Le mot du jour franco-autrichien
 

 

 

 

faire une
CROIX
sur qc

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"CORONAVIRUS - Premier pays en Europe à abandonner •• einstellen, aufgeben, verzichten •• le vaccin d’AstraZeneca contre le Covid-19 en avril, le Danemark a annoncé [le 3 mai 2021] faire également une croix sur celui de Johnson & Johnson à cause de possibles effets secondaires •• Nebenwirkungen •• graves, malgré les feux verts •• donner le feu vert à : grünes Licht geben •• du régulateur •• System für die Regulierung (von Arzneimitteln) •• européen et de l’OMS pour l’utiliser." (article)


Faire une croix sur un projet, c’est être obligé d’y renoncer définitivement, n’avoir aucun espoir de le réaliser. S’il s’agit d’une somme d’argent, c’est perdre tout espoir de la récupérer •• zurückbekommen, eintreiben •• .


La locution, qui date du début du XIXe siècle, dérive d’une expression attestée à partir du XVIe : "faire une croix sur le dos de qn". Cette coutume chrétienne consistait •• darin bestehen •• à faire le signe de la croix sur le dos (1) d’une personne qui partait, pour symboliser solennellement •• feierlich •• la séparation - qui pouvait être définitive.

C'était en même temps une forme de bénédiction •• Segnung •• , d'invocation •• Anrufung •• de la protection divine, accompagnée de la formule "adieu" (2), utilisée pour prendre congé •• sich verabschieden •• d'une personne qu'on ne verrait plus d'ici longtemps, voire •• sogar •• dont on se séparait pour toujours.

Tout comme l'argent dont on ne verra probablement plus jamais la couleur •• vous n'en verrez plus la couleur : davon werden Sie nie mehr etwas zu sehen bekommen,
das können Sie abschreiben, das können Sie sich abschminken
••
(à défaut d' •• in Ermangelung von, auch wenn es an etw. fehlt •• odeur, puisque - comme chacun le sait - l'argent n'a pas d'odeur •• Geld stinkt nicht / pecunia non olet •• ...) et sur lequel on est bien obligé de "faire une croix".


En allemand, l'expression métaphorique équivalente "etwas in den Schornstein / in den Wind schreiben" traduit l’l'inanité •• Sinnlosigkeit •• d’un projet : écrire quelque chose sur le mur d'une cheminée est une entreprise vaine •• zwecklos, aussichtlos, vergeblich •• car la fumée et la suie •• Ruß •• ne tarderont pas à •• bald etw. tun •• rendre l’inscription illisible. De même, le vent dispersera •• verwehen, verstreuen •• et fera rapidement disparaître les mots - ou les chiffres - tracés.

La cheminée et le vent ne sont pas des supports aussi durables et fiables •• verlässlich •• qu'une reconnaissance de dettes •• Schuldschein •• écrite sur un document officiel, en bonne et due forme •• vorschriftmäßig •• , signé et marqué d'un sceau •• Siegelabdruck ••  ou d'un tampon •• Stempel •• .

Ce n'est pas "au revoir", mais "adieu" à tout jamais que l'on peut dire à un projet élaboré, à une somme d'argent engagée •• investieren, hineinstecken •• sur une base aussi peu solide... ou - en l'occurrence •• in diesem Fall •• - à deux vaccins considérés comme trop peu fiables.

 

     Pour être au courant

1- Pourquoi faire ce signe de la croix sur le dos - et pas sur le front ou la poitrine - de la personne que l'on recommande ainsi à la protection divine ? Je n'ai pas trouvé de réponse satisfaisante à cette question.


2- "Adieu" est une forme elliptique de l'ancien français "a Dieu vos comant" (je vous recommande à Dieu), une formule dont l'équivalent allemand est "Gott befohlen", "leben Sie wohl / lebe wohl!"
"Adieu" ainsi que l'allemand "ade" sont dérivés du latin "ad Deum", de même sens.

Gott befohlen : dans cette locution, le verbe befehlen a le sens de "recommander qn à qn" (anvertrauen) : elle signifie "Dein Weg sei Gottes Schutz anbefohlen" et correspond donc tout à fait à l'expression "a Dieu vos comant".


"Adieu"
est encore utilisé dans certains dialectes comme synonyme de simple "au revoir" ou même de "bonjour / salut" (ex., dans le Midi de la France, on entend : "Eh, adieu, Jojo, comment ça va ?")

 

 

 

GRATTE-
CIEL

Le samedi 1er mai (2021), le gratte-ciel le plus connu du monde va fêter ses 90 ans. En effet, c'est le 1er mai 1931 que le président Herbert Hoover a inauguré •• feierlich eröffnen •• l'Empire State Building de Manhattan en appuyant sur un bouton pour actionner l'éclairage du bâtiment, situé à quelque trois cents kilomètres de Washington.


Ce type d'immeubles - et leur nom - est né dès la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis, donc pas à New York, mais à Chicago dont le centre-ville avait été détruit, en 1871, par un grand incendie qui a causé la mort de plus de 200 personnes et la destruction de 18 000 édifices. A quelque chose malheur est bon •• Kein Unglück so groß, es hat Glück im Schoß •• , affirme le proverbe : la reconstruction a permis une modernisation et un développement d’autant plus nécessaires qu’entre 1880 et 1890 la population de la ville a doublé, atteignant un million d’habitants.

Cette explosion démographique a provoqué une flambée du prix •• Preisexplosion, starker Preisauftrieb •• des terrains : construire en hauteur était devenu non seulement indispensable, mais aussi possible grâce à de nouvelles techniques (ossature •• Gerippe •• en acier •• Stahl •• au lieu du bois pour se protéger des incendies) et grâce également à l’invention de l’ascenseur. En effet, les gratte-ciel (1) des années 1890 dépassaient déjà les 100 m de hauteur (2).


C’est en 1891 qu’apparaît la dénomination sky scraper (litt. "qui gratte le ciel"). 

Vingt ans plus tard, le mot gratte-ciel - simple calque •• Lehnübersetzung •• de l’anglais - fait son apparition dans la langue française, cependant le premier bâtiment dépassant les 100 m de hauteur n’a été construit dans l'Hexagone qu’en 1952 (Tour Perret à Amiens).


En allemand, ce n'est pas le ciel mais les nuages que "gratte" ce building. Le Wolkenkratzer fait son entrée dans le Duden en 1929, à une époque où le Stephansdom (la cathédrale Saint-Etienne de Vienne) était encore - et depuis près de 5 siècles (de 1433 à 1952) -  le plus haut bâtiment d’Autriche avec ses 137 m. (3)

 

Mais comment le "sky scraper" est-il devenu un "gratte-nuages" en allemand ?

La clé de l’énigme pourrait se trouver dans les langues scandinaves : ainsi, au Danemark, ce type de building s’appelle skyskraber (4).

On pourrait croire qu’il s’agit d’un calque de l’anglais... Sauf qu’en danois, suédois et norvégien, le terme sky signifie... nuage et pas ciel ! C’est donc un faux ami qui est à l’origine du Wolkenkratzer allemand. Un calque erroné •• falsch, fehlerhaft, missgedeutet •• qui aurait été créé à la frontière germano-danoise ?


Voilà, en tout cas, un terme plus modeste, moins arrogant que sky scraper qui, lui, ne manque pas de •• bestimmt, unweigerlich etw. tun, •• rappeler l’épisode biblique de la Tour de Babel (Genèse 11, 1-5) qui raconte comment, après le Déluge •• Sintflut •• , alors que "toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots", les hommes décident de bâtir "une ville et une tour dont le sommet touche le ciel" - c'est-à-dire le domaine des dieux...

