Le mot du jour franco-autrichien
 

 

 

 

Carême

et

diplomatie

 

Ou comment faire mentir le dicton "Nomen est omen"

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

En 2021, le Carême •• Fastenzeit •• a commencé le 17 février (Mercredi des Cendres •• Aschermittwoch •• , lendemain •• Tag nach •• de Mardi Gras) et se terminera le 3 avril (samedi de la Semaine sainte, veille •• Tag vor •• de Pâques). (1)


Mais savez-vous d'où vient le nom de cette période de jeûne •• Fasten •• et d'abstinence •• Enthaltsamkeit, Abstinenz •• observée •• einhalten, sich halten an •• par les chrétiens ?

"Carême" est dérivé du latin vulgaire "quaresima", altération de "quadregesima" [sous-entendu "dies"] et signifie donc littéralement "quarantième jour" [avant Pâques].

Cette "quarantaine" (alimentaire et pas sanitaire...) se réfère •• sich beziehen auf, verweisen auf •• aux quarante jours de jeûne de Jésus-Christ dans le désert. (2)

 

Curieusement, Carême est le patronyme d'un cuisinier français réputé de la 1ère moitié du XIXe siècle, surnommé "le roi des chefs et le chef des rois", et le premier à porter cette appellation de "chef •• Chefkoch, Küchenchef •• ". La petite histoire prétend que c'est lui qui aurait inventé la "toque •• Kochmütze, Toque •• " lors de son séjour à Vienne.


Il a exercé ses talents de pâtissier et de cuisinier dans toutes les cours d'Europe :
Napoléon Bonaparte, bien qu'indifférent à la nourriture, avait compris que la haute cuisine "à la française" était un atout •• Trumpf, Vorteil •• dans les relations diplomatiques. C'est pourquoi, en 1803, alors qu'il est Premier Consul, il finance l'achat du château de Valençay (Indre) pour Talleyrand, "Ministre des Relations extérieures" de l'époque. Antonin Carême entre au service du diplomate comme chef des cuisines de ce château qui ne tarde pas à devenir un lieu incontournable de rendez-vous diplomatiques.


Carême a été successivement au service du prince régent anglais, futur George IV, du tsar Alexandre 1er et de l'empereur d'Autriche François 1er.


Pendant le Congrès de Vienne, il est chef-cuisinier (3) de Talleyrand, alors ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII, et installé au Palais Kaunitz. Le diplomate tient une table •• Tafel •• fastueuse •• prächtig •• , et ses salons voient défiler •• sich die Tür in die Hand geben •• des personnages illustres : princes, ministres et ambassadeurs de différentes nationalités.

Il demande alors à Antonin Carême de créer un plat qui conviendrait à tous ses invités et qui pourrait se déguster à toute heure de la journée. Le chef-cuisinier imagine un dessert qui ne va pas tarder •• bald etw. tun •• à faire fureur,  baptisé le "diplomate". Cette pâtisserie se compose de tranches de brioche ou de génoise •• Biskuit •• , imbibées •• tränken •• de Grand Marnier (ou de Kirsch), alternées •• abwechseln •• avec des couches de crème pâtissière aux fruits confits •• kandierte Früchte •• . Le gâteau est recouvert de crème Chantilly et, cerise sur le gâteau •• Krönung, Tüpfelchen auf… •• , décoré d'un bigarreau •• Königskirsche •• confit.


Autrement dit, cette création de Carême n'a pas grand-chose à voir avec un mets •• Speise •• typique de Carême !

 

     Pour être au courant


1- Comme Pâques, fête dite "mobile" •• sogenannter beweglicher Feiertag •• , tombe au plus tôt le 22 mars (et au plus tard le 25 avril), le Carême peut commencer dès le 4 février. Dans tous les cas, une bonne partie de cette période tombe inévitablement au mois de mars.
D'où l'expression : "arriver comme mars en Carême", c'est-à-dire "arriver, se produire régulièrement et infailliblement •• unweigerlich •• ".

2- La période de Carême est également appelée "la Sainte Quarantaine". Elle rappelle également les quarante jours de jeûne de Moïse sur le Mont Sinaï.

3- Les historiens sont divisés sur la présence d'Antonin Carême à Vienne pendant cette période.

4- le substantif "Fasten(Zeit)" et le verbe "fasten" sont apparentés à l'adjectif "fest". En germanique, "fasten" était synonyme de "halten, festhalten, beachten". A partir du IXe siècle, Fasten n'a plus que le sens restreint (et toujours actuel) de "Einhalten des Fastengebots" (observance du jeûne).

 

 

 

 

ARRIVER

En Ukraine, un homme a signalé à la police qu'il venait de tuer le conjoint de sa mère. Comme les routes étaient enneigées, les forces de l'ordre ont donc embarqué à bord d’un véhicule tout-terrain pour s’assurer d’arriver à bon port. Quelle n’a pas été leur surprise quand ils ont débarqué sur les lieux du "crime" : ils ont constaté que la victime supposée était “saine et sauve et que personne ne l’avait attaquée”. L'individu souhaitait en fait que les forces de l'ordre finissent de déneiger sa route. Pour cet "appel abusif", il n'encourt qu'une amende de 3,5 euros maximum. (d'après cet article)


Certains mots ont connu une évolution sémantique si profonde que leur sens primitif est tombé dans l'oubli. C'est le cas d'arriver, verbe polysémique qui signifie aujourd'hui parvenir dans un lieu (ankommen, eintreffen), se produire (geschehen, sich ereignen), atteindre un objectif (es schaffen, fertigbekommen)...


Pourtant, son étymologie est claire : il se compose de ad + ripa (la rive en latin) et, quand il apparaît au XIe siècle, il s'emploie dans le domaine maritime avec le sens de "toucher la rive, aborder".

Cela explique l'origine de l'expression "arriver à bon port" qui signifiait "atteindre un port, un lieu sûr, après un voyage en bateau". La locution a aujourd'hui un sens plus général qui n'est plus limité aux déplacements sur l'eau : arriver à bon port, c'est atteindre son objectif sans incident, arriver à destination sain et sauf, sans encombre (wohlbehalten ankommen).


De nombreux autres mots empruntés au domaine de la navigation sont aujourd'hui employés dans un contexte tout à fait différent.
• On ne s'embarque plus seulement dans une barque, un bateau (sich einschiffen, an Bord gehen), mais également dans un véhicule comme un 4 x 4 (einsteigen) ou, au sens figuré, dans une aventure, une affaire risquée (sich auf etw. einlassen, verwickelt werden).
• De même, débarquer ne signifie plus exclusivement quitter une embarcation, aller à terre (sich ausschiffen, an Land gehen) mais aussi, au sens figuré, arriver à l'improviste (aufkreuzen (2))


On peut dire que les policiers se sont fait "mener en bateau" (3) par cet individu qui les a mystifiés. N'écoutant que leur courage, ils ont embarqué - non pas dans un bateau - mais dans leur 4 x 4 (qui a bien voulu démarrer (4) par un froid glacial) et, malgré les routes enneigées, ils sont arrivés à bon port.
Tout est bien qui finit bien : le beau-père n'a pas été poignardé, et la route a été dégagée... pour la modique somme de 3,5 euros !

 

     Pour être au courant


1- débarquer qn
signifie le forcer à quitter son poste, le congédier, le virer. Son équivalent en allemand, jn ausbooten (raus aus dem Boot!), vient du même domaine.

2- le verbe aufkreuzen (employé au sens figuré de débarquer : unerwartet eintreffen) est, lui aussi, emprunté au lexique de la navigation où il signifie "gegen den Wind segeln", c'est-à-dire tirer des bords (naviguer en zigzag - tantôt à bâbord, tantôt à tribord - pour avancer contre un fort vent de face).

