Dormir dans un bon lit à l’Hôtel du Lion d’or
« Chauvigny : environ 30.000 euros de subventions pour des rénovations à l’hôtel le Lion d’or ». (article)
Vous ne savez pas où se trouve Chauvigny (1), et le sort de cet hôtel à rénover vous importe peu ? Qu’importe !
Le but de ce Mot du jour n’est pas de vous le faire connaître mais d’essayer d’expliquer pourquoi des dizaines d’autres hôtels, auberges ou restaurants s’appellent portent ce nom en France.
Le bâtiment dans lequel est abrité le « logis hôtel le Lion d’or » de Chauvigny était au XIXe siècle un relais de poste. L’avènement du chemin de fer a entraîné la fin de la poste à chevaux. Comme de nombreux autres relais, l’établissement s’est alors reconverti en hôtel-restaurant de voyageurs et a conservé son nom. (2)
Selon la théorie la plus courante, le nom de ces lieux d’hébergement et de restauration serait le résultat d’un calembour datant du Moyen Âge.
A cette époque-là, une nuit reposante dans un bon lit était un luxe que peu de voyageurs pouvaient se payer. C’est pourquoi les auberges qui offraient à la fois le gîte et le couvert – contrairement à celles qui ne proposaient qu’un service de restauration – annonçaient sur leur enseigne ou leur façade : « Au lit, on dort ». Passer la nuit à la belle étoile, sous un arbre ou sur la pente d’un talus était nettement moins confortable et plus hasardeux.
Selon une autre explication, ce « au lit, on dort » serait une sorte d’avertissement à l’adresse de certains clients qui, après avoir bien bu, risquaient de troubler le sommeil des autres voyageurs.
Au fil du temps, par un jeu de mots basé sur la similarité des sons entre « lion d’or » [ljɔ̃ dɔʁ] et « lit on dort » [li ɔ̃ dɔʁ], l’expression se serait transformée en « Au Lion d’Or » !
Cette explication, défendue par de nombreux lexicologues, est-elle vraisemblable ? L’appellation « Au lion d’or » n’est-elle pas tout aussi répandue dans d’autres pays ?
C’est le cas en Autriche, où l’appellation « Zum goldenen Löwen » compte parmi les noms traditionnels les plus anciens donnés aux lieux d’hébergement.
En Europe, le lion est un des animaux les plus représentés en héraldique : il symbolise à la fois le courage, la force et le pouvoir seigneurial. Au Moyen Âge, dans l’espace germanophone, beaucoup d’auberges étaient des « Schildgasthäuser » : elles recevaient du monarque ou du seigneur local le droit d’héberger et de restaurer des clients (Gasthofsgerechtikeit). En contrepartie, les aubergistes faisaient figurer sur leur enseigne l’animal des armoiries de la la famille noble. (3)
Au Moyen Âge et à l’époque moderne, la grande majorité de la population était analphabète et donc incapable de déchiffrer un nom écrit sur une devanture ou une enseigne.
En outre, les maisons ne portaient pas de numéro, mais un nom et un symbole correspondant à ce nom (par exemple un écusson rouge / ein rotes Schild pour la maison Rothschild) ou à la profession de ses occupants. (4)
C’est pourquoi les symboles visuels, comme des animaux, facilement identifiables et mémorisables, remplaçaient l’écriture (5).
Parmi les noms les plus courants, citons Zum Roten Ochsen, Zum Goldenen Adler, Zum Weißen Schwan, Zum goldenen Löwen (6).
Pour être au courant ![]()
1- Chauvigny, petite cité de 7 000 habitants, se trouve en Nouvelle-Aquitaine, dans le département de la Vienne, à 25 km à l’est de Poitiers. La commune doit sa renommée à son important patrimoine médiéval : perchés sur un promontoire rocheux surmontant la vallée de la Vienne, cinq châteaux forment un ensemble fortifié exceptionnel en Europe.
2- Autre exemple célèbre : L’auberge du Lion d’Or qui est le relais de poste et l’hôtel central de Yonville dans « Madame Bovary » de Gustave Flaubert. C’est le théâtre de plusieurs scènes cruciales du roman.
