Le mot du jour franco-autrichien
 

  C O M M O D E

 

La commode est-elle dérivée de l'adjectif "commode" ou est-ce le contraire ?

Attention aux faux amis : "kommod" n'est pas forcément "commode" !

L'empereur de ce nom était-il "commode" ?

 

La commode est un meuble bas et large, muni de tiroirs. Elle fait son apparition (du moins dans les foyers aisés) à partir du début du XVIIIe siècle. Les gens de condition modeste continuent, eux, à utiliser le coffre (Truhe) qui est le "meuble à tout faire" depuis - presque - la nuit des temps (seit Urzeiten). Polyvalent, il servait à la fois d'armoire (à linge, à vaisselle), de huche à provisions (pour les céréales, par ex. : Mehl-, Korntruhe), de banc, et on l'emportait même en voyage.

C'est parce qu'il était beaucoup plus pratique, fonctionnel que le coffre où tout était entassé, souvent dans le désordre, que ce nouveau meuble à tiroirs a pris le nom de "commode".

 

En effet, l'adjectif "commode" est synonyme de "pratique" quand il se rapporte aux objets ; il signifie aussi "agréable" quand il désigne, par ex. une vie, une existence sans soucis.

L'allemand "Kommode" - pour désigner le meuble - a été emprunté au français au 18ème siècle.

L'adjectif "kommod" est un "austrianisme" ou un "bavarianisme" qui se réfère surtout au confort :
"Macht's euch kommod" peut ainsi se traduire par "Mettez-vous à l'aise", "Installez-vous confortablement". (1)

Il est aussi utilisé, comme le français, dans le sens de "pratique, facile" :
"Ausreden sind kommod..." : "les prétextes, c'est pratique, facile...".

Quand il qualifie des personnes, l'adjectif commode est employé le plus souvent à la forme négative. Quelqu'un qui n'est pas commode, est "difficile à vivre", il a "un sale caractère" : colérique, bourru (unwirsch, rauhbeinig), souvent de mauvaise humeur, c'est un personnage peu sympathique et pas du tout accommodant (umgänglich, verträglich).

 

"Commode" et "kommod" sont tous les deux dérivés du latin "commodus" (formé de "cum + modo") et signifiait à l'origine "conforme à la mesure". Puis, il a pris le sens de "approprié, qui convient", puis "utile, fonctionnel" pour qualifier les choses, et de "(qui est d'un caractère) agréable, accommodant", pour qualifier les personnes.

 

Et pourtant... Le dicton latin "nomen est omen" ne se vérifie pas toujours (sich bestätigen) !

Ainsi, malgré son prénom, l''empereur Commode n'avait pas la réputation d'être particulièrement commode !

Ses contemporains le décrivent comme un tyran mégalomane, cruel et débauché. (2)

Mégalomane, il l'était sûrement : il a rebaptisé la Ville Éternelle du nom de "Colonia Commodiana". Une appellation qui, pour nous, évoque plus la "Commedia dell' arte" - et ses comédiens / Komödianten - qu'un lieu agréable à vivre, et / ou la digne capitale de l'empire romain.

 

 

     Pour être au courant


1-
Les Précieuses ridicules de Molière appellent les chaises et fauteuils du nom ronflant (hochtrabend, großspurig) de "commodités de la conversation". Un terme qui peut prêter à confusion (zweideutig sein, Anlass zu Missverständnissen geben) puisque "les chaises percées" (Toilettenstuhl) faisaient aussi partie du mobilier (Louis XIV déféquait en public sur sa "chaise d'affaires"), et que "les commodités" étaient à l'époque un synonyme de "lieux d'aisance", ce que nous appelons aujourd'hui les toilettes.

 

2- Fils de Marc-Aurèle, Commode a régné de 161 à 192 après J.-C et il est considéré comme l'un des pires empereurs romains et l'un des rares (avec Néron ou Domitien) à ne pas avoir été divinisé après sa mort.

Nous possédons très peu d'informations biographiques fiables sur lui : les récits des historiens romains - issus pour la plupart de l'oligarchie sénatoriale - sont tendancieux. En effet, Commode s'était efforcé de diminuer les privilèges des sénateurs pour exercer un pouvoir absolu et s'attirer les faveurs de la plèbe.

     Macron à la lanterne... ou à la Lanterne ?

 

Quand la presse titre "Emmanuel Macron à la Lanterne", le journaliste ou le "stagiaire de service •• diensthabend •• " (souvent chargé de la "titraille •• ensemble des éléments entrant dans la composition d'un titre :
surtitre, titre, sous-titre ou accroche, intertitre, chapeau...
••
") doit apporter un soin tout particulier à l'emploi des majuscules et minuscules.

• En effet, le "macron" (avec une minuscule) est un signe diacritique. Cependant, s'il est combiné avec le prénom Emmanuel, le risque de confusion •• Verwechslung •• avec le patronyme du président français est très réduit ! D'ailleurs, la grande majorité des lecteurs ignorent l'existence de ce "macron •• Längestrich Überstrich •• " ou "accent plat" (1).

• Par contre, l'utilisation - ou non - de la majuscule pour écrire le mot "lanterne" joue un rôle capital •• ausschlaggebend; la capitale = la majuscule : Großbuchstabe •• (c'est bien le cas de le dire !)


Un article de presse intitulé "Emmanuel Macron à la Lanterne" (avec un "L" majuscule) annonce le séjour du Président de la République dans sa résidence secondaire de fonction •• Dienst… •• , contiguë •• aneinandergrenzend •• au parc du Château de Versailles. (2)

"Emmanuel Macron à la lanterne" aurait, par contre •• hingegen •• , un caractère insurrectionnel •• aufrührerisch •• . Tous les Français connaissent le chant révolutionnaire - de la même époque et presque aussi célèbre que la Marseillaise - : Ah ! ça ira, ça ira, ça ira / Les aristocrates à la lanterne / Ah ! ça ira, ça ira, ça ira / Les aristocrates on les pendra •• (auf)hängen •• ":


Les paroles de cette chanson ont été composées par un certain Ladré, ancien soldat et chanteur des rues, sur l'air  du " Carillon national", une contredanse •• Kontertnz, Strafzettel •• (3) très populaire à l'époque (une musique que - ironie du sort ! - la reine Marie-Antoinette aimait jouer sur son clavecin •• Cembalo •• ),

Le titre de la chanson aurait été inspiré par l'optimisme de Benjamin Franklin (4), venu à Paris pour représenter son pays au "Congrès des 13 colonies d'Amérique" qui s'y est tenu •• se tenir : stattfinden •• entre décembre 1776 et juillet 1785. Quand on lui demandait des nouvelles de la Guerre d'Indépendance contre la Grande-Bretagne, il répondait invariablement •• in stets gleichbleibender Weise •• - et dans un français approximatif •• gebrochen •• - "Ah, ça ira •• es wird schon… •• , ça ira..."


Comme pour la Marseillaise, il existe différentes versions de "Ah, ça ira..." A l'époque de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790 (censée •• das eigentlich tun sollte •• réconcilier •• versöhnen •• le peuple et le roi), l'optimisme régnait encore et les paroles du refrain étaient les suivantes :

"Ah ça ira, ça ira  / Pierrot et Margot chantent à la guinguette •• Schenke •• / Ah ! ça ira, ça ira, ça ira / Réjouissons-nous, le bon temps reviendra."

Ensuite, le texte a été transformé par les "sans-culottes •• révolutionnaires appelés ainsi parce qu'ils ne portaient pas de culotte = Kniehose, mais un pantalon •• " en un appel au lynchage des aristocrates et des membres du clergé. On observe un changement de ton progressif :
- de "L'aristocrate dit mea culpa, / Le clergé regrette le bien qu'il a / Tout trouble s'apaisera",
- on passe à des paroles plus menaçantes : "Ah ça ira, ça ira, ça ira  / Les aristocrates à la lanterne. / Ah ! ça ira, ça ira, ça ira  / Les aristocrates on les pendra / Le Despotisme expirera •• ablaufen, verscheiden, verschwinden •• / Nous n'avons plus ni nobles ni prêtres".


Durant les émeutes •• Aufstand •• de 1789 à 1793, de nombreux "coupables" ont été pendus à des cordes de réverbères (5), sans autre forme de procès •• ohne Gerichtsverfahren + kurzerhand;
ohne lange zu fackeln
••
. C'est à cette époque que la "lanterne" est devenue le synonyme de la justice populaire.


Cependant, ni Marie-Antoinette ni Louis XVI n'ont fini "à la lanterne" :

• d'une part, même si le bâtiment ainsi nommé se trouvait bien situé près de la ménagerie royale de Versailles, et si le couple royal le connaissait peut-être, puisqu'il a été construit en 1787, ce n'était alors qu'un modeste (toutes proportions gardées •• verhältnismäßig •• ...) pavillon de chasse ;

• d'autre part, le roi et la reine n'ont pas été pendus "à la lanterne", mais guillotinés (6). Ils ont été exécutés (respectivement en janvier et en octobre 1793) sur la Place de la Révolution (ancienne place Louis XV, devenue en 1795 Place de la Concorde) sous les yeux de la foule qui hurlait •• (hinaus)brüllen •• le "Ah, ça ira..."