3- je dois avouer à regret que l'expression "mener qn en bateau" (jn an der Nase herumführen, jn verkohlen, jm einen Bären aufbinden), si bien adaptée au sujet du jour, n'a pourtant aucun rapport avec une embarcation.
Un bateau, de l'ancien français bastel, est un instrument d'escamotage (et par extension l'escamotage lui-même) dont se servaient... les bateleurs (Gaukler) qui exécutaient des tours d'adresse sur les places publiques et dans les foires.
Il ne faut donc pas confondre les bateleurs - qui menaient leurs spectateurs en bateau en les mystifiant -, avec les bateliers - qui mènent leurs passagers en bateau, mais sur l'eau.

4- le verbe démarrer est, lui aussi, emprunté au domaine de la navigation puisqu'il signifie à l'origine "détacher ce qui est retenu par des amarres, pour appareiller, quitter le port".

 

 

 

 

Quel est le cauchemar du joueur de tennis ?

Rentrer à vélo

"Ashleigh Barty a parfaitement entamé •• beginnen, eröffnen •• son Open d’Australie : l’Australienne, numéro un mondial et tête de série n°1, s’est aisément •• mühelos, leicht •• qualifiée pour le deuxième tour, en infligeant •• infliger une défaite à qn : jm eine Niederlage zufügen •• une double "roue de bicyclette" à son adversaire, la Monténégrine •• Monténégrin, -grine : habitant/e du Monténégro •• Danka Kovinic, 82ème joueuse mondiale, en seulement 45 petites minutes de jeu." (article)

 

Rentrer à vélo : le cauchemar •• Albtraum •• des joueurs de tennis. C'est ce qui arrive après un match à sens unique •• einseitig •• .

Se prendre une double roue de bicyclette, c'est perdre un match de tennis sur le score •• Endergebnis, Spielstand •• de 6-0, 6-0, autrement dit sans avoir gagné un seul jeu. L'expression apparaît en français au milieu des années 1960.


En allemand, la comparaison se fait avec des lunettes : jm eine Brille verpassen, c'est lui infliger une défaite 6-0, 6-0.


En anglais, ce score sévère •• hart •• est appelé "Double Bagel" (1). Le Triple Bagel, c'est la punition suprême •• Höchststrafe ••, à savoir 6-0, 6-0, 6-0, dans un match en trois sets gagnants.


Pourquoi ces dénominations ? Tout simplement parce que la forme ronde du petit pain en forme d'anneau, de la roue de vélo et des verres de lunettes, rappelle celle du chiffre zéro.

 

 

     Pour être au courant


1- le mot bagel vient, par l'intermédiaire •• über •• du yiddish, de l'ancien haut allemand "boug" (anneau), lui-même dérivé de la racine indo-européenne *bheug- qui est à l'origine des verbes "beugen" et "biegen" ainsi que de différents noms d'objets de forme arrondie •• rundlich •• ou courbe •• gebogen, krumm •• comme le "Beugel" (biscuit ou croissant en forme de fer à cheval •• Hufeisen •• ).

 

 

 

 

T O L L É

 

"L'idée de distribuer •• aus-, verteilen, ausgeben •• les doses de vaccins contre le Covid-19 en fonction de •• entsprechend, je nach, unter Berücksichtigung •• la richesse produite par un territoire, avancée •• vorbringen, unterbreiten •• par une responsable de la Lombardie, poumon •• Lunge •• industriel et financier de l'Italie, a soulevé un tollé ce mardi [19 janvier 2021] dans le pays" (1), et s'est attiré les foudres de l'association de consommateurs ADUC : "(...) donc, plus tu as d'argent, plus tu peux obtenir de vaccins". (article)

 

Soulever, déclencher un tollé, c’est provoquer un cri collectif d’indignation, une clameur •• Geschrei, lautstarker Protest •• de protestation générale : einen Aufschrei der Empörung, einen Sturm der Entrüstung hervorrufen, ce qu’on appelle aujourd’hui, moins élégamment, shitstorm (2), un terme bien éloigné - par son registre, son étymologie et dans le temps - du terme "tollé".

Ce dernier apparait au XVIe siècle dans l'expression "crier tollé contre qn", mais il remonte •• zurückgehen auf •• beaucoup plus loin puisqu'il a une origine biblique. Dans l’Evangile selon saint Jean (XIX, 15), les juifs demandent à Ponce Pilate de crucifier •• kreuzigen •• Jésus par ce cri : "Tolle, tolle, crucifige eum" (3), c'est-à-dire "Prends-le, prends-le, crucifie-le !"


L’expression s’attirer les foudres de qn a également une origine religieuse. La foudre •• Blitz(schlag) •• a longtemps effrayé et fasciné les hommes : inexpliqué, ce phénomène était considéré comme une manifestation •• Bekundung, Offenbarung •• divine.

Dans la mythologie, qu’elle soit gréco-romaine (Zeus / Jupiter), gauloise (Taranis), scandinave (Thor) ou hindoue (Indra), les dieux sont les seuls à posséder la foudre et le feu et ils punissent •• bestrafen •• les hommes qui leur ont désobéi •• désobéir : ungehorsam sein •• en lançant la foudre sur eux. Ainsi, Zeus est souvent représenté avec un faisceau de dards •• Blitzbündel •• enflammés : le (m.) foudre.

Ainsi, la foudre a d’abord été interprétée comme la manifestation de la colère divine. Peu à peu, "les foudres" ont pris le sens de violents reproches. (4)


Si entrüsten signifie aujourd’hui provoquer l’indignation, donc un tollé, il avait autrefois le sens d’ôter son armure. Or, déposer les armes •• die Waffen niederlegen •• est un acte plutôt pacifique, et celui qui enlève son armure •• Rüstung •• et renonce à ses armes devient vulnérable •• verwundbar •• , non pas agressif. Pour comprendre l’évolution métaphorique de ce verbe, il faut peut-être l’interpréter différemment : jn entrüsten, c’est le désarmer de force et provoquer son indignation.


Heureusement pour la responsable lombarde, ceux qui provoquent un tollé aujourd’hui ne finissent plus crucifiés ni foudroyés •• vom Blitz getroffen •• , du moins pas au sens propre du terme ! On peut néanmoins se faire crucifier (hart kritisieren, herunterreißen) par la critique ou être foudroyé (tödlich getroffen) par un orage cytokinique - une "tempête de cytokine •• Zytokinsturm •• " en allemand.

Tout bien considéré •• wenn man es recht bedenkt, alles in allem •• , mieux vaut •• il vaut mieux : es ist besser, wenn •• avoir le coup de foudre •• Liebe auf den ersten Blick, gleich Feuer und Flamme für etw. (sein) •• !
 

     Pour être au courant


1- La proposition, qui vient de Letizia Moratti ("ministre" de la Santé de Lombardie et vice-présidente de cette région tenue par la droite et l'extrême droite), a été immédiatement rejetée •• ablehnen •• par le ministre de la Santé italien : "Tout le monde a droit au vaccin, indépendamment •• unabhängig •• de la richesse du territoire sur lequel il vit. En Italie, la santé est un bien public •• Allgemeingut •• fondamental, garanti par la Constitution."

2- shitstorm : un mot qu'on pourrait traduire en langage standard - en conservant le parallèle •• Vergleich •• avec une tempête - par "Entrüstungssturm" ou - en passant du domaine atmosphérique au domaine maritime - par "vague d'indignation".

3- "Tolle" est la 2ème personne du singulier de l’impératif du verbe latin tollere (prendre, enlever).

