CERVOISE

Presque en même temps que le Beaujolais nouveau, l'Astérix nouveau est arrivé...

Tous les deux ans sort une nouvelle aventure du célèbre Gaulois.
En 2021, elle est intitulée "Astérix et le Griffon".

Tout commence avec le rêve prémonitoire du druide Panoramix qui sent qu'un danger menace son homologue chaman du peuple des Sarmates (nomades qui vivaient dans l'est de l'Europe). Il vole à son secours, accompagné d'Astérix, d'Obélix - jamais sans Idéfix - et d'une gourde de potion magique qui, malheureusement, va geler en chemin et perdre ses propriétés miraculeuses.


Je ne vais pas divulgâcher (1) la suite de l'histoire.
Abordons plutôt  les questions de fond qui font l'objet de ce Mot du Jour :

- la cervoise et la bière, est-ce la même chose ?
- la cervoise, remise au goût du jour par les aventures d'Astérix, se boit-elle fraîche ou tiède ?
- et, plus sérieusement, quelle est  l'origine - étymologique et géographique - de ces deux boissons ?


Non, la cervoise et la bière, ce n'est pas du même tonneau ! (nicht dasselbe sein, nicht vom gleichen Kaliber sein).

La fabrication de la cervoise remonte "à la nuit des temps" : on connaissait déjà cette boisson dans l'Égypte des pharaons. Chez les Celtes - donc aussi chez "nos" Gaulois Astérix et Cie -  c'était la boisson alcoolique la plus consommée car sa fabrication nécessitait peu d'ingrédients et peu de temps. 

On utilisait ce qu'on avait sous la main : de l'eau, des céréales (en général de l'orge germé puis grillé), mais aussi des herbes aromatiques, des épices ou même du miel. La fermentation se faisait ensuite dans des tonneaux.


Il existait donc une grande variété de "cervoises", selon les céréales et les plantes locales employées.
• On sait - par les écrivains latins - qu'à Massilia (future Marseille), la bière était aromatisée au fenouil, au thym et à l'anis sauvage !
• Les Bretons, eux, (ceux de la Bretagne continentale, appelée Armorique à l'époque d'Astérix, et pas ceux de la "Grande"-Bretagne insulaire...) préféraient y ajouter des fleurs de bruyère.


Par la force des choses (en l'absence de réfrigérateur), la cervoise se buvait à température ambiante, c'est-à-dire tiède et, donc, les "Grands-Bretons" ne se différenciaient guère en cela des Gaulois, même si Obélix se plaint de la température trop élevée de la boisson qu'on lui sert outre-Manche à l'auberge du "Rieur sanglier" (2), suggérant ainsi - à tort - qu'elle est servie bien fraîche en Gaule.


Les Romains, de leur côté, n'appréciaient guère la "cerevisia" - la boisson des "barbares" (comme les Gaulois, Germains, Noriques... ou  Sarmates) - et lui préféraient le vin.

En Gaule, le vin - importé et donc cher - est surtout consommé par les membres de l'élite gallo-romaine, tandis que le peuple boit de la cervoise (résultats d'une étude récente).


A partir du XVe siècle, la bière - le nom et la boisson - va supplanter la cervoise : ce qui différencie ces deux boissons, c'est l'utilisation du houblon (Hopfen) - qui lui confère son amertume si appréciée et qui manquait à la cervoise.


"Cervoise" vient du latin "cervisia", "cerevisia" : contrairement à une thèse largement répandue, le mot ne dériverait pas de Cérès (déesse romaine de l'agriculture, des moissons et de la fécondité) mais serait d'origine gauloise et apparenté au celtique insulaire "kurmi" (3) qui a donné "cuirm" en vieil irlandais, "cwrw" (ne me demandez pas comment ça se prononce) en gallois, "coruf" en cornique (langue de Cornouailles) et "coreff" en ancien breton.


En ce qui concerne l'origine du mot "bière", c'est encore plus compliqué.
Plusieurs théories s'affrontent :

- selon certains, il viendrait du latin bibere ("boire") → biber ("boisson" - et pas "castor"...). Le terme "bibine" (übles Gesöff), qui désigne en français une boisson de mauvaise qualité - en particulier de la bière -, pourrait confirmer cette hypothèse.
Le fait que le brassage de la cervoise se faisait au Moyen-âge essentiellement dans les monastères (où le latin était de rigueur) plaiderait également en faveur d'une parenté avec "bibere".

- d'autres lexicologues estiment que le mot doit être d'origine germanique : c'est en effet par les Flandres et les Pays-Bas (où la brasserie et la culture de houblon étaient fort développées à la fin du Moyen-âge) que la bière a été importée en France et dans le reste du monde "roman" (du Portugal à l'Italie en passant par l'Espagne) (4). Selon eux, "bière" est peut être apparentée
• à la famille de "brauen" ("brasser" en allemand) et / ou "brouwen" (en néerlandais),
• à moins qu'il ne dérive du germanique beuwo (orge) → bior (en ancien haut allemand, IXe siècle)...
• ou qu'il ne vienne de la racine indo-européenne b(e)u, b(h)u qui a le sens de "gonfler, faire des bulles". Selon cette dernière hypothèse, la bière serait donc, littéralement "la mousseuse" = das Aufschäumende, Blasenwerfende.


Où est la vérité ? Dans le vin, affirme le dicton ("in vino veritas") - et pas dans la bière ? (5) C'est là qu'on s'aperçoit que la tâche des lexicologues, "ce n'est pas de la petite bière" ! = das ist kein Honigschlecken.

 

     Pour être au courant


1-
divulgâcher signifie gâcher le plaisir de quelqu'un en dévoilant  prématurément un élément-clé de l'intrigue, en divulguant  la fin d'une histoire, d'un film ou les moments les plus palpitants. Cela tue le suspense !
C'est la version "gauloise"  (en réalité "québécoise") de l'anglais "spoiler", du verbe to spoil (anglais : gâcher, abimer) qui - rendons à César ce qui lui appartient - est dérivé de l'ancien français "espoillier", lui-même issu du latin "spoliare" qui a donné "spolier" et "dépouiller" en français moderne.


2- de la cervoise tiède et du sanglier bouilli... A l'auberge de "La gauloise amphore", Relax, le patron propose aux deux compères :
"– Qu'est-ce que je vous sers pour arroser le sanglier bouilli [dans une sauce à la menthe, comble de l'horreur culinaire] ? De l'eau chaude, de la cervoise tiède, ou du vin rouge glacé [comble de l'hérésie œnologique] ?"

Peut-être que c'était pour rire (l'humour anglais étant très spécial...), juste pour chambrer Obélix !
chambrer un vin : le laisser prendre la température ambiante = temperieren, auf Zimmertemperatur anwärmen    
chambrer qn : se moquer de qn, le taquiner = jn auf den Arm nehmen


3- On connait une citation de l'époque gallo-romaine évoquant ce "curmi / kurmi" : "Nata uimpi, curmi da" (Belle fille, donne de la bière !) C'est en quelque sorte une version antique de la chanson "Quand Madelon vient nous servir à boire !", très populaire pendant la Première Guerre mondiale.


4- bière ou cervoise ?
Alors que le français a abandonné "cerveise / cervoise" pour "bière, l'espagnol (cerveza), le catalan (cervesa) et le portugais (cerveja) ont conservé le mot d'origine celte pour désigner la bière.
Par contre, l'italien (birra) a adopté le mot d'origine germanique, mais conserve "cervògia " pour désigner la cervoise.


5- Il est vrai que les dictons en langue gauloise ne sont pas parvenus jusqu'à nous, puisque c'était une langue de tradition orale.


La cervoise
d'Astérix (Obélix, lui, ne buvait que du lait de chèvre - et n'avait pas droit à la potion magique...) devait être assez différente de la bière d'aujourd'hui : moins alcoolisée, plus aromatisée.
Quant au vin bu à cette époque, il n'avait pas grand-chose à voir avec les grands crus d'aujourd'hui : additionné d'épices et d'herbes aromatiques, conservé dans des amphores dont l'intérieur était enduit de résine, il était consommé coupé d'eau.

 

 

 

du

CHAMPION

au

CHAMPIGNON

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

"A six mois de l'élection présidentielle, la campagne s'accélère •• Fahrt aufnehmen •• . Eric Zemmour, pas encore candidat, fait vaciller •• wackeln, ins Wanken bringen •• la candidature de Marine Le Pen. La droite s'accorde •• übereinkommen, vereinbaren •• tant bien que mal •• mehr schlecht als recht •• sur la manière de désigner son champion. A gauche, Mélenchon relance ses troupes et Anne Hidalgo tente de trouver sa voie, concurrencée par Yannick Jadot." (d'après cet article)


A la mi-octobre 2021, faire des pronostics pour les présidentielles d'avril-mai 2022 est un exercice risqué !

