Le mot du jour franco-autrichien
 

 

 

 

une vie de

PATACHON

 

 

 

 

 

 

 

 


la patache
qui assurait la liaison entre Maillane
(ville natale de Frédéric Mistral) et Graveson (commune située aussi dans les Bouches-du-Rhône)

 

 

 


chaise à porteurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


buller, chiller...
fainéanter

 

 

 

 

 

 

 


niveau à bulle

 

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"Longtemps Frédéric Beigbeder a été un moraliste qui menait une vie de patachon. Ayant passé la cinquantaine, il s'est rangé •• se ranger : solide werden ; ein ordentliches Leben zu führen beginnen •• (...). Il vit désormais au Pays basque avec femme et enfants. Il a abandonné les nuits parisiennes qui ont établi sa réputation de noceur, sniffeur, séducteur et baiseur." (Bernard Pivot fait la critique du dernier livre de Frédéric Beigbeder : "Une vie sans fin")


Une vie de patachon, on l'aura compris en lisant les informations concernant l'existence "d'avant" de l'écrivain Frédéric Beigbeder, c'est une existence dissipée •• ausschweifend •• : le noceur (Lebemann), sniffeur (Koks-Zieher), séducteur (Frauenheld) et baiseur (Ficker •• aussi vulgaire que le français "noceur" ••) a fini par se ranger. C'est ce qu'on appelle en allemand "solide werden" - autrement dit, commencer à mener une vie ordonnée, "convenable".


De la mer (et du sel) à la terre (et au terre-à-terre •• das Prosaische •• )...

Un patachon ? C'est un conducteur de patache ! Encore faut-il •• allerdings, muss man… •• savoir ce qu'est une patache... A vrai dire, "ça ne 'court' plus les rues •• nicht mehr alltäglich sein •• " au XXIe siècle. Mais "ça" parcourait les mers et les routes autrefois...

A l'origine (1), la patache est (selon la définition du CNRTL) "un petit bateau employé pour arraisonner •• anhalten und überprüfen •• les navires qui entrent dans le port" : le but de la manœuvre est, bien entendu, de contrôler leur cargaison •• Fracht, Ladung •• et de leur faire payer des droits de douane et les taxes d'ancrage •• Ankergebühr •• .

Un siècle plus tard, le mot patache désigne aussi les petits bateaux à fond plat, postés aux points stratégiques des rivières et des fleuves, et employés par les gabelous (2) pour lutter contre la contrebande •• Schmuggel •• du sel.

Au XIXe siècle, le sens du mot s'étend : c'est une voiture hippomobile •• Pferdewagen •• sans confort, et le plus souvent sans suspensions •• Federungssystem •• , qui permet de voyager à moindre coût. La patache est alors la diligence •• (Post)Kutsche •• du pauvre. Son cocher, le patachon, est toujours par monts et par vaux •• unterwegs, über Berg und Tal •• et a la réputation de mener une vie dissolue •• ausschweifend, zügellos •• . Il se livre à •• sich hingeben, treiben •• toutes sortes d'excès, allant de taverne en tripot •• Spelunke •• , gaspillant ses maigres revenus pour s'enivrer, jouer, fréquenter les prostituées. Le contraire, donc, d'une vie "rangée".


"Mener une vie de patachon" a pour synonyme "mener une vie de bâton de chaise". Cette expression vient, elle aussi du domaine des transports : aux XVIIe et XVIIIe siècles, les gens de qualité •• von hohem Stand •• utilisaient des chaises à porteurs pour effectuer de courts trajets. Cette sorte de cabine munie de brancard •• Stange •• s et portée à bras d'hommes permettait de se faufiler •• sich durchlängeln •• dans la foule et dans les ruelles étroites beaucoup plus facilement qu'avec un carrosse.

En attendant leur maître, les porteurs allaient parfois au cabaret •• Schenke, Weinstube •• et, pour ne pas se faire voler leur chaise, emportaient avec eux les brancards - c'est-à-dire les deux barres de bois amovibles •• abnehmbar •• qui soutenaient la caisse de la chaise à porteurs •• Sänfte •• s. Ces "bâtons" ne menaient pas une vie de tout repos •• ruhig •• : ils étaient sans cesse maniés, soulevés, tirés pour permettre à la porte de s'ouvrir, puis remontés... Par extension, l'expression a désigné la vie agitée que menaient les porteurs eux-mêmes, toujours en déplacement.


L'équivalent allemand a également un rapport avec les moyens de locomotion : "mener une vie de patachon / de bâton de chaise" se traduit par "ein zügelloses Leben führen" (= mener une vie débridée). C'est le comble •• Gipfel, Höhepunkt •• pour le conducteur d'un véhicule hippomobile qui devrait, au contraire, tenir les rênes ou la bride (Zügel) de son attelage bien en main !

On utilise aussi (mais de moins en moins...) l'expression "ein Lotterleben führen". Attestée depuis le XIX siècle, elle vient de l'ancien haut allemand "lotar" qui signifiait "leichtfertig, nichtig, schlaff" (frivole, volage, futile, avachi). Celui qui mène un "Lotterleben" se moque des conventions et des obligations, privilégie une existence décontractée, cool...


Les jeunes d'aujourd'hui sont sûrement peu nombreux à connaître les expressions "mener une vie de patachon / de bâton de chaise" et "ein Lotterleben führen" : ils emploient des verbes plus "cool" comme "chiller / chillen" (calques de l'anglais "to chill") et "buller" (3), c'est-à-dire c'est fainéanter •• faulenzen •• , prendre du bon temps, se la couler douce •• eine ruhige Kugel schieben •• , profiter de la vie sans se soucier du lendemain...

Ces deux verbes du XXIe siècle ont conservé l'idée d'absence de contraintes, la notion de futilité •• Belanglosigkeit •• et de fainéantise exprimées par "vie de patachon / de bâton de chaise", mais ne possèdent plus celle d'immoralité, de débauche •• Ausschweifung •• .
 

     Pour être au courant


1- la patache : le mot est attesté en français à partir du XVIe siècle. Il est emprunté à l'espagnol pataje (bateau de guerre léger) qui vient lui-même de l'arabe baṭăs (bateau à deux mâts), emploi substantivé de l'adjectif baṭăs (rapide).

2- le gabelou est, sous l'Ancien Régime, un employé des douanes chargé de percevoir la gabelle •• Salzsteuer •• , c'est-à-dire l'impôt sur le sel.

3- buller ou coincer la bulle : ces deux expressions viennent de l'argot militaire des artilleurs. Ceux-ci avaient pour tâche de vérifier que l'affût •• Lafette •• (4) des canons était placé à l'horizontale afin que le tir soit bien ajusté. Pour cela, ils utilisaient un niveau à bulle •• Wasserwaage, Röhrenlibelle •• - une opération pas particulièrement pénible qui, une fois accomplie, leur laissait beaucoup de loisirs (sauf en temps de guerre, bien entendu...)

4- Lafette : le mot vient du français "l'affût •• Lafette •• " avec agglutination de l'article défini. "Affût" vient de l'ancien français "fust" qui a donné le mot "fût" : tronc d'un arbre.

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figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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