Une histoire qui, comme on le sait, a mal tourné •• ein böses Ende nehmen •• ... mais sans laquelle notre Mot du Jour franco-autrichien n'existerait pas puisque c'est après cet épisode que "l'Eternel •• Gott; der Herr, der Ewige) •• dispersa •• zerstreuen
(… dort hat der Herr die Sprache aller Welt verwirrt,
und von dort aus hat er die Menschen
über die ganze Erde zerstreut)
••
[les hommes] sur la face de toute la terre et leur donna à tous un langage différent".

 

 

     Pour être au courant

 

1. les gratte-ciel - Au pluriel, le 1er élément du nom composé reste invariable puisque c’est une forme verbale, le 2ème élément ne prend pas non plus la marque du pluriel, puisqu’il n’y a qu’un ciel, au sens cosmographique du terme. On écrit également des porte-clé(s), taille-crayon(s), casse-noisette(s), etc., selon le nombre de clés, crayons, noisettes.

Une exception parmi d'autres : des portes-fenêtres. Il ne s’agit pas d’un objet qui "porte une fenêtre", mais d’une porte vitrée, comme une fenêtre.


2.
les gratte-ciel ont d’abord été équipés d’ascenseurs mécaniques (à vapeur, puis hydrauliques) ; l’ascenseur électrique à portes automatiques a été inventé en 1887 (ce qui évitait les chutes mortelles dans la cage d'ascenseur •• Aufzugschacht •• ...). Il est à noter que les premiers ascenseurs n’autorisaient que la montée, la descente devait se faire par les escaliers.


3. La Tour Eiffel
a été inaugurée à Paris en 1889 : avec ses 312 m (actuellement 324 m), elle détenait le record du monde de hauteur et elle l’a conservé pendant plus de quarante ans, jusqu’à l’inauguration du Chrysler Building de New York (319 m) en 1930.

A Graz, la Tour Elisabeth (Elisabeth-Hochhaus, construite en 1964) fait pâle figure •• faire pâle figure (sens figuré) blass aussehen •• avec ses 75 m !

Toujours plus haut... La Jeddah Tower, en construction à Djeddah (Arabie saoudite), devrait atteindre 1 008 m. vertigineux •• schwindelerregend, atemberaubend ••  !


4. skyskraber est attesté dans le dictionnaire danois dès 1903, c’est-à-dire avant que gratte-ciel soit documenté en français (en 1911) et que Wolkenkratzer fasse son apparition dans le Duden en 1929.

 

 

 

 

razzia dans les champs de

COLZA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Printemps 2021 - Des champs couverts de fleurs jaunes qui s'étendent à perte de vue •• so weit das Auge reicht •• ... Mais oui, bon sang •• verflixt noch mal! •• , c'est... Euh...
Le nom de cette plante fourragère m'échappe •• nicht einfallen •• , encore et toujours !
L'avantage du bilinguisme (ou tri-, quadrilinguisme...), c'est qu'en général le mot vient à l'esprit •• einfallen •• au moins dans l'un de ces langues.

Cependant, pour me souvenir, à coup sûr, du nom de ces fleurs jaunes, j'ai imaginé un moyen mnémotechnique (Eselsbrücke (1)) : cela évoque •• erinnern, denken lassen •• pour moi un essaim •• Schwarm •• d'abeilles faisant une razzia •• Beutezug •• dans ces champs de Ra(ps + col)za... Chacun son truc •• Hilfmittel, Trick •• pour pallier •• einigermaßen abhelfen •• les trous de mémoire •• Gedächtnislücke •• !


Le mot colza est attesté dans la langue française depuis plus longtemps qu'on ne l'imagine : il y fait son apparition en 1664 sous la forme "
colzat", et ce, dans un document concernant les importations dans le Royaume de France, ce qui explique le "t" final de cette graphie, encore proche de celle du pays d'origine, à savoir la Hollande.

En effet si, à cette époque, le colza est déjà cultivé dans le Nord de la France pour ses graines oléagineuses •• Öl-…, ölhaltig •• , la plus grande partie de l'huile de colza - alors destinée à l'éclairage •• Beleuchtung ••  - est encore importée de Hollande.

Colza est une francisation du néerlandais koolzaad qui signifie littéralement "graine, semence de chou" (Kohl + Saat). Eh oui, bien que ce ne soit pas évident à première vue, le colza fait partie de la même famille (les brassicacées (2) que le chou, le navet •• weiße Rübe •• ... (2).


Alors que le nom de la plante - et la plante elle-même - ont été exportés - via le français "colza" - dans la plupart des pays européens - de l'Angleterre à la Turquie en passant par les pays de langue romane -, sa dénomination en allemand dérive du latin
rapa (pluriel du neutre "rapum" : rave, navet / Rübe), combiné avec "zaad" (semence en néerlandais) → Rapsaat (au XVIIe siècle) ou avec "semen" (semence en latin) → Rapsamen (à la même époque).

 

     Pour être au courant


1- Eselsbrücke
(moyen mnémotechnique) ne se traduit pas par "pont aux ânes". Un pont aux ânes, expression calquée sur le latin pons asinorum, est une évidence, un raisonnement qui, bien que simple et bien expliqué, reste incompris de certaines personnes - par manque d'intelligence (ce sont donc des "ânes", au sens figuré du terme) ou d'attention.
Quant au pont lui-même (un
pont "en dos d'âne" •• Spitzbogenbrücke •• comme en construisaient les Romains), il est considéré par l'âne comme un obstacle ou même un danger (car l'autre bout n'est pas visible en raison de la forme bombée du pont), alors que c'est en réalité le moyen de franchir •• überqueren •• la rivière, donc la solution au problème.


2- brassica, nom générique •• Gattungsname •• latin donné à plusieurs plantes ressemblant à des choux, est probablement dérivé d'un mot celte "bresic" désignant le chou. Les Romains distinguaient : brassica napus (colza) et brassica rapa (navette •• Ölrübsen •• / Ölrübsen). D'où le terme savant "Brassicacées" (Kreuzblütler) pour désigner cette famille de plantes.


3- la famille des Brassicacées comprend encore près de 4 000 autres espèces), parmi lesquelles rave (Rübe), betterave (rote Beete / Futterrübe / Zuckerrübe), chou-rave (Kohlrabi), chou-fleur (Karfiol, Blumebkohl), brocoli, radis, rutabaga (Steckrübe), raifort (Meerrettich, Kren)...


Le colza résulte d'un croisement entre un chou et une navette. Cette hybridation remonte probablement à environ 3500 - 4000 ans ! On ignore cependant si elle s'est produite en pleine nature, ou dans un potager •• Gemüsegarten •• où étaient cultivés à la fois de la navette (pour son huile, utilisée pour l'éclairage) et des choux (pour l'alimentation humaine).

 

 

 

 

VISAGE

FIGUR(E)

 

"Mit der kollektiven Maskenverweigerung haben die Abgeordneten [der FPÖ] im wahrsten Sinn des Wortes wieder ihr Gesicht gezeigt."

Tout comme "sein (wahres) Gesicht zeigen", son équivalent français possède un sens propre et un sens figuré : les députés du FPÖ refusent de porter un masque FFP2 à l'Assemblée nationale autrichienne, montrant ainsi, selon le journaliste (article), leur "vrai visage", ils se sont "démasqués". Ce qui est un peu paradoxal •• paradox (adjectif) / le paradoxe : Paradoxon •• dans ce contexte puisque, justement, les élus du parti "libéral" s'opposent au port du masque !