Eric Zemmour, bien que n'ayant pas (encore) déclaré sa candidature •• offiziell kandidieren •• , est déjà entré en lice - ou descendu dans l'arène... (1)  La droite, quant à elle, va avoir bien du mal à désigner son champion : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier ou un candidat "surprise"... ?

Emmanuel Macron, rassuré par les sondages qui le placent en tête de la course au premier tour avec 23% des intentions de vote, a chaussé les crampons •• Stollen •• pour disputer •• bestreiten •• un match de foot avec d'anciens champions de la discipline (et oui, il a marqué un but •• ein Tor schießen •• , un penalty...)


Aujourd'hui, le sens courant de "champion" est "athlète ou équipe qui a remporté la première place dans une épreuve sportive •• Wettkampf •• " (ex. les Bleus •• l'équipe nationale française de foot •• sont doubles champions du monde de foot : 1998 et 2018) ou, plus généralement, dans un concours, une compétition quelconque ("Bruno, champion mondial des jeux télé, a été éliminé  des "12 coups de midi", après avoir remporté •• gewinnen •• plus d'1,26 millions d'euros").

Le sens moderne de "champion" souligne surtout les performances supérieures aux autres, dans le cadre d'une compétition, qu'elle soit •• egal ob… •• sportive, économique, politique...


Mais à l'origine, le terme (attesté en français vers 1100) a une autre signification : un champion, c'est "celui qui combattait en champ clos •• Turnier-, Kampfplatz •• pour défendre la cause •• eintreten, sich einsetzen •• d'une autre personne" (CNRTL).

Payés pour se battre à la place de ceux qui ne pouvaient pas le faire eux-mêmes, pour des raisons de rang (personnages haut placés •• hochgestellt, von hohem Rang •• comme le roi ou un prélat) ou de faiblesse (enfants, femmes, vieillards...), ces "champions" médiévaux étaient en quelque sorte •• sozusagen •• des mercenaires •• Söldner ••  qui ne combattaient par idéalisme mais pour gagner leur vie... (et en mouraient parfois).

Pour désigner ce combattant, l'allemand utilise comme le français le terme "Champion" mais aussi "Lohnkempe" ("celui qui combat pour un salaire").


Les tournois du Moyen-âge sont passés de mode •• aus der Mode gekommen •• et, à la Renaissance, le mot prend un sens figuré. Un "champion" est "celui qui se consacre •• sich widmen, sich verschreiben •• à la défense d'une cause, qui se fait l'incarnation •• Inbegriff, Verkörperung •• des aspirations, des idées d'un groupe".

C'est ce sens-là que l'on retrouve dans la phrase "La droite s'accorde (...) sur la manière de désigner son champion", celui qui va défendre son programme et incarner ses valeurs pendant la campagne électorale (et après, s'il est élu...) (2)


Si l'allemand a emprunté au français le mot "champion" au XIIe siècle, ce n'est qu'un prêté pour un rendu •• ein Hin-und-Her zwischen beiden Sprachen : un aller-retour •• !

En effet, "champion" et "Kämpfer" ont la même origine (3), à savoir •• nämlich •• le germanique "kampjo", combattant dans un duel judiciaire. (4)
 

     Pour être au courant


1a- "entrer en lice"
: einen Wettbewerb aufnehmen. L'expression vient des tournois médiévaux : la  "lice" (au sens propre : "palissade") désigne le lieu de combat, le champ clos (Turnier-, Kampfplatz), où se déroulent les joutes •• Tjost, Lanzenstechen •• .

1b - "descendre dans l'arène" : comme "entrer en lice", c'est accepter un défi •• Herausforderung, Kampfansage •• et se lancer dans un combat. L'expression se réfère non seulement aux combats tauromachiques •• Stierkampf •• mais aussi aux jeux du cirque de l'Antiquité.


2- En allemand, ce défenseur d'une cause est un  Verfechter ← de fechten : se battre, dont dérive aussi le substantif "Fechten", l'escrime).


3- latin campus ("champ", "lieu du combat", puis par métonymie "combat") → germanique "kampjo" (combattant dans un duel judiciaire) → français "champion" (vers 1100) → allemand "Champion" (XVIIIe siècle).


4- appelé aussi "procédure ordalique" (Gottesurteil, Ordal), le duel judicaire était courant dans le droit germanique : en l'absence de témoins •• Zeuge •• ou d'aveux •• Geständnis •• , il permettait de départager •• eine Entscheidung herbeiführen •• les deux parties en présence •• streitende Parteien •• .  Le vainqueur du combat était considéré comme celui qui avait été désigné par Dieu comme disant la vérité.


5- C'est l'occasion ou jamais •• jetzt oder nie! •• de rappeler qu'un "champignon" n'est pas forcément "champion"... même s'il existe des concours pour désigner le plus beau, le plus gros exemplaire (tout comme on organise des compétitions pour les citrouilles •• Kürbis •• : avec un record de 768 kg pour l'édition française 2020).

Champignon vient du latin "campania" (litt. "produit de la campagne"), lui-même dérivé de "campus"... et a donc un rapport étymologique avec le champion.

Ce qui explique - mais n'excuse pas - la confusion •• Verwechslung •• entre les deux mots - fréquente en allemand, langue dans laquelle on peut commander sans problème - et sans se ridiculiser - "eine Eierspeise mit Champions" au restaurant.

 

 

 

EMBUSQUÉ

 

"Le caporal-chef •• Hauptgefreiter •• Maxime Blasco a été tué au Mali par "un tireur embusqué" selon le porte-parole •• Sprecher •• du ministère des Armées." (article)


Un tireur embusqué est un tireur isolé, qui se dissimule pour mieux surprendre son adversaire.

Littéralement, "embusqué" signifie qui se cache dans un bois.
Le verbe "s'embusquer", se poster en embuscade •• auf der lauern liegen •• , est dérivé du latin vulgaire buska (bois, petite forêt), lui-même d'origine germanique.
L'ancien haut allemand "busc" a donné Busch en allemand moderne, mais aussi buisson et bosquet en français (1).


Ce "tireur embusqué" est appelé "Scharfschütze" en allemand, d'une part parce qu'il possède une vue "aigüe", perçante •• scharf •• et d'autre part parce qu'il tire à balles réelles •• mit scharfen Munitionen •• et pas à blanc •• mit Platzpatronen •• .

Le terme "Scharfschütze" est apparu pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1638) et il a été adopté en anglais sous la forme du calque •• Lehnübersetzung •• "sharpshooter".

Changement de vocabulaire pendant la 1ère Guerre mondiale : le sharpshooter devient un "sniper" (2).


Scharfschütze a pour synonyme Heckenschütze, ce qui rappelle les Heckenräuber, bandits de grand chemin •• Wegelagerer •• du temps jadis •• in den alten, früheren Zeiten •• qui, cachés derrière une haie •• Hecke •• - ou un buisson •• Busch •• ou tout autre objet leur permettant de se dissimuler •• sich verstecken •• - attendaient le voyageur pour le détrousser •• überfallen und ausrauben •• ou lui couper la gorge •• die Kehle durchschneiden •• (3).


Si, à l'origine, "embusqué" désigne un combattant courageux et astucieux •• schlau, clever •• , il acquiert une connotation péjorative pendant la Première Guerre mondiale : il qualifie alors un homme qui, bien que valide •• gesund •• et en âge d'être mobilisé •• einberufen •• , restait éloigné du front et donc des dangers des combats.

C'était donc tout le contraire des "soldats du front", des "Poilus" (4) qui, eux - par manque de piston •• gute Beziehungen, Vitamin B •• ou parce qu'ils n'exerçaient pas une profession leur permettant de rester à l'abri à l‘arrière •• im Hinterland der Front •• - étaient envoyés au "casse-pipe •• die Front, der Krieg, wo man Kopf und Kragen riskiert •• ".


Les embusqués, c'étaient des "planqués •• Drückeberger •• ".
Dans le jargon des soldats de l'autre côté du Rhin, un "embusqué" s'appelait "Etappenhase" ou - plus péjoratif encore - Etappenschwein ou Etappensau (le contraire du Frontschwein - notre "Poilu" bleu-blanc-rouge - der kein Schwein hatte / qui n'avait pas de veine).


Il faut savoir que, avant de signifier "lieu où on fait halte", "Etape / Etappe" a d'abord eu le sens de "centre de ravitaillement •• Verpflegung, Versorgung, Nachschub •• ", "entrepôt •• Lager •• " pour l'armée.

