Le mot du jour franco-autrichien
 

 

 

pantalonnade

 

 

 

 

 

 


Pantalone

 

 

 


"Sans-culotte"

 

 

 

 


"mascaron"
d'une fontaine

 

la vie a des hauts
et des bas...

hauts- et bas-de-chausses...
hauts- et bas-reliefs

 


un "ci-devant" en culotte et bas de soie

 


Henri II (par Clouet)
avec hauts-de-chausses et bas-de-chausses

"Tous trois partagent le même prénom, Boris, le même nom de famille, Vichnevski, le même visage rond au crâne dégarni et la même barbe un peu négligée. Mais un seul d'entre eux est le "vrai" Boris Vichnevski, candidat du parti libéral Iabloko aux élections législatives russes [du 17 au 19 septembre 2021], pour la circonscription de Saint-Pétersbourg. Les deux autres sont des imposteurs, ayant changé leur nom et leur apparence pour induire en erreur les électeurs. Grand classique de la politique russe, cette pantalonnade fait partie de l'impressionnante panoplie déployée par le pouvoir russe pour lutter contre le "vote intelligent" : un système inventé en 2018 par Alexeï Navalny - emprisonné depuis février dernier - pour riposter à l'impossibilité faite à ses troupes de participer aux élections." (article)


Une pantalonnade, c'est - au sens figuré - un comportement ridicule ou hypocrite destiné à tromper et qui ne peut être pris au sérieux : la manœuvre imaginée par le pouvoir russe pour gagner les élections de septembre est donc une sorte de bouffonnerie, de grotesque mascarade.


Cette pantalonnade a-t-elle un quelconque rapport avec le pantalon (vêtement) ? Indirectement, oui !

Le mot vient du domaine du théâtre où il désigne une farce burlesque, faite de plaisanteries grossières. Il dérive du nom d'un personnage bouffon et hypocrite de la Commedia dell'Arte, Pantalone, originaire de Venise (1).

Certains affirment que son nom est une déformation de "Pianta Leone" (plante le lion), en référence aux Vénitiens qui plantaient le drapeau de Saint-Marc - orné d'un lion (emblème de Venise) - dans les terres qu'ils venaient de conquérir en Orient pour la République des Doges. D'autres estiment que son nom vient directement de celui du saint patron de la ville, Pantéleimon / Pantaleon de Nicomédie (2).


Dans la Commedia dell'Arte, Pantalone porte une barbe en pointe. Il est traditionnellement (3) vêtu de rouge : un bonnet et une sorte de combinaison composée d'un justaucorps, de bas et d'un... pantalon, vêtement qui est - à cette époque - une sorte de caleçon long avec des sous-pieds et n'a pas grand-chose avec le pantalon moderne.


C'est le personnage de Pantalon qui a donné son nom au vêtement et pas l'inverse!

En  effet, en 1585, le nom commun est attesté en français, orthographié pantaleon, dans le sens de "costume de Pantalon". Puis, en 1628, sans référence au personnage de théâtre, le "pantelon" désigne un "costume allant du cou aux pieds et dont les chausses tombaient droites".

On est encore loin du pantalon d'aujourd'hui et dont l'ancêtre fait son apparition à la fin du XVIIIe siècle, au moment de la Révolution. Les révolutionnaires, portaient ce vêtement large et sans pieds, au lieu de la "culotte" - d'où leur surnom de "sans-culottes" (4) -  tandis que les "ci-devant", aristocrates, restaient fidèles à la "culotte", portée avec des bas ( voir illustrations ci-contre).


L'équivalent allemand - au sens propre (derbkomisches Bühnenstück, Schwank) et au sens figuré (Unfug, Schabernack, Maskerade) - de la pantalonnade, c'est Posse. Mais quel est donc le rapport de ce mot avec le français ? 

Eh bien, Posse est une déformation de "bosse" ("boce" en ancien français) qui signifie à la fois Buckel (Polichinelle a une bosse = gibbosité), Beule (Arlequin s'est fait une bosse en se cognant la tête = enflure due à un choc), Höcker (un chameau a deux bosses = protubérances anatomiques normales), mais aussi vollrunde freistehende Freiskulptur (la ronde-bosse est une technique de sculpture en plein relief, c'est-à-dire détachée entièrement de la paroi, contrairement au bas-relief qui ne fait que faiblement saillie sur le fond, et au haut-relief, intermédiaire entre bas-relief et ronde-bosse).

Le terme Bosse finit par désigner les visages grotesques et grimaçants ornant les fontaines (équivalents des mascarons en français) puis, par extension, les masques de théâtre et, finalement - avec un changement du "B" (consonne sonore) initial en "P" (consonne sourde) -, un spectacle avec des personnages bouffons.

 

 

     Pour être au courant


1-
Chacun des personnages de la Commedia dell'Arte représente une des régions de la Péninsule : Pantalon est vénitien, Polichinelle napolitain ; le Dottore est bolognais, Arlequin bergamasque ; Giangurgolo est un capitan calabrais, Meneghino (le paysan, apocope de "domenechino" = "travailleur du dimanche") est milanais...


2- Pantaleon -
Un saint venu de Nicomédie (Asie mineure, aujourd'hui en Turquie), qui a donné son nom à un personnage de la comédie italienne, ce n'est pas banal !


3- Les acteurs de la Commedia dell'arte jouent des personnages archétypaux, identifiables grâce à leur tenue et leur masque / ou leur maquillage : Polichinelle (le "petit poussin", en référence à son nez crochu) est tout vêtu de blanc et il est ventru et bossu ; le costume de l'Arlequin (le nom se réfère peut-être au Erlkönig de la mythologie germanique) se compose d'une veste et d'un pantalon rapiécés (zusammengeflickt) avec des morceaux de tissu multicolores ; le Dottore est tout habillé de noir - des chaussures au masque en passant par la cape - et a une fraise (Halskrause) blanche autour du cou ; le Capitan moustachu porte l'habit militaire espagnol rouge et jaune, orné de force galons (mit vielen Tressen), et une longue épée.

 

3- "les "sans-culottes"- En cours d'histoire, cet épisode de l'histoire de France amuse les élèves qui imaginent les révolutionnaires à moitié nus, sans slip ! Or, cette "culotte" est une sorte de pantalon collant couvrant le corps de la ceinture jusqu'au dessous du genou ou jusqu'à mi-mollet, qui a succédé aux "hauts-de-chausses" (Kniebund-, Oberschenkelhose). Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle que le pantalon moderne - alors surnommé "tuyau de poêle" - détrône définitivement la "culotte".

Les hauts-de-chausses étaient complétés par les "bas" - abréviation de "bas-de-chausses"- qui, comme leur nom l'indique, couvraient le bas de la jambe et le pied.

du Prado marseillais au Prater viennois les pompes funèbres

 

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figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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