Dans la version la plus radicale de la chanson, "l'Autrichienne" - surnom de Marie-Antoinette - était directement désignée à la vindicte populaire •• anprangern •• : "L'égalité partout règnera / Le brigand prussien tombera / L'esclave autrichien le suivra / Et leur infernale clique s'envolera."


Heureusement, entre 1793 et nos jours, les relations franco-autrichiennes ont eu le temps de s'améliorer (mais aussi de se dégrader, au moins à trois reprises, pendant les Guerres révolutionnaires et napoléoniennes, puis pendant les deux conflits mondiaux).

 

     Pour être au courant



1- les signes diacritiques
les plus courants sont en français les accents, le tréma, la cédille et les deux ligatures (c'est-à-dire "lettres soudées") : "œ", comme dans "œuf" et "æ", comme dans Lætitia (ou Letitia), curriculum vitæ, taenia (ou ténia)...

Le macron est une barre horizontale, placée le plus souvent au-dessus d'une voyelle pour indiquer qu'elle est longue. Il est parfois utilisé dans la presse comme "accent plat" pour accentuer les capitales et éviter ainsi les disgracieux •• unschön, ungraziös •• accents obliques (aigus ou graves) dans les titres. Par ex. : "ĒPIDĒMIE CONTRŌLĒE MAIS PAS TERMINĒE" au lieu de  "ÉPIDÉMIE CONTRÔLÉE MAIS PAS TERMINÉE".

En allemand - jusqu'au XXe siècle et en particulier en "Kurrentschrift" (ou "écriture cursive", très inclinée •• schräg •• , c'est la version manuscrite du "gothique") - on utilisait le "Längsstrich" en tant qu'abréviation d'une double consonne : par exemple "kom̄en" au lieu de "kommen", ou "nen̄en" ou lieu de "nennen".

 

2- lanterne, terme architectural. Le bâtiment de "La Lanterne", résidence présidentielle, doit probablement son nom au "lanternon" qui coiffait •• überragen, aufgesetzt sein •• le pavillon de la ménagerie royale toute proche et aujourd'hui disparue. Percée •• durchbrochen, durchbohrt •• de fenêtres, cette petite "lanterne" qui surmontait l'édifice permettait de lui apporter une lumière supplémentaire.

 

3- "contredanse" a deux significations : c'était autrefois une danse à figures, dansée en couples disposés en deux colonnes ou en carré - et qui donnera naissance au quadrille. Mais le mot est également un synonyme de "PV" (procès-verbal) ou "papillon", c'est-à-dire "contravention" (Strafzettel).

 

4- Benjamin Franklin (1706-1790) n'est pas seulement l'inventeur du paratonnerre •• Blitzableiter •• , il était aussi imprimeur, éditeur, écrivain, naturaliste et physicien, philosophe et moraliste, abolitionniste, diplomate et homme politique. Il est l'un des rédacteurs et signataires de la déclaration d'indépendance des États-Unis, ce qui fait de lui l'un des "Pères fondateurs des États-Unis".

 

5- Pendaison "à la lanterne" : les émeutiers trouvaient sur place tout le matériel nécessaire à ce lynchage. En effet, à l'époque de la Révolution, les lanternes n'étaient pas accrochées à des poteaux •• Pfosten, Pfahl •• comme les réverbères •• Straßenlaterne •• plus récents. (Pendaison "à la lanterne")

Elles étaient suspendues à une potence •• Strebe, Träger, Stütze + Galgen •• , fixée au mur à 5 mètres au-dessus du sol. Pour les nettoyer, une fois par jour, le falotier - nom de l'allumeur de réverbères (Laternenanzünder) - les faisait descendre puis remonter à l'aide d'une corde guidée par une poulie •• Seilscheibe, Laufrolle •• . Il pouvait les allumer à l'aide d'une longue perche •• Stange •• . En général, il n'avait pas à les éteindre, l'extinction •• (Aus-, Ver-)Löschen •• se faisait naturellement, lorsque le combustible •• Brennstoff •• (de l'huile à la fin du XVIIIe siècle) était épuisé.

 

6- La guillotine a été conçue •• entwickeln, entwerfen •• par le docteur Antoine Louis et s'appelle à l'origine "Louison" ou "Louisette". Mais le nom passé à la postérité •• überliefert •• vient du docteur Joseph-Ignace Guillotin qui a fait voter son adoption •• Verabschiedung •• - pour des raisons humanitaires - à l'Assemblée nationale constituante dès le début de la révolution - Elle remplace définitivement le gibet •• Galgen •• en 1792.

 

     Sel ou moutarde ?

Une question de goût... et de langue !

 

Après le second tour de l'élection présidentielle, Rachida Dati, maire du 7ème arrondissement de Paris et ancienne ministre, s'est exprimée sur les plateaux de télévision.


« Face à Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, elle a lancé un avertissement pour les législatives. (...) Nous [Les Républicains] sommes un parti de gouvernement. Aujourd'hui, il y a une possibilité d'avoir un vote enfin d'adhésion, pas par défaut." [sous-entendu : contrairement à Emmanuel Macron, candidat choisi par de nombreux électeurs seulement pour faire barrage à Marine Le Pen].

Clémentine Autain, députée de la France Insoumise, a ajouté son petit grain de sel, décrétant : "En réalité, il y a trois blocs : le bloc de la majorité, dont nous ne voulons plus, l'extrême-droite qui vient d'être battue ce soir, et un troisième bloc a émergé, celui de l'union populaire", [mettant ainsi Les Républicains dans le même sac que les partis d'extrême-droite]. De quoi faire monter la moutarde au nez de" Rachida Dati ! » (article)


"Mettre", "ajouter" son (petit) grain de sel - dans la conversation, dans un débat - c'est donner son avis sur une chose sans que personne ne l'ait demandé.

La variante "fourrer son grain de sel partout" est encore plus péjorative : c'est intervenir dans une discussion sans y être invité et, le plus souvent, compliquer les choses !

Dans l'exemple ci-dessus, la déclaration polémique de la députée LFI (à savoir que Les Républicains feraient partie du bloc d'extrême-droite, avec le Rassemblement National et reconquête) est une provocation pour sa concurrente et envenime (vergiften, verschärfen) le débat.


Pourtant, la locution latine qui est à l'origine de l'expression "ajouter son grain de sel" n'a rien de dépréciatif, au contraire ! Le "cum grano salis" que l'on trouve déjà chez Pline l'Ancien (1er siècle après JC) apporte du piquant (Reiz) à la conversation : ce "grain de sel" est une pointe d'esprit (1)


En français, considérer qc "avec un grain de sel" a ensuite signifié : ne pas prendre la chose trop au sérieux, rester sceptique ou ne pas prendre au pied de la lettre (nicht ganz wörtlich nehmen). La locution avait déjà une connotation moins valorisante que l'expression latine d'origine.


Pourquoi juste un "grain" de sel ? Ce produit - que ce soit du sel gemme (Steinsalz) ou du sel marin - est resté, pendant des siècles, une denrée très coûteuse qu'il fallait utiliser avec parcimonie (sehr sparsam) : jusqu'à la Révolution, c'était un produit de luxe. En effet - depuis le milieu du XIVe siècle - il faisait l'objet d'un monopole et d'un impôt spécial, la gabelle (Salzsteuer), qui ne sera aboli (abschaffen) que sous la Révolution. (2)


Pourquoi l'expression est-elle devenue péjorative ? Le sel, c'est comme les substances toxiques : c'est la dose qui fait le poison (3). Une pincée de sel peut apporter une saveur supplémentaire dans un mets - ou un peu de piquant, d'esprit à la conversation -, mais un abus de ce condiment peut tout gâcher, voire se révéler toxique pour l'organisme.


L'expression allemande correspondant à "mettre son grain de sel" s'explique aussi par un excès d'assaisonnement. Mais il s'agit ici d'un autre condiment, la moutarde.
Seinen Senf dazu geben
, c'est, en effet, faire des commentaires non désirés, donner des conseils superflus.


Jusqu'au XIXe siècle, la moutarde était un condiment beaucoup moins cher que le sel : d'une part, il ne faisait pas l'objet d'un impôt particulier, d'autre part, sa production était locale. La plupart des autres épices (comme le poivre, la noix muscade, le gingembre, le clou de girofle...) devaient être importées, souvent de très loin. C'était des produits de luxe. (4)


Ainsi, la moutarde était utilisée pour donner plus de saveur aux plats ou, parfois même, pour masquer le goût de certains mets (Gericht), pas toujours très frais (à une époque où on ne connaissait ni la boîte de conserve ni le réfrigérateur...). Les cuisiniers - et les aubergistes en particulier - utilisaient force (viel, eine ganze Menge) moutarde, sans demander leur avis aux convives. Et ce condiment ne se mariait (mit einander harmonieren) pas forcément avec tous les aliments... 