Un "Etappenschwein" travaillait par ex. dans les usines d'armement ou dans ces dépôts de matériel où il s'occupait parfois à compter les munitions, les rations alimentaires ou... les différents éléments de l'uniforme des soldats, ce qui a donné naissance au terme "Sockenzähler" (litt. compteur de chaussettes), synonyme de "Etappenschwein".

 

     Pour être au courant


1-
(s')embusquer vient de l'italien imboscare : se cacher dans un bois pour surprendre le gibier, se poster pour attaquer l'ennemi.
Font partie de la même famille : une bûche •• Holzscheit •• , une embuscade •• Hinterhalt •• , une embûche •• Falle, Tücke, Fallstrick •• , débusquer ("faire sortir du bois"), mais aussi déboucher (litt. "sortir du bois") et les débouchés •• Absatzmarkt, Berufsaussichten •• .


2- "sniper" dérive du mot "snip", la bécassine •• Schnepfe •• , un oiseau qui - en français comme en allemand - a la réputation d'être bête mais qui, en réalité, est très difficile à chasser car il opère des changements brusques de direction pendant le vol !
Le verbe "to snip" se traduit en français par "canarder •• auf jn ballern •• " (et pas "bécassiner" !)


3- un "coupe-gorge"
est en français un lieu dangereux, mal fréquenté •• wo zweifelhafte Leute verkehren •• , où on risque de se faire voler ou assassiner.


4- les Poilus
, valeureux •• tapfer •• soldats du front de la "Grande Guerre" (1914-1918), doivent •• verdanken •• ce surnom au fait qu'ils étaient souvent barbus et moustachus (ils n'avaient pas toujours la possibilité de se raser), mais surtout au fait qu'une abondante pilosité •• Behaarung •• a été pendant des siècles synonyme de virilité et, par extension •• im weiteren Sinne •• , de bravoure •• Tapferkeit, Schneid •• . Mais encore faut-il que •• allerdings… muss / müssen... •• ces "poils" poussent •• wachsen •• au bon endroit et pas "dans la main" - "Avoir un poil dans la main" signifie en effet être extrêmement paresseux •• ein Faulpelz sein •• .

Cependant, avec l'adoption des masques à gaz (malheureusement seulement à partir de janvier 1917 dans l'armée française...), les Poilus ont été obligés de se raser pour que cette protection soit efficace.
Aujourd'hui, les autorités sanitaires déconseillent également le port •• das Tragen •• de la barbe qui réduit fortement l'efficacité des masques anti-Covid.

 

 

 

Ich verstehe nur Bahnhof...

Et toi ?

Que DALLE !

"Sprachassistenten wie Siri oder Alexa verstehen bei gesprochenem Schweizerdeutsch oft nur Bahnhof. Einer der Gründe dafür liegt offenbar am Mangel an Audiodateien, die nötig sind, um diese Systeme zu trainieren. Für Techriesen wie Google oder Apple ist der Schweizer Markt zu klein, um in eine Digitalisierung zu investieren. Das Entwickeln einer Lösung wollen nun die ZHAW und die FHNW (1) übernehmen. Daher rufen sie die Bevölkerung in der Deutschschweiz auf, bei einer Datensammlung von Schweizer Dialekten mitzumachen." (article)

"Les chatbots (2) et les assistants vocaux comprennent mal le suisse allemand parlé. Cela est dû au manque de fichiers audio nécessaires à l’entraînement de ces systèmes. Pour les grandes entreprises technologiques, le marché suisse est trop petit pour développer une solution qui comprenne le suisse allemand."
Deux universités suisses ont donc décidé de "collecter et numériser les dialectes suisses [et d'utiliser] ensuite ces données pour apprendre à un algorithme basé sur l’intelligence artificielle à comprendre le suisse allemand et à le convertir automatiquement en texte en haut allemand." (article)
 

S'il est vrai qu'on peut facilement se perdre dans le dédale des grandes gares, qu'elles sont souvent bruyantes et que les panneaux indicateurs ne sont pas toujours très clairs, ce n'est pourtant pas l'explication de l'expression allemande "nur Bahnhof verstehen" qui signifie : n'y rien comprendre ou, parfois, ne rien vouloir comprendre, faire la sourde oreille.


La locution est attestée depuis la Première Guerre mondiale : pour s'éloigner des horreurs des combats, les soldats - blessés ou en permission - n'avaient qu'un seul moyen de transport à leur disposition, le train. La gare est alors devenue un mot magique, symbole d'une "porte" qui permet d'échapper à l'enfer et de retrouver le monde "normal" de l'arrière (Hinterland) et les siens (Angehörigen).

Quitter le front était devenu une véritable obsession pour beaucoup de combattants. Ils n'avaient plus que ce mot en tête : "Bahnhof" (3) la gare était devenue pour eux "le centre du monde" (4) et de leurs préoccupations, et aucun autre sujet de conversation ne semblait pouvoir retenir leur attention.

Après la guerre, l'expression est passée dans le langage courant et son sens s'est élargi : "nur Bahnhof verstehen", c'est aussi faire semblant de ne pas comprendre, souvent pour taquiner (necken) ou énerver son interlocuteur.


L'équivalent français, familier, de "nur Bahnhof verstehen" est "n'y comprendre que dalle".

L'expression est d'abord attestée sous une forme argotique "je n'entrave que dalle". "Entraver" n'a pas ici le sens de fesseln, behindern. En argot, c'est un synonyme de "piger, capter" = kapieren donc de "comprendre" en français standard.

Limité d'abord au domaine de la compréhension, "que dalle" s'est ensuite employé avec d'autres verbes : on (ne) voit / entend que dalle, on (ne) trouve que dalle, ça (ne)  vaut que dalle...


Si les lexicologues sont divisés au sujet de l'origine du mot "dalle" dans cette locution, ils s'accordent cependant sur le fait qu'il ne s'agit très probablement pas d'une "plaque ou table de pierre" (Steinplatte).


Diverses hypothèses - plus ou moins farfelues - ont été émises quant à l'origine de la locution (5).

La plus vraisemblable est la suivante : "dail", ancienne forme de "dalle" viendrait de l'allemand "dahlen", par l'intermédiaire du vieux lorrain. Ce verbe signifie "plaisanter", mais aussi "parler indistinctement, bafouiller", et il est de la même famille que "lallen", un verbe onomatopéique qui reproduit le balbutiement, la manière hésitante et confuse de parler.

Celui qui "dalle" s'exprime donc indistinctement et il arrive que son interlocuteur n'y comprenne "rien du tout", n'y comprenne "goutte" (comme on disait autrefois) ou n'y comprenne "nada", "niente", "tchi" ou "pouic" (comme on dit plus familièrement et internationalement aujourd'hui).
 

     Pour être au courant


1- ZHAW
: Zürcher Hochschule für angewandte Wissenschaften ;
FHNW
: Fachhochschule Nordwestschweiz.


2- un chatbot
, ce n'est pas un matou qui aurait des problèmes podologiques (un "chat bot", à ne pas confondre avec le "chat botté" / Katze mit Klumpfuß / gestiefelter Kater) mais un "programme informatique basé sur l'intelligence artificielle et conçu pour simuler une conversation avec des utilisateurs humains, en particulier sur Internet."


3- Cette "idée fixe" rappelle un peu  la réplique célèbre "E. T. nach Hause telefonieren" / "E. T. téléphone maison", du petit visiteur extraterrestre qui souffre du mal du pays (Heimweh).


4- pour les soldats pressés de quitter le front, la gare était devenue "le centre du monde", des années avant que Salvador Dali n'attribue ce titre à la gare de Perpignan (dans laquelle il avait eu "une espèce d'extase cosmogonique... une vision exacte de la constitution de l'univers"). (vidéo, archives de l'INA, à partir de 02:14)


5- hypothèses sur l'origine de "dalle"

• orthographié "dail" au XIXe siècle, le mot viendrait du nom d'une ancienne pièce de 5 francs, dont le nom est emprunté au flamand "daalder", lui-même dérivé du moyen allemand "dāler, dalder" qui a aussi donné naissance non seulement au "Taler" mais aussi au "dollar". Cette origine n'est guère vraisemblable car cette pièce de monnaie valait une trentaine d'euros, ce qui n'est pas une somme de "rien du tout" ;

• selon Claude Duneton, l'origine de ce "dail" se trouve dans la langue romani où il signifie tout simplement "rien du tout". Une explication simple mais pas vraiment étayée par des documents ;

• selon l'étymologie populaire "que dail / dalle" serait une déformation de "queues d'ail", c'est-à-dire ce qui restait sur les marchés lorsque les vendeurs avaient écoulé les têtes d'ail (Knoblauchknolle) qu'ils vendaient liées en botte après avoir coupé la partie supérieure des tiges, "les queues d'ail", des déchets qui ne valaient donc "que dalle".

