la prunelle : Schleebeere).

La prune de Damas est, aujourd'hui encore, une des espèces cultivées en Europe : c'est un fruit de petite taille, rond, avec une peau bleu-noir un peu acide. Sa chair •• Fruchtfleisch •• est jaune verdâtre, nervurée de rouge autour du noyau. Elle ressemble à la quetsche (version francisée de la Zwetschke, mot très difficile à prononcer pour un/e Français/e...) qui, elle, est de forme oblongue •• länglich, oval •• .

3- l'assiette au beurre : dans cette locution, l'assiette n'est pas une pièce de vaisselle, mais désigne la base de l'imposition  (Steuerwesen : Bemessungsgrundlage). L'expression se réfère aux collecteurs •• Steuereintreiber •• malhonnêtes qui s'enrichissaient en détournant •• unterschlagen, veruntreuen •• l'argent des impôts.

û4- mushroom packaging : le mycellium pour remplacer le polystyrène (article).

5- "ça baigne" : cette expression française équivalente de "alles in Butter", se réfère également à la graisse. Elle était utilisée à l'origine avec un complément : "ça baigne dans l'huile". Elle n'est apparue qu'au début du XXe siècle, époque où on assiste à la multiplication des véhicules motorisés et à la mécanisation dans l’industrie. En effet, pour bien fonctionner, sans gripper •• sich festfahren, stocken •• , les moteurs et engrenages •• Getriebe •• doivent baigner dans un lubrifiant •• Schmierstoff •• comme l’huile.
Avec le temps, l’expression a perdu son complément "dans l’huile", ce qui explique le glissement de sens •• Bedeutungsverschiebung •• de l’expression : certains l’interprètent aujourd’hui de façon plus littérale - et à tort •• fälschlich •• - comme la traduction du sentiment de bien-être procuré par un bon bain.

La locution "ça roule", synonyme de "ça baigne", correspond à l’allemand es läuft wie geschmiert. Littéralement : "ça fonctionne / marche / roule comme (quand c’est bien) graissé / lubrifié". On retrouve donc là la comparaison avec un mécanisme bien huilé.

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figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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