Il arrivait alors qu'un client, mécontent, sente "la moutarde lui monter au nez", c'est-à-dire qu'il commençait à s'énerver, que la colère le gagnait.


Ainsi, le "grain de sel" lancé dans la discussion par Clémentine Autain a eu le don de "faire monter la moutarde au nez" de sa collègue Rachida Dati, qui lui a aussitôt rappelé que le rapport de forces politique à l'Assemblée était actuellement nettement favorable aux Républicains : "Merci pour nous, hein. On existe à l'assemblée ! Il y a quand même plus de 100 députés !"

Ou, très exactement, 93 LR +  8 apparentés - Contre 17 députés de la France Insoumise.

Pour le moment... Car les prochaines élections législatives auront lieu à la mi-juin.

 

     Pour être au courant

 

1- sal, salis : le mot latin signifie "sel" au sens propre, mais aussi "esprit, finesse, plaisanterie" au sens figuré.


2- la gabelle
: créé en 1342 pour financer les dépenses de guerre (la France se trouve alors en pleine Guerre de Cent Ans), cet impôt sur le sel - "moult déplaisant au peuple" (sehr unangenehm), comme le reconnaissait le roi Philippe V le Long - devait être provisoire. (On connaît ce genre de promesse...!). En fait, il n'a été aboli qu'en 1790, puis rétabli sous le Premier Empire (1806-1815), puis à nouveau supprimé sous la 2ème République, en 1848. Réactivée par les différents régimes politiques qui se succèdent en France au cours du XIXe siècle, la gabelle n'a été définitivement supprimée par l'Assemblée Nationale qu'en 1945 !


3- "Tout est poison
et rien n'est sans poison ; la dose seule fait que quelque chose n'est pas un poison", selon Philippus Aureolus Theophrastus Bombastus von Hoheim, alias Paracelse... en moins "bombastique".
"Alle Dinge sind Gift, und nichts ist ohne Gift; allein die Dosis machts, dass ein Ding kein Gift sei."


4- Les premiers "épiciers" (mot attesté dès le début du XIIIe siècle) étaient souvent aussi apothicaires : les épices - venues du monde entier - dont ils faisaient le commerce étaient destinées non seulement à assaisonner les aliments, mais entraient également dans la composition de nombreux remèdes, d'aphrodisiaques...

I M M O L A T I O N

 

"Un homme a tenté •• versuchen •• de s'immoler par le feu, [le 22/04/22], près du Capitole à Washington." (article)

Malgré l'intervention •• Eingreifen •• de passants et l'arrivée rapide des secours •• Rettung, Hilfsdienst •• , l'homme, gravement brûlé, a succombé •• erliegen •• à ses blessures à l'hôpital.

 

Aujourd'hui, quand on parle d'immolation, il est sous-entendu •• als selbstverständlich vorausgesetzt •• qu'il s'agit d'un suicide par le feu, si bien que certains puristes prétendent •• (fälschlich) behaupten •• que l'expression "s'immoler par le feu" est un pléonasme. (1)

C'est faux car, à l'origine, immoler c'est "offrir en sacrifice" à une divinité : la victime (2) était un animal ou un humain, selon les époques et les cultures. Elle pouvait périr •• umkommen, ums Leben kommen •• aussi bien par l'eau (noyade •• Ertrinken •• ), par la terre (inhumation •• Beerdigung, Begrabenwerden •• vivante), le fer (avec une arme) - ou tout autre moyen - que par le feu.


L'origine du verbe latin "immolare" est d'ailleurs surprenante. En effet, il signifie littéralement "saupoudrer •• (mit Salz: sal, salis) bestreuen •• de farine salée consacrée". Ainsi, dans l'antiquité romaine, les vestales mettaient de la "farine salée" (mola salsa) sur le dos de l'animal qu'on allait sacrifier à la divinité.


Et chez les Gaulois ? Les aventures d'Astérix ne nous informent pas à ce sujet •• darüber •• , mais - selon les historiens - l'immolation était un rituel de suicide pour les guerriers qui ne voyaient pas d'autre issue •• Ausweg •• (en quelque sorte •• sozusagen •• le "hara-kiri à la gauloise") (3). Cela consistait •• darin bestehen •• à mettre le feu •• in Brand setzen •• à sa maison (sans ajout •• Zusatz •• d'hydrocarbures) et à se précipiter •• sich stürzen •• dans les flammes.

 

Et en Autriche ? Parmi les ""faits divers" curieux •• seltsame Lokalnachrichten •• , les historiens rapportent •• berichten •• que, en 1786, un paysan de la Haute-Styrie s'est immolé par le feu sur un bûcher •• Scheiterhaufen •• qu'il avait lui-même édifié •• errichten •• , pour protester contre un édit •• Erlass •• de l'empereur Joseph II qui supprimait •• abschaffen, streichen •• plusieurs jours fériés •• Feiertage ≠ jours ouvrables : Werktage •• . (4)

 

Ce n'est qu'au XIXe siècle que le terme "immolation" est devenu synonyme de "suicide par le feu" (bien que ce ne soit pas la définition "officielle" soit moins restrictive), avec le plus souvent l'aide d'un accélérateur de feu •• Brandbeschleuniger •• - par ex. l'essence •• Benzin •• , comme dans le cas du fait divers de Washington.

Par extension, "immolation" signifie "massacre", "tuerie" de victimes sans défense.

 

 

     Pour être au courant


 

1- l'allemand est plus précis et plus neutre : Selbstverbrennung (= suicide par le feu) n'évoque •• erinnern an, damit verbunden sein •• pas les pratiques sacrificielles antiques.


2- Opfer : victime ou sacrifice
?
le sacrifice : (sens propre) rituelle Gabe an eine Gottheit; (sens figuré) schmerzlicher Verzicht
- "Les socialistes prêts à faire des sacrifices aux législatives •• Parlamentswahlen •• " (article)
- Renoncer •• verzichten •• au chocolat, pour elle, c'est un gros sacrifice !

la victime : jemand, der durch etw. Schaden erleidet; der eine Missetat, etwas Schlimmes erdulden muss.
- Il est / Elle est victime de la jalousie •• Eifersucht •• de ses collègues.
- L'accident d'avion a fait de nombreuses victimes.


3- Le pétrole
était connu dès l'Antiquité : on pense que le fameux "feu grégeois •• griechisches Feuer •• " utilisé par les Byzantins pour incendier •• in Brand stecken, anzünden •• les navires ennemis en contenait.

Mais les hydrocarbures étaient inconnus des Gaulois : c'est seulement au XVIIIe siècle que les premiers puits de pétrole •• Erdölbohrloch (litt. "Brunnen") •• ont été creusés •• bohren •• en France, à Pechelbronn (littéralement : "puits de bitume") dans le Bas-Rhin (Alsace).


4- Sous le règne de l'empereur Joseph II, jours fériés ont été supprimés. En théorie... Parce que cette mesure, très mal acceptée par la population, n'a pu être appliquée que très partiellement. Jusque là, on comptait seulement 200 à 250 jours ouvrables par an (chiffre variable selon les régions). (article)

 

     L A P I N

 

"Qui a volé Schmoutzi ? Ce lapin géant des Flandres de 8 kg, mascotte du marché de Pâques de Colmar, a disparu dans la nuit de vendredi à samedi, malgré la présence d'un gardien." (article)

 

"Schmoutzi". Un drôle de nom pour un lapin, qu'il soit géant ou nain...
Pour les germanophones, cela évoque la saleté (Schmutz), mais pour les Alsaciens (et donc pour les habitants de Colmar - ou Colmariens), c'est un surnom affectueux puisqu'il signifie "bisou" (petit baiser). Autrement dit, en allemand, un Schmatz - et en autrichien un Bussi. (1)

 

Si la mascotte du marché de Colmar est un lapin et qu'on offre des lapins en chocolat à Pâques en Alsace, c'est parce que, selon la tradition germanique, c'est cet animal (ou plus exactement le lièvre) qui apporte les œufs de Pâques.
En France, la coutume est - ou "était" - plutôt d'offrir des cloches ou des poules en chocolat, garnies d'œufs (en sucre ou chocolat). (2)

"Était", car le lapin gagne du terrain (Boden gutmachen) dans l'Hexagone, tout comme le Sapin de Noël, la Couronne de l'Avent, les œufs colorés et le bouquet - ou "arbre" - de Pâques...

 

Ce "lapin" est vraiment un conquérant puisqu'il a évincé (verdrängen) (dès le XVe siècle) le "conin", mot qui désignait cet animal en français depuis le milieu du XIIe siècle.