3- Au Moyen Âge, les auberges se trouvaient souvent sur les routes de pèlerinage. Le lion était non seulement un animal héraldique très populaire, il représentait aussi l’évangéliste Saint Marc, tout comme l’aigle pour Saint Jean, le taureau pour Saint Luc et l’ange pour Matthieu.
4- A l’époque moderne, avec la généralisation de la numérotation des édifices, les auberges et les pharmacies ont été les seules maisons à conserver un nom.
Quelques exemples grazois : Adlerapotheke, Bärenapotheke, Pantherapotheke, Sonnenapotheke…
5- L’Eglise employait la même méthode pour enseigner les Écritures à ceux qui ne savaient pas lire : dans les églises, les vitraux et les fresques racontaient des scènes de la Bible et de la vie des saints. Les sculptures représentant des monstres et des démons matérialisaient le concept de l’enfer et du péché.
6- Quelques « lions d’or » à travers l’Europe…
– à Ehrenhausen (district de Leibnitz, en Styrie) : Gasthof zum goldenen Löwen ;
– à Sankt-Florian (District de Linz-Land, en Haute-Autriche) : Gasthaus Goldener Löwe ;
– à Maria Taferl (district de Melk, en Basse-Autriche) : Der Goldene Löwe ;
– à Nauders, am Reschenpass (province autonome de Bolzano, au Trentin-Haut-Adige) : Gasthof zum Goldenen Löwen.
On constate la même omniprésence du « Lion d’or » (The golden Lion) dans le nom des auberges, inns et pubs anglais. Depuis la conquête normande (XIe siècle), le lion est le symbole monarchique anglais par excellence. Il orne les armoiries royales d’Angleterre (les trois lions* d’or passants sur fond rouge).
* ou plus exactement des léopards en héraldique française…
Goldener Löwe dans l’espace germanophone, Golden Lion chez les anglophones, Leon d’oro en Italie, León de oro en Espagne… : la fréquence du nom « lion d’or » parmi les auberges et hôtels de ces pays est liée à la tradition héraldique et n’a rien à voir avec le prétendu calembour français.

Les fesses et la fessée
La majorité des pays européens interdisent aujourd’hui la fessée et les châtiments corporels envers les enfants. (1)
La Suède a été le premier pays au monde à les interdire. L’Autriche a adopté cette loi en 1989, et la France seulement en 2019.
Petit précis d’anatomie : la fesse, la raie et la joue…
Les fesses vont par paire… Du moins, quand elles désignent chacune des deux parties charnues du postérieur, comme c’est le cas en français moderne.
Mais il n’en a pas toujours été ainsi : le mot fesse, formé à partir du latin fissus, lui-même participe passé du verbe findere (fendre – qui a donné également fissure) correspondait à l’origine au sillon interfessier, cette fente qui sépare les deux parties rebondies du séant = Gesäß (étymologie similaire), ce qu’on appelle aussi la « raie des fesses », Gesäßspalte, appelée également Kimme.
Au XVIe siècle, le mot « fesses » a fini par évincer l’ancien français naches, ou nages (du latin nates : fesses).
En toute logique, le verbe fesser et le substantif fessée devraient dériver du mot fesse. C’est sans compter avec l’étymologie populaire. En effet, il existait en ancien français un autre mot fesse ou fesce qui a, lui, une autre origine.
Il vient du latin fascia qui signifie verge, baguette, branche flexible… : l’instrument idéal pour administrer une correction, et qui a donné le verbe fasciare.
A l’origine, fesser signifiait donc de façon générale battre avec des verges, fouetter, et pas nécessairement taper sur le « bas du dos » de qn, comme on dit de manière euphémique (2).
C’est l’étymologie populaire qui a rapproché ces deux fesses – si j’ose dire, ou plutôt écrire… (3)
Comme le français, l’allemand possède toute une gamme de mots, des plus grossiers aux plus châtiés pour désigner cette partie de l’anatomie humaine : Steiß (vieilli ; correspond à siège ou croupion en français), verlängerter Rücken (prolongement, bas du dos), Po et Popo (langage enfantin, avec son pendant français popotin), Gesäß– ou Pobacke (littéralement joue de postérieur) pour ne citer que quelques-uns des moins malséants !
Pour être au courant ![]()
1- Interdiction des châtiments corporels en Europe.