Les deux expressions ont le même sens figuré, à savoir laisser paraître son véritable caractère •• (sans "h" en français)
Wesen(sart), Charakter
••
, sa vraie nature - et parfois aussi ses véritables intentions... - et sont employées (presque sans exception) avec une connotation péjorative : le "caractère" qui se révèle •• zutage treten, aufgedeckt werden •• lorsque le "masque est levé" ou "tombé" est - selon le contexte - déplorable •• bedauernswert, erbärmlich •• , agressif, bizarre, versatile, etc., en tout cas "mauvais".


Il existe cependant entre les deux expressions une différence - lexicale - de taille •• différence de taille : Riesenunterschied •• : traduire "ils ont montré leur vrai visage" par "sie haben ihre (wahre) Visage gezeigt" constituerait une offense •• Kränkung, Beleidigung •• supplémentaire à l'égard des personnes dont le comportement est incriminé •• beanstanden •• !

En effet, si le mot "Visage" a bien été emprunté (au XVIIe siècle) au français dans le sens de "Gesicht", il est utilisé aujourd'hui comme synonyme de "Fresse", qui correspond aux termes dépréciatifs •• abwertend •• "gueule" ou "trogne".

"Visage" est le plus souvent accompagné d'adjectifs ou de verbes peu flatteurs •• schmeichelhaft •• . Exemples : "eine gemeine, hässliche Visage" (une sale tête), "jm die Visage polieren" (casser la gueule à qn), "über die ganze Visage grinsen"...

Gesicht, par contre, possède une acception •• Bedeutung, Sinn •• neutre :
ein finsteres, mürrisches, ernstes, gleichgültiges, fröhliches (…) Gesicht :
• un visage sombre, renfrogné / maussade, sérieux / grave, indifférent, joyeux…


Visage
est dérivé de l'ancien français "vis" (1) (qui n'a rien à voir avec une tige de métal fileté / Schraube), qui vient lui-même du latin videre, visum : voir, vu. En latin, "visus"  signifiait non seulement la vue •• das Sehen, die Sehvermögen •• (l'un des 5 sens) mais aussi l'aspect, l'allure •• au sens de "Aussehen" et pas "Benehmen, Allüren" •• d'une personne.


Il est à noter que Gesicht et visage ont connu la même évolution sémantique : apparentés respectivement aux verbes "voir" et "sehen", ils ont d'abord désigné "ce qui se voit, ce qui est visible, offert à la vue", avant d'être définis plus spécifiquement comme "la partie antérieure de la tête de l'homme".

 

Les termes figure / Figur possèdent plusieurs acceptions communes aux deux langues (2), entre autres, au sens figuré : eine gute / schlechte / klägliche Figur machen correspond aux expressions faire bonne / mauvaise / piètre figure).

Cependant, au sens concret, physique, du terme, "figure" ne désigne en français que le visage : ainsi, eine schlanke / untersetzte Figur se traduira par "une silhouette élancée / trapue". Une "figure mince" signifierait "ein schmales Gesicht".


VISAGE et FIGUR(E) : deux nouvelles preuves montrant qu'il faut se méfier des faux amis (en linguistique comme en politique...)

 

 

     Pour être au courant


1- Le mot "vis"
n'a subsisté •• weiterbestehen, erhalten bleiben •• en français que dans la locution "vis-à-vis" : face à face.
Vis-à-vis se construit avec la préposition "de",
• aussi bien au sens spatial (vis-à-vis de l'église = en face de)
• qu'au sens figuré (vis-à-vis de qn)
Cependant, dans ce cas (jm gegenüber), il est préférable d'employer "à l'égard de qn", "envers qn".

Aux XVIe et XVIIe siècles, "vis-à-vis" s'employait le plus souvent sans préposition devant le complément (lieu ou personne) : vis-à-vis Ø la porte / vis-à-vis Ø ma sœur. Ainsi, la tragédie de Racine "Bajazet" a été publiée en 1672 "à Paris, chez Pierre le Monnier, vis à vis Ø la Porte de l'Eglise de la Sainte-Chapelle".


2- Figur / Figure
. En français, on dira plutôt :
• "un personnage de roman", pour "eine Romanfigur",
• et "une pièce de jeu" (par ex. aux échecs = Schachfigur) pour désigner un pion, une dame, un jeton...

 

 

 

 

 

BREDOUILLE

"In der Bredouille: Wie es den Grünen im Bund mit der ÖVP ergeht." (article)

"Rien ne va plus" entre les partis de la coalition (turquoise-verte) en Autriche, affirment les observateurs politiques.

Les Verts "geraten in die Bredouille", c'est-à-dire qu'ils se retrouvent dans une situation difficile, embarrassante •• unangenehm, misslich •• , autrement dit, ils sont "dans le pétrin". (1)


L'expression "in der / die Bredouille" vient incontestablement du français : elle serait née à Berlin au XIXe siècle, époque où l'allemand employait de nombreux mots et expressions en français - plus ou moins germanisé •• eingedeutscht •• - et souvent avec un sens différent du français, comme le montre l'expression du jour.

En effet, "rentrer bredouille" signifie aujourd'hui en français "revenir sans avoir obtenu ce qu'on souhaitait ••
unverrichteter Dinge zurückkehren;
nichts erreicht haben, leer ausgehen
••
", avoir échoué •• scheitern •• dans une entreprise.


L'expression remonte loin dans le temps et elle vient du domaine du jeu. Du XIIe siècle au XIXe, le trictrac était très répandu. Il se jouait à deux personnes sur un "tablier" (Spielbrett et pas Schürze) semblable à celui du backgammon. Chaque joueur avait deux dés et quinze "dames" •• (Spiel)Stein •• . "Jouer bredouille", c'était gagner tous les coups sans en laisser un seul à son adversaire, faire un grand chelem •• alle Stiche machen ••   en quelque sorte. Le perdant, lui, était "mis en bredouille".


L'expression a ensuite désigné la situation embarrassante de la femme qui revenait du bal sans avoir été invitée à danser : elle avait donc "fait tapisserie" (das Mauerblümchen sein, beim Tanz sitzenbleiben). Elle revenait au logis sans avoir réussi à "dénicher •• auftreiben, aufgabeln, ergattern •• " ou "pêcher" un cavalier •• Tanzpartner •• .


Au XIXe siècle, la locution "rentrer bredouille" s'applique au pêcheur qui retourne chez lui sans avoir attrapé de poisson ou au chasseur qui revient - honteux et confus •• pour une personne : verlegen, beschämt
(et pas "konfus, verwirrt)
••
- sans gibier •• Wild •• , autrement dit "les mains vides" - ou plus exactement "la gibecière •• Jagdtasche •• vide".


Il semblerait - mais les étymologistes sont divisés à ce sujet - que le substantif "bredouille" ait bel et bien •• sehr wohl, tatsächlich •• subi l'attraction du verbe bredouiller (2), par analogie entre la gêne •• Verlegenheit, Unbehagen •• - ou honte - éprouvée d'une part par le perdant au jeu du trictrac ou par une "Mauerblümchen", et de l'autre l'aspect embarrassé de celui qui bafouille •• undeutlich, unzusammenhängend reden, stammeln •• (3).


Si "in der Bredouille sein / geraten" et "revenir bredouille" n'ont pas le même sens, ces deux situations embarrassantes ne s'excluent cependant pas l'une l'autre.


Les Verts reviennent bredouilles d'une réunion avec leurs collègues de l'ÖVP : ils se retrouvent dans le pétrin - "in der Bredouille" - dans une situation embarrassante, car ils n'ont pas obtenu satisfaction. Leurs demandes n'ont pas été prises en considération •• berücksichtigen, beachten •• .

