200ème anniversaire du Figaro

« Fondé le 15 janvier 1826, Le Figaro s’apprête à fêter ses deux siècles d’existence. Pour marquer cet anniversaire, le journal investit la Nef du Grand Palais. Du 14 au 16 janvier, [il] retracera deux siècles d’histoire à travers une exposition exceptionnelle. » (article)

Die französische Tageszeitung Le Figaro feiert im Januar 2026 ihr 200-jähriges Bestehen mit großen Veranstaltungen, darunter eine immersive Ausstellung im Grand Palais in Paris vom 14. bis 16. Januar 2026, Sonderausgaben, TV-Events und einem speziellen Jubiläumsthemen-Magazin, die die Geschichte und den Einfluss des Journals beleuchten.

Un 200 ème anniversaire appelé « Jubiläum » en allemand, mais qu’on ne peut pas qualifier de « jubilé » en français.

Au fait, qu’est-ce qu’un anniversaire ? Le terme est tellement courant que l’on ne s’interroge pas sur son origine. Bien entendu, la première partie du mot signifie « an, année » (du latin annus). La deuxième partie vient du latin « versus » participe passé de vertere = tourner, revenir).

Anniversaire signifie donc « retour annuel d’un jour marqué par un événement de la vie », qu’elle soit privée (anniversaire de naissance, de mariage…) ou publique (anniversaire de la fondation d’un journal, de l’armistice de 1918…), qu’il s’agisse d’un événement heureux ou tragique…

L’allemand fait la distinction entre Geburtstag et Jubiläum. Geburtstag désigne à la fois – au sens propre du terme : l’arrivée au monde d’un nouveau-né ; – au sens figuré : la création, la fondation d’une entreprise par ex. (assimilée à une naissance), ou d’une famille, et la commémoration annuelle de cet événement (Gründungstag, Jahrestag).

Dans ces cas-là, on utilise aussi souvent le terme « Jubiläum », tandis qu’en français, on fête l’anniversaire de mariage d’un couple (Hochzeitsjubiläum) ou les années d’ancienneté d’un collaborateur (Dienstjubiläum), et on commémore (il n’y a aucune raison de faire la fête…) l’anniversaire de la déclaration de guerre en 1914.

Si le terme « jubilé » existe en français, son emploi est limité à des événements bien particuliers, et en aucun cas tragiques comme le début d’une guerre. Un jubilé n’est pas forcément une occasion de jubiler…

En effet, par un phénomène d’attraction paronymique (1), le substantif jubilé a été rapproché du verbe « jubiler » – parent des mots allemand Jubel et jubeln – alors qu’ils n’ont pas la même origine étymologique : – « jubilé » vient du latin jobelaeus, lui-même dérivé de l’hébreu yōbhēl qui désignait le bélier et, par extension, la trompette en corne de bélier dont le son annonçait l’ouverture de l’année jubilaire, événement liturgique qui a été perpétué par l’Église catholique. (2)

En français, le mot jubilé a donc un sens plus restrictif qu’en allemand : son emploi est réservé à des événements particuliers comme les 50 ans de l’ordination (3) d’un ecclésiastique (prêtre, évêque…), le cinquantième anniversaire d’une entrée en fonction, ou les 50 ans de mariage d’un couple.

Si les fêtes du bicentenaire de la fondation du Figaro sont une occasion de jubiler, de se réjouir de la longévité et de la réussite de ce quotidien, le terme jubilé possède une connotation d’allégresse qui serait plutôt déplacée dans le cadre d’autres événements comme « das traurige Jubiläum der Wiener Zeitung » qui se réfère à l’arrêt de la publication de ce quotidien le 30 juin 2023, juste avant le 320 ème anniversaire de sa création (le 8 août 1703). Depuis, le journal ne paraît plus qu’en format numérique.

Pour être au courant

1- Attraction paronymique : c’est l’effet de déformation qu’exerce un mot sur un autre qui lui ressemble plus ou moins : son paronyme. Exemples : conjoncture et conjecture, mythifier et mystifier, collision et collusion … Des mots souvent confondus.