4- LA foudre et LE foudre
• D'abord, Blitz se traduit soit par "foudre" (f) (décharge •• Entladung •• d'électricité atmosphérique) soit par "éclair" (lumière intense provoquée par cette décharge).
• De plus, il faut distinguer "LA foudre" et "LE foudre" (faisceau de dards en zigzags, terminés par une flèche).

• En outre, le foudre désigne un tonneau •• Faß •• de grande dimension (de 50 à 300 hl, de quoi remplir 5 000 à 30 000 bouteilles d'un litre !)
Le mot vient d'ailleurs de l'allemand Fuder, une mesure de capacité •• Hohlmaß •• pour le vin, variant entre 800 et 1800 litres.  "Fuder" est apparenté à "Fuhre" qui signifie "charretée" et, par extension, "énorme quantité" (Wagenlast, übergroße Menge). (En savoir plus : les tonneaux monstres)

 

 

 

 

VACCINO-
DROME


ou bien
vélodrome


ou peut-être même

HIPPODROME

Le stade Vélodrome de Marseille converti •• umfunktioniert •• en vaccinodrome ? (article)
L'OM (l'Olympique de Marseille, club de foot de la cité phocéenne) propose de mettre ses locaux à la disposition de l'ARS (Agence régionale de santé) pour accélérer la campagne de vaccination contre le Covid-19.

Scientifiques, élus de l'opposition et de la majorité, ou simples citoyens, ils sont nombreux à réclamer la création de centres de vaccination de masse dans des halls d'exposition, salles des fêtes, gymnases •• Sporthalle (et pas Gymnasium) •• , voire •• sogar •• des stades, comme dans le cas du Vélodrome de Marseille. Ils estiment que, pour gagner la course contre la montre •• Wettlauf mit der Zeit •• face au virus, il faut accélérer •• beschleunigen •• la cadence •• Tempo •• des vaccinations. (1)


Différence de stratégie, différence de lexique

Le terme vaccinodrome est apparu en 2009, pendant la pandémie de grippe H1N1. S'il est employé par la presse, il est cependant évité par les responsables politiques qui gardent un mauvais souvenir du fiasco des centres de vaccination aménagés •• einrichten •• à cette occasion.

Ce mot valise est composé de vaccin + -drome (du grec : dromos = course). Employé comme suffixe, "-drome" a donné naissance à une série de mots dont la plupart ont un rapport avec la course, la compétition : de l'aérodrome au vaccinodrome en passant - même - par le dromadaire (voir ci-dessous 2)


Dans l'espace germanophone, on parle de Impfzentrum et Impfstraße. L'emploi fréquent de guillemets avec "Impfstraße" ou l'ajout •• Zusatz •• de la mention "sogenannt" ("die sogenannten Impfstraßen" = "appelées, qu'on appelle...") prouve que c'est un terme relativement récent : apparu dans le contexte de vaccinations collectives contre la méningo-encéphalite à tiques •• Zecke •• , il est aujourd'hui employé couramment dans le cadre de la pandémie de Covid-19. Ces centres sont aménagés pour tester (Teststraße) ou vacciner (Impfstraße).

Contrairement à ce que suggère le terme "Straße", ces tests et vaccinations ne se font pas sur la voie publique. Le mot n'est pas employé dans son sens courant de "rue", "voie de communication", mais dans son sens technique de "chaîne de fabrication" (Fertigungsstraße). Dans ces centres de vaccination de masse, les gens sont vaccinés "à la chaîne •• am laufenden Band, wie am Fließband •• " : cela augmente le rendement •• (Arbeits)Leistung, Wirkungsgrad •• , mais le parallèle entre la production de biens de consommation et l'acte médical •• medizinische Leistung •• que représente la vaccination peut sembler déshumanisant •• entmenschlichend •• .

 

Vaccinodrome, vélodrome ou bien hippodrome ?

Chacun sait que c'est Edward Jenner, un médecin britannique, qui a découvert en 1798 le principe de la vaccination - qui va supplanter •• verdrängen •• le procédé de la variolisation •• Variolation, Inokulation •• (3), beaucoup plus dangereux. Jenner avait observé que les trayeuses •• Melkerin - de "traire" : melken •• de vaches n'attrapaient pas la variole. Il a découvert que, ayant contracté •• bekommen, sich (eine Krankheit) zuziehen •• la vaccine (maladie semblable à la variole mais beaucoup moins virulente chez les bovins et les humains), elles étaient protégées contre la "petite vérole".

C'est donc de là que viennent les termes "vaccin" et "vaccination" utilisés aujourd'hui.


Eh bien, cette explication serait erronée •• falsch •• - ou du moins dépassée - depuis plus d'un siècle. En 1930, un scientifique anglais s'est aperçu que la souche •• Stamm •• utilisée dans les vaccins antivarioliques ne correspondait pas à la vaccine. Mais - faute de technique de séquençage -  les scientifiques ignorent alors son origine.

Le mystère a été percé •• ergründen •• en 2017 par une équipe de chercheurs du Robert-Koch-Institut de Berlin qui ont eu la possibilité d'analyser un vaccin de 1902, produit par le laboratoire Mulford (aujourd'hui Merck) de Philadelphie : ils ont pu prouver que c'est la variole équine (du cheval - horsepox) - et pas bovine (de la vache - cowpox) - qui a servi de base à la fabrication de ce vaccin. (article)

Logiquement, il ne faudrait donc plus parler de "vacciner" dans un "vaccinodrome" : les termes scientifiquement exacts seraient "équiner"  et "hippodromes" !


     Pour être au courant


1- Vacciner 67 millions de personnes : un travail de longue haleine •• langwierig •• ...
Seules 576 personnes ont été vaccinées pendant la première semaine en France. Si l'opération avait continué à ce rythme-là, combien de temps faudrait-il pour vacciner les 66 524 000 habitants de l'Hexagone ?
La réponse est : 2472 ans ! Très exactement 2472,15 ans x 52,15 semaines par an x 516 personnes par semaine = 66 524 000 habitants.
En accélérant à 115 200 vaccinations hebdomadaires •• Wochen-, wöchentlich •• (soit 200 fois plus que la 1ère semaine), il faudra quand même encore 577 semaines (soit plus de 11 ans) pour vacciner la totalité de la population, ou 346 semaines (soit presque 7 ans) pour en vacciner 60%.


2- On retrouve le suffixe -drome
dans les mots suivants :

• l'aérodrome (terrain aménagé pour le décollage et l'atterrissage des petits avions ≠ aéroport) =  Flugfeld.
• le boulodrome (terrain aménagé pour la pratique du jeu de boule) =  Bouleplatz
• le cynodrome (circuit •• Rennstrecke, -bahn, -kurs, Ring •• destiné aux courses de lévriers •• Windhund •• ) =                  Hunderennbahn
• le gallodrome (lieu où sont organisés des combats de coqs) =         Hahnenkampfarena
• l'hippodrome (circuit de courses de chevaux et de chars - dans l'Antiquité) = Pferderennbahn
• le vélodrome (stade aménagé pour les courses cyclistes) =             Radrennbahn
• Le syndrome et le dromadaire font aussi partie de la famille : le premier définissant un "concours (dérivé de "courir") de circonstances", une conjonction d'éléments distincts ; le second est littéralement un (chameau) "coureur".
• Quant au crapaudrome (barrière aménagée pour empêcher les crapauds •• Kröte •• et autres batraciens •• Amphibien •• de traverser une route où ils risquent de se faire écraser •• überfahren •• . Ils sont récupérés •• abholen, bergen •• par des bénévoles •• Freiwilliger, ehrenamtlicher Mitarbeiter •• qui les aident à traverser), il empêche plutôt les amphibiens de courir sur la chaussée •• Fahrbahn •• ...                    Kröten-, Amphibienschranke