Ensuite, devant les caméras, le vice-chancelier (Verts) bredouille quelques explications embrouillées •• konfus, verworren, wirr •• qui ne convainquent •• convaincre : überzeugen •• personne... ou plutôt si ! La plupart des observateurs sont désormais •• nunmehr, von nun an •• convaincus que le torchon •• Geschirrtuch /
ici : "torchon" vient de "torche" : Fackel
••
brûle
entre les deux partis de la coalition. Der Haussegen hängt schief, immer schiefer... et rien n'échappe à la loi de la pesanteur (Schwerkraft) !

 

     Pour être au courant


1a- être dans le pétrin
: correspond à "in der Patsche, Tinte, Klemme sitzen".
Cette métaphore date du XVIIIe siècle et se rapporte au pétrin du boulanger (à l'origine, un coffre de bois dans lequel on pétrissait •• kneten •• la pâte à pain) : cette pâte crue est si collante qu'on a du mal à s'en débarrasser •• sich entledigen, loswerden •• , une situation qui rappelle celle de celui qui est "in der Bredouille", dans l'embarras.

1b- On dit également être dans de beaux draps : mais ces draps •• Tuch / Betttuch •• -là ne sont ni des draps de lit, ni des draps mortuaires (cette deuxième interprétation aurait pu expliquer l'idée de situation sans issue...).
Le mot "drap" désignait autrefois les vêtements, et l'expression "être dans de beaux draps blancs" se réfère à une coutume expiatoire •• Sühne…, Buße… •• : les personnes (prétendues ou vraiment) coupables de luxure •• Unkeuschheit, Unzucht •• - en particulier d'adultère •• Ehebruch •• - étaient condamnées à être exposées, habillées de blanc (pour mieux faire ressortir la "noirceur •• Niedertracht, Schändlichkeit •• " de leur âme et de leur conduite...). Elles étaient alors en butte a •• ausgesetzt •• ux critiques et aux moqueries. Cette version édulcorée •• entschärft •• du pilori •• Pranger, Schandpfahl •• restait néanmoins assez embarrassante.

Au XXe siècle, alors que l'expression avait été amputée de l'adjectif "blanc" et que son origine était oubliée, est apparue la variante "être dans de sales draps" qui, bien qu'utilisant une image totalement opposée, possède exactement le même sens que "être dans de beaux draps".

 

2- bredouiller vient de l'ancien français bredeler (verbe du même sens) qui dérive peut-être de "breter" (parler comme un Breton, c'est-à-dire de manière incompréhensible pour un Français). Il se peut également qu'il possède la même racine germanique que l'allemand bradeln / braudeln (= plaudern : bavarder), lui-même apparenté à blatérer (du latin blatero : bavarder, babiller), à moins qu'il ait un rapport avec le verbe braire (iahen, schreien)...

 

3- -ouille ! La plupart des mots terminés par -ouille / -ouiller possèdent une connotation péjorative : de "trouille •• Bammel, Schiss •• " à "rouille" en passant par "embrouille •• Verwirrspiel •• ", fripouille •• Lump •• , "tambouille •• Fraß •• ", "vadrouiller •• herumstrolchen •• ", "grouiller •• wimmeln •• ", se grouiller •• sich tummeln •• , embrouiller, bafouiller, bredouiller...

 

 

 

 

café

ou

tabac ?

 

c'est un peu FORT de CAFÉ !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pipe de la fin du XIXe siècle (fabriquée à Munich)

Attention à l'abus de "substances psycho-actives" ! En font partie, le café et le tabac, surtout quand ils sont forts : un café "corsé" (1) ou "bien tassé" (2) - le tabac brun, "fort en bouche •• kräftig am Gaumen •• "...


«Vacciner à Pâques ? 'Encore faut-il •• allerdings muss man… •• qu’on ait les doses'

Olivier Véran [ministre de la Santé] s’indigne qu’un centre de vaccination strasbourgeois [n'ouvre] pas le week-end de Pâques, braquant •• braquer qn : jn erzürnen, jn gegen jn aufbringen •• les intéressés •• die Beteiligten, Betroffenen •• qui lui rappellent qu’ils n’ont pas assez de doses pour le faire. [Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg] trouve donc la polémique 'un peu fort de café et inutile'.» (article du 23 mars 2021)


L'expression "être (un peu) fort de café" dérive, bien entendu, de la boisson aux propriétés •• Eigenschaft •• stimulantes. Elle est employée dans le sens de "c'est exagéré, c'est insupportable" et exprime donc l'indignation = das ist unerhört / allerhand / das ist die Höhe / ein starkes Stück!

L'élu •• Mandatar, Kommunalpolitiker •• strasbourgeois juge scandaleuse - et hypocrite - l'attitude du ministre de la Santé qui, au lieu de reconnaître que le problème vient de la pénurie •• Knappheit, Unterversorgung •• de vaccins, accuse les responsables locaux de ne pas vouloir vacciner le week-end de Pâques.


L'expression métaphorique "fort de café" n'est attestée en français qu'au milieu du XIXe siècle, mais le café est connu en Europe depuis le milieu du XVIIe siècle. Après ceux de Venise, d'Oxford et de Londres, un café (l'établissement •• Betrieb, Lokal •• ) est ouvert à Paris en 1672, près du Pont-Neuf (3).
Si la France n'est pas le premier pays d'Europe à avoir adopté la nouvelle boisson, c'est néanmoins à Paris qu'a été inventé un nouveau procédé de préparation du café. La décoction "à la turque" est remplacée par la percolation : l'eau chaude est versée sur le café moulu contenu dans un filtre (4). Le résultat ainsi obtenu est en général moins "fort de café" (mais cela dépend bien entendu aussi du dosage...) (5)


L'allemand a choisi une autre substance psycho-active pour exprimer la même idée : "das ist ein starker Tobak" est l'équivalent de "c'est un peu fort de café".

La graphie "Tobak" (avec un "o" au lieu du "a" utilisé aujourd'hui) indique que l'expression est assez ancienne : l'usage du tabac en Europe est d'ailleurs antérieur •• älter als, vor etw. liegen •• de presque deux siècles à celui du café.


C'est encore sous la forme "Tobak" (6) que le mot apparaît dans le 4ème (mauvais •• mauvais tour : (schlechter, böser) Streich •• ) "tour" de Max et Moritz,  deux vilains garnements •• Schlingel, Lausbub •• imaginés par Wilhelm Busch (histoire parue en 1865). Leur victime est cette fois-ci le maître d'école, Lempel qui a un faible •• Schwäche •• pour le tabac : "Nun war dieser brave Lehrer / Von dem Tobak ein Verehrer".

Les deux polissons •• Schlingel, Racker •• bourrent •• stopfen, füllen •• sa pipe de poudre à fusil •• Schießpulver •• . La pipe explose dès que Herr Lempel l'allume. L'instituteur survit à cette mésaventure •• MIßgeschick •• , mais la pipe est en miettes •• in Scherben liegen •• .


Les illustrations de "Max und Moritz" montrent qu'à cette époque-là les pipes possédaient un très long tuyau•• (Pfeifen)Rohr ••    : leur forme évoquait •• an etw. erinnern •• plus le calumet •• Kalumet ← de calamus (lat.), le roseau / Schilfrohr •• des Indiens que les pipes modernes.


C'est peut-être cet aspect qui a inspiré le récit suivant •• Es geschah in der Zeit, da die Schießprügel noch sehr selten waren.
Da ging einmal ein Jäger seines Weges, die Büchse über die Schulter gelegt.
Dem begegnete plötzlich der Teufel, was einen Menschen seines Schlages
wenig verwunderte und erst recht nicht ängstigte.
Der neugierige Höllenfürst grüßte den Jäger freundlich und fragte:
"Was trägst du da für ein seltsames Ding auf der Schulter?"
"Es ist eine neuartige Tobakspfeife", antwortete der Jäger.
"Wollen Eure teuflische Gnaden mal einen Zug daraus versuchen?"
"Ei gewiss doch!" Da nahm der Jäger das Gewehr von der Schulter,
steckte dessen Mündung dem Teufel in den Mund und drückte ab.
"Teufel auch", sagte der Teufel, doch dann musste er gewaltig niesen
und stöhnte: "Das ist aber ein starker Tobak!"
••
(publié au XVIIIe siècle), qui est à l'origine de l'expression "das ist (ein) starker Tobak".