2- Le pape Léon XIV a clos symboliquement le Jubilé 2025 avec la fermeture de la Porte Sainte de St-Pierre du Vatican en janvier 2026. Cette année sainte est proclamée tous les 25 ans. L’année jubilaire juive se célébrait tous les 50 ans. Les premiers jubilés catholiques avaient lieu tous les 50 ou 100 ans. Le cycle de 25 ans a été fixé au XVe siècle pour permettre à chaque génération de fidèles de participer au moins à un Jubilé dans leur vie.

3- Attention, faux amis ! Eine Ordination (all.) est un cabinet médical, tandis que le français ordination se traduit en allemand par Priesterweihe.

Pré carré et Einflusssphäre


« Le Venezuela, pré carré américain
Le président des États-Unis a choisi de frapper fort (…) en faisant arrêter le président vénézuélien Nicolás Maduro. Avec cette intervention militaire directe, composée d’abord d’un blocus pétrolier, puis de frappes sur Caracas, doublées sans doute d’une opération des forces spéciales américaines, Donald Trump fait la preuve de sa nouvelle doctrine Monroe (1), (…) rebaptisée « Donroe » ». (article)

Un pré carré a, par définition, la forme d’un quadrilatère et donc quatre angles.
L’expression désigne rarement une parcelle de terre agricole à proprement parler : dès l’époque médiévale, l’expression « faire son pré carré » est utilisée au sens figuré et signifie augmenter la surface de son domaine, par exemple en acquérant des terres attenantes à sa propriété, afin que les parcelles forment un ensemble homogène, d’un seul tenant (2).

Ainsi « faire son pré carré » veut dire … arrondir sa propriété !

Cet usage, courant chez les seigneurs du Moyen-âge, a été pratiqué à l’échelle nationale par Sébastien Vauban, ingénieur militaire responsable des fortifications, puis maréchal de France à l’époque de Louis XIV.

La doctrine de l’époque était d’étendre le territoire français jusqu’à ses frontières « naturelles » (Pyrénées, Alpes, littoral …) et de créer une ligne de fortifications la plus rectiligne possible dans le Nord-est du pays, pour défendre les contrées récemment (3) acquises contre les Pays-Bas espagnols.

La version contemporaine et américaine de cette « doctrine de Vauban » est la « Monroe Doctrine » invoquée aujourd’hui par Donald Trump pour justifier son « opération spéciale » au Venezuela.

Le « pré carré » revendiqué par le président des États-Unis, c’est une zone d’influence qui irait du Groenland jusqu’à la Terre de Feu, avec les avantages qui s’y rattachent.

On utilise aussi l’expression « chasse gardée » pour appeler ce domaine réservé (géopolitique ou économique) dont l’accès est interdit aux concurrents.

En passant du français à l’allemand, on troque le quadrilatère contre le cercle : « pré carré » se traduit en effet par Einflusssphäre.

Une « sphère d’influence » aussi appelée Hinterhof (arrière-cour) en allemand – calque du « backyard » anglais – comme dans cet article publié en ligne par taz.de au sujet de cette intervention américaine : US-Angriff auf Venezuela : Krieg im Hinterhof (article).

Ce terme rappelle la forme géométrique du « pré carré » : en effet, on imagine une cour rectangulaire plutôt que ronde…
Il évoque également l’idée de dissimulation : Hinterhof ou backyard, la cour est cachée derrière la maison, tout comme l’influence exercée dans le pré carré, qui n’est pas toujours avouée… ou avouable.

Pour être au courant

1- La « doctrine Monroe » (1823) porte le nom du président des États-Unis, James Monroe (1817-1825), qui considérait « les Amériques » comme la sphère d’influence réservée de son pays et condamnait toute intervention européenne dans les affaires du continent, du Groenland à la Terre de Feu.

2- C’est toujours selon ce principe du « pré carré » qu’ont lieu aujourd’hui les remembrements permettant une utilisation plus rationnelle des sols.