 

 

 

LÂCHEZ-moi

les

BASKETS !

 

 


basket / sneaker

 

baskets
"à l'ancienne"

 

 


"queue-de-pie"

(avec basques)

 

 

Le ton monte entre Londres et Paris.

"Après le camouflet à la France de l’accord négocié en secret avec les Australiens et les Américains, l’insolent « Calmez-vous et lâchez-moi ! » adressé par [Boris Johnson à Emmanuel Macron] procédait d’un détestable réflexe visant à tenter d’humilier l’Elysée, au ravissement de la presse populaire tabloïd [britannique], afin de masquer ses propres difficultés." (article)

 


Ce peu diplomatique "lâchez-moi !" (ou, en version franglaise originale, "donnez-moi un break") lancé par le premier ministre britannique n'a guère contribué à apaiser les tensions entre les deux pays.

Un locuteur français aurait plutôt employé "lâchez-moi les baskets !", tout aussi familier, mais sûrement plus idiomatique.


Que viennent donc faire les "baskets" dans cette locution ? Ces chaussures qui, à l'origine, avaient un usage sportif précis (à savoir la pratique du basket-ball) -  tout comme les "tennis" qui étaient chaussées (1a et b) pour pratiquer le... tennis - sont aujourd'hui utilisées (quelque peu modifiées par rapport à l'original... - voir ci-contre) pour un usage quotidien non sportif. Leur synonyme "sneakers", plus branché, a tendance à les supplanter.


Importuner qn, c'est souvent "ne pas le lâcher d'une semelle" (jm auf Schritt und Tritt folgen), ce qui pourrait expliquer l'origine de l'expression "lâchez-moi les baskets".

En réalité, ces "baskets"-là n'ont rien à voir avec des chaussures : l'expression moderne résulte de la déformation d'une locution déjà attestée au Moyen-âge : "s'accrocher / se pendre / coller aux basques de qn", c'est-à-dire le suivre de très près, ne pas le lâcher.

Les basques (2) constituent la "partie découpée du vêtement qui descend au-dessous de la taille" (CNRTL). La mode des vestes à basques étant passée depuis la fin du XIXe siècle (sauf pour le frac ou le queue-de-pie / Schwalbenschwanz), le mot est devenu moins familier, ce qui explique que - en raison de la ressemblance phonétique - il a été remplacé par les baskets dans l'expression moderne. (3)

 

"Etre pendu aux basques de qn" et, donc, "ne pas lui lâcher les baskets", c'est en allemand "an jds Rockzipfel hängen".

"Zipfel" signifie bout d'étoffe (le plus souvent d'un vêtement) terminé en pointe, pan de vêtement (Schoß). Quant au mot "Rock", il peut désigner aussi bien une veste qu'une jupe.

Cependant, l'expression "an jds Rockzipfel hängen" se décline le plus souvent au féminin : "an Muttis / Mamas / Mutters Rockzipfel" (ou "Schürze") hängen.

Le français possède d'ailleurs une forme équivalente : "être toujours (fourré) dans les jupes de sa mère".


Outre le sens de "coller à une personne", "ne pas la lâcher d'une semelle" - et donc l'encombrer, voire l'importuner - ces deux locutions signifient aussi "ne pas être autonome", "se raccrocher à qn", comme le petit enfant qui apprend à marcher et qui se retient à un bout de la jupe (4) ou aux cordons du tablier de sa mère.

Ou comme les éternels adulescents (5), les "Tanguy" (6) couvés par leur maman et incapables de vivre sans elle...


Cela nous éloigne un peu du contexte évoqué au début de ce Mot du Jour : l'histoire ne dit pas si Boris Johnson ou Emmanuel Macron sont (ou "étaient", puisque la mère du premier ministre britannique est décédée en septembre 2021) des "Muttersöhnchen", des "fils à maman"... (7)

 

     Pour être au courant


1a - baskets 
: c'est l'un des nombreux faux anglicismes utilisés en français : en réalité, les "baskets" sont appelées "trainers" ou "sneakers" en anglais.

Voir : jogging, footing, baby-foot, catch, forcing, pom pom girl, rugbyman ou tennisman - pour rester dans le domaine du sport...

 

1b- Drôle de genre... "Le" ou "la" basket ? Le Petit Robert et le Larousse indiquent que les chaussures appelées "baskets" ou "tennis" sont du genre masculin ou féminin (sous-entendu "la paire de chaussures") ; pour l'Académie Française, le mot est féminin, alors qu'il est uniquement masculin pour le CNRTL.

 

2- Ces basques-là n'ont rien aucun rapport non plus avec le peuple autochtone du même nom implanté dans une région à cheval sur le Sud-ouest de la France et le Nord-ouest de l'Espagne. Le costume basque traditionnel ne comporte pas de... basques. Bien au contraire, le gilet - porté aussi bien par les hommes que les femmes - s'arrête à la taille.

 

3- Ces chaussures de sport ont inspiré une autre expression "en avoir plein les baskets", synonyme de "en avoir ras-le-bol" ou "être las / fatigué d'une situation qui a trop duré" = von jm / etw. die Nase / die Schnauze (gestrichen) voll haben. C'est une variante moderne de la locution plus ancienne - à une époque où on portait un tout autre genre de chaussures - "en avoir plein les bottes" qui, à l'origine, se référait seulement à la fatigue physique : être exténué, en avoir assez de marcher.


4- La mode des mini-jupes a considérablement compliqué l'existence des jeunes enfants qui ne savent plus à quoi se raccrocher, les Rockzipfel étant désormais hors de leur portée !


5- adulescent
: ce mot-valise, contraction de "adulte" + "adolescent", désigne un jeune adulte qui continue à se comporter comme un adolescent... et qui "se trouve bien dans ses baskets" (sich in seiner Haut wohlfühlen), des chaussures décontractées et confortables.

 

6- Tanguy, personnage éponyme du film d'Etienne Chatiliez (2001), est devenu l'archétype du jeune adulte attardé - ou vieil adolescent... : âgé de 28 ans, fils unique - et exaspérant - il préfère les avantages de l'existence chez ses parents aux inconvénients de la vie d'adulte autonome.

 

7- Noter que l'expression "fils à papa" possède un sens différent : elle désigne quelqu'un qui ne vit ou ne réussit que grâce à la fortune de ses parents (verwöhnter Sproß reicher Eltern).

 

 

 

des

POMPES

FUNÈBRES

aux

POMPFINEWRA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


"corbeau" du temps de la peste, ancêtre du "croque-mort" et du "Pompfinewra"

Don't get vaccinated!

“Ne vous faites pas vacciner.” Signé : Pompes funèbres Wilmore. Ce message Covid provoquant, véhiculé par un camion noir qui a sillonné les rues de la ville de Charlotte (Caroline du Nord) à la mi-septembre a atteint son objectif :  [il ] a suscité un vif intérêt parmi les habitants et les médias locaux. (d'après un article du huffingtonpost.fr)


Une campagne publicitaire macabre ? Non, humoristique !
En effet, les "Pompes funèbres Wilmore" n'existent pas, et le slogan a été imaginé par un publicitaire de Charlotte qui, "ulcéré par le manque de réussite des campagnes classiques pro-vaccination, a décidé de prendre le problème par l'humour."


Mais pourquoi appelle-t-on "pompes funèbres" une entreprise s'occupant des obsèques ?

Si l'adjectif "funèbre" est clair puisque, comme le latin "funebris" (1) dont il dérive, il signifie "qui fait penser à la mort, triste, lugubre", le substantif "pompe" auquel il est associé l'est moins.

Il ne s'agit là ni de la pompe (appareil destiné à aspirer et refouler un fluide), ni de la pompe (pâtisserie traditionnelle du Sud de la France ; en Provence, elle est faite à l'huile d'olive), ni des pompes (chaussures en langage familier) (2).


Cette pompe-là vient du latin "pompa" qui signifie d'abord "procession, cortège", puis également "apparat" (Prunk). Parmi les grandes "pompes" de l'antiquité romaine, certaines étaient des manifestations joyeuses (par ex. celles précédant l'ouverture des Jeux du cirque) et d'autres étaient funèbres : c'est le cas de la "pompa funebris", cérémonie publique et somptueuse organisée à l'occasion du décès d'une personnalité importante. 


Aujourd'hui, l'expression "pompes funèbres" ne désigne plus le cortège (funéraire ou non), ni même la cérémonie des funérailles, mais l'entreprise qui s'en charge.