 

3-  Variolisation et vaccination :

► "La variolisation est l'inoculation volontaire de la variole, prélevée •• (als Probe) entnehmen •• sur un sujet faiblement malade, ou lui-même variolisé. Cette technique, qui remonterait •• zurückliegen •• à la Chine ancienne, protège les sujets d'une variole grave. Son manque de fiabilité •• Zuverlässigkeit •• (rien ne prouve que le sujet variolisé ne fera pas une variole grave) et le risque de dissémination •• Verbreitung, Ausbreitung •• de variole ont conduit à son abandon après la découverte de la vaccination. (Wikipedia)

► La variole a été totalement éradiquée •• ausrotten •• en 1980, mais elle a été responsable jusqu'à la fin du XVIII e siècle de dizaines de milliers de morts par an, rien qu'en Europe.
Appelée "petite vérole / small pox" (tandis que la "grande vérole / great pox" désigne la syphillis), elle a été introduite en Amérique par les explorateurs du Nouveau Monde et y a décimé les Amérindiens.

•  La maladie a fait aussi des ravages •• faire des ravages : verheerende Folgen haben, großen Schaden anrichten •• dans les maisons royales : l'empereur Joseph 1er d'Autriche en est victime en 1711, le tsar Pierre II de Russie en 1730.
Quant à Louis XV, c'est "grâce" à deux épidémies qu'il a succédé à •• jm nachfolgen •• son arrière-grand-père •• Urgroßvater •• Louis XIV à l'âge de 5 ans : son grand-père, le Grand Dauphin, était mort de la variole, et son père, le Petit Dauphin, de la rougeole •• Masern •• . En 1774, Louis XV meurt, lui aussi, de la variole.

• C'est pourquoi, en 1778, Louis XVI décide de se faire inoculer la petite vérole et, comme chacun le sait, le monarque n'est pas mort de maladie, mais guillotiné. 

Quant à son épouse, Marie-Antoinette de Habsbourg, elle avait déjà été "variolisée" à Vienne, quelques années auparavant. (article passionnant - en allemand : spiegel.de).

 

 

 

 

SEEPOCKEN

 

où il est question
de crustacés parasites,
de poches
et de
chat
...
et
accessoirement •• nebenbei ••
d'une ex-ministre
autrichienne

 

 

banc de Seepocken
/ balanes
(leur aspect rappelle les pustules de la variole)

 

 

Seepocken / balanes :
analogie de forme avec le gland anatomique

L'un des mots les plus recherchés sur la Toile •• Web •• par les internautes autrichiens ces derniers jours est... Seepocken.

Non, il ne s'agit pas là d'un nouveau variant du Coronavirus sars cov 2.
Jusqu'à la semaine dernière, ces bestioles •• Tierchen, Viecherl •• n'étaient connues que de quelques spécialistes, et les voilà qui font la une •• faire la une : auf der Titelseite stehen •• des médias !


Et ce, "grâce à " (involontairement) Christine Aschbacher : ministre du Travail, de la Famille et de la Jeunesse, elle a dû démissionner après avoir été accusée de "plagiat, citations incorrectes et méconnaissance de la langue allemande" dans son mémoire de master (qui a obtenu la mention "très bien" en 2006).

Selon Stefan Weber, expert spécialisé dans la traque •• Hetzjagd – en Autriche le Plagiatsgutachter, -prüfer est aussi appelé >Plagiatsjäger •• à la fraude des titres universitaires, il s'agit en outre d'un ramassis •• Sammelsurium •• "de charabia •• Kauderwelsch •• et d'absurdités".
L'un des exemples les plus cités dans la presse concerne les - devenus - fameux Seepocken : Annahmen sind wie Seepocken an der Seite eines Bootes; sie verlangsamen uns." ([dans le domaine de la recherche] "les suppositions sont comme les balanes sur le flanc d'un bateau ; elles nous ralentissent").


Nous ne discuterons pas du bien-fondé •• Richtigkeit, Triftigkeit •• de cette affirmation. Laissons aux experts le soin •• laisser à qn le soin de : jm etw. überlassen •• de vérifier la validité des diplômes universitaires de l'ex-ministre. Nous allons plutôt nous pencher sur les Seepocken ou balanes (1).

Oui, il faut "se pencher" - dans les deux sens du terme (sich (nieder)beugen + sich befassen, sich auseinandersetzen) - puisque ces animaux vivent, à une certaine profondeur, dans l'eau de mer : ce sont de petits crustacés •• Krebstier •• dont les larves s'accrochent aux rochers sous-marins, aux coquilles de mollusques •• Weichtier-Schale •• ou aux coques •• Schiffsrumpf •• des navires. Ils forment un petit cône de calcaire •• Kalk-Kegelchen •• et deviennent sessiles •• sessil, festsitzend •• (2), c'est-à-dire que, rendus incapables de se déplacer, ils restent fixés à ce substrat.

Accrochés aux flancs d'un bateau, les Seepocken augmentent la résistance •• résistance de frottement dans l'eau Wasserwiderstand •• de frottement dans l'eau et peuvent donc ralentir sa progression ou même finir par provoquer une voie d'eau •• Leck •• si la coque est en bois.


Oui, mais... Quel est le rapport avec le français ? Eh bien, le mot "Pocke" - qui, employé au pluriel, désigne la variole - vient du français "poche". Au XIVe siècle, "poche" désigne une petite cavité •• Höhle, Hohlraum •• de l'organisme (naturelle ou pathologique), en forme de sac.
• Dans le cas de la variole (3), ces "poches" sont les pustules •• Eiterbläschen – de pus : Eiter •• (4) qui recouvrent le corps des malades.
• Dans le cas des balanes, ces Pocken sont les coques calcaires emprisonnant •• gefangen halten •• les petits crustacés.


Selon les étymologistes, le mot "poche", apparu dans la langue française au XIIe siècle vient de l'ancien bas francique pokka "bourse •• Geldbeutel, -tasche (+ Börse + Hodensack) + Stipendium •• , sac" ou - peut-être, d'après une hypothèse récente - du bas latin "pochia" désignant une bourse en toile.


Une fois ses diplômes (master et "Dissertation" = thèse) "en poche" (5) - grâce à une bourse d'études ou pas... -  Mme Aschbacher comptait •• compter faire qc : beabsichtigen •• sans doute poursuivre une brillante carrière dans la politique et / ou la fonction publique •• öffentlicher Diens •• , mais ces satanés •• verdammt, verflucht •• Seepocken (entre autres...) sont venus la ralentir - voire y mettre un terme définitif.

Apparemment, l'étudiante ne connaissait pas "comme sa poche" (6) le sujet traité dans son mémoire / sa thèse : elle aurait sinon relevé •• feststellen, bemerken •• les absurdités qui y pullulent •• (von Fehlern) wimmeln •• , comme les Seepocken sur le bois pourri •• morsch •• d'une coque de bateau.

Une leçon pour ceux et celles qui ont la charge de choisir les membres de leur équipe ? Ne jamais "acheter chat en poche" (7), c'est-à-dire faire une "acquisition" en se fiant •• sich auf etw. verlassen •• seulement aux apparences et sans vérifier sa valeur réelle, son "contenu".

 

     Pour être au courant


1- balane (n. f.) : (rien à voir avec la banane) le mot vient du grec balanos, par l'intermédiaire du latin balanus de même sens : gland •• Eichel •• , en raison de la ressemblance de forme (conique) entre le fruit du chêne •• Eiche •• - ou le gland anatomique - et le petit cône formé par ce crustacé sessile.