3a- Par les traités de Westphalie (1648) et des Pyrénées (1659), la France a acquis des territoires aux dépens des Pays-Bas espagnols, élargissant ainsi son « pré carré ». Ces gains territoriaux comprennent des places fortes stratégiques comme Dunkerque, Arras, Valenciennes, ainsi que des parties de la Flandre, de l’Artois et du Hainaut.

3b- Cette homogénéisation du territoire s’est souvent faite par la conquête militaire, mais également grâce à des échanges pacifiques de terres, par exemple au début du XVIIIe siècle entre la Lorraine (alors terre d’Empire) et la France : François Étienne, duc de Lorraine, renonce à son duché. Il épousera, en 1736, Marie-Thérèse d’Autriche (donnant ainsi naissance ainsi la dynastie Habsbourg-Lothringen) et sera élu, en 1745,  empereur du Saint-Empire romain germanique.

Crise de foie et mal au coeur

La crise de foie, c’est une maladie typiquement française – inconnue des Autrichiens – et qu’on voit réapparaître régulièrement lors des fêtes de fin d’année.

Cette expression populaire n’est pas un terme médical. En effet, elle est doublement incorrecte :
– d’abord parce que, n’étant pas innervé, le foie ne peut pas « faire mal »,
– ensuite parce que ce n’est pas cet organe qui est spécifiquement en cause dans cette « crise », mais tout le système digestif, en raison d’excès alimentaires.

Après un repas copieux, riche en graisse, en sucre, et bien arrosé, le fêtard souffre de nausées, accompagnées de vomissements, de ballonnements, de remontées acides (de bile) et d’un dégoût pour la nourriture. En résumé : l’organisme a du mal à « digérer » les excès de table. L’estomac, la vésicule biliaire et l’intestin sont surchargés et surmenés !

Les germanophones, eux, ignorent la « crise de foie ». Ils se plaignent de « Magendrücken », « Völlegefühl », Übelkeit mit Erbrechen » : une forme d’indigestion associée à un « mal au coeur » et des vomissements.

Ce « mal au coeur » n’affecte pas plus le coeur que la « crise de foie » ne concerne le foie : il ne s’agit ni de douleurs cardiaques, ni de douleurs hépatiques ! Weder Herz- und noch akute Leberbeschwerden!

Mais pourquoi évoquer le coeur, quand on a la nausée alors que c’est l’estomac qui est en cause ?
L’expression « avoir mal au cœur » est née d’une confusion linguistique qui s’est produite au XIIIe siècle : le latin « cor » (coeur) a été confondu avec le mot grec « cardia » qui désigne à la fois le coeur et le cardia, c’est-à-dire l’entrée de l’estomac. (1)

Jusqu’au XVIIe siècle, on utilisait l’expression « tirer au coeur » qui, comme les locutions modernes qui suivent, exprime l’effort réalisé pour débarrasser  l’estomac encombré :

– « avoir un haut-le-coeur » (übel sein, würgen müssen),
– « avoir le coeur au bord des lèvres » (être sur le point de vomir) (jm ist übel, schlecht)
– « soulever le coeur » (jm wird schlecht von etw.),
illustrent bien le processus à l’origine des vomissements : fermeture du pylore, contraction synchronisée de l’estomac, du diaphragme et des muscles abdominaux, et ouverture du cardia qui permet l’expulsion violente du contenu de l’estomac.

Dans toutes ces expressions, ce n’est pas le « coeur » qui se soulève en cas de nausée, mais bien le cardia, ouvrant le passage aux matières à expulser.

Crise de foie et gueule de bois  ? Ne vous faites pas de bile (3)  ! Avec une bonne journée de diète (4), ça passera !

Pour être au courant

1- Le cardia est la jonction entre l’estomac et l’oesophage, tandis que le pylore (2) fait communiquer l’estomac avec le duodénum. Ces deux passages sont équipés d’une sorte de valve, d’un anneau musculaire constricteur :
– le sphincter cardiaque empêche le reflux gastro-oesophagien,
– tandis que le sphincter pylorique régule le flux digestif vers l’intestin grêle et empêche, lui aussi, un phénomène de reflux.