La Finlande a suivi l’exemple de la Suède en 1983, la Norvège en 1987, l’Allemagne en 2000, l’Espagne en 2007, le Portugal en 2015. Condamnée en 2015 par le Conseil de l’Europe, la France a adopté la loi contre les « violences éducatives ordinaires » en juillet 2019, la même année que la Géorgie et le Kosovo.
Les derniers pays européens à avoir interdit les châtiments corporels sont la Suisse et la République tchèque, en 2025.
2- A séant, derrière et bas du dos, on peut ajouter hémisphère ou demi-lune, arrière-train, fondement.
3- Malgré leur proximité phonétique, anatomique et fonctionnelle, il ne faut pas confondre les fesses avec leur homophone, non homographe, les fèces. Ce mot qui désigne les excréments solides de l’homme, vient du latin classique faeces (pluriel de faex qui signifie résidu, lie, rebut )

Bison futé fête ses 50 ans
Ce bison-là n’est pas un bovin, mais le nom d’un Indien rusé, choisi en 1976 comme mascotte par le ministère des Transports pour prévenir et guider les automobilistes, en particulier les jours de circulation chargée – comme lors des fameux « chassés-croisés » (1) de l’été – et leur indiquer les itinéraires bis ou de délestage.
Après avoir hésité entre un dauphin (vif et intelligent), une girafe (censée dominer la situation), l’oiseau Thimotée « qui voit loin » avec ses grosses jumelles, et bien d’autres animaux, les responsables du ministère des Transports ont opté pour cet Indien sympathique, débrouillard et adroit, en un mot « futé » (2). Un Sioux capable de trouver les meilleures pistes.
Du muscle et du musc …
Le bison, qu’il soit d’Amérique ou d’Europe, se reconnait à sa tête massive et large, à ses longs poils touffus sur l’avant du corps et, surtout, à sa forte bosse musculaire et graisseuse sur les épaules.
Son nom – attesté en français à partir de la fin du XVe siècle) – vient du latin (bison, bisontis, masculin) qui l’a emprunté à l’ancien haut allemand « wisunt » : ce dernier désignait « l’aurochs », le boeuf sauvage, dont le dernier représentant a disparu en Pologne au début du XVIIe siècle.
Wisunt est formé sur la racine indo-européenne « veis-onto » qui signifie littéralement « qui sent le musc ». En effet, pendant la période de rut, ces bovidés dégagent une forte odeur de musc, une caractéristique rappelée par le nom du boeuf musqué.
L’allemand moderne utilise Wisent pour désigner le bison d’Europe.
Pour être au courant ![]()
1- le chassé-croisé estival : quand les « juilletistes » (qui prennent leurs vacances en juillet) croisent les aoûtiens (qui partent en congé en août), cela occasionne des kilomètres de bouchons sur les routes de France. C’est à la suite d’embouteillages monstres (600 km de bouchons cumulés) lors du week-end du 2 août 1975 que le ministère des Transports a décidé de mettre en place un système de fluidification de la circulation pour éviter que cette « grande pagaille » ne se reproduise.
L’expression chassé-croisé vient du domaine de la danse et plus particulièrement du quadrille : c’est un pas de danse au cours duquel le cavalier et sa partenaire exécutent chacun un pas glissé (« chassé») de côté, l’un se dirigeant vers la droite et l’autre vers la gauche : ils se croisent donc. Cette figure se distingue du simple « chassé » où les deux danseurs glissent vers le même côté.
L’expression désigne aujourd’hui surtout les flux d’automobilistes qui se croisent sur les routes à l’occasion des grands départs en vacances et des retours.
2- futé, synonyme de malin, rusé, vient de l’ancien verbe « futer » qui signifiait « échapper aux filets« . L’adjectif « futé » qualifiait donc à l’origine un animal qui, instruit par l’expérience, est capable d’éviter les pièges, de faire preuve de ruse. Il est de la même famille que le mot « fuite ».

le fauteuil
Le Musée d’Orsay vient d’acquérir un fauteuil et un tabouret dessinés par Alphonse Mucha (1) pour aménager la boutique du joaillier Fouquet à Paris. Disparus depuis plus d’un siècle, ils ont été redécouverts lors d’une vente aux enchères. (lien)
Ce fauteuil et ce tabouret dits « curules » rappellent que le fauteuil, défini aujourd’hui aujourd’hui comme un siège confortable pour une personne, généralement doté d’un dossier et de « bras » ou « accotoirs » (2) était à l’origine un siège pliant.