Comment un chasseur a réussi à "enfumer •• reinlegen •• " (reinlegen) le diable.
Un jour, un chasseur, armé de son fusil, croise •• jm begegnen •• le chemin du diable. Celui-ci qui, apparemment, n'a jamais vu ce genre d'arme, lui demande de quoi il s'agit. Le chasseur lui déclare que c'est sa pipe et lui propose d'en tirer une bouffée •• einen Zug nehmen •• . Dès que le diable a introduit l'extrémité du canon du fusil •• Gewehrlauf •• dans sa bouche, le chasseur fait feu •• schießen •• . Le diable hurle : "Das ist starker Tobak!"


On retrouve l'expression dans un article en ligne de n-tv.de (en date du 17/03/21) : "Österreich droht ein akuter Mangel an Impfstoff. Kanzler Kurz macht dafür die Verteilpraxis in der EU verantwortlich (…). Das ist harter Tobak. Denn Österreichs Regierung hatte den Verteilschlüssel seinerzeit mit beschlossen."

Face à la menace de pénurie de vaccins, le chancelier autrichien réclame à Bruxelles "un correctif" du mécanisme européen de répartition des vaccins contre le Covid-19, qu'il juge inéquitable •• ungerecht •• . La plupart des autres membres de l'UE réagissent avec indignation, rappelant que l'Autriche avait entériné •• billigen, anerkennen •• le principe de répartition.

 

     Pour être au courant


1- l'adjectif "corsé" n'a rien à voir avec la Corse ni avec le corsaire : il est apparenté à "corset" et "corsage •• Oberteil, Bluse •• " et dérive de "corps".
Un café "corsé" a du "corps", expression qui signifie "être fort, robuste".


2- "tassé" (fort, intense, corsé) vient du verbe "tasser" (comprimer •• zusammenpressen •• ), et un café "bien tassé •• sehr stark •• " n'a rien à voir avec la tasse qui le contient (mot qui vient du persan tašt (tasse, soucoupe) → arabe : ṭāsa → provençal et/ou italien : tassa → français : tasse, attesté vers 1360).


3- Paris découvre le café
: c'est en 1669, avec l'arrivée de Soliman Aga, un diplomate turc), que va être lancée la mode de la consommation du café en France. Ce personnage donne de somptueuses •• prächtig •• réceptions dans son appartement parisien où il sert cette boisson "exotique". Il sera ridiculisé par Molière dans le "Bourgeois gentilhomme" - à travers le personnage du Mamouchi - pour, paraît-il •• angeblich •• , venger •• rächen •• Louis XIV humilié •• demütigen •• par Soliman Aga.


4- Ce filtre est alors appelé "chausse à filtrer" ou "chausse d'Hippocrate" : c'est un entonnoir •• Trichter •• de tissu cerclé •• einfassen •• de fer qui servait depuis l'Antiquité à filtrer les liquides épais. C'est de la que vient l'expression "c'est du jus de chaussette" qui qualifie un mauvais café, un café trop clair •• dünn •• - autrement dit un "Blümchenkaffee", appelé aussi,  et moins poétiquement, "pipi de chat".


5- L'orthographe du mot "café" n'est pas encore vraiment fixée au XVIIe siècle : cauueh rappelle la forme turque gahve, elle-même empruntée à l'arabe gahwa. C'est finalement la forme café, dérivée de caffè, (attesté à Venise en 1615) qui s'impose en français.

Quant au mot  "caoua", variante populaire du café, il est emprunté à l'arabe d'Algérie dans les années 1860.

 

6- L'étymologie du mot "tabac" est controversée :

- 1ère hypothèse : le mot vient de l'arawak (langue autrefois parlée à Cuba et à Haïti) avec le sens "tabac" mais aussi de "cigare" ou même de "pipe à double tuyau".

- 2ème hypothèse : tabac vient de l'arabe "tubbaq" qui désignait différentes plantes médicinales. Le mot a ensuite été utilisé par les premiers colons espagnols en Amérique qui ont confondu •• verwechseln •• le piment et le tabac.

Quoi qu'il en soit - et si bizarre que cela puisse paraître aujourd'hui - le tabac a tout d'abord été utilisé à des fins •• zu… Zwecken •• thérapeutiques.
Jean Nicot (qui était ambassadeur de France au Portugal au milieu du XVIe siècle) en a envoyé à Catherine de Médicis pour guérir son fils François II qui souffrait de migraines (*). D'ailleurs, comme toutes les autres "drogues" (au sens ancien du terme), le tabac a longtemps été vendu seulement par les apothicaires. Il était prescrit •• verschreiben •• en tisanes, décoctions ou bien il était prisé •• tabac à priser : Schnupftabak •• . Il ne sera consommé sous la forme de cigarettes qu'à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

C'est en hommage à •• zu Ehren… •• cet ambassadeur qu'ont été créés les termes "nicotine" et "herbe à Nicot" - synonyme de tabac - et la formule percutante •• plakativ •• "Herbe à Nicot, herbe à tous les maux •• Beschwerde •• " (c'est-à-dire efficace contre toutes les douleurs et maladies).


*- Les "vertus •• Heilkraft •• "
du tabac. On ne sait pas si cette cure de tabac a obtenu l'effet souhaité... toujours est-il que •• fest steht allerdings, jedenfalls, dass… •• François II est mort à l'âge de 16 ans après avoir régné à peine plus d'un an.

 

 

 

 

 

coup de
CANIF

dans le contrat

"Vaccins : des recours juridiques •• Rechtsmittel •• contre AstraZeneca sont possibles, menace le gouvernement.

Clément Beaune [secrétaire d’État chargé des Affaires européennes] a dénoncé •• anprangern •• les "coups de canif" dans le contrat signé entre l’Europe et la firme anglo-suédoise (...) qui a annoncé récemment un nouveau retard de livraison •• Lieferverzug •• de son vaccin." (article)


"Donner un coup de canif dans le contrat", c’est tromper son conjoint, commettre une commettre une infidélité conjugale •• fremdgehen, einen Seitensprung machen •• : le document dont il est question à l'origine est donc le contrat de mariage

L'expression a refait surface •• wieder auftauchen •• dans la presse au moment du feuilleton du Brexit, et du "divorce à l'européenne" entre l'UE et le Royaume-Uni.


L'expression est cependant utilisée ici dans un sens plus large : donner un coup de canif dans le contrat signifie ne pas respecter les obligations de l'accord •• sich an den Vereinbarungen halten •• (en l'occurrence •• im vorliegenden Fall •• en ne livrant pas les quantités de vaccin promises) sans pour autant •• ohne deshalb zu •• le remettre entièrement en cause •• remettre en cause : in Frage stellen, hinterfragen •• . La métaphore du "coup de canif" indique la déchirure du document sur lequel sont fixés les termes de la convention.


Aujourd’hui, le mot canif évoque •• hinweisen auf •• un petit couteau de poche qui, comme le modèle dit "suisse", peut comporter plusieurs lames repliables •• faltbare Klinge •• et d’autres accessoires comme un tire-bouchon •• Korkenzieher •• ou un tournevis •• Schraubenzieher •• (1). A l’origine, c’était une simple lame de fer qui servait par exemple à tailler les plumes (2) destinées à l’écriture ou à gratter le parchemin pour y faire des corrections.


