Mot du jour : 29/1/26

Avaler son chapeau

« Pourquoi Ursula von der Leyen a mangé son chapeau –
Ursula von der Leyen et la Commission européenne qu’elle préside viennent d’enterrer la mesure phare du Green Deal européen acté en 2019, celle d’interdire la vente de voitures thermiques neuves après 2035 [et de] passer au tout-électrique. » (article)

Manger ou avaler son chapeau, c’est se déjuger, convenir que l’on s’est trompé, mais reconnaître difficilement son erreur parce qu’on reste persuadé d’avoir raison.

En effet, ce revirement de la Commission européenne qui repousse à une date lointaine le 100% voiture électrique, défendu avec force par sa présidente, est une pilule difficile à avaler pour elle.

L’image est très parlante : avaler un médicament au goût amer, c’est désagréable. Mais pas irréalisable. Par contre, peut-on manger un chapeau ?

Comme beaucoup d’autres, cette expression française a traversé le Channel et nous est revenue avec un sens différent et devenu incompréhensible, voire absurde.

Le coupable ? C’est Charles Dickens, qui a popularisé cette expression (1). Dans « The Pickwick Papers » (1837), il écrit
« If I knew as little of life as that, I’d eat my hat and swallow the buckle whole »               (Si j’en savais aussi peu sur la vie que cela, je mangerais mon chapeau et avalerais la boucle en entier) (2).

On soupçonne l’auteur d’avoir traduit littéralement l’expression française « avaler son chapeau ». En ancien français, le verbe avaler – dont la racine est « val, vallée » – ne signifiait pas ingurgiter quelque chose, mais baisser, abaisser.

Au XVIIIe siècle, avaler son chapeau voulait donc dire baisser son couvre-chef, se découvrir la tête, par exemple sur le passage du roi ou d’un grand seigneur, ou tout simplement devant son supérieur, pour manifester une attitude humble, déférente.

L’expression a évolué, passant de l’humilité à une forme d’humiliation : manger ou avaler son chapeau, c’est se résoudre à changer d’avis, ce qui se traduit en allemand par « kleinlaut nachgeben », et pas – comme le proposent de nombreux dictionnaires de traduction – « einen Besen fressen » une formule qui est, en réalité, la traduction de « I’d eat my hat » : en effet, ces deux expressions signifient parier qu’une chose n’arrivera pas et, si on se trompe, être prêt à tout, même à manger un chapeau et sa boucle, ou à dévorer un balai.

Le véritable équivalent français de ces deux dernières locutions, c’est : « je veux bien être pendu/e – ou damné/e – si…  » ou « que le diable m’emporte » si…

Le diable se cache dans de nombreuses locutions et… « dans les détails », comme l’avoue Ursula von der Leyen, reconnaissant le caractère complexe des négociations au sein de l’UE sur le « tout électrique » et, plus récemment, sur l’accord du Mercosur.
Mais jamais elle n’admettra avoir « mangé son chapeau » !

Pour être au courant

1- Avant Dickens, Thomas Bridges avait employé l’expression dans son « Homer Travestie », (1762) une parodie de l’Iliade d’Homère :
« Car même si nous dévalons les remparts, et que nous incendions leurs bateaux pourris, / Je mangerai mon chapeau, si Jupiter ne nous fait pas tomber, ou ne nous joue pas quelque tour grotesque. ».

2- Cette idée de « descente » se retrouve en français moderne dans les termes suivants :
avaler un aliment, c’est, littéralement, le faire descendre dans l’oesophage ;

– une avalanche est une coulée de neige qui dévale la pente en direction de la vallée ;

– le mot aval désigne la partie inférieure d’une rivière, du côté de la vallée, et s’oppose à amont, du côté de la montagne (en amont : flussaufwärts, opposé à en aval : flussabwärts).

– Par contre, la locution « donner son aval  » – c’est-à-dire donner sa garantie ou son autorisation, se porter garant de qc – n’a aucun rapport étymologique avec la vallée. C’est probablement une abréviation graphique de la formule « à valoir ».

3- Résumé :
– « I’d eat my hat » et « einen Besen fressen » se traduisent par : « je veux bien être pendu / damné, si… » ou « que le diable m’emporte si… » (der Teufel soll mich holen…)
– « avaler / manger son chapeau » signifie : kleinlaut nachgeben, seinen Irrtum eingestehen, die bittere Pille schlucken müssen.

Cette publication a un commentaire

  1. grazavous

    Qu’en est-il du verbe « ravaler » ? Par exemple « ravaler la façade » d’un bâtiment…

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