2- sessile (adj.): les coraux et les éponges •• Schwamm •• représentent des exemples plus connus d'animaux sessiles.

3- variole (n. f.) : jusqu'à la fin du XIXe siècle, cette maladie s'appelait "petite vérole" (small pokes en anglais), tandis que l'expression "grande vérole" (great pokes) désignait la syphillis.

En allemand, les Pocken étaient également appelés Blatter (f. sg.), mot qui a la même origine que Blase (bulle, gonflement, boursouflure).

4- c'est dans la poche : c'est gagné (d'avance) = das ist so gut wie sicher, da kann nichts mehr schiefgehen.

5- pustule (n. f.) :  le mot est dérivé de pus (Eiter). C'est en effet une petite "bulle", "ampoule" purulente (eitrig).

6- connaître qc comme sa poche : l'allemand précise "etw. wie seine Hosen- / Westentasche kennen" = in- und auswendig kennen.

7- acheter chat en poche : on trouve le même dicton en allemand "die Katze im Sack kaufen" (sich auf etwas Unbekanntes einlassen)

 

 

 

 

CINGLÉ

 

 

dessin humoristique (sur le site lesoir.be)

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

Après l'envahissement du Capitole [le 6 janvier] à Washington par des partisans •• Anhänger •• de Donald Trump refusant sa défaite à l'élection présidentielle, plus aucun scénario - si farfelu •• verrückt, skurril, schräg, ••  ou dramatique qu'il soit •• si + adjectif + qu'il soit : so (verrückt) es auch sein mag •• - ne peut être écarté •• ausschließen ••.

La veille de cet événement, Pierre Kroll, dessinateur humoristique du site lesoir.be, a imaginé la scène suivante : le 20 janvier prochain, jour de la passation des pouvoirs •• Amtsübergabe •• à Washington, Donald Trump s'est retranché •• sich verschanzen •• dans la Maison Blanche. La police, par haut-parleur, le somme •• sommer qn de faire qc : jn auffordern, etw. zu tun •• d'abandonner : "Rendez-vous, vous êtes cinglé !" (voir le dessin humoristique du 5/1/21)


Notre propos •• Absicht; es geht mir / uns nicht darum… •• n'est pas de discuter de l'état mental •• Geisteszustand •• du président sortant •• (aus dem Amt) scheidend •• , mais de l'adjectif cinglé (synonyme de fou, marteau, siphonné, zinzin, détraqué, dingue, dingo, barjot, timbré, toqué, maboul, sinoque, fada, etc.)


Vous avez sûrement déjà trouvé la solution du jeu de mots : la sommation habituelle est "Rendez-vous, vous êtes cerné •• umkreisen, umzingeln •• !"

Le jeu de mots fonctionne à cause de la ressemblance phonétique entre "cinglé" et "cerné", mais nous allons voir qu'il se révèle •• sich erweisen, sich herausstellen •• encore plus ingénieux •• geistreich •• quand on l'étudie dans une perspective bilingue (français-allemand).


Le verbe cingler signifie "frapper, fouetter", en général avec un objet flexible •• biegsam •• : ceinture, fouet •• Peitsche •• , cravache •• Reitpatsche •• , lanière •• Riemen •• , corde •• Strick •• , sangle •• Band, Gurt, Sattel-, Spann-n Tragegurt… •• ...

Littéralement, celui qui est "cinglé" a été frappé (1), il a reçu un coup, probablement sur la tête, ce qui explique sa folie. Ce choc a détraqué •• gestört, übergeschnappt, durcheinander •• son cerveau.

 

Cinglé et cingler (2) sont dérivés du latin cingere (ceindre, entourer) qui a donné cingulum, employé au sens de ceinture, mais également au sens de bande passant sous le ventre d'un animal de monte •• Reittier •• ou d'une bête de somme •• Lasttier •• et permettant de fixer la selle •• Sattel •• ou le bât •• Pack-, Saumsattel •• , autrement dit une sangle (objet avec lequel on peut, à l'occasion, frapper un animal ou une personne récalcitrant •• widerspenstig, aufsässig •• /e)

D'ailleurs, le terme "sangle" (français moderne) est lui-même une déformation du latin cingulum, par l'intermédiaire de "cengle", apparu en ancien français vers 1100.


C'est cette "cengle" qui a été adoptée en moyen haut allemand sous la forme Zingel, dans le sens de Sattelgurt,  mais le mot a rapidement acquis la signification de Schanzmauer (mur de retranchement qui peut "ceinturer" une ville, un château ou tout autre lieu qu'on veut défendre).

C'est de ce "Zingel" que dérive le verbe "umzingeln" (cerner).


Pierre Kroll imagine donc Donald Trump, retranché à la Maison-Blanche, complètement cinglé, et cerné par la police qui le somme de se rendre. (Im Weißen Haus verschanzt und völlig bekloppt wird D. Trump von der Polizei umzingelt, die ihn dazu auffordert, sich zu ergeben.)

De "cinglé" à "cerné", nous avons, en quelque sorte, fait le tour de la question •• alle Aspekte der Frage beleuchten, besprechen •• sans pour autant •• ohne deshalb •• tourner en rond.

 

     Pour être au courant


1- L'équivalent allemand de "cinglé" "bekloppt" (dérivé de klopfen : taper, frapper) a été formé de la même manière.

2- le verbe "cingler", utilisé dans le domaine maritime dans le sens de "faire voile vers...", "faire route •• faire voile, faire route avec un bateau à voile vers... :
einen Kurs steuern, etw. ansegeln
••
avec un bateau à voile vers..." a une origine différente. Dérivé du scandinave sigla, il est apparenté à l'allemand Segel et à l'anglais sail (les trois mots signifiant "voile").

 

 

 

 

 

le
crépuscule
du vieux

(président)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

au crépuscule,
"entre chien et loup"

 

 

Es dämmert mir etw.
Les ténèbres se dissipent

"États-Unis : le Congrès inflige •• zufügen •• une humiliation •• Demütigung •• inédite •• noch nicht da gewesen, beispiellos •• à Trump en balayant •• abschmettern •• son veto [au budget de la Défense]. (...) La majorité des élus républicains ont joint leur voix aux démocrates, défiant •• die Stirn bieten, herausfordern •• leur chef au crépuscule de son mandat." (article du 02/02/2021)


Donald Trump, sous le feu des projecteurs •• im Scheinwerferlicht •• depuis quatre ans, va-t-il retourner dans l'ombre (à moins qu' •• es sei denn •• il ne soit mis "à l'ombre •• mettre qn à l'ombre : hinter Schloß und Riegel bringen,
einlochen, einbuchten
••
", c'est-à-dire "en prison", comme le prédisent •• vorhersagen •• certains commentateurs politiques...) ?


Dans cet article du point.fr, le mot crépuscule est employé au sens figuré de "déclin •• Niedergang •• ", "pente descendante". Au sens propre, le crépuscule est défini aujourd'hui comme la "lumière faible et incertaine qui subsiste après le coucher du soleil avant que la nuit ne soit complètement tombée".

Cependant, au XIXe siècle encore, il arrive que le mot désigne aussi bien l'arrivée de la nuit après le coucher du soleil que les premières lueurs •• (scwaches) Licht, (Licht)Schein •• du jour précédant •• vorausgehen •• le lever du soleil. Dans ce dernier sens, il a été largement supplanté •• verdrängen •• par "aube •• Morgengrau •• " et "aurore •• Morgenröte •• ".