Vous avez sûrement remarqué la similitude •• Ähnlichkeit •• entre le canif français et l’anglais "knife" (qui désigne un couteau "normal") : ces deux mots dérivent de l'ancien bas francique "knif" qui a également donné le nordique knifr.

Il est à noter que, dans les formes romanes, une voyelle ("e" ou "a") est venue s’intercaler •• einschieben, einfügen •• entre le "k" et le "n", association de consonnes difficile à prononcer pour les locuteurs de ces langues : le mot est attesté d'abord sous la forme "quenif" puis "canif" en français, "canivet" en portugais, "ganivet" en catalan.


Oui, et en allemand, me direz-vous ? Là aussi, on trouve une forme dérivée de "knif", à savoir Kneif, appelé également Schuster- ou Sattlermesser (littéralement "couteau de sellier"). En français, c’est un tranchet, une lame d’acier, à l'origine sans manche, utilisée par différents artisans (cordonnier •• Schuster •• , bourrelier •• synonyme de sellier :Sattler •• , corroyeur •• Lederer •• ...) pour couper le cuir.

A priori, un "coup de canif" occasionne une blessure moins grave, plus superficielle qu'un coup de couteau ou de poignard. Une simple égratignure •• Kratzer, Schramme •• . Mais la situation pourrait dégénérer •• eskalieren, ausarten •• si quelqu'un s'avisait de •• auf den Gedanken kommen •• "remuer le couteau dans la plaie •• Salz auf die Wunde streuen •• ", auquel cas •• in welchem Fall •• les parties en présence •• die streitenden Parteien •• risqueraient bien de se retrouver "à couteaux tirés •• spinnefeind •• " et avec "le couteau sous la gorge •• das Messer an der Kehle •• "...

 

     Pour être au courant


1- tire-bouchon et tournevis : Korkenzieher, Schraubenzieher. Dans ce domaine "technique", il semblerait que le français soit plus précis : dans les deux langues, on "tire" le bouchon, mais on fait "tourner" la vis en français, tandis qu'on la "tire" en allemand.
Il paraît cependant que le terme Schraubenzieher a été remplacé (dans les normes officielles) par Schraubendreher! (article)

2- le canif, à l'origine simple lame utilisée pour tailler les plumes, est appelé "cortaplumas" (itt. "coupe-plumes") en espagnol, "tallaplomes" en catalan, "tagliapenna" en italien, et "Federmesser" en allemand.

 

 

 

le
CROUPIER,

la
CROUPIÈRE

et le petit
CROUPION
...

 

 

 

 

 

 

En 2019, dans son "Rapport sur la féminisation des noms de métier et de fonction", l'Académie Française a fini par accepter "croupière" comme féminin de "croupier",

Si la "Gardienne •• Hüterin •• de la langue française" a hésité si longtemps à adopter cette forme, c'est probablement en raison de la connotation - éventuellement - péjorative et donc discriminatoire, voire sexiste, du terme.


Un "croupier" est aujourd'hui "l'employé d'un établissement de jeu, d'un casino, qui veille au •• dafür sorgen, darauf achten •• déroulement •• Ablauf, Verlauf •• normal des parties, reçoit les enjeux •• Einsatz •• et paie les gagnants" (cnrtl.fr). Le mot est si répandu dans le monde entier (avec une orthographe et une prononciation qui - bien sûr - diffèrent •• voneinander abweichen •• selon les langues (1)) que l'on ne s'interroge guère sur son origine étymologique.

Croupier vient bel et bien de croupe •• Hinterteil •• , mot qui, depuis le XIIe siècle, désigne la partie postérieure de certains animaux (tout comme Kruppe, emprunté au français au XVIIIe siècle). On l'utilise également - familièrement et "plaisamment •• scherzhaft •• " (mais cela dépend pour qui...) - pour désigner le postérieur •• Po, Hinterteil, Gesäß •• d'une femme. On comprend donc mieux les hésitations des Immortels •• (nom des 40 membres de l'Académie Française –
litt. die Unsterblichen
••
à adopter le féminin "croupière".


Comment est-on passé du derrière de l'animal à l'employé du casino ?

A l'origine, le croupier, c'est celui qui monte en croupe, c'est-à-dire qui s'assied derrière la selle •• Sattel •• du cavalier et se trouve donc sur la croupe de l'animal. "Prendre qn en croupe •• jn hinten aufsitzen lassen •• ", c'est donc l'accepter comme compagnon de chevauchée •• Ritt •• .

C'est ainsi que, par un glissement de sens •• Bedeutungsverschiebung •• , le "croupier" en vient à désigner un associé •• Teilhaber, Sozius •• puis "celui qui, à certains jeux, est associé à un autre joueur [se tenant derrière lui]" et, à la fin du XVIIIe siècle, "celui qui, dans une maison de jeux, dirige les parties" (définitions du CNRTL).


Mais le mot croupière était entré dans la langue française bien avant que l'Académie Française ne l'accepte comme féminin de croupier.

C'est - aujourd'hui encore - la partie du harnais •• Geschirr •• qui passe par-dessous la queue du cheval (ou d'un autre animal de monte •• Reittier •• ou de bât •• Packsattel •• ) et qui, fixée aux deux côtés la selle, l'empêche de bouger et assure donc une meilleure "assiette •• avoir une bonne assiette : gut im Sattel, zu Pferd sitzen •• " au cavalier.

Que se passait-il lorsque la lanière de la croupière •• Schwanzriemen •• lâchait •• reißen •• ? Le cavalier risquait fort de tomber de sa monture •• Reittier •• . La rupture de la croupière n'était pas toujours due à l'usure •• Abnutzung •• ou à un malencontreux •• unglücklich, ärgerlich, leidig •• accident : c'est ce que nous rappelle l'expression "tailler des croupières à qn" - qui est utilisée aujourd'hui seulement au sens figuré de " créer des obstacles, occasionner •• bereiten, verursachen •• des difficultés à qn, compliquer la réussite d'une entreprise".

Nous apprenons ainsi que "la bataille des capteurs d’image Cmos de smartphones monte d'un cran •• sich verschärfen, eine höhere Stufe erreichen •• . (...) L’ambition de Samsung Electronics et OmniVision Technologies est claire : continuer de tailler des croupières à Sony, qui domine allègrement •• munter, lässig •• le marché mondial." (article)

Au sens propre, "tailler des croupières" à un adversaire, c'était s'approcher suffisamment près de lui pour pouvoir "tailler", c'est-à-dire trancher (à l'épée pour les chevaliers •• chevalier : Ritter / cavalier : Reiter •• ) la croupière de sa monture et lui faire "vider les étriers •• aus dem Sattel (litt. : Steibügel) fallen •• ".

Que l'expression soit utilisée au sens propre ou au sens figuré, l'objectif reste le même : l'emporter sur •• über jn siegen, jn übertreffen, jn ausschalten •• un concurrent en utilisant tous les moyens possibles, même les plus déloyaux •• unlauter •• .

 

 

     Pour être au courant


1- croupier
(en français, anglais, néerlandais, suédois, italien), Croupier (allemand), crupier (espagnol, roumain), crupiê (portugais), krupier (polonais), kruppieri (finnois)...

2- croupe vient du francique "kruppa" qui a le sens général de "rondeur" et qui désigne aussi bien la partie rebondie du derrière de l'animal qu'un sommet de montagne ou de colline de forme arrondie (Bergkuppe).

En dérive également le mot Kropf, qui désigne le jabot d'un oiseau ou un goitre, donc des éléments anatomiques présentant un renflement (mais situés sur la face antérieure de l'animal ou de la personne).