En effet, le mot vient en effet du vieux francique faldistôl (littéralement « siège pliant ») qui a donné « Faltstuhl » (de « falten » plier + Stuhl : siège) en allemand moderne.
Au fil des siècles, « faldistôl » s’est transformé en → faldestoed (XIIe siècle) → faudesteuil (XIIIe siècle) et, finalement, → fauteuil (1589).
Le mot a, à son tour, été réemprunté par l’allemand au XVIIIe siècle avec son orthographe et sa prononciation françaises.
L’exemplaire le plus connu du faldistôl du haut Moyen-âge est le trône dit du « bon roi Dagobert » (illustration)
Ce fauteuil de bronze doré est parfois attribué à saint Éloi, orfèvre – et conseiller – du roi de Dagobert (3a), et il a la même forme que les chaises curules (illustration) des magistrats romains de l’antiquité.
Comme ces sièges antiques, le « faldistôl » était pliant et son assise était formée de sangles de cuir.
Étant donné que les souverains et les nobles voyageaient beaucoup au Moyen-âge et qu’ils emportaient avec eux leur mobilier d’une demeure à l’autre, la plupart des meubles étaient pliants ou démontables (par ex. des tables composées d’une planche posée sur des tréteaux) pour faciliter leur transport.
Aucune source fiable ne prouve l’authenticité de ce fauteuil (3b). Cependant il a été utilisé par Napoléon Ier pour distribuer les premières Légions d’honneur en 1804. Selon la légende, l’empereur aurait cassé ce siège vétuste et fragile en s’asseyant dessus.
Son successeur, le roi Bourbon Louis XVIII, s’est surnommé lui-même, par autodérision, « le roi fauteuil ».
Lorsqu’il monte sur le trône, à 59 ans, il se déplace difficilement. D’une part, il souffre d’une malformation congénitale des hanches ; d’autre part, à cause de son appétit pantagruélique, il est atteint d’obésité et souffre de la goutte, d’ulcères et de varices. Il est en outre mal conseillé : son chirurgien – qui est en réalité un ancien moine défroqué, lui-même gros mangeur et gros buveur – est un charlatan.
Très rapidement, le roi ne peut plus marcher et circule assis dans un large fauteuil capitonné de cuir, monté sur trois roues (et donc plus facile à manipuler).
En 1655, Stephen Farfler, un horloger allemand, paraplégique depuis son enfance, avait construit un fauteuil fixé sur un châssis à trois roues et qui avançait à l’aide d’une manivelle : c’est le premier fauteuil roulant autopropulsé de l’histoire. Louis XVIII, lui, n’avait pas besoin d’actionner une manivelle pour faire avancer son fauteuil : il se laissait pousser par un domestique. (4)
Pour être au courant ![]()
1- Né en Moravie en 1860, le peintre, affichiste, illustrateur, architecte d’intérieur et décorateur, Alfons Maria Mucha est décédé en 1939 à Prague. Il est considéré comme un représentant majeur du style Art nouveau.
La boutique Fouquet a fermé en 1923, mais on peut admirer aujourd’hui son aménagement intérieur au musée Carnavalet.
2– On confond souvent les accoudoirs avec les accotoirs.
Quand on est assis dans un fauteuil, on s’appuie les avant-bras, de chaque côté, sur les accotoirs. Un accoudoir est destiné à appuyer les coudes (ou plus exactement les avant-bras) vers l’avant lorsqu’on est debout ou agenouillé, par ex. sur un prie-Dieu.
3a- Dagobert 1er : arrière-arrière-petit-fils de Clovis, ce souverain mérovingien a régné sur le royaume des Francs de 629 à 639. Il est connu comme l’un des « rois fainéants » (littéralement Nichtstuer) et a été ridiculisé dans la chanson « Le bon roi Dagobert » où il se fait constamment rappeler à l’ordre par son conseiller saint Eloi, évêque de Noyon.
Cette chanson est largement postérieure à l’époque mérovingienne, puisqu’elle a été écrite vers 1787 pour se moquer de Louis XVI. (chanson)
3b- Le « trône de Dagobert » est conservé à la Bibliothèque nationale de France, au département des Monnaies, Médailles et Antiques.