"Crépuscule" vient du latin crepusculum qui se compose de la racine creper (obscurité •• Dunkelheit, Finsternis •• ) et du suffixe diminutif •• Verkleinerungs- •• -culus, qui a donné -cule (1) en français : il signifie donc littéralement "petite obscurité". Dans la Rome antique, il désignait seulement la lumière diffuse qui suit le coucher du soleil et n'était pas assimilé •• gleichsetzen •• à l'aube (de alba : blanche) et à l'aurore (de Aurora, déesse qui, selon la mythologie gréco-romaine, ouvre les portes du jour au char du soleil).


Le mot allemand "Dämmerung" a, en revanche •• dafür, hingegen •• , conservé ces deux sens, précisés par l'ajout •• Zusatz, Hinzufügung •• de "Morgen-" et de "Abend-".  Dämmerung dérive d’un synonyme du latin "creper", à savoir le mot "tenebrae" (dont dérivent les ténèbres •• Finsternis •• en français) qui a été déformé en themarunga (ancien haut allemand), puis demerunge (moyen haut allemand).

Le verbe dämmern signifie aussi bien devenir progressivement plus clair... que plus sombre (es dämmert = es wird allmählich hell oder dunkel). Cependant, employé au sens figuré, il indique la victoire de la lumière sur l'obscurité : ainsi "so langsam dämmert es mir, was da los ist!" signifie "je commence à comprendre, à entrevoir ce qui se passe !" Les ténèbres se dissipent •• sich auflösen, verschwinden •• ... (2)


Pour désigner le crépuscule, période de la journée située entre jour et nuit, on emploie en français différentes locutions : "à la chute du jour, aux dernières lueurs du jour, à la tombée de la nuit, à la nuit tombante, à la brune", mais aussi l’expression imagée "entre chien et loup", attestée dès le XIIIe siècle, mais dont l’origine remonte beaucoup plus loin :

- en effet, les anciens Grecs désignaient le crépuscule par le mot loukophos - littéralement "la lumière du loup" ;

- dans un texte latin du VIIe siècle, on trouve la phrase infra horam vespertinam, inter canem et lupum (à l'heure du soir, entre le chien et le loup).


On ignore cependant l'origine exacte de l'expression "entre chien et loup" et on en est réduit à des conjectures •• conjoncture : Vermutung.
Le mot est souvent confondu avec "conjoncture"
••

• Première hypothèse : lorsque la nuit tombe, la lumière décline •• abnehmen •• et ne permet plus de distinguer •• unterscheiden, wahrnehmen •• nettement formes et couleurs. On peut donc facilement confondre •• verwechseln •• un chien et un loup. Erreur fatale pour les troupeaux •• Herde •• dans les temps où les loups répandaient la terreur •• Angst und Schrecken verbreiten •• dans les campagnes !

• Deuxième explication : "entre chien et loup" désigne le moment où le troupeau est placé sous la garde des chiens parce que les loups profitent de l’obscurité pour sortir du bois •• au sens propre : aus dem Wald herauskommen ;
au sens figuré : aus der Deckung kommen, sein wahres Gesicht zeigen
••
et rôder •• herumstreifen, -streunen •• aux alentours de la bergerie •• Schafstall •• . Le chien symbolise la lumière, la protection et la fidélité •• Treue, Anhänglichkeit •• tandis que le loup est synonyme d’obscurité, de danger et de voracité •• Gier •• .


La majorité des parlementaires républicains ont "lâché •• fallenlassen, im Stich lassen •• " Donald Trump à la fin de son mandat en votant massivement pour surmonter •• überwinden •• son veto. Leur décision est-elle dictée par la raison d'Etat ou par des ambitions personnelles ?

Dans les rangs du GOP (Great Old Party) ne figurent pas seulement des "moutons bêlants •• conformiste, dépourvu de toute pensée originale
ou de tout esprit d'initiative : gefügige, folgsame Schafherde
••
" et des chiens de garde fidèles au président, mais aussi nombre de jeunes (ou moins jeunes...) loups •• jeune loup aux dents longues :
ehrgeizige, ambitionierte, karriere-, machthungrige junge Garde
••
aux dents longues
qui, relégués •• verbannen, in den Hintergrund drängen •• dans l'ombre écrasante •• erdrückend •• de Trump pendant 4 ans, rêvent de devenir calife à la place du calife en janvier 2025 ! (3)

 

     Pour être au courant

1- On retrouve le suffixe diminutif -cule dans toute une série de substantifs comme particule, groupuscule, monticule, fascicule, opuscule, tubercule, ventricule... ainsi que l'adjectif minuscule.  Environ 40% d'entre eux sont féminins, les autres masculins, selon leur genre en latin (ex. pellicula, macula / opusculum, ventriculus...)

Le suffixe -kel possède la même fonction diminutive en allemand : cf. Partikel, Follikel, Muskel (wörtlich: kleine Maus), Tuberkel, Ventrikel...

2- Non, dämmern n'a rien à voir avec l'adjectif dämlich (bête, niais, borné) qui s'écrit avec un seul "m" et qui est apparenté au latin temulentus = ivre, betrunken, de temetum : boisson enivrante (berauschendes Getränk)

3- "être / devenir calife à la place du calife" est une citation récurrente de la BD "Iznogoud" (créée par Goscinny et Tabary et dont on fête les 60 ans cette année) qui raconte les manoeuvres •• Ränkespiel •• de "l'ignoble •• schändlich, gemein •• grand vizir" Iznogoud (un "méchant •• Bösewicht •• ", comme son nom l'indique) qui cherche par tous les moyens à prendre la place du calife Haroun El Poussah. L'expression est passée dans le langage courant.

 

 

 

l'ESCAPADE

du

PETIT
CHAPERON
ROUGE

et les
FRASQUES
de
Diego

Après la disparition •• Ableben •• de Maradona (le 25/11/2020), le kurier.at s'interroge : "Warum haben Diegos Fans ihrem Idol jeden Exzess, jede Eskapade gnadenlos verziehen, warum trauert nicht nur die argentinische Fußballwelt um ihre Nummer 10 ? "(article)

De son côté, cnews.fr souligne : "Diego Maradona aura plus que quiconque •• irgend ein anderer, irgend jemand •• marqué les esprits •• einen bleibenden Eindruck hinterlassen, in Erinnerung bleiben •• par ses frasques sur et en dehors des terrains." (article)

Autre exemple : diepresse.com évoque "die skurrile Eskapade des Herrn Szájer" [bras droit du Premier ministre hongrois Orbán],  (article), tandis que lepoint.fr titre "Hongrie : Viktor Orban gêné par les frasques du député Jozsef Szajer". (article)


Pourquoi le mot Eskapade - si "français" - n'est-il pas employé par les médias francophones pour caractériser les écarts de conduite •• Fehlverhalten, Entgleisung •• du footballeur surnommé "la Main de Dieu" (1) et du député hongrois (dont j'ignore le surnom) ?

Eskapade a été emprunté au français (au XVIIIe siècle) et désignait un "écart" - au sens spatial du terme. Le mot était utilisé en particulier dans le domaine de l'équitation •• Reiten, Reitkunst •• où il indiquait le faux pas (au sens propre de falscher Schritt (2)) d'un cheval, ou même son refus d'obéir •• Befehlsverweigerung •• au cavalier. Il a ensuite pris le sens moral d'écart de conduite. On constate la même évolution sémantique avec le Seitensprung, qui était d'abord un simple "saut de côté", en dehors d'un chemin fixé, et qui désigne aujourd'hui une aventure amoureuse, une infidélité. (3)


En français, l'escapade a conservé un sens plus proche de son étymologie : le terme désigne l'action d'échapper aux obligations, aux habitudes de la vie quotidienne et ne possède pas la même connotation morale défavorable que le mot allemand.