La "croupe" des oiseaux - c'est-à-dire la partie de leur corps correspondant aux dernières vertèbres •• Wirbel •• et portant les plumes de la queue - est appelée croupion. En allemand, c'est le Bürzel, appelé familièrement "Bischof" (nous aurons peut-être l'occasion de revenir sur •• (auf ein Thema) zurückkommen •• cette étonnante dénomination...)

3- Parmi les équivalents de l'expression "tailler des croupières à qn", rappelons "mettre des bâtons dans les roues" (de celui qui voyageait, non plus à cheval mais dans un véhicule monté sur roues) qui correspond à l'allemand "jm Knüppel zwischen die Beine werfen" ou "jm Hindernisse / Steine in den Weg legen".

 

 

 

 

SAUGRENU

 

Sel,

eau-de-vie

et

cerveau fêlé

 

"Annuler la dette ? "Une idée saugrenue"

Certains économistes préconisent d’annuler la dette publique, notamment celle détenue par la Banque centrale européenne. Anthony Requin, le directeur général de l’Agence France Trésor, juge cette idée contre-productive." (article)


Une idée saugrenue, c'est en allemand ein verrückter Einfall : une pensée, une proposition inattendue qui surprend par sa bizarrerie. En l'occurrence, Anthony Requin (1) considère la proposition d'annulation de la dette publique comme une idée absurde, ridicule.

L'adjectif a aujourd'hui une connotation plutôt péjorative : ce qui est saugrenu est extravagant (littéralement : "déviant", "errant" en dehors des "voies normales"), ou même stupide, conçu par un esprit déraisonnable.

Pourtant, à l'origine (au XVIe siècle), le terme, composé de "sau" (2), forme dialectale de "sel", et de "grain", possède un sens positif. Il définit ce qui est "piquant", amusant, ce qui possède le fameux "grain de sel", ce trait d'esprit qui "assaisonne" ou "pimente" des paroles ou des écrits - qui sans lui seraient insipides.


Cette idée "crazy" - comme on dit en globish - peut être également qualifiée de "loufoque", un mot qui n'a rien à voir ni avec le loup, ni avec le phoque, mais qui est tout simplement une déformation de l'adjectif "fou" en largonji (3), une forme d'argot née au XVIIIe siècle et particulièrement utilisée chez les bouchers.

"Loufoque" a été popularisé au XXe siècle par l'humoriste Pierre Dac, autoproclamé "roi des loufoques" et... fils de boucher. Il n'est cependant pas l'inventeur du mot.


Parmi les équivalents allemands, on trouve
• "hirnrissige Idee" : qui ne peut avoir été conçue que dans un cerveau "fêlé", ou
• "hirnverbrannte Idee" : qui correspond à l'anglais "harebrained Idea", c'est-à-dire imaginée par un "cerveau brûlé" (4)


Cette idée saugrenue se dit aussi "Schnapsidee", un terme tout aussi péjoratif.
On s'éloigne là du domaine de la boucherie et des salaisons pour aborder la sphère des spiritueux (sans pourtant quitter celle de l'esprit puisque le mot "spiritueux" vient, lui aussi, de "spiritus", Geist und Alkohol).

L'expression suggère que cette idée bizarroïde est née dans l'esprit d'une personne au cerveau embrumé par la consommation d'eau-de-vie (ou d'un autre alcool) : une idée qui peut paraître géniale sur le moment mais qui se révèle souvent absurde lorsque la personne en question a repris ses esprits après s'être débarrassée de sa "gueule de bois".


Alors, l'annulation de la dette dite "Covid" est-elle une idée bienvenue ou saugrenue ? Qui vivra verra...

 

 

     Pour être au courant


1- Requin
, un nom lourd à porter... Le requin, grand poisson de mer, vorace et redoutable, aux mâchoires puissantes, a la réputation d'être un 'mangeur d'hommes'. C'est de la réputation de voracité et de brutalité de ce poisson carnassier que découle le sens figuré de "requin" : personne cupide, sans scrupules et impitoyable en affaires. 

La métaphore, attestée en français dès 1790, est reprise dans différentes langues : "requin de la finance" correspond à l'allemand "Finanzhai" (avec les variantes Kredithai et Finanzhyäne), à l'anglais "financial shark", à l'italien "squalo finanziario", à l'espagnol "tiburón financiero", etc.


2- Différents autres mots sont formés à partir du radical "sau" qui n'a rien à voir avec "Sau", la truie en allemand, même si les "cochonailles" (produits à base de viande de porc) comme "saucisse" et "saucisson"  font partie de cette famille, tout comme "saumure", "saupiquet" ou "saupoudrer", qui signifie donc parsemer de sel. La forme courante "saupoudrer de sucre" est donc, étymologiquement, fautive.


3-
L'expression "cerveau brûlé / tête brûlée", à l'origine de l'allemand "hirnverbrannt", possède aujourd'hui un sens un peu différent, à savoir : exalté, qui recherche le risque, casse-cou (mais "casse-cou" rime avec "fou"...)


4- Le largonji est un procédé utilisé en argot au XVIIIe siècle : il consiste à déformer un mot - pour le rendre plus difficilement compréhensible - en remplaçant la consonne initiale de sa première syllabe (ou de la deuxième si le mot commence par une voyelle) par la lettre "l", puis à la restituer à la fin du mot et à la faire suivre d'un suffixe de son choix (-é, -em, -ès, -i, -ic, -oc, -uche...)

Exemples :                               • jargon → LargonJi
• merci → LerciMuche            • boucher → LoucherBem        
• café → LaféQUès                 • en douce → en LouceDé

 

 

 

 

PÉNURIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La stratégie de multiplication des tests pour contenir •• in Schach halten •• la pandémie de Covid-19 pourrait être contrariée •• zunichte machen, durchkreuzen •• par une pénurie inattendue : celle de matières plastiques indispensables à la conservation, au transport et à l'analyse des prélèvements •• Probenentnahme •• ." (article)

 

Il y a un an (déjà...) on craignait une pénurie de papier hygiénique, on souffrait cruellement •• bitter, stark •• d'une pénurie de masques. Désormais, c'est la pénurie de vaccins qui menace •• gefährden •• le "retour à la normale".

A cela vient s'ajouter la pénurie de plastique, matériau dont la consommation a bondi •• sprunghaft ansteigen •• ces derniers mois : c'est en effet un composant essentiel des masques FFP2, des surblouses •• Einwegkittel •• et des gants utilisés à l'hôpital, du matériel nécessaire aux tests, des seringues •• Spritze •• ...


C'est donc la forte augmentation de la demande •• Nachfrage •• qui est à l'origine de la pénurie de plastique. Mais quelle est l'origine étymologique du mot "pénurie" ?

Le mot est attesté en français au XVe siècle dans le sens de "pauvreté, misère, indigence •• Armut, Mittellosigkeit •• ". A cette époque-là, ces termes sont le plus souvent synonymes de manque de nourriture.

Et cela annonce le sens que prend le mot "pénurie" au XVIIIe siècle : d'abord "défaut d'approvisionnement •• Versorgungsengpass •• d'un magasin de l'Etat" puis, sous la Révolution, "manque d'une chose nécessaire".


Les Romains de l'antiquité ont naturellement aussi connu des problèmes d'approvisionnement, la disette •• Mangel an Nahrungsmitteln •• , le manque de vivres •• (Grund)Nahrungsmittel ••, ce qu'ils appelaient "penuria". Le terme est dérivé de penus qui désigne d'abord l'endroit le plus reculé •• entlegen, abgeschieden •• de la maison, là où sont cachées les provisions, à l'abri de •• geschützt vor, sicher vor etw. sein •• s prédateurs •• Räuber •• (qu'ils soient humains ou animaux). Le mot a fini par désigner les vivres eux-mêmes.

