Le mot du jour franco-autrichien
 

über den TISCH ZIEHEN

 

ROULER dans la FARINE

 

 

 


Le loup et les 7 chevreaux (Grimm)

 

 

 

 

 

 


Fingerhakeln
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Türkis-grüne Koalition ist in deutschen Schlagzeilen:
Hamburger Abendblatt: "So drängt sich beim Studium des Wiener Koalitionsvertrages der Eindruck auf, dass sich die österreichischen Grünen an entscheidender Stelle von Kurz über den Tisch haben ziehen lassen
." (article)


Selon le quotidien de Hambourg, les Verts autrichiens ont été dupés, bernés par les "Turquoise" (parti du chancelier Sebastian Kurz), autrement dit - dans un langage plus familier - ils se sont fait avoir, ils se sont fait rouler dans la farine au cours des négociations pour former le nouveau gouvernement.

L'expression "(se faire) rouler dans la farine" est probablement inspirée par une fable de La Fontaine (1) : dans "Le loup, la chèvre et le chevreau", le grand méchant loup enduit sa patte de farine pour mieux tromper le chevreau. Finalement, c’est lui qui "se fait rouler dans la farine" : le biquet refuse de lui ouvrir la porte (2).

Le loup de La Fontaine n'est pas le seul à recourir au "truc" de la farine, qui permet de cacher les apparences et de mieux tromper son adversaire. On trouve cette ruse dans une autre fable du même auteur, "Le Chat et un vieux rat", où un matou utilise différents stratagèmes pour attraper rats et souris. Par exemple, il s’enfarine avant de se poster dans la huche à pain.  Mais le rat, un "vieux routier", ne s'y laisse pas prendre : "Il était expérimenté / Et savait que la méfiance / Est mère de la sûreté" ! (Vorsicht ist die Mutter der Porzellankiste).


Les Verts autrichiens, eux, ne peuvent pas être qualifiés de "vieux routiers" (au sens de personne possédant une solide expérience et qui a donc acquis une certaine ruse) : leur mouvement politique est relativement récent puisqu'il est né en 1986, et ils ont toujours siégé sur les bancs de l'opposition à l'Assemblée nationale (Nationalrat) autrichienne.

Ils n'avaient donc aucune expérience des responsabilités gou-vernementales au niveau national jusqu'à présent. C'est en raison de ce manque d'expérience que, à en croire certains commentateurs, ils se seraient fait rouler dans la farine : Sie hätten sich über den Tisch ziehen lassen.

L’expression se réfère à un "sport" populaire pratiqué en Autriche et en Bavière, le Fingerhakeln (littéralement "l’accroche-doigts") et dont voici le déroulement : deux concurrents sont assis à une table, l’un en face de l’autre. Chacun d’eux passe un doigt - en général le majeur, mais tous les doigts sont autorisés, sauf le pouce - dans un anneau de cuir et tire de toutes ses forces pour entraîner son adversaire sur la table au-delà d’une ligne tracée en son milieu.

C’est donc une variante du "bras de fer" (Armdrücken au sens propre, Kraftprobe au sens figuré). Le Fingerhakeln se pratique aussi sans anneau. Ce n'est pas forcément le plus fort physiquement qui gagne, mais celui qui possède la meilleure stratégie et qui, au besoin, emploie la ruse.

Les deux expressions figurées "jn über den  Tisch ziehen" et "rouler dans la farine" ont surtout retenu cet aspect d'astuce, voire de tromperie : le perdant "se fait avoir", er wird "reingelegt".

 

     Pour être au courant


(1) "Le loup, la chèvre et le chevreau" (1668) de La Fontaine s'inspire d'une fable d'Esope (VIIe-VIe s. avant notre ère) intitulée "La Chèvre et le loup", dont voici le texte :
"Une Chèvre sortit de son étable pour aller paître, recommandant très expressément à son Chevreau de n'ouvrir la porte à personne durant son absence. À peine était-elle sortie, qu'un Loup vint heurter à la porte de l'étable, contrefaisant la voix de la Chèvre, et il commanda au Chevreau de lui ouvrir. Cet animal profitant des leçons de sa mère, regarda par une ouverture, et reconnut le Loup. "Je n'ouvrirai point, lui répliqua-t-il ; car quoique tu contre-fasses la voix d'une Chèvre, je vois bien à ta figure que tu es un Loup, et que tu ne cherches qu'à me dévorer."
Chez les deux auteurs, il n'est question que d'un seul "biquet".

(2) Esope, La Fontaine et Grimm, ou Comment l'intelligence s'est affaiblie chez les chevreaux au cours des siècles, alors que les loups sont devenus plus rusés...
Le chevreau d'Esope reconnaît au premier coup d'œil qu'il s'agit de son ennemi et ne tombe pas dans le piège tendu par le loup qui imite la voix de la chèvre. Celui de La Fontaine met un peu plus de temps à comprendre, car le loup est capable de citer le "mot du guet" (c'est-à-dire le mot de reconnaissance) convenu entre le biquet et sa mère. Les Sieben Geißlein du conte de Grimm (publié en 1850), par contre, tombent dans le panneau et six d'entre eux se font dévorer par le loup.

oursin, ours et hérisson oh punaise !

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figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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