Et pourtant... Escapade et Eskapade viennent - par l'intermédiaire de l'italien scappata ou de l'espagnol escapada - du latin excappare, lui-même dérivé de cappa qui désigne ce qui couvre la tête, une capuche, une chape •• Kappe •• , un chaperon •• Käppchen / Anstandsdame, Anstandswauwau •• (4) et, en latin médiéval, plus spécialement le froc monastique •• Mönchskutte •• (qui couvrait la tête et les épaules) (5).


Le verbe excappare (échapper) possédait bel et bien à l'origine un sens d'insoumission •• Aufsässigkeit, Ungehorsam •• , de rébellion puisque, littéralement, il signifiait "sortir de sa chape", enlever son habit de moine, autrement dit "jeter son froc aux orties" (littéralement : die Kutte in die Brennnessel werfen), c'est-à-dire abandonner l'état monacal.

Par extension, le verbe s'est sécularisé •• sälularisiseren, verweltlichen, entkonfessionalisieren •• , prenant pris le sens de "s'extraire de sa chape en la laissant aux mains du poursuivant •• Verfolger •• " puis sortir, se dégager (au sens spatial du terme) d'un lieu ou (au sens figuré) se libérer d'un rapport de dépendance.


L'origine du mot frasque, employé au pluriel dans le sens d'écart de conduite, est en revanche •• dafür, hingegen •• obscure •• unklar •• : il a d'abord signifié "mauvaise plaisanterie" (sens vieilli), puis "acte extravagant", "action jugée très excentrique" : c'est la notion d'extravagance qui domine en français contemporain. En général, "faire des frasques" qualifie le comportement d'une personne encore jeune qui après avoir fait des "folies de jeunesse", finit par se ranger (solide werden, ein ordentliches Leben zu führen beginnen). Une évolution de comportement que l'on n'a constatée ni chez Diego Maradona (né en 1960) ni chez Jozsef Szajer (né en 1961).

     Pour être au courant


1- La "Main de Dieu" (Mano de Dios) fait référence à l'expression utilisée par Diego Maradona lui-même pour qualifier son but (marqué volontairement avec la main) contre l'Angleterre lors du quart de finale de la Coupe du monde 1986. Le but a été quand même accordé •• accorder un but : ein Tor anerkennen •• par l'arbitre •• Schiedsrichter •• , persuadé que Maradona avait marqué de la tête. Le match a été gagné 2 à 1 par l'Argentine qui a ensuite remporté •• gewinnen •• sa demi-finale et la finale. C'est ça, la justice divine •• Gerechtigkeit Gottes •• ?

2- le faux pas : falscher Schritt / Fehltritt (j'ai fait un faux pas et j'ai trébuché •• stolpern •• ), et pas au sens de Fauxpas (bévue, bourde, boulette •• faire une boulette : einen Fehler, Schnitzer machen, einen Bock schießen •• ).

3- une incartade - synonyme de "frasques" / Eskapade - désigne également un "pas / saut de côté". Le mot est, lui aussi, utilisé dans le domaine de l'équitation pour décrire l'écart brusque d'un cheval - autrement dit une escapade ! "Incartade" résulte de la déformation de l'italien inquartata - terme utilisé en escrime •• Fechten •• pour décrire un mouvement d'esquive •• Ausweichen •• (le corps quitte l'alignement par un pas de côté) combiné à une contre-attaque en ligne de quarte •• Quart-Parade •• (Quart-Parade).

5- le froc désignait, à partir du XIIe siècle, le vêtement de moine qui couvre la tête et les épaules, puis, à partir du XVIIe siècle, l'habit monacal tout entier. Le mot vient de l'ancien bas francique hrokk, qui a donné rock en allemand (d'abord dans le sens de "tunique", puis "habit", "veste", et enfin "jupe" en allemand moderne)

4- le Petit Chaperon rouge - L'héroïne de Charles Perrault doit •• devoir qc à qc / qn : verdanken •• son nom au "chaperon" qui - comme on le constate dans les illustrations anciennes du conte (1697) - lui couvrait (seulement) la tête et les épaules. Cependant, elle est aujourd'hui souvent représentée avec un manteau à capuche : on a, semble-t-il, oublié l'étymologie de "chaperon", apparenté à chapeau, capuche, capuchon, cape... termes qui sont tous dérivés de caput, la tête, et désignent des "couvre-chefs •• Kopfbedeckung •• ".
Ce Petit Chaperon rouge a bien failli •• faillir faire qc : beinahe etw. tun •• payer très cher son escapade (qu'on ne saurait qualifier de "frasques") hors des sentiers battus •• ausgetretene Pfade •• de la forêt.

 

 

 


CRÈCHE •• hausen, in… seine Bude haben ••
l'enfant
Jésus
en 2020 ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nativité
Bas-relief sur un sarcophage

-clic pour agrandir-

La place Saint-Pierre au Vatican a accueilli au fil des ans des crèches peu orthodoxes •• unorthodox, ungewöhnlich •• , mais celle de 2020 bat tous les records.

Marie, Joseph, les trois rois mayas (si, si !) et les bergers •• Hirt •• rappellent •• erinnern an •• des figures d'échecs •• Schachfigur •• cylindriques - de taille humaine et aussi (peu) expressives que des bonshommes •• Männchen, Figur •• Playmobil. Clou du spectacle, l'Enfant Jésus ressemble à un Alien.  Quant aux animaux, ils sont carrément •• einfach, glatt •• ... carrés !

Un drôle de •• seltsam •• guerrier évoquant •• erinnern an •• Dark Vador de Star Wars… et un astronaute viennent compléter cette extravagante crèche de Noël, inaugurée •• einweihen •• le 11 décembre. Cette "œuvre d'art" provoque la "honte •• Beschämung •• " et la colère de certains fidèles •• Gläubiger •• , et l'hilarité •• Gelächter, Heiterkeit •• sur les réseaux sociaux. Certains ont d'ailleurs cru à un canular •• Scherz, Streich •• . (photo)


Appelée presepe ou presepio en italien, pesebre ou belén en espagnol, betlèm en occitan (1) et Krippe en allemand, la crèche - en tant que scène représentant la Nativité - fait son apparition au XIIIe siècle : c'est Saint François d'Assise qui aurait conçu la première crèche de l'histoire (une crèche vivante d'ailleurs).

Mais le premier sens du mot "crèche / Krippe" est celui de "mangeoire", "râtelier •• Futterraufe •• ",  installé/e dans une étable •• Kuhstall •• , une écurie •• Pferdestall •• ou une bergerie •• Schafstall •• , et dans laquelle / lequel on dépose le fourrage •• Tierfutter •• destiné aux animaux.

Ensuite, par métonymie, la crèche a désigné l'étable elle-même, puis, par extension, la scène de la Nativité.

Aujourd'hui, la crèche n'abrite plus d'animaux : elle accueille les enfants de moins de trois ans qui ne peuvent pas encore fréquenter •• fréquenter (une école) : besuchen •• l'école maternelle •• Kindergarten en Autriche •• .


Le terme apparaît en français au début du XIIe siècle : c'est un emprunt à l'ancien bas francique krippa qui a également donné Krippe en allemand, kribbe en néerlandais et crib en anglais.


La mangeoire •• Futterkrippe •• qui sert de berceau •• Wiege •• à l'enfant Jésus est généralement représentée comme un châssis •• (Unter)Gestell •• ou une sorte de caisse en bois garni/e de paille. Cependant, dans les représentations les plus anciennes de la Nativité le nouveau-né est couché dans une  corbeille en paille tressée ou en vannerie •• Korbflechterei ••
(bas-relief d'un sarcophage du IVe siècle).