L'adverbe "penite" (profondément), le verbe "penetrare" (pénétrer, aller jusqu'au fond) sont également dérivés de "penus". Plus étonnant encore, les Pénates font aussi partie de cette "famille" : ce sont les dieux romains protecteurs du foyer •• Feuerstelle + Haushalt, Heim •• et du garde-manger •• Vorratskammer •• . Ils sont censés •• être censé faire qc : eigentlich tun sollen •• protéger les habitants de la maison contre le manque de vivres, contre la pénurie.

 

Vous vous demandez peut-être si ces Pénates / Penaten ont un rapport quelconque avec la marque allemande de produits de soins •• Pflegeprodukte •• , dont le plus connu est la Penaten Creme, inventée en 1904 par le droguiste allemand Max Riese, et utilisée depuis pour soigner •• pflegen •• et protéger la peau des fesses •• Hintern, Popo •• des bébés !

Je me suis aussi posé la question et, pan, en plein dans le mille •• ins Schwarze getroffen •• (1a), le nom de la marque est bel et bien inspiré des divinités tutélaires •• Schutzgottheit •• des Romains.


C'est l'épouse de Max Riese qui, passionnée d'histoire romaine, a eu l'idée de baptiser •• nennen / taufen •• Penaten cette crème protectrice.

Et quel était le nom de jeune fille d'Elisabeth Riese ? Je vous le donne en mille  •• ich wette hundert zu eins, dass Sie ist nicht erraten… (oder doch?) ••  ! (1b) C'était une demoiselle Knapp ! Curieuse coïncidence qui nous ramène à la pénurie (Knappheit). La boucle est bouclée •• boucler la boucle : den Kreis schließen •• !

 

     Pour être au courant


1a - "Pan, dans le mille"
= (toucher, mettre) en plein dans le mille, c'est tomber, deviner juste. Dans certains jeux, le "mille", c'est le centre de la cible, la case qui rapporte 1000 points.

1b- "Je vous le donne en mille" : expression utilisée pour défier •• jn herausfordern, mit jm wetten •• qn de deviner qc. C'est l'équivalent de "Je parie (à mille contre un) que vous ne devinerez pas".

1c- J'étais "à mille lieues de" penser que le nom de la marque Penaten avait vraiment un rapport avec les dieux romains. (meilenweit davon entfernt sein)

1d - La population modeste, qui était loin de "gagner des mille et des cents", consacrait la plus grande partie de ses revenus à acheter des vivres.    (keine) Unsummen verdienen)             

1e- Et, comme "une image vaut mille mots", voici la photo d'une seringue en plastique dans une main gantée de plastique...  Denn ein Bild sagt mehr als tausend Worte


(piqûre de) RAPPEL
"mille" (= 1000) reste invariable (trois mille rouleaux de papier).

"mille" (unité de mesure pour les distances aériennes et maritimes) prend un "s" au pluriel (une marée noire s'est produite à dix milles au large de X.)

 

 

 

 

Carême

et

diplomatie

 

Ou comment faire mentir le dicton "Nomen est omen"

En 2021, le Carême •• Fastenzeit •• a commencé le 17 février (Mercredi des Cendres •• Aschermittwoch •• , lendemain •• Tag nach •• de Mardi Gras) et se terminera le 3 avril (samedi de la Semaine sainte, veille •• Tag vor •• de Pâques). (1)


Mais savez-vous d'où vient le nom de cette période de jeûne •• Fasten •• et d'abstinence •• Enthaltsamkeit, Abstinenz •• observée •• einhalten, sich halten an •• par les chrétiens ?

"Carême" est dérivé du latin vulgaire "quaresima", altération de "quadregesima" [sous-entendu "dies"] et signifie donc littéralement "quarantième jour" [avant Pâques].

Cette "quarantaine" (alimentaire et pas sanitaire...) se réfère •• sich beziehen auf, verweisen auf •• aux quarante jours de jeûne de Jésus-Christ dans le désert. (2)

 

Curieusement, Carême est le patronyme d'un cuisinier français réputé de la 1ère moitié du XIXe siècle, surnommé "le roi des chefs et le chef des rois", et le premier à porter cette appellation de "chef •• Chefkoch, Küchenchef •• ". La petite histoire prétend que c'est lui qui aurait inventé la "toque •• Kochmütze, Toque •• " lors de son séjour à Vienne.


Il a exercé ses talents de pâtissier et de cuisinier dans toutes les cours d'Europe :
Napoléon Bonaparte, bien qu'indifférent à la nourriture, avait compris que la haute cuisine "à la française" était un atout •• Trumpf, Vorteil •• dans les relations diplomatiques. C'est pourquoi, en 1803, alors qu'il est Premier Consul, il finance l'achat du château de Valençay (Indre) pour Talleyrand, "Ministre des Relations extérieures" de l'époque. Antonin Carême entre au service du diplomate comme chef des cuisines de ce château qui ne tarde pas à devenir un lieu incontournable de rendez-vous diplomatiques.


Carême a été successivement au service du prince régent anglais, futur George IV, du tsar Alexandre 1er et de l'empereur d'Autriche François 1er.


Pendant le Congrès de Vienne, il est chef-cuisinier (3) de Talleyrand, alors ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII, et installé au Palais Kaunitz. Le diplomate tient une table •• Tafel •• fastueuse •• prächtig •• , et ses salons voient défiler •• sich die Tür in die Hand geben •• des personnages illustres : princes, ministres et ambassadeurs de différentes nationalités.

Il demande alors à Antonin Carême de créer un plat qui conviendrait à tous ses invités et qui pourrait se déguster à toute heure de la journée. Le chef-cuisinier imagine un dessert qui ne va pas tarder •• bald etw. tun •• à faire fureur,  baptisé le "diplomate". Cette pâtisserie se compose de tranches de brioche ou de génoise •• Biskuit •• , imbibées •• tränken •• de Grand Marnier (ou de Kirsch), alternées •• abwechseln •• avec des couches de crème pâtissière aux fruits confits •• kandierte Früchte •• . Le gâteau est recouvert de crème Chantilly et, cerise sur le gâteau •• Krönung, Tüpfelchen auf… •• , décoré d'un bigarreau •• Königskirsche •• confit.


Autrement dit, cette création de Carême n'a pas grand-chose à voir avec un mets •• Speise •• typique de Carême !

 

     Pour être au courant


1- Comme Pâques, fête dite "mobile" •• sogenannter beweglicher Feiertag •• , tombe au plus tôt le 22 mars (et au plus tard le 25 avril), le Carême peut commencer dès le 4 février. Dans tous les cas, une bonne partie de cette période tombe inévitablement au mois de mars.
D'où l'expression : "arriver comme mars en Carême", c'est-à-dire "arriver, se produire régulièrement et infailliblement •• unweigerlich •• ".

2- La période de Carême est également appelée "la Sainte Quarantaine". Elle rappelle également les quarante jours de jeûne de Moïse sur le Mont Sinaï.

3- Les historiens sont divisés sur la présence d'Antonin Carême à Vienne pendant cette période.

4- le substantif "Fasten(Zeit)" et le verbe "fasten" sont apparentés à l'adjectif "fest". En germanique, "fasten" était synonyme de "halten, festhalten, beachten". A partir du IXe siècle, Fasten n'a plus que le sens restreint (et toujours actuel) de "Einhalten des Fastengebots" (observance du jeûne).

arriver, débarquer et démarrrer ? FrAu ModJo - 2020

 

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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