2- Le terme anatomique pylore vient du grec ancien pylôros qui signifie « celui qui garde la porte », « le portier », d’où son nom en allemand : Pförtner

3- Se faire de la bile, c’est s’inquiéter, se faire des soucis. En effet, selon l’ancienne théorie des humeurs, la bile noire, produite par la rate, était associée à la mélancolie, la tristesse et l’anxiété.
On dit aussi « se faire du mauvais sang ».

4- Faux amis – Ne pas confondre la diète et le régime (hypocalorique, cétogène, méditerranéen, sans sel, sans fibre …)

la guirlande


« À Saint-Barthélemy-d’Agenais, le maire s’est fait enguirlander pour la décoration de Noël.
Ils ont les boules (1). Composé d’opposants au maire de la commune, le collectif Saint-Barthélémy-d’Agenais déplore l’absence de décorations de Noël dans le village. » (article)

Guirlander, puis enguirlander, au sens propre, c’est d’abord (1555) décorer quelque chose – par exemple un arbre de Noël, une porte, un autel… – d’une ou de plusieurs guirlandes (végétales ou autres…).
Au sens figuré, c’est couvrir quelqu’un d’éloges – parfois excessifs – le couvrir de fleurs, l’encenser, le flatter en vue de plaire.

Au XIXe siècle, on emploie le participe passé « enguirlandé », par analogie et avec une pointe d’ironie, pour décrire une personne vêtue d’un manière recherchée, compliquée et parfois un peu voyante.
Il s’utilise aussi comme synonyme d’enjoliver : enguirlander un discours, une description, c’est les agrémenter de détails plaisants.

C’est seulement dans les années 1920 que, par antiphrase, on commence à utiliser le verbe « enguirlander » comme synonyme de réprimander (langage soutenu ) ou « engueuler » (langage familier) quelqu’un. Enguirlander – qui partage avec ce dernier verbe les deux syllabes initiales – en serait une variante euphémique.
Cet emploi antiphrastique d’enguirlander a fini par évincer tous les autres.

Tout comme le verbe « enguirlander », le substantif « guirlande » a connu un glissement de sens. En effet, lorsqu’il apparaît dans la langue française sous la forme « guerlande » en 1403, le mot désigne une couronne de métal précieux.

Le terme est d’origine germanique : l’ancien bas francique wēra s’est transformé en → wiera en ancien haut allemand, où il désigne encore un bijou d’or fin porté sur la tête comme couronne, d’où → garlanda en ancien provençal, ghirlanda en italien (couronne de fleurs ou de branchages) → guerlande en ancien français.

Objet précieux à l’origine, la guirlande est devenue un plus modeste « ornement de décoration, composé d’éléments divers (fleurs naturelles ou artificielles, motifs en papier découpé, etc.) liés en un cordon léger que l’on suspend en feston ou en couronne » (définition du CNRTL) (3)

Comme traduction du verbe « enguirlander » (au sens d’engueuler), on peut proposer en allemand « (he)runterputzen ».
En effet, le verbe « putzen » n’a pas seulement le sens de « nettoyer », mais aussi celui de décorer (den Weihnachtsbaum putzen = mit Christbaumschmuck behängen), et vêtir quelqu’un ou se vêtir de façon festive, se faire beau / belle, se mettre sur son trente-et-un.

Comme « enguirlander », il a pris une connotation plutôt dévalorisante et signifie parfois s’habiller de façon voyante et peu élégante, s’attifer. Les expressions « geputzt wie ein Weihnachtsbaum » ou « wie ein Pfingstochse » (4) ne sont pas particulièrement flatteuses…

Le maire de Saint-Barthélémy-d’Agenais s’est fait enguirlander (réprimander = herunterputzen) par ses administrés pour ne pas avoir enguirlandé (décoré = ausschmücken, herausputzen) sa commune à l’occasion des fêtes de fin d’année. Ce n’est pas l’arbre de Noël qui a « des » boules, mais les Saint-Barthéléméens qui ont « les » boules (qui sont en colère ou frustrés).


