Le mot du jour franco-autrichien
 

 

 

 

café

ou

tabac ?

 

c'est un peu FORT de CAFÉ !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pipe de la fin du XIXe siècle (fabriquée à Munich)

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

Attention à l'abus de "substances psycho-actives" ! En font partie, le café et le tabac, surtout quand ils sont forts : un café "corsé" (1) ou "bien tassé" (2) - le tabac brun, "fort en bouche •• kräftig am Gaumen •• "...


«Vacciner à Pâques ? 'Encore faut-il •• allerdings muss man… •• qu’on ait les doses'

Olivier Véran [ministre de la Santé] s’indigne qu’un centre de vaccination strasbourgeois [n'ouvre] pas le week-end de Pâques, braquant •• braquer qn : jn erzürnen, jn gegen jn aufbringen •• les intéressés •• die Beteiligten, Betroffenen •• qui lui rappellent qu’ils n’ont pas assez de doses pour le faire. [Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg] trouve donc la polémique 'un peu fort de café et inutile'.» (article du 23 mars 2021)


L'expression "être (un peu) fort de café" dérive, bien entendu, de la boisson aux propriétés •• Eigenschaft •• stimulantes. Elle est employée dans le sens de "c'est exagéré, c'est insupportable" et exprime donc l'indignation = das ist unerhört / allerhand / das ist die Höhe / ein starkes Stück!

L'élu •• Mandatar, Kommunalpolitiker •• strasbourgeois juge scandaleuse - et hypocrite - l'attitude du ministre de la Santé qui, au lieu de reconnaître que le problème vient de la pénurie •• Knappheit, Unterversorgung •• de vaccins, accuse les responsables locaux de ne pas vouloir vacciner le week-end de Pâques.


L'expression métaphorique "fort de café" n'est attestée en français qu'au milieu du XIXe siècle, mais le café est connu en Europe depuis le milieu du XVIIe siècle. Après ceux de Venise, d'Oxford et de Londres, un café (l'établissement •• Betrieb, Lokal •• ) est ouvert à Paris en 1672, près du Pont-Neuf (3).
Si la France n'est pas le premier pays d'Europe à avoir adopté la nouvelle boisson, c'est néanmoins à Paris qu'a été inventé un nouveau procédé de préparation du café. La décoction "à la turque" est remplacée par la percolation : l'eau chaude est versée sur le café moulu contenu dans un filtre (4). Le résultat ainsi obtenu est en général moins "fort de café" (mais cela dépend bien entendu aussi du dosage...) (5)


L'allemand a choisi une autre substance psycho-active pour exprimer la même idée : "das ist ein starker Tobak" est l'équivalent de "c'est un peu fort de café".

La graphie "Tobak" (avec un "o" au lieu du "a" utilisé aujourd'hui) indique que l'expression est assez ancienne : l'usage du tabac en Europe est d'ailleurs antérieur •• älter als, vor etw. liegen •• de presque deux siècles à celui du café.


C'est encore sous la forme "Tobak" (6) que le mot apparaît dans le 4ème (mauvais •• mauvais tour : (schlechter, böser) Streich •• ) "tour" de Max et Moritz,  deux vilains garnements •• Schlingel, Lausbub •• imaginés par Wilhelm Busch (histoire parue en 1865). Leur victime est cette fois-ci le maître d'école, Lempel qui a un faible •• Schwäche •• pour le tabac : "Nun war dieser brave Lehrer / Von dem Tobak ein Verehrer".

Les deux polissons •• Schlingel, Racker •• bourrent •• stopfen, füllen •• sa pipe de poudre à fusil •• Schießpulver •• . La pipe explose dès que Herr Lempel l'allume. L'instituteur survit à cette mésaventure •• MIßgeschick •• , mais la pipe est en miettes •• in Scherben liegen •• .


Les illustrations de "Max und Moritz" montrent qu'à cette époque-là les pipes possédaient un très long tuyau•• (Pfeifen)Rohr ••    : leur forme évoquait •• an etw. erinnern •• plus le calumet •• Kalumet ← de calamus (lat.), le roseau / Schilfrohr •• des Indiens que les pipes modernes.


C'est peut-être cet aspect qui a inspiré le récit suivant •• Es geschah in der Zeit, da die Schießprügel noch sehr selten waren.
Da ging einmal ein Jäger seines Weges, die Büchse über die Schulter gelegt.
Dem begegnete plötzlich der Teufel, was einen Menschen seines Schlages
wenig verwunderte und erst recht nicht ängstigte.
Der neugierige Höllenfürst grüßte den Jäger freundlich und fragte:
"Was trägst du da für ein seltsames Ding auf der Schulter?"
"Es ist eine neuartige Tobakspfeife", antwortete der Jäger.
"Wollen Eure teuflische Gnaden mal einen Zug daraus versuchen?"
"Ei gewiss doch!" Da nahm der Jäger das Gewehr von der Schulter,
steckte dessen Mündung dem Teufel in den Mund und drückte ab.
"Teufel auch", sagte der Teufel, doch dann musste er gewaltig niesen
und stöhnte: "Das ist aber ein starker Tobak!"
••
(publié au XVIIIe siècle), qui est à l'origine de l'expression "das ist (ein) starker Tobak".