"Conin" est dérivé du latin cuniculus (mot lui-même d'origine ibérique), tout comme le conejo espagnol, le coniglio italien, le coelho portugais, le konifl breton, le konijn néerlandais et, bien entendu, le Kaninchen allemand (composé de "kanin" + suffixe diminutif "-chen").

 

Alors, pourquoi le mot "lapin" a-t-il concurrencé puis fait disparaître le "connin" alias "connil" ? (3)

Le connin désignait non seulement ce lagomorphe (4), mais aussi les garennes (galeries souterraines creusées par le lapin)... et la vulve (Scham, Vulva) féminine : en effet, bien que le "connil" - alias "connin" - (qui vient de cuniculus) n'ait pas la même origine étymologique que le "con" ou "connin" anatomique (dérivé, lui, de cunnus), les deux mots ont été rapidement confondus, et cette assimilation est devenue la source de jeux de mots obscènes.

 

Les Français ne sont pas les seuls à avoir adopté un nouveau mot afin d'éviter les associations d'idées graveleuses (anstößig; schlüpfrig).

En anglais, le "coney" (emprunté à l'ancien français vers 1200), a cédé la place à "rabbit" au XVIIIe siècle. D'abord orthographié "rabet" en moyen anglais, le mot a été emprunté au wallon "robète". Aujourd'hui encore, en Belgique romane, on utilise trois mots pour désigner le lapin "robete, lapén et conén".

 

Le seul "survivant" de la famille de "cuniculus" en français est le mot savant "cuniculture" (ou "cuniculiculture" pour les amateurs de mots compliqués...) qui désigne l'élevage des lapins.

A propos d'élevage, Schmoutzi, le lapin ravi (entführt) - mais probablement pas "ravi" (entzückt, begeistert), quoique... (obwohl), il a peut-être été enlevé par des défenseurs de la cause animale - a été remplacé par un « nouveau spécimen, mis à disposition par un éleveur (...) mais les internautes n'ont pas manqué de remarquer qu'il n'avait pas vraiment le même gabarit (Größe, Wuchs) », nous apprend l'article de la voixdunord.fr.

 

 

     Pour être au courant


1- Selon les régions - et le registre de langue - les Français se font un schmoutz, un bisou, la bise, des poutous (dans le Midi de la France) ; ils se donnent un baiser, un bécot, un mimi (langage enfantin)...


2-
En France, traditionnellement, ce sont les cloches qui apportent les œufs de Pâques. Le Jeudi Saint (Gründonnerstag), les cloches s'envolent pour Rome, et leur sonnerie est remplacée par la crécelle (Rassel, Ratsche, Rappel, selon les régions) dans les cérémonies religieuses. A leur retour de la Ville Eternelle, dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques, elles survolent les jardins et y laissent tomber des friandises.


3a- "conin"
: on trouve aussi "connin", "conil" ou "connil".

3b- "lapin" est un terme très général désignant différents types d'animaux lagomorphes à longues oreilles, mais pas les lièvres. Pourtant, le mot est dérivé de "lapereau" (jeune lièvre), du latin lepus, leporis (lièvre / Hase).

3c- lagomorphe : ce mot savant signifie littéralement "aux oreilles molles, pendantes". Il est composé des éléments grecs lagarṓs (qui a donné le latin laxus : mou, lâche) + ous (oreille) + morphé (forme).


4- en latin, le mot cunnus était seulement employé dans son sens anatomique "d'organes génitaux extérieurs féminins", sans connotation grivoise (schlüpfrig, anzüglich). C'est de ce cunnus que dérivent également les mots "con" (à l'origine également employé au sens physiologique), "connard" (Ar**loch), "connerie", termes très vulgaires à l'origine, mais dont la connotation obscène s'est atténuée (abschwächen), car on a peu à peu oublié leur étymologie...

 

  pas de quoi pavoiser !

 

"Carton •• faire un carton : •• (1) des Bleus face à l'Afrique du Sud : Mbappé phénoménal, Giroud incontournable •• unumgänglich, unabkömmlich, nicht mehr wegzudenken •• ." (article)


L'équipe nationale de foot française, alias "les Bleus" ou "le Onze de France", a battu l'Afrique du Sud à plates coutures •• battre qn à plates coutures :
j-m eine vernichtende Niederlage bereiten; jn haushoch schlagen
••
, 5 à 0. Pas que quoi pavoiser, estiment la plupart des lecteurs qui commentent cet article dithyrambique •• überschwänglich, dithyrambisch •• .

D'une part, cette rencontre amicale •• Freundsschaftsspiel •• avait lieu à domicile •• match à domicile = Heimspiel
≠ match à l'extérieur : Auswärtsspiel
••
: les Bleus étaient donc en terrain conquis. D'autre part, l'équipe de foot d'Afrique du Sud est actuellement 68ème au classement FIFA, alors que la France est 3ème.
Cette victoire n'est donc guère significative.


Ce qui est plus intéressant, par contre, c'est l'origine du verbe "pavoiser •• frohlocken •• " qui signifie "triompher, manifester une fierté ostentatoire •• demonstrativ, prahlerisch, ostentativ •• " ou, en l'occurrence "chanter ou faire cocorico", "pousser des cocoricos", c'est-à-dire crier haut et fort •• laut und deutlich •• sa victoire.


A l’origine, pavoiser n'est pas une manifestation de triomphe, mais une manoeuvre de défense qui consiste à protéger le bord supérieur des bateaux avec des pavois, c’est-à-dire des boucliers •• Schild •• .

Tous ceux qui ont vu "Wickie et les hommes forts" connaissent l’image des drakkars •• Langschiff, Wikingerschiff •• vikings, dont le plat-bord •• Dollbord •• est défendu par une rangée de boucliers colorés.           

 



Les lecteurs d’Astérix, eux, ont en tête une autre image : celle du chef de la tribu •• Stamm •• porté sur son bouclier. Une erreur historique (2) d’ailleurs, car "hisser sur le pavois" le chef qu’on venait de choisir était une coutume germanique, qui ne sera introduite en Gaule par les Francs que cinq siècles plus tard.                          Abraracourcix porté sur le pavois →


Avec le temps, les pavois ont perdu leur fonction défensive : en signe de réjouissance •• zum Zeichen der Freude •• , par exemple après une victoire navale, on ornait le navire avec les pavillons •• Signalflagge •• et les pavois.

Par analogie, on utilise aujourd’hui "pavoiser •• beflaggen •• " au sens de garnir de drapeaux (des maisons, des bâtiments publics) à l’occasion d’une fête (par exemple pour le 14 juillet, fête nationale en France).

← fenêtre pavoisée pour le 14 juillet



Pavoiser, au sens figuré, c’est aussi "plastronner •• sich in die Brust werfen •• ", "se rengorger •• sich aufplustern •• " et - pour rester dans le domaine ornithologique (ou pas... comme on va le voir) - "se pavaner •• herumstolzieren •• ".

L’étymologie populaire a fait de "se pavaner" un mot dérivé du paon •• Pfau ; prononcer [ pɑ̃ ] •• . L’erreur est compréhensible car cet oiseau adore se pavaner en faisant la roue •• faire la roue : ein Rad schlagen •• . En réalité, le verbe vient de la "pavane", une danse lente et majestueuse en vogue aux XVIe et XVIIe siècles en Europe.

Le nom de cette danse vient de Padoue, Padova (nom dialectal : Pava → a la pavana = danse de Padoue).

Quant au mot "pavois", il dérive d’une autre ville italienne, Pavie, qui était au Moyen-âge un centre réputé de fabrication d’armes. Le "pavensis" était donc un bouclier fabriqué à Pavie.


Nous voilà bien loin du Grand stade de France (situé à Saint-Denis, au nord de Paris) et de la victoire française... puisque c’est à Pavie, en 1525, que François 1er a essuyé •• erleiden,, hinnehmen müssen •• une cuisante défaîte •• schmählich Niederlage, Schlappe •• contre les troupes impériales de Charles Quint.


Montrer une joie ostentatoire après une victoire et se réjouir de la défaite de l'adversaire - l'un étant souvent le corollaire •• logische Folge •• de l'autre - se dit en allemand "frohlocken", "jubilieren", "jauchzen", chacun de ces verbes exprimant une nuance de "pavoiser".

Frohlocken, c'est - littéralement - sauter de joie, autrement dit "exulter" (3). Le verbe locken (← lecken en moyen haut allemand) signifie "mit den Füßen ausschlagen, hüpfen".

Les verbes jubilieren et jauchzen y ajoutent une composante sonore : c'est pousser des cris de joie, manifester bruyamment son allégresse.

 

 

     Pour être au courant


1- faire un carton : il ne s'agit pas d'un carton rouge ou jaune sanctionnant •• bestrafen •• un joueur ; l'expression signifie : einen Riesenerfolg haben = remporter un grand succès.
Elle vient des fêtes foraines •• Jahrmarkt, Rummelplatz •• où l'on pouvait, au stand de tir •• Schießbude •• , viser des cibles •• Zielscheibe •• en carton et gagner un lot.