4- Le fauteuil roulant équipé d’un moteur apparaît en 1916 : les mutilés de la Grande Guerre (1914-18) en sont les premiers bénéficiaires.

Des Canadair écopent sur la Seine
Images insolites insolites en Île-de-France : pour la première fois, des Canadair écopent sur la Seine (1). (vidéo)
Ces hydravions amphibies (2) sont mobilisés pour lutter contre l’incendie qui fait rage dans la forêt de Fontainebleau depuis le 12 juillet.
La particularité de ces « bombardiers d’eau », c’est qu’ils écopent. C’est-à-dire que, pour remplir leurs soutes en plein vol, ils passent en rase-mottes à la surface d’un plan d’eau (rivière, lac, mer) et n’ont pas besoin de se poser ou de regagner leur base pour faire le plein. Ils pratiquent ce qu’on appelle l’aéroécopage.
De nombreux termes du langage aéronautique sont empruntés au monde de la navigation maritime. C’est le cas du verbe écoper et de l’écopage. Mais, en passant d’un domaine à l’autre, leur sens s’est inversé. Alors que, à bord d’un bateau, écoper consiste à évacuer l’eau accumulée dans la cale ou au fond de l’embarcation avec une sorte de pelle – l’écope -, c’est l’inverse qui se produit avec le Canadair qui, au contraire, remplit ses citernes d’eau (6 000 litres en 9 à 12 secondes). Dans ce cas, les « écopes » sont de petites ouvertures de 10 × 12 cm placées sous le fuselage de l’hydravion.
Les Canadair sont, comme leur nom l’indique, fabriqués au Canada – aujourd’hui par l’entreprise Bombardier. En anglais, ces « bombardiers d’eau » sont appelés des « scoopers » (3), des « écopeurs ».
Scoop et écope ont le même sens (récipient pour évacuer ou – au contraire – pour puiser l’eau) dans les deux langues et la même origine, à savoir le moyen néerlandais schope (seau pour écoper l’eau), lui-même dérivé de l’ancien bas-francique *skôpa, de même sens.
Ils sont apparentés à Schippe (Allemagne du Nord), Schöppe (Rhénanie), tous deux synonymes de Schaufel (la pelle, en Autriche), ainsi qu’à Schöpfer (la louche), mais aussi au latin scopa (balai).
Si les Canadair ont l’autorisation d’écoper (3) dans la Seine, les baigneurs, eux, peuvent écoper (4) d’une amende s’ils plongent dans des secteurs non autorisés.
Pour être au courant ![]()
1- D’abord stationnés à l’aéroport de Marignane, 10 des 12 Canadair (Marseille en a gardé 2), ainsi que les 8 Dash et les 3 Beechcraft ont déménagé : leur nouvelle base se trouve dans le Gard, à Nîmes-Garons. En effet, avec le réchauffement climatique, le centre des incendies se déplace peu à peu vers le Nord.
2- Amphibies, ces hydravions peuvent se déplacer aussi bien sur l’eau que sur la terre ferme : en effet, ils sont équipés à la fois d’un train d’atterrissage rétractable et de flotteurs.
3- Des Canadair qui écopent sur la Seine, ça, c’est un scoop !
Mais quel est le rapport sémantique entre une écope et un scoop ?
Au milieu du XVIIIe siècle, l’anglais « scoop » en vient à désigner non seulement cette sorte de pelle à écoper une embarcation, mais aussi la quantité qu’elle contient.
A la fin du XIXe siècle, il désigne « une grande prise » faite par exemple dans une nasse, un bon bon coup de filet (à poissons).
Le glissement de sens de la « bonne prise » à la « découverte d’une information ou d’une photo sensationnelle et exclusive » se fait tout naturellement.
Utilisé dans le langage journalistique, le scoop / der Scoop, devient (dans les années 1880) une information importante donnée par la presse écrite ou orale, en primeur et en exclusivité et, par extension, une nouvelle sensationnelle.
4- Au sens figuré, le verbe écoper (attesté à partir de 1880) signifie éprouver un dommage, recevoir une réprimande, une critique souvent (considérée comme) imméritée, ou se voir infliger une peine, une punition : il a écopé d’un PV, de 4 ans de prison = etw. abbekommen, etw. aufgeknallt kriegen, etw. aufgebrummt kriegen.