Ce qui est étonnant, c'est que l'expression existe aussi en allemand - probablement depuis l'époque baroque - avec des variantes orthographiques et phonétiques... originales ! En dialecte viennois, il est question de Pompfünebrer, Pompfinebrer, ou même Pompfinewra (comme en témoigne la chanson de Wolfgang Ambros "I bin nur a pompfinewra" - chanson et paroles - 1972).


A Vienne, la première entreprise privée destinée à l'organisation des obsèques, "Erste Wiener Leichenbestattungs-Anstalt Entreprise des Pompes funèbres", a été créée (sous ce nom austro-français) en 1869. A cette époque, la capitale de l'empire austro-hongrois est en plein boom démographique : sa population passe de 340 000 à 630 000 habitants entre 1840 et 1869. Les cimetières sont "pleins à craquer" (aus allen Nähten platzen) et les organisations qui s'occupent des obsèques sont débordées (alle Hände voll zu tun haben). (3)


Contrairement aux institutions confessionnelles, "L'Entreprise des Pompes funèbres" a un caractère "libéral", bien dans l'air du temps (dem vorherrschenden Zeitgeist entsprechend) : rivalisant avec les Eglises, qui jusque là  bénéficiaient d'un quasi monopole en la matière, "L'Entreprise" et les nombreux autres instituts qui fleurissent alors à Vienne (ils sont 83 en 1894 !) organisent les cérémonies funéraires "pour tous", catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, athées...(4)


Aujourd'hui, cependant, le terme  "Pompfinebrer" ne désigne plus l'entreprise mais ses employés, tout vêtus de noir et à l'air... funèbre. En français, ils sont familièrement appelés "croque-morts", un terme apparu au XVIIIe siècle et dont l'origine est controversée.

Selon l'étymologie populaire, ils doivent leur nom au fait qu'autrefois, pour vérifier si une personne était réellement décédée, on lui "croquait" un orteil !

Autre explication fantaisiste : pendant les épidémies de peste, les cadavres des pestiférés étaient ramassés avec des perches munies d'un "croc" (Haken) de boucher, pour éviter la  contamination, d'où "croque-mort".

Selon les lexicologues, le mot croque-mort dérive d'un ancien sens du verbe "croquer", encore en usage au XVIIIe siècle, à savoir "voler, subtiliser" et "faire disparaitre", car les employés funéraires avaient la triste réputation de subtiliser les bijoux et autres objets de valeur (alliances, dents en or...) aux défunts qu'ils faisaient ensuite disparaître dans leur cercueil, puis sous terre. (5)


Les croque-morts, fossoyeurs (Totengräber) et porteurs du temps de la peste étaient aussi appelés "corbeaux" à cause de leur masque : en forme de long bec blanc recourbé, rempli d’herbes aromatiques conçues pour les protéger de l’air putride selon la théorie des miasmes de l’époque (6), il n'avait rien à voir avec les masques FFP2 qui nous protègent - ou sont censés nous protéger - aujourd'hui du Covid-19.

 

     Pour être au courant


1-
l'adjectif latin funebris (qui se rapporte ou fait penser à la mort, triste, lugubre) vient de "funus, funeris" : mort violente, funérailles.


2- Il ne faut pas confondre la pompe (déploiement de faste, caractère solennel) avec ces "pompes" (chaussures appelées ainsi car elles "pompent" facilement l'eau par la semelle) : on n'écrit pas - comme certains ignorants / ou humoristes - "se marier en grandes pompes", mais "en grande pompe".


3- C'est à cette époque que l'on cherche un emplacement pour aménager un nouveau cimetière, à bonne distance du centre-ville. Le Wiener Zentralfriedhof sera inauguré en 1874. Contrairement à ses prédécesseurs, c'est un cimetière interconfessionnel et pas seulement catholique ou protestant.


4- L'Entreprise
, fondée par Franz Josef Grüll, est rachetée en 1907 par la Ville de Vienne, mais conserve le même nom "Erste Wiener Leichenbestattungsanstalt Entreprise des Pompes Funèbres".


5- Malgré une certaine ressemblance phonétique et sémantique, ces escrocs (Betrüger) qui escroquaient les défunts et leurs familles n'ont rien à voir avec le "croc", le "crochet" et les verbes "accrocher" ou "crocheter" (mit einem Dietrich aufbrechen).


6- En allemand les médecins du temps de la peste étaient surnommés "Schnabeldoktor" (docteur bec)

 

 

 

pantalonnade

 

 

 

 

 

 


Pantalone

 

 

 


"Sans-culotte"

 

 

 

 


"mascaron"
d'une fontaine

 

la vie a des hauts
et des bas...

hauts- et bas-de-chausses...
hauts- et bas-reliefs

 


un "ci-devant" en culotte et bas de soie

 


Henri II (par Clouet)
avec hauts-de-chausses et bas-de-chausses

"Tous trois partagent le même prénom, Boris, le même nom de famille, Vichnevski, le même visage rond au crâne dégarni et la même barbe un peu négligée. Mais un seul d'entre eux est le "vrai" Boris Vichnevski, candidat du parti libéral Iabloko aux élections législatives russes [du 17 au 19 septembre 2021], pour la circonscription de Saint-Pétersbourg. Les deux autres sont des imposteurs, ayant changé leur nom et leur apparence pour induire en erreur les électeurs. Grand classique de la politique russe, cette pantalonnade fait partie de l'impressionnante panoplie déployée par le pouvoir russe pour lutter contre le "vote intelligent" : un système inventé en 2018 par Alexeï Navalny - emprisonné depuis février dernier - pour riposter à l'impossibilité faite à ses troupes de participer aux élections." (article)


Une pantalonnade, c'est - au sens figuré - un comportement ridicule ou hypocrite destiné à tromper et qui ne peut être pris au sérieux : la manœuvre imaginée par le pouvoir russe pour gagner les élections de septembre est donc une sorte de bouffonnerie, de grotesque mascarade.


Cette pantalonnade a-t-elle un quelconque rapport avec le pantalon (vêtement) ? Indirectement, oui !

Le mot vient du domaine du théâtre où il désigne une farce burlesque, faite de plaisanteries grossières. Il dérive du nom d'un personnage bouffon et hypocrite de la Commedia dell'Arte, Pantalone, originaire de Venise (1).

Certains affirment que son nom est une déformation de "Pianta Leone" (plante le lion), en référence aux Vénitiens qui plantaient le drapeau de Saint-Marc - orné d'un lion (emblème de Venise) - dans les terres qu'ils venaient de conquérir en Orient pour la République des Doges. D'autres estiment que son nom vient directement de celui du saint patron de la ville, Pantéleimon / Pantaleon de Nicomédie. (2)


Dans la Commedia dell'Arte, Pantalone porte une barbe en pointe. Il est traditionnellement (3) vêtu de rouge : un bonnet et une sorte de combinaison composée d'un justaucorps, de bas et d'un... pantalon, vêtement qui est - à cette époque - une sorte de caleçon long avec des sous-pieds et n'a pas grand-chose avec le pantalon moderne.


C'est le personnage de Pantalon qui a donné son nom au vêtement et pas l'inverse!

En  effet, en 1585, le nom commun est attesté en français, orthographié pantaleon, dans le sens de "costume de Pantalon". Puis, en 1628, sans référence au personnage de théâtre, le "pantelon" désigne un "costume allant du cou aux pieds et dont les chausses tombaient droites".

On est encore loin du pantalon d'aujourd'hui et dont l'ancêtre fait son apparition à la fin du XVIIIe siècle, au moment de la Révolution. Les révolutionnaires, portaient ce vêtement large et sans pieds, au lieu de la "culotte" - d'où leur surnom de "sans-culottes" (4) -  tandis que les "ci-devant", aristocrates, restaient fidèles à la "culotte", portée avec des bas ( voir illustrations ci-contre).


L'équivalent allemand - au sens propre (derbkomisches Bühnenstück, Schwank) et au sens figuré (Unfug, Schabernack, Maskerade) - de la pantalonnade, c'est Posse. Mais quel est donc le rapport de ce mot avec le français ? 

Eh bien, Posse est une déformation de "bosse" ("boce" en ancien français) qui signifie à la fois Buckel (Polichinelle a une bosse = gibbosité), Beule (Arlequin s'est fait une bosse en se cognant la tête = enflure due à un choc), Höcker (un chameau a deux bosses = protubérances anatomiques normales), mais aussi vollrunde freistehende Freiskulptur (la ronde-bosse est une technique de sculpture en plein relief, c'est-à-dire détachée entièrement de la paroi, contrairement au bas-relief qui ne fait que faiblement saillie sur le fond, et au haut-relief, intermédiaire entre bas-relief et ronde-bosse).