2- hisser le chef sur le pavois : cette erreur fait partie d'une longue liste d'incohérences et d'anachronismes - volontaires ou pas - relevés dans "Astérix". En voici quelques autres :

- violon : dans "Astérix le Gaulois", le barde Assurancetourix joue du violon, un instrument qui n'est apparu qu'au début du XVIe siècle (vraisemblablement à Cremona ou Brescia) ;
- brouette : dans "Astérix et les Goths", on découvre une brouette •• Schubkarre, Scheibtruhe •• , alors qu'elle n'a été utilisée en Europe qu'à partir du XIIIe siècle.
- menhirs : dans presque tous les albums, il est question de menhirs •• Hinkelstein •• (d'ailleurs Obélix exerce la profession de livreur de menhirs), alors que ces mégalithes ont été érigés •• aufstellen, errichten •• essentiellement entre 6 500 et 2 000 ans avant J.-C.
 

3- exulter : du latin ex(s)ultare : sauter, bondir, d'où "manifester vivement ses sentiments, sa joie".

 à prendre avec des pincettes... ou pas ?

 

"Ukraine : Vladimir Poutine, un chef de guerre mal informé ?
Informations à prendre avec des pincettes ou guerre d'intox •• gezielt verbreitete Falschinformation •• ?  Les services secrets américains affirment que les conseillers du président russe ont peur de lui et n’osent pas lui dire la vérité sur la situation militaire en Ukraine ou sur les répercussions •• Auswirkung •• des sanctions économiques en Russie." (article)


Lorsque des informations, données ou statistiques sont "à prendre avec des pincettes", cela signifie qu'elles sont sujettes •• sujet à caution : fragwürdig, fraglich •• à caution (1), qu'il faut les considérer avec précaution, circonspection •• Vorsicht, Bedacht •• et qu'on ne peut pas s'y fier •• se fier à : einer Sache trauen, sich auf etw. verlassen •• .

Elles sont donc "à consommer avec prudence" comme on dit en allemand (2).


Lorsque l'expression qualifie une personne - qui "n’est pas à prendre avec des pincettes" - cela signifie qu'elle est ou bien très sale ou bien d’une humeur épouvantable... et qu’il vaut mieux se tenir à distance !


Les pincettes dont il s'agit sont d'un autre calibre •• Format, Kaliber, Größe •• que celles destinées à l'épilation •• Haarentfernung •• ! L'ustensile auquel se réfère la locution sert à déplacer le bois dans la cheminée sans se brûler (Feuerzange) ni se salir. C’est de là qu’est née l'idée d’éviter le contact direct avec quelque chose ou quelqu’un de sale, de dangereux ou de désagréable. Et donc d’avoir un certain recul •• Abstand •• (au sens propre ou figuré du terme),


Autrement dit - et en allemand - "mit ihm ist nicht gut Kirschen essen".
Mais d'où vient cette expression pittoresque ? Attestée au Moyen-âge, elle est dérivée d'un proverbe, aujourd'hui oublié : "Mit hohen Herren ist nicht gut Kirschen essen: Sie spucken einem die Kerne ins Gesicht."
(Il ne fait pas bon manger des cerises avec les grands de ce monde. Ils vous crachent les noyaux à la figure.)


Autrefois, les cerises étaient un produit de luxe que seuls les gens aisés •• wohlhabend, bemittelt •• pouvaient se payer. Ils se rencontraient même pour en manger et, si un intrus •• ungebetener Gast, nicht dazu gehörige Personung •• - de condition inférieure - s'introduisait parmi eux, ils lui crachaient des noyaux de cerise dessus pour l'humilier et l'éloigner.

Selon une version encore plus ancienne de la locution, ce sont les queues de ces fruits que l'on lançait dans les yeux de l'importun. Ainsi, dans le recueil de fables illustré "Der  Edelstein", oeuvre du moine domicain Ulrich Boner (début du XIVe siècle à Berne), figurent les vers (Verse und nicht Würmer…) suivants : "wer mit in kirſen eʒʒen wil, dem werfent ſi der kirſchen ſtil" (wer mit ihnen - den hohen Herren - Kirschen essen will, dem werfen sie der Kirschen Stiel) (3).


Il existe cependant une différence notable entre cette expression allemande et la locution française : "il n'est pas à prendre avec des pincettes" se réfère à une mauvaise humeur passagère •• vorübergehend •• , à un accès •• Anwandlung •• de mauvaise humeur, alors que la personne avec qui "il ne fait pas bon manger des cerises" possède un mauvais caractère.


Nul ne sait vraiment ce qui se passe derrière les murs du Kremlin, mais il y a gros à parier •• man könnte eine Wette eingehen, es ist so gut wie sicher •• que - vu •• in Anbetracht "vu" n'est pas accordé ! •• la situation militaire en Ukraine et les répercussions des sanctions économiques en Russie - l'humeur du maître des lieux doit être exécrable •• être d'humeur exécrable : übelst gelaunt sein •• , et qu'il n'est probablement  "pas à prendre avec des pincettes".

 

 

 

     Pour être au courant


1- "caution" n'est pas utilisé ici au sens de garantie •• Bürgerschaft •• ou versement d'une somme d'argent, mais au sens que l'on retrouve dans le mot "précaution", c'est-à-dire - du latin "cautio" : précaution, prudence.


2- mit Vorsicht zu genießen
= bedenklich, suspekt, fraglich, nicht ganz astrein.


3- Ce recueil de fables d'Ulrich Boner est l'un des premiers livres à être imprimés en langue allemande, à Bamberg en 1461 (six ans après la Bible "de Gutenberg"), ce qui témoigne de la popularité de l'œuvre.

     Le grand écart : où il sera question d'un supplice et de spaghetti...

 

"Ménager la Russie tout en soutenant l'Ukraine, le grand écart de la diplomatie turque." (article)


Faire le grand écart, au sens figuré du terme, c'est arriver à concilier deux positions diamétralement opposées - ou du moins tenter d'y parvenir. Dans le cas de la Turquie, c'est "ménager la chèvre et le chou" (es mit keinem verderben wollen) : Ankara souhaite manifester son soutien à Kiev, sans pour autant brusquer Moscou (1).

Voilà un exercice qui réclame une grande souplesse et des talents d'acrobate :

- la souplesse est, en allemand comme en français, une qualité aussi bien physique (Gelenkigkeit + Geschmeidigkeit) que morale (Geschmeidigkeit + Anpassungsfähigkeit, Flexibilität) ;

- l'acrobate n'est pas seulement, au sens propre, un artiste qui exécute des exercices plus ou moins périlleux, c'est également, au sens figuré et généralement péjoratif, une personne qui se caractérise "par sa versatilité (Sprunghaftigkeit) d'opinion, de conduite, ou par son habileté à manier les choses et les êtres, à jouer avec les difficultés, à travestir la vérité" (selon la définition du CNRTL). Il rappelle par là le jongleur qui, lui aussi, est une personne habile à manipuler des objets (au sens propre) ou des êtres (au sens figuré).

 

Mais que viennent faire les spaghetti - alias "spaghettis" (2) - dans cette histoire ?
Eh bien, en allemand, le grand écart s'appelle Grätsche ou Spagat : Spagat et Spaghetti ont la même origine italienne, à savoir le mot "spago" (→ diminutif spaghetto) qui signifie "corde, ficelle" (→ petite ficelle).

Lors de l'exercice du grand écart, les jambes sont alignées selon un axe parallèle ou perpendiculaire au tronc (3). Cette position du corps est comparée métaphoriquement à une corde tendue / die Beine bilden eine gerade Linie wie eine Schnur.

 

L'allemand utilise la même métaphore que le français "faire le grand écart" pour exprimer la difficulté à concilier deux positions a priori incompatibles. Ainsi, la Frankfurter Allgemeine titre "Erdogans russischer Spagat - Der Krieg, den Putin in der Ukraine führt, bringt auch Recep Tayyip Erdogan in Bedrängnis." (article)


Tenter de résoudre ce problème, c'est en quelque sorte la quadrature du cercle. C'est être écartelé (hin- und hergerissen) entre deux termes d'une alternative qui se révèle insoluble et qui peut vous "mettre au supplice" (quälen, peinigen).


Avant de prendre le sens figuré de "tirailler", le verbe "écarteler" signifiait (au sens propre et à partir du XIIe siècle) démembrer un condamné - c'est-à-dire lui arracher bras et jambes - en le tirant par les quatre membres, à quatre chevaux.

En effet, le radical "écart" du verbe "écarteler" vient bien de "quart, quartier" (du latin "quartus"). L'équivalent allemand est encore plus explicite : "vierteilen", c'est "diviser, partager en quatre".