Pour être au courant

 1- « avoir les boules » signifie ici être en colère ou frustré.
Mais, dans d’autres contextes, cette expression familière, apparue au milieu du XXe siècle, peut avoir des sens très variés : être énervé, nerveux, être de mauvaise humeur, déprimé, écoeuré, mal à l’aise, ou avoir peur, être effrayé.
L’origine de l’expression est inconnue. Selon une interprétation, ces « boules » désigneraient les testicules.
L’expression synonyme « avoir les glandes » suggère qu’il pourrait aussi s’agir de ganglions ou d’amygdales hypertrophié/e/s.
Et effet, la gestuelle qui accompagne parfois l’expression – les deux mains tenant des boules imaginaires et placées sous la gorge – plaident en faveur de cette deuxième hypothèse.

2- A l’origine de ces mots se trouve l’étymon « wir– » qui désigne un fil courbé, tordu, entrelacé que l’on retrouve dans l’anglais moderne « wire » (fil métallique souple).

Deux termes français – peu utilisés – témoignent encore de cette origine :
– la vière (← du latin « viria« ), un bracelet en métal précieux ;
– la virole, une petite bague de métal dont on garnit un outil, un manche, une arme… pour l’empêcher de se fendre. La virole d’un couteau se situe entre le manche et la lame.

3a- Les premières guirlandes décoratives, apparues vers la fin du XVIe siècle étaient réalisées en véritable argent, martelé en longues bandes très fines qu’on accrochait ensuite aux branches de sapin (peut-être pour imiter les aiguilles de glace). Elles ont été remplacées en France par des cheveux d’ange (très fins filaments, le plus souvent blancs). En Autriche et en Allemagne, on utilise plutôt des « lametta » (bandes très fines et brillantes).
Lametta est le diminutif de l’italien « lama » (lame de métal → fine lamelle) : cet ornement a été inventé à Nuremberg en 1610 pour remplacer les « guirlandes » en véritable argent.
Les premières guirlandes électriques ont été mises au point par Edward Johnson – vice-président de l’Edison Electric Light Compagny – en 1882, trois ans après l’invention de l’ampoule électrique par Thomas Edison. (en savoir plus)

3b- La légende des guirlandes de Noël
L’histoire se passe dans un petit village allemand il y a fort longtemps. À la veille de Noël, la mère de famille nettoie la maison et en chasse les toiles d’araignée avant de la décorer et d’y installer le sapin.
Pendant la nuit, les araignées reviennent s’installer et tissent leurs toiles entre les branches de l’arbre. Lorsque le Père Noël – ou le Christkind – entre dans la maison pour y déposer ses cadeaux et qu’il découvre les toiles d’araignée, il décide de ne pas les détruire mais, pensant aux efforts déployés par la maîtresse de maison, il transforme les toiles grises en guirlandes brillantes de fils d’or et d’argent.
Telle serait l’origine des guirlandes de Noël, des cheveux d’ange et du lametta.

4- Der Pfingstochse ist ein alter ländlicher Brauch, bei dem der stärkste Ochse der Herde zu Pfingsten festlich mit Blumen, Stroh und Bändern geschmückt und in einer Prozession durch das Dorf geführt wird, was ursprünglich den Beginn der Weidesaison markierte, aber es hat heute auch eine umgangssprachliche Bedeutung und bezeichnet übertrieben bunt gekleidete Menschen.

La salamandre et le charcutier 

« En Indiana, les républicains défient Trump et rejettent un redécoupage visant à éliminer deux sièges démocrates, relançant le débat sur le gerrymandering » (article).

Pour conserver le contrôle des deux chambres du Congrès aux élections de mi-mandat, Donald Trump incite les élus républicains à redessiner en leur faveur les contours de la carte électorale. Mais il vient d’essuyer un revers en Indiana.

En principe, aux États-Unis, les circonscriptions électorales sont redélimitées après chaque recensement national, c’est-à-dire tous les dix ans, afin de mieux correspondre à l’évolution démographique.