Le terme Bosse finit par désigner les visages grotesques et grimaçants ornant les fontaines (équivalents des mascarons en français) puis, par extension, les masques de théâtre et, finalement - avec un changement du "B" (consonne sonore) initial en "P" (consonne sourde) -, un spectacle avec des personnages bouffons.

 

 

     Pour être au courant


1-
Chacun des personnages de la Commedia dell'Arte représente une des régions de la Péninsule : Pantalon est vénitien, Polichinelle napolitain ; le Dottore est bolognais, Arlequin bergamasque ; Giangurgolo est un capitan calabrais, Meneghino (le paysan, apocope de "domenechino" = "travailleur du dimanche") est milanais...

 

2- Pantaleon - Un saint venu de Nicomédie (Asie mineure, aujourd'hui en Turquie), qui a donné son nom à un personnage de la comédie italienne, ce n'est pas banal !


3-
Les acteurs de la Commedia dell'arte jouent des personnages archétypaux, identifiables grâce à leur tenue et leur masque / ou leur maquillage : Polichinelle (le "petit poussin", en référence à son nez crochu) est tout vêtu de blanc et il est ventru et bossu ; le costume de l'Arlequin (le nom se réfère peut-être au Erlkönig de la mythologie germanique) se compose d'une veste et d'un pantalon rapiécés (zusammengeflickt) avec des morceaux de tissu multicolores ; le Dottore est tout habillé de noir - des chaussures au masque en passant par la cape - et a une fraise (Halskrause) blanche autour du cou ; le Capitan moustachu porte l'habit militaire espagnol rouge et jaune, orné de force galons (mit vielen Tressen), et une longue épée.

 

4- "les "sans-culottes"- En cours d'histoire, cet épisode de l'histoire de France amuse les élèves qui imaginent les révolutionnaires à moitié nus, sans slip ! Or, cette "culotte" est une sorte de pantalon collant couvrant le corps de la ceinture jusqu'au dessous du genou ou jusqu'à mi-mollet, qui a succédé aux "hauts-de-chausses" (Kniebund-, Oberschenkelhose). Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle que le pantalon moderne - alors surnommé "tuyau de poêle" - détrône définitivement la "culotte".

Les hauts-de-chausses étaient complétés par les "bas" - abréviation de "bas-de-chausses"- qui, comme leur nom l'indique, couvraient le bas de la jambe et le pied.

 

 

 

du
PRADO
au PRATER

A vol d'oiseau, Marseille et Vienne (Wien et pas Vienne, sous-préfecture de l'Isère) sont séparées par 1012 km, une langue et une culture différentes, et bien d'autres choses encore...

Mais ce qui les réunit, ce sont le Prado et le Prater.


Après la Canebière (1), le Prado est l'avenue la plus célèbre de la ville phocéenne.

Lorsqu'elle a été aménagée - au milieu du XIXe siècle, alors que Marseille est en pleine mutation - elle s'appelait "Boulevard du Sud". Elle doit son nom actuel à son maire de l'époque, en comparaison avec le "Paseo del Prado" (2) de Madrid.

Tout comme la célèbre avenue madrilène, la marseillaise a été construite dans une zone de prairies et de terrains marécageux : leur nom dérive du latin pratum, traduit par "pré" en français, "prado" en espagnol et "prato" en italien.


C'est également de ce pratum latin (Wiese, Flussau) que vient le nom du plus grand espace vert de la capitale autrichienne, le Prater, qui se trouve dans le 2ème arrondissement de Vienne. (3)

Situé dans la plaine alluviale et inondable du Danube, cette zone de prairies naturelles qui appartenait jusque là à divers monastères, est acquise par l'empereur Maximilien II. Il la fait clôturer et transformer en réserve de chasse destinée aux seuls membres de la Maison de Habsbourg.

Ce n'est qu'en 1766 que son lointain successeur Joseph II (fils de Marie-Thérèse), souverain réformiste, ouvre le parc au public. Seule restriction : le dimanche, il n'est pas permis d'y  accéder avant 10 h du matin, pour ne pas faire concurrence à la messe dominicale !


Le "pratum" a aussi donné naissance au provençal "pra" ou "prat" que l'on retrouve par ex. dans le nom de

- Pra-Loup, station de ski des Alpes-de-Haute-Provence, située à 7 km de Barcelonnette ("loup" ne désigne pas le mammifère carnassier, dévoreur de moutons, mais dérive de "lupinus", le lupin, plante fourragère),
- ou Pra-Reboul, village des Hautes-Alpes.


En breton "prad" ou "prat" signifie "marécage" selon certains étymologistes, ou "pré", selon certains autres...
En réalité, probablement les deux, comme le montrent les exemples du Prater viennois et du Prado marseillais, tous deux aménagés dans des prairies naturelles en zone humide. (4)

 

     Pour être au courant


1- La Canebière, qui va de l'Eglise des Réformés (dans le 1er arrondissement) jusqu'au Vieux-Port n'a rien à voir  avec la bière (il est bien connu que la boisson préférée des Marseillais est le pastis...), même si les marins anglophones qui fréquentaient le quartier du port au début du XXe siècle traduisaient son nom par "can-o-beer" (litt. "canette de bière") à cause des nombreux débits de boissons qui bordaient la rue... et probablement parce que, eux, ils préféraient une bonne brune ou blonde (il s'agit bien sûr de bières...) au pastis !

Le nom de la Canebière (adopté officiellement en 1672 - avant, c'était la rue Saint-Louis) vient du provençal "canebiera", c'est-à-dire "chènevière", un mot qui n'a aucun rapport (sauf phonétique) avec le chêne, mais bien avec un autre végétal, le chanvre. En effet, entre le XIVe et le XVIIe siècle (comme l'a révélé l'analyse des pollens fossiles), cette plante a été cultivée, entreposée dans cette zone. Ses fibres, appréciées pour leur solidité, étaient ensuite transformées en cordages pour la marine.


2- L'avenue du Prado de Madrid a commencé à être aménagée dans le Prado de los Jerónimos (prairies qui entouraient le monastère de San Jerónimo).
C'est Philippe II (roi d'Espagne de 1555 à 1598, et fils de Charles Quint) qui a pris cette initiative afin de faire profiter le peuple madrilène, sans distinction de classe sociale, d'un espace naturel au centre de la capitale.
Joseph II
- son lointain cousin de la branche autrichienne des Habsbourg - suivra son exemple, deux siècles plus tard.

Le Museo del Prado, créé une trentaine d'années (en 1819) après l'aménagement complet de l'avenue, et dont l'entrée principale s'ouvrait dans cette rue, lui doit son nom.


3- Selon l'étymologie populaire, le mot "Prater" viendrait plutôt de "Brater"  - il est vrai que les locuteurs autrichiens ne font guère la différence entre le "P" (consonne sourde) et le "B" (sonore) - un objet utilisé pour rôtir, faire griller... en particulier les célèbres "Bratwürste" (saucisses grillées) consommées en grande quantité au Prater.


4- L'allemand "Au"
désigne ces prairies naturelles humides, le plus souvent situées en zone alluviale. Le mot vient du germanique "ahwō" (Wasser, Gewässer), apparenté au latin "aqua" (eau).

 

 

 

Quel est le rapport entre...

l'imperméable
et les congés ?

 

 

Urlaub, Ferien

A peine la "rentrée" vient-elle d'avoir lieu que le figaro.fr interroge :
"En 2022, quels jours de congés poser pour avoir un maximum de vacances ?" (1)


Au Xe siècle, quand le "congé" apparaît dans la langue française, orthographié "cumgiet", il n'a pas grand-chose à voir avec les vacances - au sens moderne du terme. Dérivé du latin commeatus (2), il signifiait - surtout dans le domaine militaire - "un ordre de marche", une "autorisation de s'en aller".

Ainsi, au XIe siècle, le preux chevalier prend "congiet" de sa dame pour partir à la croisade (et pas en croisière...) ou rejoindre l'armée de son suzerain. On est encore loin des congés actuels !


L'idée dominante est celle de "permission de s'éloigner d'une personne ou d'un lieu auxquels on est lié par des obligations". (CNRTL)
C'est, aujourd'hui encore, cette notion d'autorisation officielle qui distingue les "congés" des "vacances". Cependant, dans la pratique, les deux termes sont le plus souvent employés indifféremment, comme le prouve la question posée par le journaliste du Figaro.


"Urlaub", possède une origine comparable à celle de son équivalent "congé/s" : orthographié "urloup, urloub" en ancien haut allemand (au VIIIe siècle), il dérive d'une ancienne forme du verbe "erlauben", utilisé à l'origine dans le sens de "permettre de s'éloigner, de prendre congé". En outre, Urlaub connaît la même évolution sémantique que "congé/s" et finit par désigner l'autorisation, donnée par l'employeur (Arbeitgeber) au salarié (Arbeitnehmer), de s'absenter de son travail.