 

     Pour être au courant


1-
Reste à savoir quel pays, dans ce dilemme, représente la chèvre et l'autre le chou !
En Russie, c'est l'ours qui est un symbole national, tandis qu'en Ukraine le tournesol, fleur emblématique du pays (qui assure - ou assurait... - plus de la moitié des exportations mondiales d'huile de tournesol), est devenu le symbole de la résistance et de la solidarité face à l'invasion russe.


2 a- le grand écart facial (Seitspagat ou Herrenspagat) : avec une jambe de chaque côté du tronc et dans le même alignement.

2 b- le grand écart latéral (Querspagat ou Frauenspagat) : avec une jambe devant et une jambe derrière, perpendiculairement au tronc.



3- acrobate
, attesté en français à partir de 1751 - et passé en allemand au début du XIXe siècle - vient du grec akróbatos qui signifie "qui marche sur la pointe des pieds / auf Fußspitzen gehend".


4- nouvelle orthographe des spaghetti :
- en français, selon la réforme orthographique, le mot (pluriel) doit désormais s'écrire avec un "s" final, donc spaghettis.
- en allemand, selon la neue Rechtsschreibung, il s'orthographie "Spagetti".


5 a- Sous l'ancien régime en France, le supplice cruel de l'écartèlement était réservé aux régicides (Königsmörder). Quelques exemples :

- Sebastiano de Montecuculli, commissaire de Charles Quint, est écartelé en 1536 : il est soupçonné d'avoir empoisonné le fils aîné de François 1er ;
- Jacques Clément, religieux dominicain, est écartelé (ou du moins son cadavre) pour avoir assassiné le roi Henri III en 1589 ;
- François Ravaillac, assassin du roi Henri IV, meurt écartelé en place de Grève (future Place de l'Hôtel-de-Ville) en 1610 ;
- Robert François Damiens subit le même supplice en 1757, bien que sa tentative d'assassinat du roi Louis XV ait échoué.

L'écartèlement a été aboli sous la Révolution en 1791.

5 b- En Autriche, le supplice de l'écartèlement semble avoir été plus rare : les condamnés étaient plutôt pendus, noyés ou décapités. Mais, en 1463, Wolfgang Holzer, maire de Vienne, a été écartelé pour tentative de putsch.

 

     le SUNION, oignon garanti anti-larmes,
vient d'arriver en Europe. Une révolution ?


Le choix du nom de cette nouvelle variété - résultat de plusieurs croisements •• Kreuzung •• et de trois décennies de recherches - est en quelque sorte un retour aux sources •• Rückkehr zu den Ursprüngen •• ...., non pas à la plante sauvage - pas encore modifiée par des siècles de culture - mais à l'étymologie du mot.


En effet, l'anglais onion, emprunté au XIIe siècle à l'ancien français oingnum devenu "oignon" - puis "ognon", selon la réforme orthographique de 1996 (1) - vient du latin populaire unionem (accusatif de unio), mot dérivé lui-même de unus (un), parce que - à la différence de l'ail •• Knoblauch •• qui a plusieurs gousses •• Zehe •• - l’oignon est constitué d’un bulbe •• Knolle •• unique.


Dans la Gaule du Nord, le latin populaire unionem (→ unnium → oingnum → oignon en français moderne) a supplanté •• verdrängen •• le latin classique cepa (2). Cela n'a pas été le cas dans les autres langues romanes
- où l'on emploie : ceba (en occitan et catalan), ceapă (en roumain),
- ou bien où l'on utilise un diminutif de "cepa" : cebolla (en espagnol), cebola (en portugais) et cipolla (en italien).
- On retrouve cette parenté •• Verwandtschaft •• avec le latin "cepa" dans les mots ciboule •• Schnittzwiebel •• et ciboulette •• Schnittlauch •• , termes qui sont tous les deux d’origine provençale.


C'est également de ce "cepa" latin que dérive - par l'intermédiaire de l'italien "cipolla", assez déformé - le mot Zwiebel (← zwibolla en ancien haut allemand) : il a été interprété, à tort •• fälschlich, zu Unrecht •• , comme un mot composé de "zwie" + "bolle" ou zweifache Bolle (littéralement "double bulbe", ce qui est scientifiquement erroné •• falsch •• ). Le mot Bolle est une variante de Knolle, große Zwiebel.

 

La nouvelle appellation "sunion" rappelle donc le "unionem" latin à bulbe unique, mais possède également - pour des raisons de marketing - des connotations valorisantes •• aufwertend •• : "sun" évoque une plante potagère •• Gemüsepflanze - le potager : Gemüsegarten •• gorgée de soleil •• von der Sonne verwöhnt, "durchtränkt" •• de soleil, tandis qu' "union" souligne que c'est grâce au croisement "naturel" (affirme BASF qui l'a mis au point) de différentes variétés d'oignon que cette création combine •• vereinigen, verbinden •• plusieurs qualités : pas de dégagement •• Entwicklung, Ausscheidung •• de sulfoxyde de propyle (une molécule contenant du soufre •• Schwefel •• ) au moment de l'épluchage •• Schälen •• , une saveur sucrée, pas d'acidité •• Säure •• .              

 

Reste à savoir si •• die Frage ist noch, ob •• ces "sunions" vont convaincre les consommateurs...
Pour le moment •• derzeit, vorerst •• , ils sont commercialisés •• vermarkten, vertreiben •• seulement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne : au prix de (l'équivalent de) 60 centimes l'unité •• pro Stück •• . Cet "aliment du pauvre" (3) devient presque un produit de luxe !
Quant à leur goût, selon le quotidien américain The Washington Post, ces oignons auraient peu d'intérêt •• ziemlich uninteressant sein, wenige Vorteile haben •• : très sucrés, ils n'ont pratiquement pas d'odeur et sont "presque sans saveur".

 

Autrement dit, pour mériter des oignons "goûtus •• schmackhaft •• ", il faudra continuer à verser des larmes... ou utiliser l'une des astuces •• Trick •• (aussi nombreuses qu'inefficaces) proposées dans les livres de cuisine et les magazines féminins : utilisation d'un couteau bien aiguisé •• scharf •• , épluchage sous un filet d'eau froide, port de lunettes de ski, bougie allumée, jus de citron sur la lame •• Klinge •• du couteau, aération •• Lüften •• de la pièce ou épluchage en plein air  - j'en passe et des meilleures •• und was weiß ich sonst noch alles;
und das ist bei weitem noch nicht alles!
••
...

 

     Pour être au courant


1- oignon ou ognon ? Depuis la réforme orthographique de 1990, il est recommandé d’écrire ognon, sans "i" intermédiaire, une graphie qui correspond à la prononciation "o-gnon" [ɔ ɳ ɔ̃]... mais qui n’a pas encore été vraiment adoptée par les Français qui, c'est bien connu, ont un côté "Gaulois réfractaire •• widerspenstig, afsässig •• " - dénoncé •• anpragern •• par E. Macron.


2- le champignon nommé cèpe (Steinpilz) n'a rien à voir avec "cepa" (oignon) : il est apparenté au cep de vigne •• Rebstock •• !


3- Le poète chilien Pablo Neruda lui a consacré •• widmen •• une Ode (Oda a la cebolla)

"La tierra así te hizo, cebolla, clara como un planeta, y destinada a relucir, constelación constante, redonda rosa de agua, sobre la mesa de las pobres gentes. (...) Y al cortarte el cuchillo en la cocina sube la única lágrima sin pena. Nos hiciste llorar sin afligirnos."

(La terre t'a ainsi fait, oignon, clair comme une planète et destiné à briller, constellation constante, rose d'eau ronde, sur la table des pauvres (...) Et quand le couteau te coupe dans la cuisine, la seule larme monte sans douleur. Vous nous avez fait pleurer sans nous affliger.)

  une idée saugrenue

 

Nouvelle idée saugrenue ou juste blague de géopolitique ? Donald Trump s’est exprimé [le 5/3/22] sur la situation en Ukraine et a suggéré que la prochaine étape pour les États-Unis était de bombarder la Russie avec des avions F-22s américains parés du drapeau chinois. (...) « Comme ça nous disons que la Chine est responsable, que nous n’avons rien fait, ensuite ils se battent l’un contre l’autre (...) ». Alors, vraie proposition ou boutade (Scherz) ? Le WashingtonPost rappelle "que les avions F-22s ne sont pas utilisés par l’aviation chinoise. Le véritable coupable serait donc rapidement démasqué." (article)


Une idée saugrenue, c'est une pensée, une proposition inattendue qui surprend par sa bizarrerie.
L'adjectif possède aujourd'hui une connotation plutôt péjorative : ce qui est saugrenu est extravagant (littéralement : "errant" en dehors des "voies normales", "déviant"), ou même absurde, conçu par un esprit détraqué (übergeschnappt, verrückt).

