Le mot du jour franco-autrichien
 

KAPUTT

 

 

 

 

 

 


capoter, chavirer
 

 

 

 


faire capot

 

S’il y a un mot allemand que la plupart des Français connaissent, c’est bien kaputt, cet adjectif qui signifie aussi bien "cassé, fichu, nase" (pour un objet) que "sur les genoux, éreinté" (pour une personne).

L’étymologie du mot est claire : kaputt vient du latin caput, le chef, c’est-à-dire la tête (on dit par exemple un couvre-chef pour désigner un chapeau), un mot qui a de nombreux dérivés dans les langues indo-européennes (de 'capitaine' à 'chapitre' en passant par 'chapelle' ou 'capital').

Mais quel peut bien être le rapport entre la tête et la notion de dégradation ? Comment expliquer la connotation négative acquise par ce mot ?

En provençal, far cabot, c’est saluer, faire la révérence en inclinant la tête et le haut du corps. Dans le domaine nautique, la "révérence" (ou inchino en italien), c’est la manœuvre qu’opèrent certains bateaux de croisière qui s’approchent des côtes pour saluer la population en allumant toutes leurs lumières et en faisant hurler leurs sirènes. Une opération qui peut tourner au drame comme l’a montré le naufrage du Costa Concordia devant l’île du Giglio. *

C’est bien du domaine de la navigation que vient capoter, synonyme de chavirer (kentern) : l’avant du bateau (= le capot **) s’enfonce et le bateau s'incline et se renverse. Par extension et au sens figuré, le verbe capoter signifie échouer (scheitern) : faire capoter un projet, une négociation.

Cette idée de naufrage (Schiffbruch, Scheitern : au sens propre et au sens figuré), d’échec (le bateau s'échoue) se retrouve dans l’expression faire capot qui, elle, est utilisée dans les jeux de cartes, en particulier à la belote  (deutsches Schafkopf) et qui signifie : être battu, sans avoir fait un seul pli, une seule levée (keinen Stich machen).

Par quelle voie le mot capot s’est-il introduit dans la langue allemande ? Bien souvent, ce sont les guerres - et les brassages de population qu’elles ont entraînés - qui ont permis et/ou imposé les échanges linguistiques.

Au cours de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), l’expression "faire capot" a été adoptée par les soldats allemands qui, après une journée de combats se délassaient (entspannen) en jouant aux cartes : les perdants faisaient "capot".

C’est ainsi que la locution s’est transformée en kaputt machen et que son sens s’est élargi et a fini par désigner les opérations guerrières destructrices comme le pillage (Plünderung) ou les massacres auxquels se livraient les soldats et mercenaires (Söldner) pendant leur "journée de travail".

Après trois décennies de guerre, d’atrocités (Gräueltat) en tout genre et au moins cinq millions de morts (dont plus de trois parmi les civils), le Saint Empire romain germanique était ruiné, völlig kaputt...
 

     Pour être au courant

* Les lexicographes ne sont pas d’accord sur l’origine du verbe caboter et de son dérivé le cabotage (Küstenschifffahrt) : ces mots viennent-ils, eux aussi, de caput, la tête, ou bien de cap (cabo en espagnol ; Kap = Landpitze mais aussi Kurs, en allemand) ?

** De nos jours, le verbe capoter désigne surtout  l’action par laquelle un véhicule automobile culbute (einen Überschlag machen) et se retrouve sens dessus dessous, sur son capot (Motor-, Kühlerhaube).

l'Hôtel de Matignon et l'Autriche  mars2017 : FrAu ModJo 

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

Liste chronologique
"Mot du jour"