Et les vacances, d'où viennent-elles ? Comme l'allemand Vakanz, la vacance (au singulier) (3) - qui dérive du latin "vacare" (être vide) (4) - désigne à l'origine l'état d'une charge, d'une dignité, d'un poste vacant, c'est-à-dire inoccupé.

C'est seulement à partir du XVIIe siècle - et surtout à partir de la fin du XIXe siècle où l'école primaire devient "gratuite, laïque et obligatoire" (Lois de Jules Ferry, 1881-1882) - que le terme est utilisé au pluriel, dans le sens de "période de fermeture des écoles et des facultés".


Tout comme en français où "congés" et "vacances" ne sont pas exactement synonymes, il est recommandé en allemand de distinguer entre "Urlaub" (dienst- und arbeitsfreie Zeit : congés rémunérés pour les salariés) et "Ferien" (unterrichtsfreie Zeit : vacances pour les écoliers, étudiants et leurs professeurs).


Ferien vient du latin feriae (jours de fête, jours fériés). Au Moyen-âge et jusqu'au XVIIIe siècle, on distingue les feriae sacrae, feriae profanae et les jours fériés où certains services publics (cours de justice, écoles, universités...) cessent leurs activités. C'est sous le règne de Marie-Thérèse (1774 : „Allgemeine Schulordnung für die deutschen Normal-, Haupt- und Trivialschulen in sämmtlichen Kayserlichen Königlichen Erbländern“) que le terme commence à désigner également les vacances scolaires.


Je vais maintenant prendre congé de vous, sans pour autant repartir en vacances...
Rendez-vous au prochain "Mot du Jour" !

 

     Pour être au courant


1- Comment optimiser votre calendrier de vacances 2022 (selon les conseils du Figaro)
- En juin, l'astuce est de poser tous les jours ouvrés compris entre l'Ascension (jeudi 26 mai) et Pentecôte (dimanche 6 juin) : avec seulement six jours de congés, vous bénéficierez de 12 jours de repos !
- En novembre (avec la Toussaint, mardi 1er, et le Jour de l'Armistice, vendredi 11), 8 jours de congés libèrent 16 jours de vacances en France.
[Les Autrichiens, eux, combineront avantageusement le pont de la Fête nationale (mercredi 26 octobre) avec la Toussaint : 3 jours de congés libèrent 7 jours de vacances  - ou 8, pour ceux qui ne travaillent pas le 2 novembre, Jour des Morts].
- Pour les fêtes de fin d'année, par contre, le calendrier est nettement moins intéressant : Noël (25 décembre) sera fêté un dimanche, tout comme le Nouvel An 2023.


2- "congé" vient du latin "commeatus" ← de commeāre, "voyager, circuler" (de meare, “circuler, passer”, verbe dont dérivent également l'imperméable et le méat urétral / Blasenauslass...).
Evolution phonétique, du latin à l'époque moderne : commeatus comyadu condjiado cumgiet congiet conged → congé.


3- congés / vacances
équivalents au pluriel, ils n'ont pas le même sens au singulier.
• Le congé est la permission accordée à un salarié de cesser le travail, pour différentes raisons : congé maladie, congé maternité ou paternité, ou congé pour convenances personnelles...
• Les congés payés auxquels ont droit les salariés (deux semaines en 1936 et cinq aujourd'hui) désignent les vacances rémunérées par l'employeur.
• La vacance désigne l'absence à un poste qui est donc inoccupé : vacance d'un siège d'académicien, vacance du trône (à la suite d'une démission ou d'un décès, et pas parce que son titulaire est parti en vacances...)
• Quant aux vacances, au pluriel, elles sont désormais synonyme de congés.

Noter que, avec la préposition "en", il faut écrire "être / partir en congé (sans "s") ou en vacances (au pluriel)".


4- vacare : de ce verbe latin dérivent non seulement la / les "vacance/s", mais aussi "vacuum" / Vakuum, "vacuité" / Leere (on regrettera, exemple, la vacuité des propos de qn), "évacuer" / evakuieren, ou le terrain "vague" / brachliegendes Grundstück, unbebautes Gelände.

 

 

 

un tien(s)
vaut mieux que
deux tu l'auras

 

un poisson grec
et
des oiseaux latins

"Imposer un pass sanitaire à de nombreux secteurs de l'économie" risque d'avoir un effet contraire à celui qu'on espère : "clients comme commerçants pourraient (...) opter pour une maximisation des bénéfices à court terme [en ne présentant / contrôlant pas le fameux "sésame •• Zauberformel - la formule magique
qui donne accès à qc
••
"]. (...)  La perspective de mise en place du pass renforce l'idée qu'un tien (1) vaut mieux que deux tu l'auras." (article)


La morale de la fable "Le Petit Pêcheur et le Poisson" de Jean de La Fontaine, "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", est - comme beaucoup d'autres "leçons" du célèbre fabuliste - devenue proverbial •• sprichwörtlich •• e.

Résumé de la fable - Le carpillon •• kleiner Karpfen •• supplie •• anflehen •• le pêcheur de le relâcher •• freilassen •• : il est bien trop petit pour fournir "plus qu'une demi-bouchée •• Bissen •• ". Qu'il le laisse grandir et devenir une belle carpe, il pourra alors en tirer un bon prix.  Prudent, le pêcheur préfère se contenter de ce maigre - mais bien réel - butin •• Beute •• au lieu d'espérer un gain plus important mais très aléatoire •• zufallsbedingt, unsicher •• .


Au contraire, la journaliste citée ci-dessus critique ce raisonnement •• Überlegung •• à courte vue : elle craint que la rigueur •• Strenge •• des nouvelles contraintes sanitaires n'incite •• dazu animieren, verleiten •• consommateurs et acteurs de l'économie à les contourner •• umgehen •• , sacrifiant •• opfern •• ainsi un avenir plus prometteur (maîtrise de la pandémie, reprise •• Wiederaufschwung •• économique...) - mais forcément hypothétique - à des avantages financiers immédiats et plus sûrs.


Vous ne serez pas étonné d'apprendre que La Fontaine s'est  - une fois de plus - inspiré des œuvres des fabulistes de l'Antiquité. "Le Pêcheur et le Picarel" (2) d'Esope (620-564 av. J.-C.) a la même morale, mais l'aphorisme •• Sinnspruch, Aphorismus •• est différent.
Le pêcheur grec raisonne ainsi : "Je serais un sot •• Tor, Narr •• de lâcher le butin que j'ai dans la main, pour compter sur •• mit etw. rechnen, sich auf etw. verlassen •• le butin à venir, si grand soit-il".


Et - rendons à César •• gebt dem Kaiser, was des Kaisers ist (und Gottes, was Gottes ist)
Dans l'usage commun, l'expression a pris un sens plus général :
il faut attribuer un propos, une opinion ou une invention à son véritable auteur
••
ce qui est à César - c'est Gilles Corrozet, écrivain du XVIe siècle, qui a créé l'aphorisme sous sa forme actuelle "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras".

Pourtant, lui non plus, n'a rien inventé : il a adapté un proverbe espagnol cité par Cervantès dans Don Quichotte : " Más vale un 'toma' que dos 'te daré' " (Mieux vaut un 'prends' que deux 'je te donnerai').


Les trois morales sont formulées de manière assez générale : il est question •• es geht um… •• de "butin" chez Esope, de "prends" et "je te donnerai" chez Cervantes, de "tiens" et "tu l'auras" chez La Fontaine.

Dans la plupart des autres langues européennes, les proverbes correspondants reprennent la formulation "dans la main" présente chez Esope (mais absente du français). Cependant, ce n'est pas de poissons qu'il est question, mais d'oiseaux !
 

allemand : Besser ein Spatz in der Hand als eine Taube auf dem Dach
(mieux vaut un moineau dans la main qu’une colombe sur le toit)
anglais : Better one bird in the hand than two in the bush
(mieux vaut un oiseau dans la main que deux oiseaux dans le buisson)
espagnol : Más vale pájaro en mano que ciento volando
(mieux vaut un oiseau dans la main que cent oiseaux qui volent)
portugais : Mais vale um pássaro na mão que dois a voar
(mieux vaut un oiseau dans la main que deux qui volent)
• le proverbe italien reste dans le domaine aviaire mais précise Meglio l'uovo oggi che la gallina domani (mieux vaut un œuf aujourd’hui qu’une poule demain).