Pourtant, à l'origine (au XVIe siècle), le terme, composé de "sau" (1), forme dialectale de "sel", et de "grain", possède un sens positif. Il définit ce qui est "piquant", amusant, ce qui possède le fameux "grain de sel", ce trait d'esprit qui "assaisonne" (schmackhaft machen) ou "pimente" (Würze verleihen) des paroles ou des écrits - qui sans cela seraient insipides (fade, schal).


Parmi les équivalents allemands, on trouve
• "hirnrissige Idee" : qui ne peut avoir été conçue que dans un cerveau "fêlé", ou
• "hirnverbrannte Idee" : qui correspond à l'anglais "harebrained idea", c'est-à-dire imaginée par un "cerveau brûlé" (2)


Cette idée "crazy", cette "verrückte Idee" (3) émise par l'ex-président des Etats-Unis peut être également qualifiée de "loufoque", un mot qui n'a rien à voir ni avec le loup, ni avec le phoque (Robbe), mais qui est tout simplement une déformation de l'adjectif "fou" en largonji (4).

 

Cette idée saugrenue se dit aussi "Schnapsidee", un terme tout aussi péjoratif.
On s'éloigne là du domaine de la boucherie et des salaisons (Pökelware) pour aborder la sphère des spiritueux (sans pourtant quitter celle de l'esprit puisque le mot "spiritueux" vient, lui aussi, de "spiritus", Geist + Alkohol).

Le terme suggère que cette idée bizarroïde est née dans l'esprit d'une personne au cerveau embrumé (benebelt) par la consommation d'eau-de-vie (Schnaps, Branntwein) - ou d'un autre alcool. Une "Schnapsidee" est donc un projet qui peut paraître génial sur le moment mais qui se révèle souvent absurde lorsque la personne en question a repris ses esprits après avoir "cuvé son vin" (seinen Rausch ausschlafen) et une fois débarrassée de sa "gueule de bois" (Kater). Encore faut-il (allerdings...) qu'il ne s'agisse que d'un "égarement" (Verirrung, Verwirrung) passager...


Il est bien connu que Donald Trump ne boit jamais d'alcool. L'idée de "bombarder la Russie avec des avions américains parés du drapeau chinois" n'a donc pas germé (aufkeimen) dans un cerveau embrumé par la boisson. Il s'agit dont peut-être d'une proposition aussi "sérieuse" que la recommandation d'ingérer du désinfectant (genre Eau de Javel) pour lutter contre le Coronavirus !

 

     Pour être au courant

 

1- Le radical "sau" n'a rien à voir avec "Sau" (la truie en allemand), même si les "cochonnailles" (produits à base de viande de porc) comme "saucisse" et "saucisson"  font partie la famille des salaisons, tout comme "saumure", "saupiquet"...
Ainsi, "saupoudrer" (bestreuen) signifie "parsemer de sel". Les expressions courantes "saupoudrer de sucre" ou "de farine" sont donc, étymologiquement, fautives !


2- L'expression "cerveau brûlé / tête brûlée", à l'origine de l'allemand "hirnverbrannt", possède aujourd'hui un sens un peu différent, à savoir : exalté, qui recherche le risque, casse-cou (mais "casse-cou" rime avec "fou"...)


3- dérangé, verrückt, crazy
:
• selon etymonline, "crazy vient du verbe to crase (shatter, crush, break to pieces : briser, mettre en pièces), lui-même dérivé de l'ancien français "crasir" (de même sens), qui a donné "écraser" en français moderne.
• Le sens figuré ("fou, dément") apparaît à la fin du XVe siècle : ce qui est écrasé, brisé est "dérangé" au sens propre du terme, puis au sens figuré.
• En allemand, l'adjectif "verrückt" a connu une évolution sémantique comparable : "déplacé" → "dérangé" = "gestört", "durcheinandergebracht", puis "geistesgestört", "nicht ganz richtig im Kopf".


4a- le largonji
est un procédé utilisé en argot à partir du XVIIIe siècle, et particulièrement utilisé chez les bouchers.
"Loufoque" a été popularisé au XXe siècle par l'humoriste Pierre Dac, autoproclamé "roi des loufoques" et... fils de boucher. Il n'est cependant pas l'inventeur du mot.

4b- Le largonji consiste à déformer un mot - pour le rendre plus difficilement compréhensible aux "non-initiés" - en remplaçant la consonne initiale de sa première syllabe (ou de la deuxième si le mot commence par une voyelle) par la lettre "l", puis à la restituer à la fin du mot et à la faire suivre d'un suffixe de son choix (-é, -em, -ès, -i, -ic, -oc, -uche...)
Exemples :                               • jargon → LargonJi
• merci → LerciMuche            • boucher → LoucherBem         
• café → LaféQUès                 • en douce → en LouceDé

     dans un mouchoir de poche...


Selon un sondage BVA publié le 3 mars, "avec 29% d'intentions de vote au premier tour [de l'élection présidentielle], Emmanuel Macron devance de plus en plus ses adversaires. (...) Derrière, la bataille se poursuit entre la candidate de droite [Valérie Pécresse] et les deux prétendants de la droite nationaliste [Marine le Pen et Éric Zemmour]. «Compte tenu des marges d'erreur, ces trois candidats sont en réalité dans un mouchoir de poche pour la bataille pour la deuxième place», observe BVA." (article)

 

L'expression "dans un mouchoir de poche" est un calque de l'anglais "in a handkerchief" et possède la même signification. Empruntée au monde de l'hippisme, elle est utilisée en français depuis 1921 et qualifie à l'origine des écarts très serrés entre les chevaux sur la ligne d'arrivée. 

Aujourd'hui, par extension, elle désigne une fin de compétition (qu'elle soit sportive, politique ou autre) où il est difficile de départager les concurrents qui sont pratiquement au même niveau.

On peut aussi dire qu'ils sont "au coude-à-coude" ou, en allemand, "es ist ein Kopf-an-Kopf Rennen", expression à ne pas confondre avec un "tête-à-tête" !

 

Il n'y a pas loin de la tête au nez... et au mouchoir (1). Bien le nom de cet accessoire dérive du latin "mucus", à savoir "morve" ou sécrétion nasale (Rotz, Nasenschleim), il n'est pas - du moins à l'origine - destiné à se moucher, c'est-à-dire (selon la définition du CNRTL) à "débarrasser le nez des mucosités - autrement dit de la morve - qu'il contient en pratiquant une forte expiration".

La réplique célèbre de "L'Avare" de Molière : "Qui se sent morveux (, qu'il) se mouche !" témoigne de l'utilisation du verbe dans ce sens, mais ne prouve en rien l'utilisation d'un mouchoir en 1668 (2).

 

En effet, lorsque le mot "mouchoir" est attesté pour la première fois en français (vers 1460 et sous la forme "mouchouer"), il se définit comme un carré d'étoffe porté autour du cou ou sur la tête - ce qui correspondrait plutôt au foulard actuel - et il n'est pas destiné à "débarrasser le nez de ses mucosités".

En effet, jusqu'au XXe siècle, la grande majorité des Européens - et pas seulement les "gens du peuple" - continuent à se moucher dans leurs doigts ou dans leur manche, comme c'est la coutume depuis des siècles, voire des millénaires (3).

 

Erasme (1455-1536) semble être l'exception qui confirme la règle. Mais il a beau posséder une trentaine de mouchoirs (d'après l'inventaire de ses biens après décès) et en recommander l'usage dans "La Civilité puérile" (1530), son exemple n'est guère suivi : "Se moucher avec son bonnet ou avec un pan de son habit est d'un paysan ; sur le bras ou sur le coude, d'un marchand de salaisons. Il n'est pas beaucoup plus propre de se moucher dans sa main pour l'essuyer ensuite sur ses vêtements. Il est plus décent de se servir d'un mouchoir, en se détournant, s'il y a là quelque personne honorable."

 

Lorsque l'usage du mouchoir - au sens moderne du terme - commence à se généraliser au XIXe siècle, on fait la distinction en français entre mouchoir "de col" ou "de tête" et mouchoir "de nez".

 

Le nom anglais du mouchoir "handkerchief" (mot attesté en 1520, 10 ans avant la parution de "La Civilité puérile d'Erasme") confirme l'ancienne utilisation de l'objet : en effet "kerchief", pièce d'étoffe couvrant la tête, est dérivé de kovrechief (début du XIIIe siècle : "piece of cloth used to cover part of the head") ← de courchief (anglo-normand), ← lui-même emprunté à l'ancien français "couvrechief", autrement dit, en français moderne, "couvre-chef" ("chef "étant employé au sens de "tête" : Kopf, Haupt).

Ce n'est qu'à partir du XVIe siècle qu'on distingue entre le "kerchief", mouchoir de tête, et le "handkerchief", mouchoir de nez que l'on glisse dans sa poche ou dans un pli de son vêtement, et que l'on prend dans sa main pour se moucher. Néanmoins, son utilisation est alors aussi peu répandue outre-Manche que sur le continent.