Comment un chasseur a réussi à "enfumer •• reinlegen •• " (reinlegen) le diable.
Un jour, un chasseur, armé de son fusil, croise •• jm begegnen •• le chemin du diable. Celui-ci qui, apparemment, n'a jamais vu ce genre d'arme, lui demande de quoi il s'agit. Le chasseur lui déclare que c'est sa pipe et lui propose d'en tirer une bouffée •• einen Zug nehmen •• . Dès que le diable a introduit l'extrémité du canon du fusil •• Gewehrlauf •• dans sa bouche, le chasseur fait feu •• schießen •• . Le diable hurle : "Das ist starker Tobak!"


On retrouve l'expression dans un article en ligne de n-tv.de (en date du 17/03/21) : "Österreich droht ein akuter Mangel an Impfstoff. Kanzler Kurz macht dafür die Verteilpraxis in der EU verantwortlich (…). Das ist harter Tobak. Denn Österreichs Regierung hatte den Verteilschlüssel seinerzeit mit beschlossen."

Face à la menace de pénurie de vaccins, le chancelier autrichien réclame à Bruxelles "un correctif" du mécanisme européen de répartition des vaccins contre le Covid-19, qu'il juge inéquitable •• ungerecht •• . La plupart des autres membres de l'UE réagissent avec indignation, rappelant que l'Autriche avait entériné •• billigen, anerkennen •• le principe de répartition.

 

     Pour être au courant


1- l'adjectif "corsé" n'a rien à voir avec la Corse ni avec le corsaire : il est apparenté à "corset" et "corsage •• Oberteil, Bluse •• " et dérive de "corps".
Un café "corsé" a du "corps", expression qui signifie "être fort, robuste".


2- "tassé" (fort, intense, corsé) vient du verbe "tasser" (comprimer •• zusammenpressen •• ), et un café "bien tassé •• sehr stark •• " n'a rien à voir avec la tasse qui le contient (mot qui vient du persan tašt (tasse, soucoupe) → arabe : ṭāsa → provençal et/ou italien : tassa → français : tasse, attesté vers 1360).


3- Paris découvre le café
: c'est en 1669, avec l'arrivée de Soliman Aga, un diplomate turc), que va être lancée la mode de la consommation du café en France. Ce personnage donne de somptueuses •• prächtig •• réceptions dans son appartement parisien où il sert cette boisson "exotique". Il sera ridiculisé par Molière dans le "Bourgeois gentilhomme" - à travers le personnage du Mamouchi - pour, paraît-il •• angeblich •• , venger •• rächen •• Louis XIV humilié •• demütigen •• par Soliman Aga.


4- Ce filtre est alors appelé "chausse à filtrer" ou "chausse d'Hippocrate" : c'est un entonnoir •• Trichter •• de tissu cerclé •• einfassen •• de fer qui servait depuis l'Antiquité à filtrer les liquides épais. C'est de la que vient l'expression "c'est du jus de chaussette" qui qualifie un mauvais café, un café trop clair •• dünn •• - autrement dit un "Blümchenkaffee", appelé aussi,  et moins poétiquement, "pipi de chat".


5- L'orthographe du mot "café" n'est pas encore vraiment fixée au XVIIe siècle : cauueh rappelle la forme turque gahve, elle-même empruntée à l'arabe gahwa. C'est finalement la forme café, dérivée de caffè, (attesté à Venise en 1615) qui s'impose en français.

Quant au mot  "caoua", variante populaire du café, il est emprunté à l'arabe d'Algérie dans les années 1860.

 

6- L'étymologie du mot "tabac" est controversée :

- 1ère hypothèse : le mot vient de l'arawak (langue autrefois parlée à Cuba et à Haïti) avec le sens "tabac" mais aussi de "cigare" ou même de "pipe à double tuyau".

- 2ème hypothèse : tabac vient de l'arabe "tubbaq" qui désignait différentes plantes médicinales. Le mot a ensuite été utilisé par les premiers colons espagnols en Amérique qui ont confondu •• verwechseln •• le piment et le tabac.

Quoi qu'il en soit - et si bizarre que cela puisse paraître aujourd'hui - le tabac a tout d'abord été utilisé à des fins •• zu… Zwecken •• thérapeutiques.
Jean Nicot (qui était ambassadeur de France au Portugal au milieu du XVIe siècle) en a envoyé à Catherine de Médicis pour guérir son fils François II qui souffrait de migraines (*). D'ailleurs, comme toutes les autres "drogues" (au sens ancien du terme), le tabac a longtemps été vendu seulement par les apothicaires. Il était prescrit •• verschreiben •• en tisanes, décoctions ou bien il était prisé •• tabac à priser : Schnupftabak •• . Il ne sera consommé sous la forme de cigarettes qu'à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

C'est en hommage à •• zu Ehren… •• cet ambassadeur qu'ont été créés les termes "nicotine" et "herbe à Nicot" - synonyme de tabac - et la formule percutante •• plakativ •• "Herbe à Nicot, herbe à tous les maux •• Beschwerde •• " (c'est-à-dire efficace contre toutes les douleurs et maladies).


*- Les "vertus •• Heilkraft •• "
du tabac. On ne sait pas si cette cure de tabac a obtenu l'effet souhaité... toujours est-il que •• fest steht allerdings, jedenfalls, dass… •• François II est mort à l'âge de 16 ans après avoir régné à peine plus d'un an.

un coup de canif dans le contrat revenir bredouille et bredouiller des excuses ?

 

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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