La référence aux oiseaux vient probablement de deux locutions latines :
Capta avis est melior, quam mille in gramine ruris (un oiseau capturé vaut mieux que mille dans l'herbe des champs
Est avis in dextra, melior quam quattuor extra (mieux vaut un oiseau dans la (main) droite que quatre en dehors).


Un autre proverbe français - "Mieux vaut tenir que courir" !  - résume de façon concise •• bündig, prägnant •• tous ces aphorismes, sans recourir à •• anwenden, zu etw. greifen •• une comparaison animale.

L'auteur de l'article conclut cependant son analyse avec une autre morale "zoologique", empruntée, elle aussi, à une fable de La Fontaine : "Trop de pass pourrait rappeler la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf : à trop •• wenn man zu sehr (etw. tut…) •• gonfler •• sich aufblähen •• , elle pourrait finir par exploser."


Finalement, c'est l'année ou jamais pour citer le célèbre fabuliste dont nous venons de fêter les 400 ans le 8 juillet 2021 !

 

     Pour être au courant

 

1- "tien" ou "tiens" ? Contrairement à l'orthographe conseillée par la plupart des dictionnaires, dans cet article, le mot est cité sans "s" final. Chez les "puristes", les avis sont partagés •• darüber scheiden sich die Geister •• :
• pour certains, il s'agit du pronom possessif (un "tien" = ce qui t'appartient) ;
• pour d'autres, c'est l'impératif du verbe "tenir" ("tiens" = prends), une interprétation apparemment confirmée par la version espagnole d'origine ('toma") ;
• d'autres affirment qu'il s'agit bien de l'impératif mais que, dans les premières éditions du recueil •• Sammelband, Sammlung •• de fables de La Fontaine, le mot était écrit sans "s", une forme héritée de l'ancien français. La forme au pluriel "Mieux vaut un tenez que deux vous l'aurez" attestée dans le dictionnaire franco-anglais de Cotgrave (1611) semble leur donner raison.


2- Le picarel (Spicara smaris) - Schnauzenbrasse en allemand - est une espèce de poissons commune en Méditerranée.

Voici le texte de la fable d'Esope (traduite par Emile Chambry, 1927) :
"Un pêcheur, ayant laissé couler •• untergehen, sinken •• son filet •• Netz •• dans la mer, en retira un picarel. Comme il était petit, le picarel supplia le pêcheur de ne point le prendre pour le moment, mais de le relâcher en considération de •• in Anbetracht, mit Rücksicht auf •• sa petitesse. « Mais quand j’aurai grandi, continua-t-il, et que je serai un gros poisson, tu pourras me reprendre ; aussi bien je te ferai plus de profit. - Hé mais ! repartit •• erwidern •• le pêcheur, je serais un sot de lâcher le butin que j’ai dans la main, pour compter sur le butin à venir, si grand qu’il soit."

 

 

 

ATTRAPE-
NIGAUD

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

"La loi anti LGBT d'Orban est un attrape-nigaud.
Ce texte provocateur a trois objectifs : mobiliser la droite conservatrice avant les élections [parlementaires hongroises du printemps 2022], diviser l’opposition, et détourner l’attention •• ablenken •• internationale de lois encore plus scandaleuses." (article)


Un nigaud •• Einfaltspinsel, Dummkopf •• , c’est une personne sotte, niaise, qui manque d’expérience et de jugement •• Urteilsvermögen •• . Pourtant, le terme nigaud n’a aucun lien étymologique avec "niais" (1).

Il est dérivé, avec ajout du suffixe péjoratif -aud, de Nicodème, personnage biblique.

L’Evangile selon Saint Jean rapporte trois interventions de Nicomède, l’un des premiers disciples. Bien que membre influent du Sanhédrin •• Sanhedrin. Autrefois : conseil à la fois politique et religieux,
et tribunal suprême d’Israël
••
, il pose au Christ des questions naïves. Jésus s’étonne de son ignorance : "Tu es docteur d’Israël et tu ne sais pas ces choses ?"
C’est donc le récit biblique qui est à l’origine de l’assimilation •• Gleichsetzung •• entre le prénom Nicomède (pourtant formé en grec ancien de nikê = victoire et dêmos = peuple) et la naïveté, voire la bêtise


Un attrape-nigaud, c’est un piège •• Falle •• , une ruse grossière •• plumper Trick •• qui ne peut tromper que les nigauds.

Et, au XVIIe siècle, quand le terme "nigaud" se répand, il désigne le plus souvent ceux qui sont considérés comme niais, bêtas, ce sont les paysans, comme le personnage de Niquedoüille imaginé par Cyrano de Bergerac dans sa comédie "Le Pédant joué" (1654) (2) : ce rustre ne parle que patois •• Dialekt •• et ne comprend pas le français, langue d’une élite très minoritaire alors.


C’est le même préjugé (paysan = nigaud) qui a donné naissance à l’équivalent d’attrape-nigaud en allemand, à savoir Bauernfängerei - qu’on pourrait traduire familièrement par "attrape-plouc" (3)

Le terme a commencé à se répandre à l’époque de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) : pour trouver des volontaires, les recruteurs •• Anwerber •• de mercenaires •• Söldner ••   n’hésitaient pas à saouler •• betrunken machen •• les paysans pour les enrôler •• anwerben ••  . Ainsi ils pouvaient plus facilement leur faire parapher un contrat de recrutement, que les signataires •• Unterzeichnender •• (le plus souvent analphabètes ou / et ivres •• betrunken •• ) étaient bien incapables de lire.

Au XIXe siècle, la pratique s’est répandue dans les milieux de la pègre •• Unterwelt •• dans les grandes villes : comme en France, l’industrie a besoin de main-d‘oeuvre •• Arbeitskräfte •• et c’est l’époque d’un exode rural •• Landflucht •• massif. Fraîchement arrivés dans les villes, ne connaissant le plus souvent que leur patois, les paysans sont une proie facile •• Freiwild •• pour les escrocs •• Betrüger •• de tout poil •• aller Art •• qui leur promettent monts et merveilles •• das Blaue vom Himmel versprechen •• pour mieux les arnaquer •• betrügen, hereinlegen •• .


Les escrocs et arnaqueurs du XXIe siècle ont adapté les attrape-nigauds aux nouveaux modes de vie et aux nouveaux médias, en particulier Internet : phishing ou hameçonnage, escroquerie à la loterie, arnaque sur les sites de rencontre, demande de "rançon •• Lösegeld •• "… Autant de •• lauter… •• pièges dans lesquels risquent de tomber ceux qui sont trop naïfs et / ou peu familiers des nouvelles technologies.

 

 

     Pour être au courant


1- niais 
: à l’origine (début du XIIIe siècle), cet adjectif se rapportait aux rapaces •• Raub-, Greifvogel •• (en particulier aux faucons) qui étaient encore au nid parce qu’ils n’étaient pas capables de voler •• flügge •• . Puis, il a désigné celui qui a un comportement gauche •• linkisch, unbeholfen •• , qui est sans expérience, avant de devenir synonyme de nigaud, niguedouille / niquedouille.

Du latin au français moderne : nidus (nid) → nidax, -acis "(oiseau, faucon) pris au nid" → nïés → niais


2-
Molière s’est inspiré du "Pédant joué •• zum Narren gehalten •• " de Cyrano de Bergerac pour écrire "Les Fourberies •• Streiche •• de Scapin", en particulier pour la réplique célèbre : "Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?"


3- plouc
est un terme familier et péjoratif qui désigne un paysan, une personne rustre •• rüpelhaft •• , qui manque de savoir-vivre •• Benehmen •• . C'est donc un Bauernlümmel, Rüpel.
• Selon certains linguistes, le mot serait apparenté à l’allemand "plump" qui signifie lourdaud, grossier, fruste, brut de décoffrage •• ungehobelt •• .
• Pour d’autres, il serait rattaché à l’anglais "ploughman", laboureur, et donc à l’allemand "Pflüger".
• Plouc pourrait également être une abréviation du nom des nombreuses (179 !) communes bretonnes commençant par plou- et ses variantes (plo-, plé-, pleu-, plu-), la plus connue étant Plougastel.

En effet, "plouc" apparaît à la fin du XIXème siècle pour désigner les paysans bretons : des années 1870 à la veille de •• kurz vor •• la Première Guerre mondiale, près de 200 000 Bretons avaient émigré à Paris dans l’espoir d’un avenir meilleur. Parlant souvent mal français et prêts à accepter les travaux les plus ingrats •• undankbar, mühevoll •• , ils constituaient une main-d’œuvre bon marché et étaient considérés comme arriérés •• rückständig •• par leurs maîtres et patrons •• Vorgesetzer, Arbeitgeber •• .

attrape-nigaud = attrape-plouc ? FrAu ModJo - 2020

 

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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