Le mot du jour franco-autrichien
 

LAVANDE

 

 


champ de lavande (Haute-Provence)

 


vinaigre des 4 voleurs (bouteille du XVIIIe siècle)

 

 

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Certains mots ont une étymologie si simple qu’on doute parfois qu’elle soit correcte. L’étymologie dite populaire induit * souvent en erreur et on est surpris d’apprendre, par exemple, que le mot girouette n’a rien à voir avec un mouvement giratoire, ou que le péage n’est pas apparenté au verbe payer.
 

Mais le mot lavande, lui, dérive bel et bien du verbe laver. Plus exactement, du gérondif neutre pluriel du latin lavare (→ lavanda) que l’on retrouve en latin médiéval sous la forme lavendula (en 1250), et en français quelques décennies plus tard, orthographié lavende. Il apparaît même quelques années plus tôt dans l’espace anglo-normand, un territoire qui n’est pourtant pas réputé pour sa culture de la lavande.

Les trois termes cités désignent bien la plante aromatique et plus l’action de laver.

Les Anciens, Grecs et Romains, connaissaient le procédé de la distillation, mais ne l’employaient pas pour extraire les huiles essentielles de la lavande. Ce sont ses fleurs que les Romains utilisaient pour parfumer l’eau du bain ainsi que le linge fraîchement lavé. Cet usage explique le changement de signification : on est passé du sens "eau qui sert à la toilette" à celui de "fleur avec laquelle on parfume cette eau".

Pendant tout le Moyen-âge, la lavande est surtout cultivée pour ses vertus thérapeutiques **. Associée à d’autres plantes aromatiques, elle connaît son heure de gloire au début du XVIIIe siècle, lorsque la Provence est ravagée par la dernière grande épidémie de peste européenne ***.

On a longtemps cru que les mauvaises odeurs propageaient les maladies : alors, pour combattre les "miasmes" et se protéger contre la contagion, on faisait brûler dans les maisons et dans les rues de grandes quantités de plantes aromatiques.

La légende raconte que, pendant la peste de 1720 à Marseille - à moins que ce ne soit à Toulon, les apothicaires des deux villes prêchant chacun pour leur paroisse... - quatre brigands profitaient du désordre pour piller les maisons des mourants ou même détrousser les cadavres, sans être eux-mêmes contaminés.

Arrêtés puis jugés, ils sont condamnés à être brûlés vifs, à moins qu’ils ne révèlent le secret de leur immunité. C’est ainsi que la recette de cette "potion magique", baptisée "vinaigre des 4 voleurs" (4-Diebe-Essig, Pestessig) est tombée dans le domaine public et s’est répandue dans le monde entier !

L’histoire ne dit pas si les voleurs ont eu la vie sauve et si la méthode était efficace : pour se protéger de l’épidémie, il fallait se gargariser avec le vinaigre, s’en frictionner le visage et les mains, et en boire plusieurs cuillérées par jour.

Le vinaigre des quatre voleurs est encore commercialisé aujourd’hui et s'utilise contre les risques de contagion, l’acné et l’eczéma, la fatigue, les maux de tête, les caries, les poux et les lentes, les piqûres d’insecte, la transpiration… Une vraie potion magique ! ****

Que la lavande possède toutes ces vertus ou pas, toujours est-il quen France sa culture a connu une augmentation des surfaces de 47% ces dix dernières années car l’huile essentielle qui en est extraite a vu sa demande exploser.

Elle est même cultivée en Autriche, par exemple à Kitzeck, dans le sud de la Styrie. Cependant, pour la Provençale que je suis, les champs styriens où les rubans de fleurs d’un bleu violacé alternent avec des bandes d’herbe grasse et bien verte ne rappellent que de très loin les terres assoiffées de la Haute-Provence...

 

     Pour être au courant

 

* induire en erreur et pas "enduire d’erreur" comme on l’entend parfois.

** Hildegard von Bingen (XIIe siècle) recommande la lavande pour chasser les poux : „Wenn ein Mensch, der viele Läuse hat, oft am Lavendel riecht, sterben die Läuse an ihm."
Elle lui reconnaît bien d'autres vertus : „Wer Wilden Lavendel mit Wein kocht oder, wenn er kei­nen Wein hat, mit Honig und Was­ser kocht und so lau oft trinkt, der mildert den Schmerz in der Leber und in der Lunge und die Dämp­figkeit in seiner Brust, und er be­reitet (sich) reines Wissen und einen reinen Verstand.“

*** On estime que cette épidémie de peste a fait 90 000 à 120 000 victimes en Provence, sur une population de 400 000 habitants environ. Marseille a perdu la moitié de sa population.

*** Recette du "vinaigre des 4 voleurs". Si jamais vous voulez essayer, voici les ingrédients : absinthe, romarin, sauge, menthe, rue, lavande, cannelle, clous de girofle, noix muscade, camphre, 2 grosses gousses d’ail (n’oublions pas que c’est une recette provençale !) : tous les ingrédients sont pilés grossièrement, l’ail est coupé en lamelles, et le tout est recouvert de vinaigre de vin.
On fait "digérer" (infuser / ziehen) le mélange au soleil pendant trois semaines (il valait mieux s’y prendre assez à l’avance, les pestiférés attendant rarement trois semaines pour mourir...) puis on filtre la liqueur obtenue.
J'allais oublier l'ingrédient principal : une bonne dose de conviction !

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figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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