Des Canadair écopent sur la Seine

Images insolites insolites en Île-de-France : pour la première fois, des Canadair écopent sur la Seine (1). (vidéo)
Ces hydravions amphibies (2) sont mobilisés pour lutter contre l’incendie qui fait rage dans la forêt de Fontainebleau depuis le 12 juillet.

La particularité de ces « bombardiers d’eau », c’est qu’ils écopent. C’est-à-dire que, pour remplir leurs soutes en plein vol, ils passent en rase-mottes à la surface d’un plan d’eau (rivière, lac, mer) et n’ont pas besoin de se poser ou de regagner leur base pour faire le plein. Ils pratiquent ce qu’on appelle l’aéroécopage.

De nombreux termes du langage aéronautique sont empruntés au monde de la navigation maritime. C’est le cas du verbe écoper et de l’écopage. Mais, en passant d’un domaine à l’autre, leur sens s’est inversé. Alors que, à bord d’un bateau, écoper consiste à évacuer l’eau accumulée dans la cale ou au fond de l’embarcation avec une sorte de pelle – l’écope -, c’est l’inverse qui se produit avec le Canadair qui, au contraire, remplit ses citernes d’eau (6 000 litres en 9 à 12 secondes). Dans ce cas, les « écopes » sont de petites ouvertures de 10 × 12 cm placées sous le fuselage de l’hydravion.

Les Canadair sont, comme leur nom l’indique, fabriqués au Canada – aujourd’hui par l’entreprise Bombardier. En anglais, ces « bombardiers d’eau » sont appelés des « scoopers » (3), des « écopeurs ».

Scoop et écope ont le même sens (récipient pour évacuer ou – au contraire – pour puiser l’eau) dans les deux langues et la même origine, à savoir le moyen néerlandais schope (seau pour écoper l’eau), lui-même dérivé de l’ancien bas-francique *skôpa, de même sens.
Ils sont apparentés à Schippe (Allemagne du Nord), Schöppe (Rhénanie), tous deux synonymes de Schaufel (la pelle, en Autriche), ainsi qu’à Schöpfer (la louche), mais aussi au latin scopa (balai).

Si les Canadair ont l’autorisation d’écoper (3) dans la Seine, les baigneurs, eux, peuvent écoper (4) d’une amende s’ils plongent dans des secteurs non autorisés.


Pour être au courant

1- D’abord stationnés à l’aéroport de Marignane, 10 des 12 Canadair (Marseille en a gardé 2), ainsi que les 8 Dash et les 3 Beechcraft ont déménagé : leur nouvelle base se trouve dans le Gard, à Nîmes-Garons. En effet, avec le réchauffement climatique, le centre des incendies se déplace peu à peu vers le Nord.

2- Amphibies, ces hydravions peuvent se déplacer aussi bien sur l’eau que sur la terre ferme : en effet, ils sont équipés à la fois d’un train d’atterrissage rétractable et de flotteurs.

3- Des Canadair qui écopent sur la Seine, ça, c’est un scoop !
Mais quel est le rapport sémantique entre une écope et un scoop ?
Au milieu du XVIIIe siècle, l’anglais « scoop » en vient à désigner non seulement cette sorte de pelle à écoper une embarcation, mais aussi la quantité qu’elle contient.
A la fin du XIXe siècle, il désigne « une grande prise » faite par exemple dans une nasse, un bon bon coup de filet (à poissons). 
Le glissement de sens de la « bonne prise » à la « découverte d’une information ou d’une photo sensationnelle et exclusive » se fait tout naturellement.
Utilisé dans le langage journalistique, le scoop / der Scoop, devient (dans les années 1880) une information importante donnée par la presse écrite ou orale, en primeur et en exclusivité et, par extension, une nouvelle sensationnelle.

4- Au sens figuré, le verbe écoper (attesté à partir de 1880) signifie éprouver un dommage, recevoir une réprimande, une critique souvent (considérée comme) imméritée, ou se voir infliger une peine, une punition : il a écopé d’un PV, de 4 ans de prison = etw. abbekommen, etw. aufgeknallt kriegen, etw. aufgebrummt kriegen.