Mais, dans la réalité, le parti au pouvoir dans les différents États des USA (1) a régulièrement recours à un réajustement partisan de la carte électorale, c’est ce qu’on appelle le « gerrymandring ».

La pratique n’est pas récente. En effet, le terme « gerrymandering » est né en 1811. Ce mot-valise est composé du mot « salamander » (la salamandre) et du nom du gouverneur républicain du Massachusetts, Elbridge Gerry, accusé par ses adversaires d’avoir redécoupé les limites d’un comté afin de favoriser sa réélection au poste de gouverneur.

Pourquoi une salamandre ? Parce que la Boston Gazette publie à cette occasion une caricature représentant la circonscription « remaniée », sous la forme d’une salamandre. (2) (illustration)

En français, ce redécoupage arbitraire de la carte électorale est qualifié de « charcutage électoral ».

Quel est le rapport avec la charcuterie ? Le mot « charcutier », attesté au milieu du XVe siècle sous la forme « chaircuttier », désigne d’abord la personne qui – comme son nom l’indique – vend de la « chair cuite », surtout de porc.

Contrairement au boucher (3), qui vend de la viande crue, le charcutier prépare des jambons, saucisses, saucissons, boudins, andouillettes, rillettes, pâtés…

Au sens figuré, un charcutier est quelqu’un qui taille dans la chair (d’une personne vivante) avec maladresse et / ou brutalité. Le verbe « charcuter » est fréquemment utilisé à l’époque des Guerres de Religion des XVIe et XVIIe siècles : « Plusieurs Huguenots furent mis à mort et charcutés en pleine rue ». Il est synonyme de massacrer.

En 1866, le mot charcutier est attesté dans la « langue verte » comme synonyme de chirurgien maladroit qui, en opérant, taillade grossièrement la chair d’un blessé ou d’un malade.

Est-ce que le « charcutage » électoral opéré par Elbridge Gerry lui a été profitable ? La justice finit – parfois – par triompher : les attaques de la Boston Gazette contre son projet de redécoupage électoral – et le succès de la caricature « salamandre » – ont empêché sa réélection.

Pour être au courant

 1- Les démocrates ripostent en utilisant la même tactique dans les États qu’ils contrôlent, comme en Californie ou en Virginie (où ils sont revenus au pouvoir en novembre 2025).

2- Cette salamandre n’est pas l’amphibien inoffensif qui ressemble à un lézard, mais l’animal légendaire à l’allure de dragon, réputé vivre dans le feu.

3- Le boucher, c’est, à l’origine, celui qui abat les chèvres et les boucs , les découpe et vend leur chair.

Du petit déjeuner au souper

« Une étude récente révèle que retarder l’heure du petit déjeuner pourrait accroître le risque de mortalité chez les personnes de plus de 40 ans ». (article)

Si vous n’avez pas l’habitude de « petit déjeuner », rassurez-vous : dans quelques mois, une nouvelle étude « sérieuse » viendra démentir cette hypothèse (d’ailleurs prudemment formulée au conditionnel dans l’article : cela « pourrait » accroître le risque de mortalité…)

Déjeuner, dîner : une même origine
Ils dérivent tous les deux du latin populaire disjunare qui signifie « rompre le jeûne » (1)
L’anglais « breakfast » rappelle également cette étymologie : to break, c’est rompre et, ici, « fast » est un substantif. Il ne signifie pas « vite ou rapide » mais « jeûne ».
Il est apparenté à l’allemand « fasten« = jeûner, et « das Fasten » = le jeûne. (2)

Glissement de sens et décalage horaire
– Jusqu’au XVIIe siècle, le mot « déjeuner » désignait le premier repas de la journée, et « dîner », le repas du milieu de la journée.
– Au cours du XVIIe siècle et jusqu’au milieu du XIXe, on assiste à un décalage progressif de l’heure des repas, du moins dans les villes et dans les couches sociales favorisées. L’élite mondaine se levait tard le matin et prenait son déjeuner. Elle dînait dans l’après-midi et soupait (3) tard le soir, après le spectacle ou une réception.
– C’est au milieu du XIXe siècle qu’est apparu le « petit déjeuner » pour désigner le premier repas (de « ceux qui se lèvent tôt », selon l’expression aujourd’hui consacrée). Le terme « déjeuner » a été attribué au repas de midi et le « dîner » a été déplacé vers le soir.