Cette version correspond mieux à l'origine étymologique du mot crèche / Krippe : le premier sens de l'ancien bas francique krippa était en effet "ouvrage en treillis •• Flechtwerk •• ", "entrecroisement •• Geflochtenes •• ". (2)

 

     Pour être au courant


1a- l'espagnol belén et l'occitan betlèm sont, bien entendu, dérivés de Bethléem, ville de Judée (dans l'actuelle Cisjordanie) où serait né Jésus vers l'an 5... avant Jésus-Christ (selon des études récentes).

1b- presepe (it.) et presebre (esp.) sont dérivés du verbe latin saepire (ceindre, enclore) combiné avec le préfixe prae (devant), ce qui rappelle qu'ils désignaient à l'origine un enclos •• Pferch •• pour les animaux.

2- krippa a pour racine l'indo-européen ger- : tourner, entrecroiser, tortiller (drehen, flechten, winden)

 

 

 

le HIC, c'est qu'il y a un lièvre...

"Les océans ont un rôle extrêmement important à jouer pour maintenir l’équilibre climatique. Ils absorbent •• aufnehmen, auffangen •• énormément de C02. Le hic, c'est que les bouleversements climatiques contribuent à leur acidification •• Versauerung (der Ozane) •• , réduisant leur capacité à agir comme puits de carbone •• Kohlenstoffsenke, CO2-Senke •• ." (article)


Ce "hic" n'a aucun rapport avec l'onomatopée •• onomatopée du hoquet : hic en français , hick(s) en allemand •• reproduisant le bruit du hoquet •• Schluckauf •• (1). L'expression "il y a un hic" signifie : il y a un problème, un point délicat.
Les océans absorbent de grandes quantités de dioxyde de carbone. Oui, mais... "Le hic, c'est que (= la principale difficulté, le problème majeur réside dans le fait que) leur acidification réduit ce pouvoir d'absorption.


En allemand : es gibt einen Haken - ou également, comme nous allons le voir - einen Hasen !

En effet, ce "hic" vient de la locution latine "hic jacet lepus" (ici gît le lièvre) qui signale un obstacle, une difficulté imprévu/e. Un lièvre "ça ne court pas les rues •• das ist selten, das trifft man nicht alle Tage •• ", c'est une bête peureuse (2) qui se cache et fuit la présence des humains. Donc, en rencontrer un est inattendu (3).

On retrouve cette idée de difficulté dans l'expression "lever un lièvre •• eine heikle Frage aufwerfen
ein heikles Thema anschneiden
••
", c'est-à-dire être le premier, dans une discussion, à poser une question qui peut se révéler embarrassante •• unangenehm, peinlich •• .


Si l'expression "ici gît le lièvre" est vieillie en français, son équivalent en allemand da liegt der Hase im Pfeffer est resté plus courant.


Mais que vient faire le poivre dans cette locution ?
Dans le lièvre - comme dans le cochon, selon le dicton - "tout est bon". On n'utilise pas seulement les morceaux "nobles" de l'animal : avec la tête, le cou, les entrailles •• Eingeweide •• - ce qu'on appelle "abats" en français et "Hasenklein" en allemand (le tout découpé en petits morceaux), on confectionne - ou confectionnait - un ragoût accompagné d'une sauce bien épicée •• gewürzt •• et poivrée (peut-être destinée à masquer •• überdecken •• le goût...) dans laquelle il n'était guère facile de repêcher •• herausfischen •• un morceau comestible •• essbar, genießbar •• et de retrouver la saveur •• Geschmack •• de la viande. La découverte inopinée •• unerwartet •• d'un bon morceau, noyé dans cette sauce, serait donc à l'origine de l'expression "da liegt der Hase im Pfeffer".


Les dictionnaires traduisent Hasenpfeffer par "civet de lièvre". Mais, en France, ce ragoût de gibier (surtout de lièvre, mais parfois de lapin ou de chevreuil •• Reh •• ) se compose de (bons) morceaux, marinés dans du vin rouge, puis revenus dans l'huile avec de l'ail, des cives •• Frühlingszwiebel ••   - d'où le nom de "civet" - et des oignons. En fin de cuisson, la  sauce est liée •• lier une sauce : binden, andicken •• avec le sang de l'animal (4) et elle prend une couleur sombre comme de l'encre : le lièvre qui a fini "à la casserole •• finir, passer à la casserole< :
dran glauben müssen
••
" avait bien raison de "se faire un sang d'encre •• sich furchtbare Sorgen machen •• " de son vivant !


Cela nous amène à évoquer une deuxième explication de la locution, selon laquelle ce "hic" n'aurait pas de rapport avec le lièvre.
Au Moyen-âge, cette mention •• Vermerk, Randbemerkung •• figurait dans la marge •• Rand •• de certains manuscrits, et - au temps des débuts de l'imprimerie - à côté de certains textes imprimés : c'était l'abréviation de "hic avertendum" ou "hic sistendum" ("ici, il faut faire attention" ou "ici, il faut s'arrêter"). Ce monosyllabe servait donc - en particulier dans les actes officiels - à attirer l'attention du lecteur en signalant un passage important, ce qui évitait parfois d'avoir à lire le texte en entier. C'était en quelque sorte l'ancêtre du surligneur •• Leuchtstift, Textmarker •• , en moins fluo •• neon(-gelb, grün, rosa…) •• !

 

     Pour être au courant


1-
Si vous souhaitez briller en société, employez le terme de "myoclonie phrénoglottique" pour désigner le hoquet !

• Et si jamais on vous demandait l'origine de l'expression, la voilà :
- myoclonie (du grec muos : muscle + klônos : agitation) = contraction musculaire involontaire ;
- phrénoglottique (du grec phren : diaphragme + glottis : glotte •• Stimmritze •• ) = qui concerne le diaphragme •• Zwerchfell - et pas "Zwergfell" ! •• et la glotte.

• Le mot hoquet, lui, est formé à partir de l'onomatopée "hok" qui exprime un bruit de coup, de choc.

En prime •• obendrein, als Zugabe •• , puisque c'est l'époque des cadeaux, vous apprendrez que le record de durée du hoquet sans interruption - détenu par Charles Osborne - est de 68 ans. Ce qui n'a pas empêché ce citoyen américain d'atteindre l'âge de 96 ans (guéri de cette maladie quelques mois avant sa mort, survenue en 1980).


2-
Ce caractère est même devenu proverbial : on dit "peureux / craintif comme un lièvre", et "ein Hasenfuß" est un poltron, un couard, un froussard.


3- poivre et sel, lièvre et âne

• La variante néerlandaise "daar ligt de haas in het zout" reprend le lièvre mais remplace le poivre par du sel.
• Pas de lièvre ni de sel en italien : "E qui casca l'asino" signifie "et c'est là que l'âne tombe" (sur un obstacle, une difficulté imprévu/e).
• La locution espagnole "Donde menos se espera salta la liebre" (le lièvre surgit là où on l'attend le moins) est donnée comme traduction de "da liegt der Hase im Pfeffer / ici gît le lièvre". Elle repose sur l'idée de rencontre imprévue, de hasard ("tout peut arriver") mais évoque moins la notion d'obstacle.


4- Variante du civet : si la sauce n'est pas liée au sang, ce plat est appelé "gibelotte". (Hasen-, Kaninchen-Frikassee - un terme qui, comme "Ragout" est directement emprunté au lexique culinaire français.)

faites ce que je dis et pas ce que je fais FrAu ModJo - 2020

 

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

Liste chronologique
"Mot du jour"