5- Contrairement à ce qu’affirme une légende urbaine, jamais un nageur – et encore moins un véliplanchiste – n’a été aspiré par un avion bombardier. En effet les buses d’écopage sont bien trop petites. Par contre, il arrive que des poissons soient « avalés » et qu’ils se retrouvent largués à des kilomètres de leur espace naturel d’origine.

asticoter
« La bave d’asticot, notre ultime espoir face à la fin des antibiotiques » .
Les asticots sont appréciés des pêcheurs qui les utilisent comme appât. Mais, la plupart d’entre nous trouvent ces insectes répugnants.
Pourtant, l’asticothérapie (lien), une technique vieille comme le monde, pourrait nous faire changer d’avis : ces larves de diptères – principalement celles de la Mouche verte commune, Lucilia sericata – élevées dans un milieu stérile, sont utilisées après une intervention chirurgicale pour dévorer les tissus nécrosés et éliminer le pus dans les plaies. Elles facilitent ainsi la cicatrisation sans recours aux antibiotiques. (1)
Le mot asticot est un déverbal d’asticoter qui signifie « agacer qn par des taquineries ou tracasseries insignifiantes mais fréquentes » (CNRTL).
D’ailleurs, pêcher à la ligne se dit aussi « taquiner le goujon ». Cette expression métaphorique (littéralement : den Gründling necken) signifie en quelque sorte ‘agacer les poissons’ en faisant bouger l’hameçon garni du fameux asticot.
Asticoter est le résultat de la combinaison des verbes de l’ancien français « dasticoter » et « estiquer » (dérivé du néerlandais steken, qui a donné stechen (piquer) en allemand) : ne dit-on pas en français envoyer des piques à quelqu’un pour l’agacer, pour l’énerver ? Cette expression se traduit à son tour par sticheln (de Stich : piqure, dérivé de stechen).
Malgré tout, le verbe asticoter n’a rien à voir avec les piqûres d’insecte, ni les insectes tout court. Il est apparu dans la langue française au XVIe siècle, sous la forme dasticoter, elle-même dérivée du juron « dasticot / d’astigot ». On pense que ce sont les lansquenets qui l’ont importé en France.
Ces fantassins allemands, recrutés comme mercenaires en France aux XVe et XVIe siècles, étaient réputés pour leur bravoure mais aussi pour leur brutalité et leur indiscipline. Ces soudards et pillards étaient également connus pour leur grossièreté.
Agrippa d’Aubigné, écrivain et homme de guerre (1552-1630), en témoigne : « Les Lanskenets (…) s’acharnerent sur eux, en criant dastigot. »
Ce ‘dastigot’ et sa variante ‘dasticot’ sont le résultat d’une francisation approximativement phonétique du juron Dass dich Gott… ! : Que Dieu te … (suivi – au choix – de « damne, envoie au diable »… etc.)
Asticoter qn peut se traduire par jn schikanieren (du français ‘chicaner’), piesacken (surtout en Allemagne) ou sekkieren (plus répandu en Autriche) : ce dernier verbe est dérivé de l’italien seccare (sécher), lui-même dérivé du latin siccus (sec) et signifie littéralement dessécher.
Asticoter se traduit aussi par hänseln, et a un rapport direct avec la ligue hanséatique : le Hänseln était une sorte de rite d’initiation, un cérémonial pratiqué lors de l’admission d’un nouveau membre dans cette association de marchands. C’est ce que l’on appellerait aujourd’hui une séance de bizutage : l’aspirant se voyait soumis à toutes sortes d’épreuves à la fois humiliantes et douloureuses (asphyxie, simulacre de noyade, coups de verges ou de fouet …).
Avec le temps, le sens de hänseln s’est généralisé et a perdu son caractère barbare, pour signifier finalement taquiner, embêter, agacer qn.
Pour être au courant ![]()
1- « Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la résistance aux antimicrobiens, dont les antibiotiques, est l’une des dix plus grandes menaces pour la santé publique mondiale auxquelles doit faire face l’humanité. De plus, la disponibilité générale de ces antibiotiques rencontre divers problèmes depuis déjà quelque temps. » (lien)