Les campagnes ont résisté à cette évolution et conservé longtemps les horaires et les dénominations séculaires. C’est encore le cas dans certaines régions rurales de l’Hexagone (comme en Haute-Provence) et en dehors de la France, par exemple au Québec et en Belgique : on y déjeune le matin, on prend le dîner à midi, et on soupe le soir.

En allemand, par contre, le nom des repas n’a pas été influencé par ce décalage horaire :
– un Mittagessen reste un repas pris au milieu de la journée : c’est bien aussi le sens originel de « midi », qui vient du latin composé de « mi » (medius) et « dies » → di (4) en ancien français,
– tandis qu’un Abendessen demeure le repas qu’on prend le soir (une notion temporelle très extensible).

La précision temporelle (relative) de ces deux substantifs leur a épargné les vicissitudes qu’ont connues le « déjeuner » et le « dîner » français au cours de l’histoire.

Contrairement au « petit déjeuner », le « Frühstück » (littéralement « morceau (que l’on prend) tôt le matin ») n’a rien à voir avec une rupture du jeûne nocturne. Attesté à partir du XVe siècle, il a évincé le « morgenbröt » (« pain du matin »).

En français, Frühstück a donné, par l’intermédiaire de l’alsacien « fristick », le mot « frichti ».
Son orthographe et sa signification ont évolué de la manière suivante : « fricheti » (1835) : « gala » ou « festin » → « frichti » (1855) : « repas d’extra » → (1864) « fricot, régal ».
Le mot a pris progressivement une connotation populaire et désigne aujourd’hui un plat, un mets cuisiné, souvent préparé rapidement et sans soin particulier. C’est même parfois le synonyme de « tambouille » (plat grossier, mauvaise cuisine, ou de « bouffe ».


Pour être au courant

1- La disparition de l’accent circonflexe de « déjeuner » s’explique par le fait que le verbe n’était plus perçu comme un dérivé de « jeûne » : il a pris le sens plus général de « prendre un repas » plutôt que celui de « rompre le jeûne ».

2- Le mot espagnol « desayuno » (petit déjeuner / la primera comida del día) est composé sur le même modèle que « déjeuner » : le préfixe séparatif « des- » + le substantif « ayuno » (le jeûne).

3- Le souper était à l’origine un repas léger pris le soir. Le mot vient de l’ancien français où « soupe » désignait une tranche de pain qu’on arrose de bouillon chaud, et parfois de lait ou de vin. Cette « soupe » dérive du germanique occidental suppa qui avait le même sens.
Cette étymologie éclaire le sens de l’expression « être trempé comme une soupe »

4- C’est avec ce radical « di » (le jour, en ancien français) qu’a été formé le nom des sept jours de la semaine : lundi, mardi, etc., mais aussi dimanche.
Le mot vient du latin chrétien dies dominicus (le jour du Seigneur), devenu didominicu puis, par dissimilation consonantique (du deuxième « d ») diominicu → vers 1119 : dïemeine en ancien français → vers 1131 dïen enche → au début du XIVe siècle : dymanche.

Immaculée Conception et air des lampions

Le 8 décembre n’est plus un jour férié en France après la signature du Concordat de 1802. Mais ce jour-là, depuis 1989, Lyon célèbre «La Fête des Lumières», inspirée des festivités religieuses traditionnelles de lImmaculée Conception.

Origine de cette fête lyonnaise – Touchée par la peste, Lyon s’est mise sous la protection de la Vierge Marie en 1643 : les notables de la ville ont fait le vœu de rendre chaque année hommage à Marie si elle faisait cesser l’épidémie.

