Le mot du jour franco-autrichien
 

faire d'une PIERRE deux COUPS

 

 

 

le lance-pierres (illustration de Benjamin Rabier)

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le vaillant petit tailleur

 

 


Gargantua et le petit tailleur
(conte de la Haute-Loire)

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


lance-pierres / Zwille

 

fronde

 

 

"À l’heure où beaucoup s’interrogent sur la transition écologique (Energiewende) et sur la manière de s’y prendre pour révolutionner les transports, certains pays (1) ont mis en place un système pour le moins particulier : payer son ticket de bus avec des déchets. Cette méthode permettrait de faire d’une pierre deux coups en diminuant le coût des transports en commun pour les usagers, tout en favorisant le recyclage." (article)


Le lance-pierres (Zwille) (2) fait partie des premières armes de chasse. Evidemment, ce n’étaient pas des mammouths ou un autre gros gibier (ours, sangliers, cerfs...) que nos ancêtres abattaient à coups de pierre, mais des proies plus modestes comme les oiseaux.

Et, quand le chasseur avait de la chance, il arrivait à en tuer deux avec une seule pierre. Aujourd'hui, l'expression "faire d’une pierre deux coups" a encore le même sens, c’est-à-dire "atteindre deux objectifs en même temps".

L’expression anglaise équivalente rappelle directement la chasse aux oiseaux : kill two birds with one stone (tuer deux oiseaux avec une seule pierre).

La version française "faire d’une pierre deux coups" est moins cruelle. Elle apparaît au XVIe siècle, sous la plume de Montaigne, mais elle est probablement plus ancienne. Dans le chapitre des "Essais" intitulé "De l'institution des enfants" (I, 26),  il recommande, "pour faire d'une pierre deux coups", de les envoyer séjourner dans les pays étrangers "dès [leur] tendre enfance (...) pour frotter et limer [leur] cervelle contre celle d'autruy".- Cela leur permettra d'élargir leur horizon en découvrant d'autres cultures et, par la même occasion, d'apprendre une autre langue : c'est ce que Montaigne entend par l'expression "faire d'une pierre deux coups". (lien)

Les chasseurs préhistoriques n'avaient pas tous les jours de la viande de mammouth à se mettre sous la dent (etw. zum Beißen haben). Et les contemporains de Montaigne non plus : la chasse aux espèces nobles était réservée à la noblesse, si bien que les paysans devaient se contenter de plus petites proies (oiseaux ou animaux "nuisibles" comme les renards ou les blaireaux / Dachs) et d'armes rudimentaires comme les bâtons, fosses (Grube), collets (Schlinge), filets (Netz) ou lance-pierres.

Alors, comme dit le proverbe (complété pour les besoins de la cause.../ eigens zu diesem Zweck) "Faute de mammouth / d'ours / ou de grives (Drossel), on mange des merles (Amsel)". Ou, comme l'affirme le proverbe allemand équivalent, "In der Not frisst der Teufel Fliegen" (En cas de besoin, le diable mange des mouches).

C'est aussi de mouches qu'il est question dans l'expression Zwei Fliegen mit einem Streich schlagen où l’on retrouve le fameux "coup double". Elle possède sûrement un rapport avec "Le vaillant petit tailleur' (Das tapfere Schneiderlein), conte de Grimm dans lequel le héros se vante d'en avoir tué sept d'un coup ("sieben auf einen Streich"), sans préciser qu'il ne s'agit pas là d'ennemis bien redoutables. Son "exploit" consiste seulement à avoir écrasé 7 mouches à la fois avec un morceau de tissu.

L'histoire du petit tailleur a été popularisée par les Frères Grimm, mais il en existe des versions beaucoup plus anciennes. Comme par exemple dans un conte populaire de la Haute-Loire dont le héros est le géant Gargantua.(3)

Un petit tailleur est assis au bord du chemin, en train de manger un morceau de pain tartiné de fromage blanc. Importuné (belästigt) par les mouches, il les frappe avec sa main et en tue quatorze d'un coup. C’est ce qui s’appelle "faire mouche" (ins Schwarze treffen) (4) ! Le géant Gargantua vient à passer, et le petit tailleur, pas du tout intimidé, lui lance : - Dis donc, toi, grand, je parie que tu n'es pas aussi fort que moi ! Tu n'en as pas tué quatorze ?

"Faire d’une pierre deux coups"- qui ne mentionne ni l'acte de tuer, ni les victimes de ce double coup -  est probablement la version édulcorée (abgeschwächt, entschärft) d’une locution plus ancienne. En effet, dans les autres langues, le rapport avec la chasse est évident. Il est question tour à tour de lièvres, de lapins ou de différents oiseaux.

Les Gallois disent "tuer deux corneilles d'un coup". En Italie, il s'agit de pigeons : prendere due piccioni con una fava. (5)

La version politique actuelle de l'expression ne serait-elle pas le "en même temps" cher à Emmanuel Macron ? Mais quels sont donc les "pigeons" (Taube aber auch Geprellter, Betrogener) censés tomber dans le piège du "en même temps" ?

 

     Pour être au courant

1- Ainsi, dans le métro d’Istanbul, on peut payer son titre de transport avec des bouteilles en plastique usagées, ou d’autres types de déchets comme les canettes (Dose) métalliques de soda ou de bière.

◄ 2- On ne doit pas confondre le lance-pierres (Zwille) avec la fronde (Steinschleuder)
• Le lance-pierres se compose d'une petite fourche (de bois, métal...) sur laquelle s’attachent des bandes élastiques reliées à une bande souple (généralement en cuir). Il fonctionne selon le principe de la catapulte.
• La fronde, elle, utilise la force centrifuge : la pierre est placée dans une poche de cuir prolongée par deux cordes. On fait tourner rapidement l'engin et, lorsqu'une des cordes est lâchée, le projectile est lancé à grande vitesse.

3- Ce n’est donc pas Rabelais qui a créé le personnage de Gargantua (1534). Ce géant était déjà le héros de nombreux contes populaires. Ainsi, pendant la Guerre de Cent Ans, un Gargantua normand aurait bouté (vertreiben) les Anglais hors de France en lançant sur eux de gros chênes qu’il déracinait sans aucun effort !

4- "faire mouche" : dans cette expression, le mot mouche ne désigne pas l’insecte, mais le point central d’une cible (Zielscheibe) - par ex. de tir à l’arc (Bogen) ou aux fléchettes (Darts) -, petit et traditionnellement noir, d’où son nom.

5- La fava, c'est la fève (Saubohne) qui, attachée à un fil sert d’appât (Köder) pour piéger les oiseaux.

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figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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