5- Contrairement à ce qu’affirme une légende urbaine, jamais un nageur – et encore moins un véliplanchiste – n’a été aspiré par un avion bombardier. En effet les buses d’écopage sont bien trop petites. Par contre, il arrive que des poissons soient « avalés » et qu’ils se retrouvent largués à des kilomètres de leur espace naturel d’origine.

asticoter

« La bave d’asticot, notre ultime espoir face à la fin des antibiotiques » .
Les asticots sont appréciés des pêcheurs qui les utilisent comme appât. Mais, la plupart d’entre nous trouvent ces insectes répugnants.
Pourtant, l’asticothérapie (lien), une technique vieille comme le monde, pourrait nous faire changer d’avis : ces larves de diptères – principalement celles de la Mouche verte commune, Lucilia sericata – élevées dans un milieu stérile, sont utilisées après une intervention chirurgicale pour dévorer les tissus nécrosés et éliminer le pus dans les plaies. Elles facilitent ainsi la cicatrisation sans recours aux antibiotiques. (1)

Le mot asticot est un déverbal d’asticoter qui signifie « agacer qn par des taquineries ou tracasseries insignifiantes mais fréquentes » (CNRTL). 
D’ailleurs, pêcher à la ligne se dit aussi « taquiner le goujon ». Cette expression métaphorique (littéralement : den Gründling  necken) signifie en quelque sorte ‘agacer les poissons’ en faisant bouger l’hameçon garni du fameux asticot.

Asticoter est le résultat de la combinaison des verbes de l’ancien français « dasticoter » et « estiquer » (dérivé du néerlandais steken, qui a donné stechen (piquer) en allemand) : ne dit-on pas en français envoyer des piques à quelqu’un pour l’agacer, pour l’énerver ? Cette expression se traduit à son tour par sticheln (de Stich : piqure, dérivé de stechen).

Malgré tout, le verbe asticoter n’a rien à voir avec les piqûres d’insecte, ni les insectes tout court. Il est apparu dans la langue française au XVIe siècle, sous la forme dasticoter, elle-même dérivée du juron « dasticot / d’astigot ». On pense que ce sont les lansquenets qui l’ont importé en France.
Ces fantassins allemands, recrutés comme mercenaires en France aux XVe et XVIe siècles, étaient réputés pour leur bravoure mais aussi pour leur brutalité et leur indiscipline. Ces soudards  et pillards étaient également connus pour leur grossièreté.
Agrippa d’Aubigné, écrivain et homme de guerre (1552-1630), en témoigne : « Les Lanskenets (…) s’acharnerent sur eux, en criant dastigot. »

Ce ‘dastigot’ et sa variante ‘dasticot’ sont le résultat d’une francisation approximativement phonétique du juron Dass dich Gott… ! : Que Dieu te … (suivi – au choix – de « damne, envoie au diable »… etc.)

Asticoter qn peut se traduire par jn schikanieren (du français ‘chicaner’), piesacken (surtout en Allemagne) ou sekkieren (plus répandu en Autriche) : ce dernier verbe est dérivé de l’italien seccare (sécher), lui-même dérivé du latin siccus (sec) et signifie littéralement dessécher.

Asticoter se traduit aussi par hänseln, et a un rapport direct avec la ligue hanséatique : le Hänseln était une sorte de rite d’initiation, un cérémonial pratiqué lors de l’admission d’un nouveau membre dans cette association de marchands. C’est ce que l’on appellerait aujourd’hui une séance de bizutage : l’aspirant se voyait soumis à toutes sortes d’épreuves à la fois humiliantes et douloureuses (asphyxie, simulacre de noyade, coups de verges ou de fouet …).
Avec le temps, le sens de hänseln s’est généralisé et a perdu son caractère barbare, pour signifier finalement taquiner, embêter, agacer qn.


Pour être au courant

1- « Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la résistance aux antimicrobiens, dont les antibiotiques, est l’une des dix plus grandes menaces pour la santé publique mondiale auxquelles doit faire face l’humanité. De plus, la disponibilité générale de ces antibiotiques rencontre divers problèmes depuis déjà quelque temps. » (lien)