 

Au Japon, où se moucher dans un lieu public est - encore aujourd'hui - considéré comme un signe de manque d'éducation, le mot mouchoir est un calque (phonétique) de l'anglais handkerchief, à savoir "hankachi". C'est donc un lointain (et méconnaissable) descendant du français "couvre-chef" !

 

En allemand, le mot "Taschentuch" n'est attesté qu'au début du XIXe siècle ; assez neutre lexicalement, puisqu'il n'indique aucune partie du corps ou son usage, il est défini comme "kleines, in der Tasche eines Kleidungstücks oder in der Handtasche zu tragendes Tuch zum Naseputzen". Les synonymes familiers de Taschentuch sont, par contre, plus expressifs : Rotzlappen, Rotzfahne, ce qu'on appelle en français un "tire-jus" (mot qui appartient également au registre familier).

 

Les candidats à la présidence de la République, qui se tiennent aujourd'hui "dans un mouchoir de poche", "ne se mouchent pas du coude" ni "du pied" (sich für wichtig halten) et probablement pas dans leurs doigts non plus.

Il est tout aussi probable qu'ils n'utilisent pas de mouchoirs en tissu, mais des "kleneex", autrement dit des mouchoirs en papier. Le nom de marque est devenu nom commun (4).

 

     Pour être au courant


1-
la mouche, le mouchard et le mouchoir
Contrairement aux apparences, ces trois mots n'ont aucun lien étymologique :
• "mouche" vient du latin "musca". L'allemand Fliege et l'anglais fly sont, eux, dérivés du gothique  fleugōn (voler) ;
• le "mouchard", dénonciateur, espion, indic, doit son nom à l'inquisiteur Antoine de Mouchy qui, pendant les Guerres de Religion du XVIe siècle avait organisé un réseau d'informateurs chargés de traquer les Réformés ;
• le mouchoir, lui, vient du latin muccus, la morve (Rotz), une variante de mucus (Schleim / sécrétion de certaines glandes qui recouvre les membranes muqueuses).


2-
Extrait de l'Acte I, scène 3 de L'Avare de Molière
Harpagon fouille les poches de son valet, La Flèche, parce qu'il le soupçonne de l'avoir volé.

Ce dernier, à voix basse : "La peste soit de l'avarice et des avaricieux !" (Geizkragen).
Harpagon : Mais qui est-ce que tu entends par là ?        
La Flèche : Est-ce que vous croyez que je veux parler de vous ?
Harpagon : Je crois ce que je crois ; mais je veux que tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela.
La FLèche : Je ne nomme personne.
La Flèche poursuit, à voix basse : Qui se sent morveux se mouche !

Le sens de la locution, devenue proverbiale, est le suivant : "Si l'on se sent visé par quelque chose, c'est vraisemblablement parce que l'on est concerné". L'équivalent en allemand : Wen's juckt, der kratze sich.


3- Les Romains de l'Antiquité utilisaient par exemple différents morceaux d'étoffe dans un but hygiénique
• par ex. le sudarium  - de sudor (la sueur) -  destiné à éponger la sueur,
• ou l'orarium - de os, oris (la bouche) - pour s'essuyer la bouche,
mais pas le mouchoir "de nez".


4- "kleenex" désigne - par antonomase - un mouchoir en papier : le nom propre (ici une marque américaine) est devenu nom commun.
Autres exemples : harpagon (avare), tartuffe (hypocrite), bic (stylo à bille), scotch (ruban adhésif), sopalin (essuie-tout), frigo, frigidaire (réfrigérateur), poubelle (conteneur à ordures), etc.

 

     de Kyiv aux Philippines...

avec une pensée attristée pour les habitants de Kyiv (1) et de toute l'Ukraine


Philippe, un prénom royal, "à cheval" sur plusieurs cultures et plusieurs siècles


De nombreux souverains - de l'Antiquité à nos jours (2) et dans de nombreux pays - ont porté ou portent encore ce prénom.

Le premier roi d'Europe occidentale ainsi prénommé est Philippe 1er, roi de France au XIe siècle : il doit son prénom à sa mère, Anne de Kiev, fille de Iaroslav le Sage et petite-fille de Vladimir le Grand, grand-prince de Novgorod et de Kiev.

Pourquoi Henri 1er est-il allé chercher une épouse aussi loin ? Son père, Robert II (fils de Hugues Capet) avait été excommunié par le pape pour avoir épousé en secondes noces une cousine au 3ème degré : le mariage a été dissous pour cause de consanguinité. Devenu veuf, et pour ne pas reproduire l'erreur paternelle, Henri 1er envoie une ambassade dans la lointaine principauté de Kiev pour demander la main d'Anne, fille de Iaroslav le Sage (3).

Leur fils Philippe, né en 1052, devient ainsi le premier roi de France qui ne porte pas un prénom d'origine germanique : ses prédécesseurs s'appelaient Clovis (alias Louis), Thierry, Dagobert, Raoul, Eudes, Charles (alias Karl), Robert, Henri, Hugues...


Pourquoi avoir choisi ce prénom, courant dans le monde grec et orthodoxe, mais inconnu jusque là dans le monde occidental ? Selon certaines généalogies (erronées...), ce serait un "prénom de famille", Anne de Kiev ayant pour lointain ancêtre Philippe de Macédoine, père d'Alexandre - tous deux connus pour leur passion pour les chevaux (4).


Au cours des siècles, ce prénom a été porté par des empereurs romains, byzantins, germaniques, des rois de France et d'Espagne, des princes de Savoie, de Navarre, de Grèce, de Grande-Bretagne...

Mais - curieusement - pas chez les Habsbourg d'Autriche.


La branche espagnole des Habsbourg, par contre, est doublement "philipienne" :

· d'une part grâce à Marie de Bourgogne : dernière héritière du duché, elle épouse Maximilien 1er de Habsbourg et choisit de prénommer leur fils Philippe, en souvenir de ses ancêtres bourguignons (5). Ce dernier accède au trône d'Espagne en épousant Jeanne (dite la Folle) qui est la fille d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon et donc l'héritière du trône d'Espagne. Il règne sous le nom de Philippe 1er le Beau. Son petit-fils (né de l'union de Charles Quint avec Isabelle de Portugal) est Felipe II. Il est suivi par Felipe III, Felipe IV puis Carlos II qui meurt sans descendance : c'est le dernier représentant des Habsbourg sur le trône d'Espagne.

· D'où un changement dynastique au début du XVIIIe siècle : Philippe V de Bourbon, petit-fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse "d'Autriche" (en réalité de la branche espagnole des Habsbourg...) accède au trône d'Espagne. Ce qui explique les nom et prénom de l'actuel roi d'Espagne, Felipe de Bourbon.


Et les Philippines ?

Le premier Européen à mettre le pied sur l'archipel en 1521 (et à y mourir 42 jours plus tard) est Fernand de Magellan, explorateur portugais mais voyageant pour le compte de l'empereur Charles Quint. Les îles sont "baptisées" Philippines en l'honneur de l'infant d'Espagne, le futur roi Philippe II d'Espagne.

Elles ont conservé leur nom (Pilipinas en philippin) jusqu'à aujourd'hui,

- malgré les deux guerres américano-philippines (1898 et 1899) qui se sont soldées par la vente de l'archipel aux Etats-Unis pour 20 millions de dollars et une politique intensive de "déhispanisation",

- malgré l'occupation japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale

- et malgré l'indépendance, obtenue en 1946.

Colonisation, occupation, intervention militaire d'une puissance étrangère, vente sous la contrainte, acculturation forcée... Une histoire mouvementée qui nous ramène à l'actualité tragique du conflit ukraino-russe.

 

     Pour être au courant

 

1- Kyiv (Київ en cyrillique) est le nom ukrainien de la capitale de l'Ukraine. Kiev est son nom russe.


2-
Felipe, actuel roi d’Espagne ; Philippe, actuel roi des Belges ; Philip (de Grèce), prince consort de Grande-Bretagne, (décédé en 2021).

 

3- Henri 1er et Anne de Kiev - Ce mariage, célébré en 1051, entre un prince catholique et une princesse de confession orthodoxe était possible car l'Eglise de Rome et l'Eglise d'Orient, auxquelles appartenaient respectivement les deux époux, formaient encore une Eglise indivise. "Le Grand Schisme d'Orient" (selon la dénomination catholique de l'événement) aura lieu trois ans plus tard.

 

4- Philippe, Philippos en grec (composé de philos + hippos) signifie littéralement "ami des chevaux".
C'est Philippe de Macédoine qui aurait offert à Alexandre le légendaire cheval Bucéphale, réputé indomptable.


5- Marie hérite du puissant duché de Bourgogne, gouverné  au XV° siècle par Philippe II le Hardi et Philippe III le Bon, issus de la maison des Valois, branche cadette de la dynastie capétienne.

 
pour en finir avec le cafard FrAu ModJo - 2020

 

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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