La peste passée, Lyon a tenu sa promesse et depuis, chaque année, un cortège solennel défile de la cathédrale Saint-Jean (au centre de la ville) jusqu’au sanctuaire de la Vierge (aujourd’hui jusqu’à la basilique Notre-Dame) situé sur la colline de Fourvière. (1)

A Lyon, la tradition veut que, le soir du 8 décembre, les habitants mettent des lampions et des lumignons (bougies courtes abritées dans un petit récipient en verre épais) allumés sur le rebord de leurs fenêtres.

A propos… Le fameux « air des lampions » a-t-il un rapport avec ces petites bougies à mèche courte ?

Dans les manifestations, il est de tradition de défiler avec des banderoles et de scander des slogans sur « l’air des lampions ». Ce n’est pas un air au sens musical du terme, mais une scansion – en général sur la même note – en détachant bien les syllabes tout en en accentuant certaines.

Ex. : « rem-bour-sez ! », « On va ga-gner ! » ou « Un-tel (nom du président, du ministre ou de la personnalité visé/e), t’es fou-tu, la jeu-nes-se est dans la rue ».

L’expression est née au moment des journées insurrectionnelles de 1848 contre la Monarchie de Juillet (2). A cette époque, la population de Paris mettait des lampions aux fenêtres pour exprimer sa joie lors d’un grand événement ou pour montrer son soutien à une manifestation populaire.

En 1848, les manifestants défilaient dans les rues de la capitale en scandant « Des lampions ! des lampions ! » sous les fenêtres qui n’étaient pas éclairées. Si les habitants ne s’exécutaient pas, surtout dans les quartiers les plus bourgeois, les insurgés lançaient des pierres dans les vitres, comme le rapporte Gustave Flaubert, témoin de ces événements. (3)


L’expression était déjà employée avant cette époque, mais sous la forme « l’air des lampons »
(sans « i ») et avec une signification différente : c’était à l’origine une chanson à boire ; puis un air ou un écrit satirique, des brocards (4)

« Lampons ! » était un synonyme de « Buvons ! » : le verbe « lamper » est une forme nasalisée de « laper » (le son « a » est transformé en « an » [ã] ) qui signifie boire en utilisant la langue pour aspirer de petites quantités de liquide.

L’air des lampions semble donc bien être le résultat d’un rapprochement populaire entre le côté festif et enivrant de cette ancienne invitation à boire, le caractère satirique des slogans scandés lors des manifestations et l’exhortation à illuminer les fenêtres en signe d’adhésion aux revendications des manifestants.

A Lyon, la coutume des lampions placés sur le rebord des fenêtres le 8 décembre possède un caractère festif, et nullement insurrectionnel. Mais elle a tendance à disparaître… La « Fête des lumières », avec ses illuminations éblouissantes, fait aujourd’hui de l’ombre aux modestes lampions !

Pour être au courant

1- A l’origine, cette cérémonie avait lieu le 8 septembre, jour de consécration de la ville à la Vierge et jour de la fête de sa Nativité.
En 1852, en raison des intempéries, la fête n’a pas pu avoir lieu et a été repoussée au 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception (célébrée depuis le IXe siècle, mais qui n’a été proclamée comme dogme qu’en 1854).

2- Les insurgés de 1848 protestaient contre la politique conservatrice du président du Conseil, François Guizot. Les manifestations parisiennes ont abouti à la chute de son gouvernement et à l’abdication du roi des Français, Louis-Philippe.

3- « Vers neuf heures, les attroupements formés à la Bastille et au Châtelet refluèrent sur le boulevard. De la porte Saint-Denis à la porte Saint-Martin, cela ne faisait plus qu’un grouillement énorme, une seule masse d’un bleu sombre, presque noir. […] Puis tous se mirent à chanter : “Des lampions ! des lampions !” Plusieurs fenêtres ne s’éclairaient pas ; des cailloux furent lancés dans leurs carreaux. » Gustave Flaubert in « L’Éducation sentimentale » (troisième partie, ch. 1)

3- l’anglais lampoon, qui a été emprunté au français au XVIIe siècle, signifie « libelle, brocards, raillerie »